13/10/2013

D'où vient ce bonheur ?

solitude imagesCAG8PA90.jpgDans le silence public où mon coeur, nourri aux vieux paquets de lettres grises et aux  enregistrements toujours bruns, me ressuscite les ferveurs et les chagrins qui ont accompagné mon parcours existentiel, je médite sur le sens final de ce type d’existence que Dieu m’a donné. Je le fais solitairement. A part mon neveu Pierre, devenu tout à la fois mon fils, mon confident, et mon… majordome (!),  il se fait que mes proches ne le sont plus guère. Leur affection demeure ce qu’elle fut, je le sais, tendre, j’en ai quelquefois de beaux signes, mais leur vie les emmène logiquement dans un univers plus entrepreneurial que le mien, et je ne vois pas pourquoi je m’y opposerais.  

 

  PONTimagesCA5F6TIG.jpg          Aux prises, donc, avec ma vie dans son cours long et sinueux, j‘en isole volontiers les composantes : 1. l’eau de ce courant, d’abord, l’hérédité de ce petit garçon né avant-guerre dans une famille paysanne traditionnelle, pieuse et laborieuse. A qui on a donné le prénom de l’ancêtre : fermier né en 1857 et se faisant instituteur privé en 1880, dans la première guerre  scolaire, quand l’enseignement primaire officiel exclut d’enseigner la religion. Et moi, qu’ai-je fait d’autre qu’enseigner la religion ? 2. Je distingue aussi l’influence de mes proches, parents ou étrangers, qui m’ont « fait comme eux » magnifiquement  lorsqu’ils m’aimaient, - et comme eux aussi, mais douloureusement, quand ils ne m’aimaient pas, comme au collège des Franciscains où je me sentais malmené, décalé, vers ma treizième année. 3. Je n’oublie pas, vibrant dans tout cela, l’exercice de ma liberté, vécu comme un jeu et une chance – alors que c’est un devoir.  

 

solitude 2imagesCA9C8XT9.jpg             Depuis le début de cette année 2013, monte de ce voyage analytique en moi-même une exaltation mystérieuse, un bonheur profond dont je ne comprends pas encore toutes les causes. Mais j’en goûte l’intensité, l’imprévu, la stabilité. C’est étrange. J’approche de ma 80e année, je vais mourir, mes sens m’abandonnent ; je deviens sourd, je vois mal, je maigris, j’oublie tout. La marche à pied, oui, ça va toujours, mais jusqu’où, et jusqu’à quand ? D’un mois à l’autre, mes capacités baissent. Ce bonheur, dès lors, d’où peut-il sortir ?

 

oiseau soluier imagesCA42K4V3.jpg            Il vient de ma foi, il ne peut venir que d’elle. De l’espèce de lien puissant, constant, résistant, exaltant, qui s’est établi dans mon esprit entre l’image que j’ai de moi et celle qu’on m’a donnée (implantée, insérée, inoculée) concernant Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui m’aime à en mourir, moi, et tous les hommes mes frères. Cet Homme-Dieu, je ne l’ai jamais vu (hm!) ; j’en ai pourtant senti l’influence, la présence, la bienveillance tout au long de ma vie. Et maintenant, il va se montrer, j’y pense sans cesse, le moment approche où je le verrai. Qui ? Cela. Lui.  « Je laverai ma face au lac de ton visage / Quand tu viendras, mon  christ, au soir de mon destin. »  Déjà en 1966… Début d’un poème de JEUNESSE.

 

    pape françois 2 imagesCAYSF2RG.jpg        Je m’interroge vraiment sur le tranquille bonheur dont me voilà baigné et lavé. Je devrais encore mentionner des faits extérieurs inespérés, qui m'enchantent, comme l’arrivée d’un pape providentiel, et une fierté nouvelle pour les chrétiens humiliés par les affaires de mœurs un peu partout ou d’argent sale au Vatican. « Un grand prophète est paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple » 

 

P. S.  Certes, ce bonheur personnel dont je parle disparaitrait si la souffrance physique venait envahir ma conscience, et qu’il n’y ait pas d’antalgiques adaptés. Il serait aussi menacé par une psychopathie. J’en mesure donc, j’en dis la volatilité possible. Reste qu’au moment où j’écris ceci, il me berce. Jésus est tellement là que j'en deviens bavard. Même la nuit, si je ne dors pas, je l'interpelle... C'est simple.

01/05/2013

C'est ce corps qui décide, à la fin

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Quatre mois ! Que se passe-t-il, pour qu’en quatre mois, je n’aie pu honorer l’engagement pris au nouvel-an de débroussailler chaque mois une question nouvelle, relative aux choses de la vie et à leur valeur morale dans l’optique chrétienne ? Il se fait que les moyens m’en ont été, tout à coup, diminués. Que des neurones cérébraux ont disparu, victimes, allez savoir, d’une irrigation défaillante, ou seulement de l’usure. Rien ne m’en a averti sinon, après coup, un triple refus : celui des « mots » d’accourir à mon appel, celui des phrases de s’ordonner sans sac d’embrouilles, celui de mon esprit de reconnaître pour vraiment mien ce qui sort finalement de ma plume… Bossuet aurait dit : il se meurt, avec ce pronom inchoatif qui décrit le temps ! Je reprends le sermon sur Henriette-Anne d’Angleterre et médite sur ces vérités premières : « Tout ce qui se mesure finit ; et tout ce qui est né pour finir n’est pas tout à fait sorti du néant, où il est aussitôt replongé. » Ah bon ! Vérité banale, un moins un égale zéro ! Je vous épargne d’autres misères, dont la menace ne s’est pas vérifiée, grâce à Dieu : au terme de deux scanners, mon pancréas est sain.  

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Si je ne peux plus rédiger de blog qu’à grand ahan, je peux encore lire avec plaisir ceux d’autrui, comprendre ce qui s’y débat, et même participer fugacement aux échanges. En m’abonnant au journal La Croix, j’ai découvert le blog tenu par Isabelle de Gaulmyn, Une foi par semaine. J’y ai trouvé une public de lecteurs d’une grande qualité, au double point de vue de la compétence théologico-philosophique, et de l’engagement chrétien : les pires conservateurs y engagent le fer avec les meilleurs réformistes. Ainsi je vous transmets une réflexion que je trouve pénétrante d’un certain Gershom Leibowicz, à l’occasion de la loi sur le mariage... dit « pour tous », et signifiant « incluant les homosexuels ».

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Le discours de l’église en matière de morale sexuelle se fonde essentiellement, dit-il,  sur une morale du surmoi et jamais sur une éthique du moi. C’est là sa faiblesse fondamentale. (…) Elle ne prend jamais comme point de départ la réalité vécue , rarement choisie et souvent imposée par les faits, comme dans le cas de l’homosexualité. C’est pourtant cette sexualité-là  qu’il s’agit d’orienter , après en avoir constaté , sans la juger, la réalité pour prendre en compte concrètement l’appel du message évangélique. Au contraire l’église prend comme point de départ un idéal de vie , objectivé de manière impersonnelle et hors de tout contexte auquel il s’agit d’ajuster sa vie sans tenir compte de la complexité du réel, ni des déterminismes de tous ordres, ni de l’irréductible unicité des personnes auxquelles elle veut imposer sa norme, qualifiée dans l’absolu et de manière théorique de BIEN individuel et social.

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A une telle approche idéaliste au sens philosophique du terme, G. L. voit deux inconvénients majeurs: placer la personne à priori dans une situation de culpabilité, face à un système dogmatique ; et la priver de toute possibilité d’évolution et de maturation. Et il conclu :  C’est la méthode d’ élaboration du discours moral de l’église cléricale qui doit être revue, loin de la fiction que la personne est totalement libre de ses choix, et qu’elle ne subit aucun déterminisme, social, psychologique , économique culturel)pour vivre d’une manière morale.

 

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Dans le dialogue poursuivi sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, il semble que Gershom L. ne mette pas en doute l’existence d’un « idéal » de la sexualité commun à tous, ce dont moi, je doute. Toutes les vertus chrétiennes définies theoriquement ne me semblent pas convenir toutes à tout le monde… Reprochera-t-on aux papes Pie ou Benoit de ne pas être des papes Jean ou François ? Ce qu’il faut pour tous, ce qui est demandé à tous, c’est la Charité. 

01/01/2013

JANVIER 2013 - CALINS ET BEAUX YEUX DE JESUS

 Voeux 2013 !.jpg     1er janvier :  le jour où tous souhaitent à tous tout le bonheur du monde, où chacun aussi le souhaite à chacun. On a quitté le passé, on n’est pas encore dans l’avenir, et voilà que dans ce minuscule présent de quelques heures on s’abandonne, on se donne aux mille feux de l’Espérance – attention ! l’espérance avec un petit e… Car rien n’est moins assuré que ces vœux de santé, de prospérité, de bonheur qu’on distribue libéralement à gauche et à droite. Rien n’est moins garanti, sauf si l’énonciation est, sous-entendue, une promesse personnelle, et qui engage : moi qui vous parle et qui ne suis pas loin  dans l’immensité du monde, j’ai du bonheur à imaginer le vôtre, je ne prépare mon bonheur qu’en préparant le vôtre, je collabore avec toutes les puissances qui peuvent à vous comme à moi être favorables… Les forces humaines collectives, la prévoyance divine. Bonne année !

 

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Pour l’heure, je suis engagé à exposer mensuellement et débrouiller à ma façon une problématique d’actualité, allons-y. Ma façon, c’est-à-dire ? Exploiter les ressources du terrain où Dieu m’a installé, comme dit le psaume 15, cet « espace où s’harmonisent réalisme et mystique » que j’habite aequo animo et que je fais visiter aux gentils amateurs. Harmoniser : faire se rencontrer des aspects qui paraissent opposés dans la vie de l’âme et qui pourtant se conditionnent – ce qui suppose qu’on ne confonde pas ces aspects. J’ai dans la tête à ce sujet l’extravagante homélie prononcée la nuit de Noël dans sa cathédrale par l’archevêque de Bruxelles, André-Joseph Léonard. Lisez-là d’abord, la voici dans son intégralité, telle que Cathobel la reproduit. Vous y trouverez des fantasmes artificiels qui vous laisseront pantois… Cette homélie n’a pas inquiété la presse, qui, n’y trouvant pas d’aspect politique, l’a délaissée pour s’intéresser à autre chose. Mais autour de moi, chez les esprits forts, les commentaires moqueurs se sont accumulés. Avec des adjectifs inattendus à propos de pareil seigneur de l’esprit. Benêt, godiche, nunuche…

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            Le propos épiscopal est pourtant louable. Il est de rendre à Jésus l’intérêt que sa personne a perdu et que les gens n’accordent plus aujourd’hui qu’à sa fête. Plus discutable est le moyen choisi pour revaloriser le lien entre les chrétiens et leur sauveur. Monseigneur juge efficace et approprié de vanter le bon exemple donné par d’autres, ces millions de gens dans l’histoire qui ont aimé Jésus-Christ par-dessus tout, Jésus Christ,  seule personne, avec Marie, à avoir suscité pareil attachement. Par comparaison, l’évocation d’autres vedettes comme Napoléon ou Marie-Thérèse d’Autriche (?) est censée convaincante. La princesse Diana, c’eût été plus clair…   

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Et voilà que, pour visualiser cet attachement, notre singulier  archevêque se fait puéril. Il veut être populaire, et va user d’un vocabulaire ou de manières susceptibles de plaire aux personnes simples, cibles premières de la nouvelle évangélisation.  1. Il nous faut, dit-il, « féliciter » Jésus, c.à.d le déclarer heureux de fêter sa naissance. Curieux : il a grandi depuis lors et a même quitté cette vie transitoire pour « naître au ciel », seul anniversaire fêté d’ordinaire dans la vie chrétienne.  2.  Il faut, parait-il, comme beaucoup l’ont fait lui envoyer des « Jésus, je t’aime », des « mots d’amour » équivalents à des messages au réveil disant « ma bien aimée, tu es le trésor de ma vie ». Envoyons-nous à nos morts bien-aimés de tels messages ? Nous leurs parlons, nous les appelons à l’aide, nous ne les rassurons pas sur nos sentiments qu’ils savent mieux que nous. 3. Il faut « soupirer amoureusement » (quand on est femme), lui envoyer (encore) des « baisers d’amour », et finalement « renoncer à tout pour ses beaux yeux ». L’auteur néglige au passage que l’adjectif qualifiant les yeux donne à ce tour une consonance ironique.  Rhétorique de romans.

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            Je trouve mystérieux qu’une si bonne intention puisse se dénaturer dans une formulation ridicule sans que son savant auteur en prenne conscience. L’intention, c’est de revaloriser le rapport personnel unissant, dans notre foi, tout chrétien à Jésus-Christ. La formulation, c’est de pénétrer pour ça dans le monde très différent de l’intimité conjugale et familiale, et de s’approprier comme référents adéquats une multiplication de mots doux, de bisous, de « papouilles » gnan gnan, enfantillages hypocoristiques proposés ici comme autant de messages signifiant adéquatement un lien structurel. Hélas ! Avec la complicité du public, qui, quoique un peu gêné, applaudit de confiance.  Il y a aussi confusion audacieuse de l’amour passionnel et de l’amour mystique. Audace gagnante ?

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            Au contraire. Tout le monde y perd. Qu’un tel sujet soit si mal abordé, si maltraité, est désolant. Car il est central, voyez. Toute fête liturgique est un rappel de notre communion en Dieu. On a toujours raison d’aborder de front la grande, la noble question de l’amour humain (et pas seulement « théologal ») qui unit tout chrétien un peu conscient à la personne de Jésus. « M’aimez-vous  ? » dira encore la Vierge de Beauraing aux cinq enfants visionnaires. « Pierre, m’aimes-tu ? » Cela, c’est la question que Jésus ressuscité pose au premier des apôtres (Jn 21, 15-19), - au premier comme au dernier des chrétiens, la question essentielle : te fies-tu à moi, t’en remets-tu à moi, es-tu attaché à moi, fais-je partie intégrante de ton devenir, de ton être ? Devant l’enfant de la crèche, devant ce moment originel où Dieu se fait homme comme nous, notre frère, notre égal, c’est la question à d’abord rappeler. L’amour et la foi s’y réunissent. Tous les miraculés de l’Evangile sont des gens habités par ce feu, et c’est ce feu-là qui les sauve. Va, ta foi t’a sauvé.  

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Reste à comprendre, humainement, comment pareille urgence puisse être traduite de façon si bizarre, - impertinente, comique, absurde, sans que l’orateur ait même conscience que là-dessus, il chante faux. Je n’ai pas plaisir à critiquer le chouchou du pape, à qui la plaisanterie qu’il affectionne réussit rarement. Il est actuellement conscient de son impopularité ; et - c’est à son honneur - il laisse en paix ceux de ses clercs qui ont pris leurs distances avec lui et poursuivent, fidèles, leur propre chemin commencé à Vatican II.  Se corrigera-t-il ? Il le pourrait s’il voulait. Mais il n’en ressent pas le besoin. Il y a peut-être chez lui, comme dans d’autres familles où tous les enfants deviennent religieux ou prêtres, une incompréhension congénitale de l’amour passionnel, à la fois gouffre et sommet. Lequel amour n’est en aucun sens l’analogue de l’amour divin, à la fois délice et renoncement. 

26/12/2012

Un vieil enfant

imagesCAATFSCZ.jpgNoël.  Quand le Verbe s’incarne. Ça fait donc cinq ans. J’ai commencé ce blog le 24 décembre 2007. Dès 2004, j’y aspirais. Sans passer à l’acte : m’arrêtait mon incompétence en informatique. Je me bornais à la fréquentation assidue d’une dizaine de sites que j’appréciais, au motif que leur thématique m’était chère : religion, amitié, littérature. A leur suite, je déposais de longs commentaires. Travaillés, toujours bienveillants, se voulant complétifs sur des points de détail. Mais je restais sur ma faim. Le rêve n’était pas accompli de pouvoir moi-même, en toute liberté, dire ma foi, mes convictions et mes sentiments personnels à un public nouveau, plus large que mon cercle d’amis qui n’avaient pas besoin de ça pour me connaître, et plus distinct de moi que le monde des étudiants et des collègues à propos desquels les responsabilités que j’avais exercées restreignaient ma liberté de parole. S’exprimer avec la liberté d’un enfant, d’un vieil enfant, le rêve en effet.

 

Freddy lecteur du Monde au Romantic.jpgIl s’est réalisé cinq ans. Finies les contraintes éditoriales ressenties dans les quelques publications où j’ai participé, finies les prudences prises dans la vie pour ne pas irriter les éminences n’admettant que l’obéissance aveugle. Plaisir à exposer les acquis de la vie – les questions nouvelles, les réponses provisoires… Avec, inattendues, inoubliables, des fulgurances : Dieu se donne. Volupté de Le traduire, sans sacrifier à aucune convenance, sinon au devoir de ne blesser personne – ce qui n’est pas convenance, mais norme de l'Amour. Dame Marie, sous le pseudo de Crocki, m’a servi d’avant-garde et de modèle. Son christianisme était le mien, m’a-t-il semblé : passionné et audacieux ; j’avais seulement moins de respect qu’elle pour les institutions, qui, presque toutes, m’ont déçu. Me déçoivent encore. Non à cause de leurs défauts, mais par le fait qu’ils sont niés par elles.    

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Aujourd’hui, le genre littéraire du blog a cessé d’être à la mode : il ne répond plus à la demande sociale, qui est d’avoir un contact immédiat avec l’autre, n’importe quel autre pourvu qu’il soit a priori sympathisant. Contact de l’ordre du bavardage anodin entre « amis » qui ne vont pas trop loin dans l’intimité… L’auteur propose aux lecteurs d’aimer (ou non) une trouvaille quelconque - photo, idée, fait divers - comme on solliciterait un avis sur le journal du jour. Une heure après, d’autres trouvailles ont pris la place de la première. Tempus fugit irreparabile. Je n’ai aucun mépris pour ces conversations qui ne diffèrent pas de celles que je peux avoir moi-même au café du coin. Mais elles ne me nourrissent pas. Elles ne m’excitent pas. J’ai besoin de temps. Seul un propos argumenté, défendu, original, construit retient mon attention ; et bientôt il s’attire mon intérêt passionné pour peu qu’il soit non seulement pensé mais « écrit » - avec ce que ce mot apporte de magique. L’écriture suscite, fait surgir :  elle (res)suscite même les idées mortes. Le gazouillement du tweet, je ne l’entends pas ; le parler clair de facebook,  je ne le comprends pas. Je les laisse donc à d’autres, – à qui je souhaite d’être heureux comme je l’ai été avec un blog.

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Merci à tous ceux qui m’ont lu pendant ces cinq ans, et qui ont réagi. Je pense à eux comme à des frères et des sœurs lointains, avec qui j’ai fait de la musique. Pour beaucoup d’entre eux, je ne les ai même jamais vus. Mais leur âme m’est familière. En fermant mon blog comme on ferme son piano, je les embrasse et les confie à Dieu.

 Mettant un terme à cette « aventura » que fut mon « journal extime »,  je ne veux pas ouvrir ma tombe plus tôt qu’il ne plaît à Dieu. Je prends donc la résolution de relancer mes lecteurs de façon mensuelle, par une chronique paraissant, en « postlude » sur le site de ce blog, le 1er de chaque mois ; chronique suivie quinze jours après d’une plongée dans mes archives, qui vous livrera quelques souvenirs inédits. Cette « suite » sera régulièrement alimentée. Promis. Trois, ou trente lignes, cela variera, mais vous saurez que je vis, que je rêve toujours. Jusqu’à ce que Dieu me rappelle à Lui.  Amicalement et fidèlement vôtre.

13:46 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/12/2012

Nos amours dépasseront leur haine

 

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Je ne vois pas comment je pourrais éluder la question, dans ce blog endormi  mais qui respire toujours. Suis-je pour l’intégration, dans l’institution du mariage civil,  des couples homosexuels qui le veulent ? Ce que le socialisme français nomme curieusement le « mariage pour tous », prêtant ainsi à l‘instauration de cet élargissement la force de l’exigence démocratique.  Pensons un peu...  Le mariage est le plus puissant des liens entre deux étrangers, les unissant pour la vie, dans la santé et dans la maladie, dans la prospérité et dans le malheur. Ce lien est respecté par toutes les sociétés, et rend du même coup  respectables les deux conjoints. Traités longtemps comme des malades ou des pervers, les homos de toutes sortes se rebellent, et entreprennent de partager le privilège avec les hétéros. Je comprends, je partage cette exigence. Même si j’en vois le caractère insolite, spontanément jugé comme aberrant. L’ esthète que je suis voit donc comment le mariage hétérosexuel, lui, est aisément magnifié dans l’imaginaire, et théâtralisé. Frac noir austère VS robe de satin blanc dont la traîne caresse le sol, et force mâle VS délicatesse féminine : on est dans un monde enchanté. Union moins des contraires que des complémentaires, à opposer à l’union homo donc des « mêmes ». Image à présent : musique et peinture. Le public est aisément sensible à la musique tonale traditionnelle, et aux portraits classiquement  ressemblants. Mais on constate que l’évolution naturelle des beaux-arts en est venue, dans les œuvres  picturales, à l’exploitation du chaos dissimulé dans le sujet comme dans le peintre, et, dans les créations musicales, à l’utilisation systématique des dissonances. Le conjugalité homo peut être vue comme un progrès de l’idée de mariage : celui-ci n‘est plus fondamentalement ordonné au renouvellement des générations, mais à une exigence plus contemporaine, dont la beauté nouvelle n’apparaît pas à tous.

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Le septuagénaire homo que je suis a vécu comme il est expliqué dans le film « les invisibles ». Le progrès des moeurs en matière de sexualité montait, sans que nul n’imagine le niveau qu’il atteindrait aujourd‘hui. J’étais un peu marginal dans le monde laïc, que j’avais quitté à vingt ans, pour expérimenter dans la vie religieuse la douce, l’incroyable proximité de Dieu, source de renoncements et fontaine de délices. A la trentaine, j’étais « rentré dans le siècle » sans que ma foi en Jésus-Christ ait décru. Elle s’exprimait partout, ardente. J’avais vu le ciel ouvert, et le disais. Enseignant, j’étonnais, je brillais, je charmais. Mais je mourais de la soif d’aimer. Mes deux parents étaient morts, l’un à 37, l’autre à 52 ans : j’étais seul. J’ai dit quelque part combien fut providentielle l’apparition de Bruno dans cet univers, son chemin vers moi, ma conviction progressive qu’il était « celui qui m’était envoyé ». Un soir, lors d’un voyage à l’étranger, nous nous sommes  mariés. Au pied de lit, sans témoins, avec la  certitude d’être entendus par Dieu. – Rien, ici, qui soit analogue au mariage français pour tous : celui-là est affaire politique.

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L’ irruption de l’Eglise catholique dans le projet du Président Hollande  m’accable. Les cardinaux Vingt-Trois et Barbarin font voir de la vraie méchanceté (chez l’un, qui parle de « supercherie ») et beaucoup d’outrance chez l’autre (qui prédit la polygamie et l’inceste pour achever la réforme !). Cent mille personnes, dont un quart sont catholiques, dit-on, reprennent ces  sottises dans la rue, pour les redire encore sur les commentaires d’internet.  Que veulent-ils ? Craignent-ils pour eux ? Non, le mariage traditionnel ne risque pas d’être changé, à aucun niveau. Mais ils bataillent « contre », contre les homos, qu’ils ne veulent pas admettre au banquet de leur vie. Il y a aussi dans leurs slogans des  assertions imbéciles. « Un papa et une maman, c’est mieux pour un enfant. » Bien sûr, frères et sœurs cathos. Mais ajouter à ces enfants naturels d’autres qui devront la vie, l’amour et le salut éternel à des foyers nouveaux, c’est très bien aussi. C’est un orphelin élevé par quatre femmes qui vous le dit.

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Arrivant  en fin de vie, je reste confondu par l’aversion flagrante et  très hypocrite des clercs à notre égard. Pourquoi ont-ils si peur ? Alors qu’il y a des services d’Eglise pour les pauvres, les infirmes, les étrangers – toutes ces Confréries où se rassemblent des personnes posant problème – il n’y a, sauf exceptions locales, rien qui soit jamais fait officiellement pour comprendre et aider dans le dialogue les « personnes homosexuelles » pour qui on affiche grand respect en même temps qu’on leur ferme le sacerdoce. Les meutes qu’on suscite aujourd’hui pour les obliger à rester marginaux sont pleines de haine dissimulée. Je me détourne à jamais de ces pharisiens chez qui Jésus va parfois souper, c’est vrai, mais qu’il dit totalement étrangers au Royaume.

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Pour finir, je sortirai de ces ecclésiastiques malfaisants un prêtre qui m’a accompagné fidèlement au cours de ma vie. Lui s’est occupé de « sauver » les marginaux de toute sorte. Dont les homos,  - dont je suis. Bien entendu, sa hiérarchie, fermée à ce souci  l’a souvent mal compris et finalement traité en marginal lui-même. Jean-Matthieu Lochten – comme quelques autres : feu André Hayen, feu Pierre de Locht, feu Edouard Boné – savait comprendre et aider ce qui n’était pas lui. Que Jésus le Ressuscité lui en dise, un jour lumineux, notre reconnaissance à jamais. .

22:28 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

26/10/2012

Les apôtres sont-ils femmes du Christ ?

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Dimanche dernier, Mgr Léonard quittait le synode romain sur la nouvelle évangélisation pour un saut à Bruxelles : il voulait entre deux avions, venir celébrer chez nous (chez lui…) le 50e anniversaire du concile. En même temps, répondre à nos préoccupations actuelles. Notre insatisfaction, pour tout dire. Pour bon nombre de laïcs croyants, les réformes souhaitées en 1963-65 n’ont pas toutes été menées à bien. Et ce n’est pas d’avoir été « trop loin » qui a fait tort, parfois, au rayonnement de la Foi, c’est de n’avoir pas assez progressé, -  d’avoir fait du surplace sur certains points. La place des femmes dans l’Eglise, par exemple. Pensez que le sacerdoce leur est toujours refusé. D’office, de naissance, comme une disqualification radicale et naturelle. Certains pères du Synode actuel, à lire le « Message au Peuple » concluant leurs travaux qui est publié dans la Croix, ont timidement tenté d’aborder la question, mais en vain :  le texte final n’en pas mention. Même pas. Là-dessus notre archevêque entreprend de nous tranquilliser, de nous remettre sur le droit chemin. Il mobilise son intelligence, s’adressant à la nôtre, ce qui est périlleux en matière de « vérité d’en-haut ». Que dit-il ? L’inaptitude féminine au sacerdoce est indiscutable. Pourquoi ? Lisez. Ce texte est publié dans le journal Dimanche du 28  octobre.  « Si l’Église n’ordonne pas de femmes prêtres, c’est tout simplement parce le Christ a choisi des hommes comme apôtres. Jésus se présente comme l’époux venu épouser l’humanité, et les apôtres le représentent dans ce rôle. Il est donc logique d’avoir choisi des hommes dans le rôle du Christ-époux. » L’archevêque-théologien insiste sur cette symbolique qu’il dit centrale dans la pensée de Jésus.

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Mais les catholiques d’après le Concile sont bien mieux versés qu’ils l’étaient avant dans l’exégèse biblique. Ils lisent les évangiles à partir de leur genre littéraire, de la rhétorique du temps, des compositions, des similitudes. Ils savent  que Jésus, nulle part, ne s’assimile lui-même à un mari ayant conclu un « pacte matrimonial » avec l’humanité. L’alliance de Yahveh avec Israël, c’est autre chose, et cette alliance là n’a rien de conjugal – pas plus que la Sainte-Alliance de 1815… St Paul non plus n’utilise pas cette image. La grande image qui est reçue et organisée au premier siècle est celle du Père (Notre Père)  et de ses enfants : le Christ étant le fils premier-né : tous les hommes (homines et pas seulement viri) étant repris dans sa filiation à lui. 

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Par ailleurs, tirer d’une métaphore des caractéristiques objectives à partir de points de vue nombreux est aberrant, en logique mineure. On pourrait, en revanche, travailler avec une analogie.  Comment fonctionne l’analogie, qui, elle, est rationnelle :  A est à B comme C est à D. Mathématiquement : A/B = C/D. Application immédiate : Jésus est aux prêtres ce qu’un mari est à sa femme. Ici on comprend. Et puis, parce qu’on comprend, on réfléchit et on se rebiffe : tout bien considéré, le lien du Christ avec ceux qui le représentent, qui distribuent ses sacrements, qui ont puissance pour le faire, n’est pas un lien affectif, conjugal : c’est un lien opérationnel. Celui d’un Maitre et de ses Serviteurs de confiance. Si vous tenez absolument à une métaphore d’hyménée, cherchez du côté des mystiques. Des saints…

22/10/2012

Derniers mots fraternels

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Voilà des mois que je laisse ce blog immobile, la bouche ouverte, sans le nourrir. Attendant quoi ? Je lui rends visite encore, pas tous les jours, mais régulièrement. Je n’oublie pas, je rêv e. Au début j’étais dans la colère pour l’animal en moi qui abandonnait le travail, devenu trop dur, réclamant pour être poursuivi le dynamisme d’un esprit vif, rapide, combatif. Illusoire aujourd’hui. Mais oui, les mots m’ont quitté comme autant de plaisirs défunts. Cela s’est fait en trois mois, au début de l’année, et un peu avant. Où sont ces mots que j’aimais dans leur puissance de révélation, leur habileté à vêtir, à traduire, à créer le réel ? Amants et maîtresses oubliés… Dont les sons, dont les lettres m’apparaissent devenus des mystères.. Sans eux je ne maîtrise plus ma propre pensée. Ce que j’exprime est sans cohérence,  je m’effare de l’impropriété, je dois fermer la porte sur moi -même.

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D’ici Noel je rédigerai encore une dizaine de billets, déposés ici comme les cailloux du petit Poucet. Mémoires de ce que j’ai vécu, événements dont je vous ai  déjà parlé. Voire d’autres, que j’ai tus, comptant les emporter sans rien dire dans la nuit et dont le souvenir m’indique l’importance cachée dans ma vie. Ma vie qui meurt, ce fut quelle vie ? Vie d’orphelin, de chrétien, de romantique, de lettré, de professeur, de musicien, de marginal, d’ami des femmes, d’amant des garçons, d’amoureux de Dieu.

 

Drôle de mec qui  - plus encore que Mauroy ? - se demande  pourquoi il est heureux au moment de partir. Est-ce de savoir où il va, où il ne peut pas ne pas aller, y étant appelé par l’Esprit ?     

 

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06/03/2012

Dialogue de la jeunesse

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La parole de Dieu est un silence où l’on pénètre pour en sortir instruit, toutes questions déposées, et le cœur dilaté. Rouvrant, à l’exemple d’une amie, le Citadelle de Saint-Exupéry (Pleiade, LXXIII p. 684), j’y trouve ce passage que j’avais lu puis oublié depuis soixante ans. J’en vois bien l’ingéniosité win-win (comme on ne disait pas encore), mais j’en goûte à nouveau (comme l’adolescent que je fus) la subtilité intellectuelle, le jeu logique dont, en ces temps-là, j’avais besoin.  

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Un seigneur berbère parle et se parle. « Me vint donc le goût de la mort ». « Donnez-moi la paix des étables, disais-je à Dieu, des choses rangées, des moissons faites. Je suis fatigué des deuils de mon cœur. » Il prie Dieu de l’instruire, et d’abord de lui montrer qu’Il existe vraiment, qu’Il n’est pas une projection de l’âme humaine. Au sommet de la montagne qu’il gravit, le double de Saint-Ex ne découvre « qu’un blog pesant de granit noir - lequel était Dieu. » Il se soumet, l’interroge. « Mais le blog de granit me demeurait impénétrable. »

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« Seigneur, lui dis-je, car il était sur une branche voisine un corbeau noir, je comprends bien qu’il soit de Ta majesté de Te taire. Cependant j’ai besoin d’un signe. Quand je termine ma prière, Tu ordonnes à ce corbeau de s’envoler. Alors ce sera  comme le clin d’œil d’un autre que moi et je ne serai plus seul au monde. Je serai noué à Toi par une confidence, même obscure. Je ne demande rien sinon qu’il me soit signifié qu’il est peut-être quelque chose à comprendre. »

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 Et j’observai le corbeau. Mais il se tint immobile. Alors je m’in-clinai vers le mur. « Seigneur, lui-dis-je, Tu as certes raison. Il n’est point de Ta majesté de te soumettre à mes consignes. Le corbeau s’étant envolé, je me fusse attristé plus fort. Car un tel signe,  je ne l’eusse reçu que d‘un égal, donc encore de moi-même, reflet encore de mon désir. Et de nouveau je n’eusse rencontré que ma solitude ». Donc m’étant prosterné, je revins sur mes pas. Mais il se trouva que mon désespoir faisait place à une sérénité inattendue.

10/01/2012

Je ne connais pas cet homme

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            Vous savez que j’ai, depuis quelques mois, grand mal à vous écrire, à concentrer mes idées, à trouver les mots qui se dérobent. A Noël, j’ai eu recours à Mauriac comme « nègre » magnifique pour vous dire mon bonheur de croire, en ces jours sombres où, comme dirait Bossuet, « je me meurs ».  Aujourd’hui, qui appellerai-je pour vous dire un autre bonheur, celui d’avoir vécu, aimé, joui de la Création et joué avec les Créatures, exposées comme moi  aux rigueurs des gendarmes ? Celui qui règne au Vatican ne peut décidément rien pour moi. Il me respecte, dit-il, mais il explique à cent diplomates que nous avons « menacé la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité », rien moins, mes frères et sœurs homos unis devant la loi civile, et moi avec eux en unissant devant Dieu mon sort à feu mon Bruno. Je laisse le potentat romain patauger dans le délire où, comme jadis, « il jure et rejure de ne pas connaître cet Homme », celui que nous sommes, qu’il le veuille ou non. Et je vous confie plutôt à une certaine Pascale Robert-Diard, l’auteur d'une histoire délicieuse lue ce jour dans mon quotidien,  le Monde. Son titre :  Deux petites culottes au fil de la procédure.  Je  reproduis le texte sans autre autorisation que le plaisir qu'il m'a donné Et vous donnera. En le lisant, on se sent dans l'esprit de Jésus, lucide et patient, tel qu'il est décrit au chapitre 8 de saint Jean.  

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« Nous, soussigné gendarme X, agent de police judiciaire, sous le contrôle de l'adjudant Y, vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du code de procédure pénale, rapportons les opérations suivantes : le 16 octobre, Mme T se présente à notre unité et manifeste le désir de déposer plainte contre X pour vol de linge. Nous enregistrons sa plainte. » Suivent dix pages de procédure, soigneusement cotées et paraphées. Elles commencent par la déposition de la plaignante : " J'avais étendu mon linge sur le fil à 11 heures, samedi. Je me suis absentée l'après-midi et, à mon retour, j'ai remarqué l'absence de deux culottes. - Pouvez-nous nous décrire les vêtements qu'il vous manque ? - Il s'agit d'une culotte blanche de taille 36 et une autre de couleur beige de taille 38. Je pense que mon voisin, M. Z, peut être l'auteur de ce vol, mais sans certitude. "

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Dans une petite ville d'Aquitaine, le gendarme X flanqué du maréchal des logis-chef Y vont le lendemain au domicile du voisin, pour lui annoncer sa convocation à la gendarmerie. Un mois passe. M. Z se présente à la date prévue. Il est retraité, un peu dépressif, et reconnaît tout de suite qu'il est l'auteur du vol. " Pourquoi avez-vous pris les deux culottes alors qu'il y avait d'autre linge ?- Qu'en avez-vous fait ?- Je suis rentré chez moi et je les ai mises dans le sac-poubelle.- En avez-vous parlé à votre épouse ?- Non, elle l'a appris quand vous êtes venus, elle l'a raconté à ma fille, qui m'a engueulé.- Pourquoi êtes-vous en mauvais termes avec vos voisins ?- Il fait du bruit le week-end avec sa tronçonneuse et le burin sur la ferraille. " Le gendarme X informe le procureur de la République. Celui-ci demande au voisin de dédommager sa voisine, en échange de quoi il prononcera contre lui un simple rappel à la loi.

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En décembre, la procédure s'épaissit. "Nous, gendarme X, sous le contrôle de l'adjudant-chef Y, poursuivant l'enquête en cours, joignons à la procédure l'attestation du dédommagement que nous remet Mme T, accompagnée du ticket de caisse d'un montant de 33,40 euros. Elle reconnaît avoir reçu un chèque correspondant de la part de M. Z. "  Le ticket de caisse de l'achat d'un "boxer Capucine" et d'un "shorty Joséphine" dans un hypermarché est enregistré dans le dossier.

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M. Z est convoqué une nouvelle fois. Le procès-verbal de " notification de rappel à la loi " est dressé. Le gendarme X reprend la plume : " Ce jour comparaît devant nous M. Z, auquel il est reproché d'avoir, sur le territoire national, frauduleusement soustrait une culotte blanche taille 36 et une autre culotte taille 38 sur un fil à linge au préjudice de Mme T. L'informons que, s'il était poursuivi devant le tribunal correctionnel, les peines maximales encourues pour les faits cités sont de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Invitons le comparant à ne pas renouveler l'infraction. La personne affirmant ne pas savoir lire, lecture lui est faite. "  Mme T décide de maintenir sa plainte. Le procureur est à nouveau saisi. Décide de classer sans suite. Fin de la procédure.

Ce qui m’émeut et m‘émerveille dans ce récit, c’est ce qui n’y est pas dit, et que tous nous avons compris. La Vie qui s'en va, le Désir qui reste, et le mystère de la Sexualité, pareil à celui de la Trinité. 

 

 

 

24/12/2011

Peuple, debout...

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Cette nuit, l'Occident s'empiffre, écrivait François Mauriac la veille de Noël 1957, dans un bloc-notes qu’on appellerait aujourd’hui "son blog". Le jeune religieux que j’étais retrouvait là, exposée, magnifiée, défendue,  sa propre vision du monde. Un lieu de foi, où le dialogue avec Dieu illumine la journée ; un lieu d‘amour, où sont anoblies les passions humaines.

Qu'y a-t-il de changé entre 1957 et 2011 Mauriac : « En l'honneur de qui et de quoi, tous ces bouchons qui sautent ? Il y a eu ce moment de l'Histoire, cette nuit entre les nuits, la naissance d’un enfant mâle entre des milliards d'autres. Ce qu'elle a signifié pour les générations qui nous ont précédés, combien sommes-nous encore, même parmi les chrétiens, à le savoir ? 

Peut-être n'est-il pas bon que je m'interroge ici à ce sujet. Des lecteurs s'irriteront, hausseront les épaules : « Parlez-nous donc de politique ! » Mais quoi, c'est la nuit de Noël. Croyez-vous que la politique des hommes n'a pas été concernée par cette nuit ? Si vous ne connaissez plus, vous qui vous réjouissez, la raison de votre joie, pourquoi ne vous la rappellerais-je pas, moi qui ne l'ai pas oubliée ?

Vous buvez et vous mangez autour de votre espérance morte - que vous croyez morte. Pourtant elle respire encore. S'il n'en demeurait rien, si peu que ce fût, Noël serait pour nous une nuit ordinaire. A vous aussi qui ne croyez plus, ou qui n'avez jamais cru, ce petit Enfant a été donné. Vous le portez maladroitement comme les hommes qui ne savent pas porter les enfants. Mais nous, les fidèles, nous qui le pressons contre notre poitrine, nous qui croyons à tout ce qui a été écrit touchant cette sainte nuit, comment le faire entendre à ceux du dehors ?

Ce Dieu-Enfant, il va croître rapidement au dedans de nous. La liturgie concentre, en quelques mois une histoire de trente années. Du petit être vagissant de cette nuit, il ne restera, au soir du Vendredi Saint, qu'un cadavre adulte, un cadavre torturé pareil à tous les cadavres torturés avant lui et après lui, dans tous les corps de garde et par toutes les polices, avec la permission de tous les Pilates, au milieu du silence approbateur des scribes. Encore un jour et une nuit, et puis cet homme sera de nouveau vivant. Il marchera sur une route auprès de nous à l'heure où les ombres s'allongent, car c'est le soir, et la vie est finie. Mais les plaies, même alors, ne seront pas refermées. Thomas et nous-mêmes y pourrons mettre les doigts : ces plaies indéfiniment renouvelées partout dans le monde et jusqu'à maintenant : à portée de nos mains, malgré les commissions de sauvegarde. Car ce sont bien les mêmes plaies: « En vérité, je vous le dis, c'est à moi-même que vous l'avez fait… »

C'est la famille qu'on fête aujourd'hui, presque partout. Pas la crèche de Jésus, mais le foyer familial. Les bouchons de chanpagne, eux, ils sauteront plutôt dans huit jours. Restent les anges dans nos campagnes, l'hymne des cieux, la nouvelle liturgie qui exalte qui s'en approche.

16:40 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/11/2011

"Le petit Dieu ridicule"

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La presse nous apprend qu’une conseillère communale CDH à Uccle a décidé d’interpeller son collège communal pour des faits de « christianophobie.» La Libre Belgique les rapporte à peu près comme suit (je résume : les amateurs de détails trouveront tout ici) :  Le soir du 28 octobre, un cortège d’Halloween aux personnages joliment déguisés, défile, emmené par un animateur qui a  visiblement des comptes à régler avec les catholiques. Il crie sa haine de Dieu et de la religion chrétienne ; il fait ainsi le tour de l’église d’Uccle-centre en injuriant les croyants et en montrant le poing en direction du bâtiment. Parmi ses clameurs, on entend : « Venez à nous, la cohorte des gens sans Dieu, qui grandit sans cesse et se libère heureusement de l’oppression chrétienne. » Ou encore, désignant l’église : « Maudissons ce bâtiment et ses courbes obscènes.» Ou enfin : « Qu’il vienne, leur petit Dieu ridicule sur sa petite croix." - Une dame interrompt l’homme déguisé en faune,  en lui disant que vraiment, il exagère. L’homme répond : « Mais enfin, c’est païen, c’est tout. » Comme s’il revendiquait un droit d’expression de ses convictions, dit la Conseillère, qui s’indigne, et invoque la loi Moureaux contre les discriminations. Plus tard, l’échevin concerné (qui est MR) est interrogé par la LLB : il est l’organisateur de la marche d’Halloween comme échevin de la Jeunesse, en effet, mais cette marche-là a eu lieu deux jours plus tôt (!) près du parc du Wolvendael. Ici, l’initiative émane des commerçants qui ont notamment fait appel à des comédiens…

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Tombent là-dessus, dans l’espace web du journal, plein de commentaires de lecteurs « pour » et « contre ». C’est pas  vraiment une guerre de religions, plutôt une querelle véhémente entre habitués. Le sujet passionne, même si on dévie beaucoup sur… sur  l’Islam, par exemple.  A mon tour, je me risque à une réflexion – que voici, stylistiquement remaniée.

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A-t-on oublié, dans l’histoire médiévale, les débuts de la littérature dramatique ? Les démoneries  intégrées dans la liturgie à l’occasion du carnaval ? La « fête des fous », « le jeu de la feuillée », ça ne dit plus rien à personne ?  Halloween, c’est une fête des fous, des spectres, des monstres, à l’exact opposé de la fête des saints, la Toussaint. Le théâtre qui se faisait sur le parvis opposait jadis, face à face, Enfer et Paradis, avec blasphèmes d’un côté et cantiques de l’autre. Halloween reprend l’héritage. -  Le Moyen-Age, c’est l’époque où les grands autocrates sont le pape et l’empereur ; le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, aussi détestables (alors) l’un que l’autre ; et que faire par rapport à ces maîtres hors d’atteinte, sinon se moquer ? La religion elle-même faisait une place à la moquerie, pourvu qu’elle soit excessive, qu’elle n’engage à rien. Goût pour la fantasmagorie, pour l’image du diable et des « damnés » , sujet de tableaux révulsifs.

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 Le comédien d’Uccle, lui, s’en souvenait. Et il a décalqué. Cette fois (hélas, mais c’est le signe de notre temps), c’est Jésus qu’il attaque, Jésus lui-même. Il « faut » désormais s’en prendre à Lui. Attaquer le pape, c’est déjà fait, et puis c’est banal depuis qu’ont été dévoilées les sanies de l’Eglise, et  ça s’est avéré pas drôle du tout. En plus, si le pape aujourd’hui menace d’attaquer en justice qui le montre embrassant un iman, que reste-t-il à agresser ?

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Il reste Lui, Jésus. Avec sa « petite croix », comme dit l’Insulteur de service. « Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; ils se moquèrent de lui en disant : salut, roi des Juifs ; ils crachèrent sur lui, et, en prenant le roseau, le frappaient à la tête. Après, ils l’emmenèrent pour être crucifié. »

Ne protestons pas, chrétiens. Amen.

 

15/11/2011

Les grands mots élastiques

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Le mouvement autrichien « Wir sind Kirsche » (Nous sommes l’Eglise) rassemble, on le sait, plus de 340 prêtres, qui se disent fatigués. Après bien d’autres, ils ont constaté la vanité de l’effort de dialogue qu’ils entretenaient auprès de la Hiérarchie locale et romaine : il faut, imploraient-ils,  rencontrer vraiment les problèmes structurels posés dans l’Eglise par des habitudes ossifiées, se défaire d’un conservatisme aveugle aux nécessités du temps - des hommes et des femmes de notre temps qu’on est en train d’ « affamer » en les privant de ce à quoi ils ont droit-  les sacrements. Refus des hiérarques : rien ne changera. Le Mouvement des prêtres en appelle alors à une « désobéissance » constructive. Et récemment (dimanche?), ils franchissent un seuil. Dit-on. Je les cite d’après la presse : « ils ont invité les laïcs à dispenser la communion, ainsi qu’à prêcher et à présider la messe, faute d’un nombre suffisant de prêtres. » Ce à quoi leurs supérieurs réagissent ce lundi par la déclaration suivante, que je cite d’après Cathobel : « les évêques se déclarent inquiets des problèmes que rencontre leur Eglise. Ils écartent cependant la proposition des dissidents: L’appel à la désobéissance a non seulement fait secouer la tête à de nombreux catholiques, il a aussi déclenché l’inquiétude et la tristesse ». Et d’ajouter: « Qui prend ouvertement et volontairement la responsabilité de célébrer la messe blesse la communauté ainsi que lui-même et fait preuve d’une attitude dangereuse. »

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                Ce que j’en pense ? Je m’irrite qu’on joue ici de façon grossière sur des MOTS. C’est une des faiblesses de mon Eglise (pas seulement de la mienne, des Eglises en général) de jouer sur les mots, l’abstraction de la théologie et le message transcrit par l’Ecriture sainte y poussent assez. Mais voyez vous-mêmes : les évêques et les prêtres rebelles, c’est l’évidence, ne parlent pas de la même « chose ». Ceux-là condamnent une faute que ceux-ci ne proposent pas. 

 

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                1) Le mouvement invite les laïcs à assurer une prédication puis donner la communion, ce qui est admis et déjà normalisé ; et à le faire dans une « ADAP », çàd une assemble dominicale en absence de prêtres , assemblée que l’un d’eux « présidera », il faut bien que quelqu’un le fasse, présider c’est normalement donner la parole aux autres. A cela, ils donnent le nom de « messe », ce qui n’est pas juste. Pour le reste, rien ici qui soit prohibé. J’ai assisté déjà à des ADAP régulières vers 1990, en divers lieux belges et français.  

 

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                2) Semblablement, mais en sens inverse, les évêques renforcent le sens de cette présidence de fait en parlant à son sujet de « célébration », ce qui est spécifique à la sainte messe où le prêtre est à la place de Jésus. Sans le sacrement de l’ordre, il n’y a pas « transsubstantiation », en effet, pour user à mon tour d’un « mot » réservé (sacré ou fétiche, ce sera selon votre foi). Mais ces évêques qui aggravent les mots minimisent en même temps les faits eux-mêmes : ce simulacre de célébration eucharistique ne provoque chez eux qu’inquiétude, tristesse, branlement du chef, blessure, danger : peut-être savent-ils qu’après tout rien ici n’est grave…             

 

Comprend-on que je n’aime pas ces jeux-là ? Les mots, c’est aussi la Parole, le Logos, le Verbe…  

09/11/2011

Moment lumineux

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Je transcris pour vous un texte lu dans La Libre, samedi au déjeuner. Le quotidien, comme il le fait chaque semaine pour une célébrité dans des genres divers, avait demandé à Philippe Herreweghe, chef d’orchestre gantois d’une sensibilité sans pareille, de faire son « autoportrait » en choisissant une date, une phrase, un événement, etc. Voici l’événement qu’il rapporte, comme l’un de ces « moments lumineux qui consolident notre charpente mentale ». Mon histoire se passe en 1983 : je donnais cette année-là mon premier concert en Amérique latine, dans la cathédrale d’Asunción, la capitale du Paraguay. A notre surprise épouvantable, on nous avait annoncé la veille que l’horrible dictateur Stroessner, qui vivait encore, risquait de venir en personne. On avait installé à son intention un tapis rouge traversant toute la nef centrale jusqu’à son trône, à cinq mètres derrière moi. A notre soulagement, le dictateur décida de ne pas honorer notre concert de sa présence. Les premières notes de Monteverdi retentissent. Surgit alors du bidonville tout proche une petite fille magnifique, elle doit avoir trois ou quatre ans, elle est en haillons, elle a le petit ventre gonflé par la faim, des yeux bruns inoubliables. Elle traverse toute la nef sur le tapis rouge, les militaires ne bronchent pas, elle s’installe sur le trône du dictateur, écoute tout le concert jusqu’à la fin, merveilleuse, émerveillée.

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Chaine de réactions en moi. 1ère.- Image sublime : celle même du ciel dans l’Apocalypse, avec le triomphe de l’agneau… 2ième (qui ne supprime pas la première) : c’est théâtral, une scène d’opéra, faite pour Herreweghe. Par lui ? 3.- (Réaction raisonneuse, plus mesquine): si l’enfant est arrivée après le début du concert, comment le chef d’orchestre pouvait-il voir ça, puisque, selon ses dires,  le trône est « à cinq mètres derrière [lui]», dit-il ; si elle est arrivée avant, comment le service d’ordre n’a-t-il pas fonctionné ?  4.- (Analogie) Je me souviens… Le professeur Jorge Magasich, docteur en Histoire avec une thèse sur le coup d’Etat de Pinochet en 1973, m’a confirmé ce que j’avais entendu par ailleurs : qu’au cours des années noires qui suivirent, le « Magnificat » fut parfois censuré dans les offices catholiques, où l’on supprimait ces deux versets  : « Il renverse les Puissants de leur trône, il élève les humbles &  Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les main vides ». 5.- (Suite) En préparant pour le lendemain les textes à lire à la messe à Ste Gudule, je tombe en arrêt devant ces traits attribués à la « Sagesse », cet autre nom de "notre conformation à Dieu" : resplendissante, inaltérable, devançant les désirs et se montrant la première, on la trouve assise à sa porte, elle apparaît avec un visage souriant, elle vient à la rencontre…

 

12:58 Écrit par Ephrem dans Actualité, Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/11/2011

Vous me manquez, frères invisibles

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Je vis toujours, vous voyez. Où ? Chez moi. Comment ? Seul, sans aide domestique, sans obligation sociale. Sans relation familiale non plus, sinon la visite quasi-quotidienne de Pierre, mon magnanime neveu. Le plus souvent, je suis en tête à tête avec une image heureuse, celle du Dieu-Père, communiquée par Jésus. Je me la suis faite peu à peu, à partir des épreuves traversées et des  grâces reçues, qui, les unes comme les autres, relèvent beaucoup des Béatitudes. En même temps, je… je décline. Voilà plus de trois mois que j’ai déserté ce blog, trop incertain que je devenais de son utilité, vivant mal la croissance des difficultés qu’il me pose. Je suis moins organisé que jamais dans ce que je fais, et plus soucieux qu’on ne croit de parler « juste », dans le respect des points de vue qui peuvent s’opposer – y compris dans ma conscience. Alors, me voir en train de bredouiller, de grommeler au lieu de m’exprimer... Oui, j’ai perdu avec les années beaucoup de l’appétit que j’ai eu pour les merveilles du monde. Je ne les mésestime pas : je les « vois », je les « sens »  toujours et les trouve belles comme jamais, mais l’effort est démesuré qui les porterait comme des fruits à la bouche, et je passe. Intérieurement, je salue. Extérieurement je me tais, je me tasse. Est-ce que je meurs ?   

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                La fibrillation cardiaque dont je vous ai fait confidence n’est pas cause de ce demi-sommeil. Elle me réservait une surprise. Après avoir survécu à l’opération d’avril qui ne l’a ni arrêtée ni dérangée, elle a disparu un jour de vacances, inopinément, sans que le médecin comprenne pourquoi. Aujourd’hui mon cœur a le pas régulier d’un tambour-major. Reste que l’envie de danser n’est pas là. Il y a toujours  de la musique, mais l’énergie me manque pour lui obéir.

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                Ce blog, pourtant, c’était ma voix publique depuis des années. La seule voix dont je disposais de façon souveraine. Si bizarre que cela paraisse, j’ai beaucoup joui d’en user, bien que m’ait taraudé déjà l’idée du renoncement, par appréhension de n’être pas toujours apte à le faire bien. Mais vous « parler par écrit », c’est continuer à prendre part au combat des humeurs et des rumeurs de la famille humaine, avec la double inspiration qui est mienne, minoritaire, mais que je considère comme utile à l’équilibre sociétal… Plus exactement, à la bonne santé de l’Eglise, qui est la communauté que j’aime par-dessus toutes les autres. Y être critique et lyrique,  à la fois. A la fois rebelle,  et fidèle.  Franc-tireur au départ et, pour finir, docile. Mais cette voix est devenue bien rauque, elle se fatigue à dénicher où se cache le vocabulaire dont elle disposait jadis comme d’un servant de messe ; et puis elle a dit déjà l’essentiel de ce qu’elle avait à dire en ce monde, et à lui. Bref : entre la tentation de fuir et le devoir d’embrasser, me voilà comme l’âne de Buridan en arrêt devant le silence éternel.

 

02/08/2011

François et Ignace

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Je passe mes vacances à m’instruire sur les deux hommes dont l’image, sinon l’exemple, a le plus compté dans mon developpement religieux: François d’Assise et Ignace de Loyola. Le premier est mort en 1226 ; le second en 1556. Le premier est un poète, un aventurier, populaire, actif, jovial, - très généreux.  Son milieu est marchand. Le second est un soldat, un chevalier, raisonneur, homme de l’ordre, sévère - très généreux. Son milieu est, et restera, élitaire. Tous deux sont maximalistes : une fois amoureux, rien ne leur fut difficile. Mais l’amour ne fut pas tout de suite au rendez-vous de leur jeunesse, d’abord soumise aux idoles de cet âge. Ce qu'ils nommeront la « vaine gloire ». Il faut que Dieu lui-même vienne les appeler. Ce qu‘il fait. A Spolète pour François ; à Manrèse pour Ignace.  Tandis que tous deux sont malades et souffrent, il faut le dire. Dieu vient rarement par beau temps.

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C’est ce qu’ils étaient avant (et juste après) d’être saisis par Dieu qui m’intéresse. Qui m'intriguait hier et aujourd'hui me passionne. Ce qui se passe quand il a 25 ans pour François, quand il a 30 ans pour Ignace. Cette espèce d’autre baptême. Ce qu’ils sont alors, faut pas croire, ils le resteront à travers la grande œuvre qu’ils réaliseront. Nos défauts et qualités ne se modifient guère avec l’irruption du Seigneur. Ce qui sera transformé en eux sera le dialogue incessant avec leur Dieu, le vrai Dieu, Celui qui ne déçoit pas. Il fera connaître à François la « joie parfaite » qui est celle du dénuement ; et à Ignace, parmi d'autres grâces, la douceur des larmes qui accompagnent l’oraison quand elle déchire notre suffisance et ouvre sur le monde entier.

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Cela n’empêche pas l’âme innocente, que je dois pour partie à la vieillesse,  de relire la série des Chroniques de San Francisco, a quoi Maupin, qu’il en soit loué ! vient de donner un huitième tome : Mary Ann en automne… 

17:49 Écrit par Ephrem dans Actualité, Foi, Litterature, Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2011

C'est heureusement ma faute !

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Qu’est-ce qui pourrait encore me séparer de l’amour du Christ ? Une des lectures de ce dimanche reprenait cette question de St Paul. La réponse est catégorique : rien. L’apôtre en a acquis la certitude personnellement (pepeismaï).  Son interprète à la cathédrale, avec le petit effet oratoire qui convient, énumère pour les écarter sept possibilités. Détresse, angoisse, persécution, faim, dénuement, danger, supplice : autant d’épreuves, déjà surmontées. Puis le regard se fait large, plus général : ni mort ni vie, ni présent ni avenir, ni les cieux ni les mers, ni les choses matérielles ni les spirituelles, rien. Nous ne pourrons jamais nous manquer l’un à l’autre, l’Homme et Dieu.  - En préparant la lecture, je me suis dit que, parmi ces obstacles, ne se trouvait pas ce à quoi, moi, je pense toujours : mes péchés. Ce qui pourrait me séparer de Dieu, ce sont mes péchés. Non pas ceux d’hier et d’aujourd’hui, pardonnés, je n’en doute jamais, car le sentiment de l’immense miséricorde de Dieu est celui qui m’inonde invariablement, dès que je commence à prier. La Pitié de l’Etre, la Paternité souveraine, l’Omniprésence de la Bonté ! Mais je suis libre. C’est moi, l’homme, que Dieu implore de venir à Lui. Et refuser, j’en resterai toujours théoriquement capable, tant que je serai conscient. D’où cette appréhension subconsciente, au cœur de ma Foi – que désamorce l’Espérance hyperconsciente qui est mienne.

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Un mot de cette appréhension.  Qui sait si, dans l’extrémité de mon âge, j’aurai une fin qui ressemble à ce que je fus ? Si ma mort sera la mienne ou celle d’un autre par rapport à celui que je pense être aujourd’hui. La communion des saints est un mystère d’échanges fraternels dont j’ai médité et accepté toutes les faces dès dix-sept ans, en lisant Bernanos.  Dès qu’on aime les gens, dans l’Eglise, on se distribue les uns aux autres les vertus et les grâces, sans trop savoir où elles vont. Sans mon instit, sans ma marraine, sans les soutanes qui ont couvé ma jeunesse, sans, plus tard, ces intelligents contestataires de l’ordre injuste, y compris ecclésial, comme Guillemin et Delumeau, critiques de l’orthodoxie au nom de l’orthopraxie, je n’aurais pas vécu en fils de Dieu. Mais l’inverse doit aller de soi. De qui ai-je porté le fardeau, à qui rendu la lumière ? Et finalement, qui sait si, payant la vie heureuse et la mort pieuse de Tel, et Tel, et Tel, que j’ai aimés, je ne devrai pas, moi, à la fin des fins, perdre la foi, expiant le mal comme Jésus, en disparaissant dans les convulsions, les cauchemars et les blasphèmes. … Et in hora mortis nostrae. Amen. 

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Autre thème qui m'inspire. Ce 31 juillet, en 1566, « naissait au ciel » (comme dit la liturgie pour qualifier la mort des saints) Ignace de Loyola, qui fut mon « père » en Dieu. Consciemment pendant dix ans, et inconsciemment bien davantage – mais pas toute ma vie. Que vais-je en dire ? Vous attendrez bien demain ou après, je dois digérer moi-même ce que j'ai trouvé aujourd'hui, avant de le balancer ici…

 

23:27 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/07/2011

Anniversaire

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C’est donc la dernière année où j’ai le droit de lire Tintin. Merci, mon beau-neveu de Liège, tout près désormais d’être bruxellois, de m’en féliciter. Merci, Anne-Cath, ma douce. Mais que m’importent  les années qui m’emportent  ? Il y a longtemps que je préfère, aux aventures d’un reporter magnifique, cynophile et astucieux, les  passions humaines et les récits qu’en fabriquent les ingénus, les purs, les pédés, les marginaux et les poètes. – Merci à ceux qui, ce jour, ont pensé à moi. A la messe (en néerlandais) au Finistère où je suis allé à midi, avec Pierre , ils étaient tous avec nous..   

 

22:03 Écrit par Ephrem dans Actualité, Amour, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

30/06/2011

Aventures de l'âme

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Beaucoup de blogueurs chôment ou raréfient leur activité créatrice, en cet été d’anomalie — politique, écologique, ecclésiologique — où le temps chaud complique ses charmes alanguis par la violence  d’intermèdes diluviens. Et moi ? Comme tout le monde : je n’ai pas grande énergie pour vous entretenir de l’actualité, ni même, comme j’en ai l’habitude, vous raconter les aventures de mon âme, ces plaisirs spirituels que l’âge, loin d’empêcher, favorise. Pas beaucoup d’énergie, pas grande envie non plus. Lorsque les lecteurs sont en vacances, les rédacteurs n’ont plus d’inspiration. - Il arrive qu’on parle seul, qu’on chante, qu’on pleure seul. Mais écrire ? On écrit à quelqu’un.

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Qu’ajouter ? Un mot. Un simple substantif que je vous offre comme un parfum, un sourire, une allusion. Pour  vous, en ce moment . Je viens de le lire, banal et bouleversant, dans « Ce grand soleil qui ne meurt pas », de Bernard Sichère. Ce qui accompagne celui qui cherche l’absolu, dit-il, c’est « cette chose étrange et profonde, ignorée depuis toujours de ceux qui ont le pouvoir, et qui s’appelle la fraternité. »

 

 

 

23:20 Écrit par Ephrem dans Actualité, Général, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

11/06/2011

Parler à l'Esprit

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Demain, fête de la Pentecôte. Et ce soir, à la cathédrale, à partir de 20 heures, « veillée de prières » présidée par Mgr Léonard. Ce n’est pas une messe ; et j’imagine que c’est plus mouvementé (cérémonialisé) qu’une adoration eucharistique. Des adultes y seront confirmés, dit-on. J’irai donc. Malgré deux hésitations. 1. Peur de m’y trouver  en milieu réactionnaire, péniblement triomphant si la rumeur que j’entends est fondée, à savoir que le pape s’apprête à ouvrir les deux bras, sans réserves,  aux schismatiques de la fraternité St Pie X, dans les quinze jours. Il profiterait de la fête des SS. Pierre et Paul pour réintégrer les intégristes têtus, qu’il confierait – au sein de l’Eglise -  à la juridiction du seul Mgr Fellay, moyennant une soumission polie du Successeur de Marcel Lefebvre. Tristesse. J’ai déjà fait une fois l’expérience : il m’est difficile de prier avec ces obstinés pharisiens. 2. Vis-à-vis de l’autre tendance probable, charismatique et démonstrative, je n’ai pas de répugnance, seulement de la gêne. La prière, pour moi, suppose de la pudeur. Mais là-dessus je ne me donne pas raison. La façon dont les pasteurs afro-américains font danser et chanter leurs paroissiens est spirituellement d’une efficacité évidente. 

Canari ImagesCAGOJWAI.jpgEtrange fête que la Pentecôte. C’est alors que naît l’Eglise. Tandis que Jésus est parti, et parce qu’Il est parti. Il l’a lui-même expliqué : s’il ne partait pas, il ne pourrait envoyer à sa place l’Esprit-Saint. Qui apprendra aux disciples des choses que Jésus vivant n’a pas pu ou voulu dire. Transmettre. - Difficulté de visualiser cet Esprit. Allons ! C’est le vent, c’est le souffle, c’est l’optimisme, la liberté… Justement : difficile de personnifier cet esprit, de lui parler. Parle-t-on à une valeur, à un symbole, à un canari ? Or cet Esprit, que le concile de Nicée en 325 mentionnait sans rien en dire, il est capital dans notre Foi, selon ce qu'a vu le concile suivant, Chalcédoine, en 381. Car cet Esprit est Seigneur, c’est-à-dire Dieu, une des trois Personnes, co-adorées et co-glorifiées, c’est Lui qui donne la Vie, et ce qu’il est possible d’en savoir : Lui qui parle par les Prophètes.

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Dans le très vieil hymne carolingien « Veni sancte spiritus », que j’ai appris par cœur et chantonne volontiers, je retiens surtout  le 2e couplet. Il m’a accompagné ces temps-ci: veni pater pauperum, veni dator munerum, veni lumen cordium. Père des pauvres, donneur de cadeaux, lumière des cœurs… Se rappeler que les pauvres, c’est DSK autant que la fille d’hotel ; les cadeaux, c’est la vie, l’amour et la conscience qu’on en a ; et l’illumination des cœurs, c’est, pour user d'un mot grave, l'accession à la Vérité.

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04/06/2011

Croire, c'est croître dans la foi

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Cette image, je la tire de mon quotidien du matin. Elle en rappelle une autre, que vous connaissez bien, que vous trouverez ici si besoin est. La Piéta sculptée vers 1500 par Michel-Ange pour Saint Pierre de Rome : un marbre de douleurs, où s’imposent comme des anges l’harmonie, la beauté, et la paix. La réplique que je vous invite, aujourd’hui,  à regarder, est tout autre. Elle s’expose ces mois-ci à la biennale de Venise, c’est l’œuvre de Jan Fabre, le sculpteur flamand mondialement connu. Je cite ce qu’en dit Guy Duplat, l’envoyé spécial de la « Libre Belgique », page 53 du journal des 4-5 juin :  « la Vierge a une tête de mort ». La précision n’était guère utile : qui ne l’avait remarquée ? Quel en serait le sens ? Son absurdité : ce n’est plus une femme vivante qui accueille son enfant détaché de la croix : c’est, absolue comme un squelette dépouillé de toute chair, la méchanceté du Temps. Utiles, en revanche, les deux autres informations du journaliste : c’est l’amie de Fabre qui a servi ici de modèle  à la Vierge. Et dans ses bras, c’est l’artiste lui-même, Jan Fabre, tout habillé, qui tient la place du Christ. M. Duplat n’a pas la sottise de se scandaliser : « Une œuvre nullement blasphématoire. »  Puis il propose une explication :  « Il s’agit de montrer la souffrance de la mère et la place de l‘artiste qui meurt pour son art. »  Ici, je doute beaucoup de la souffrance de ce cadavre, et tout autant que la passion de l’artiste soit comme une Passion. Mais soit…

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Nos arts – musique, poésie, peinture – sont marqués depuis cent ans (le début du XXe siècle) par un énorme doute sur eux-mêmes, sur la légitimité de leurs moyens. La musique crie ou grince plus qu’elle ne chante, la poésie marche à contresens, la peinture ne va plus sans poser des énigmes… Je me souviens qu’en 1966, le grand prix de la même biennale de Venise avait été une toile immense où rien – rien - n’était peint ! Toile que l’artiste avait lacérée en son milieu, d’un coup de couteau. Sens probable, parmi d’autres possibles : aujourd’hui, la peinture n’a plus d’avenir,  elle se suicide.

 

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Qu’aujourd’hui la religion chrétienne ait à subir le même questionnement que les arts ne devrait pas étonner. Nous créons autrement qu’hier, nous croyons autrement aussi. Pas seulement les chrétiens ordinaires, mais aussi les prêtres et laïcs en charge de mission apostolique. Parce que nous ne pensons plus que Jésus ait « forcé » les consciences par des miracles évidents. Ni que les prophéties dans leurs diversités et imprécisions eussent été aussi évidentes que Luc le fait dire à Jésus le soir d’Emmaüs. Mais je reviendrai sur tout ceci. C'est parce que Tu m'aimes par-dessus tout, mon Christ, que je parie tout sur Toi. C'est parce que je suis critique que ma foi contribue à la venue de Ton royaume.

23:20 Écrit par Ephrem dans Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/05/2011

Monarchies servantes

philippe et ses enfants.jpgOn lit pour l’instant chez « Eusèbe » un paradoxal éloge de la monarchie, où le jeune Français se débat entre une empathie de principe et des réserves de personnalisation. Il aime les princes et princesses, à condition de ne pas les rencontrer en chair et en os. Le Belge que je suis a un sentiment similaire mais dans l’autre sens : j’ai beaucoup d’estime pour la plupart des membres de la famille « de Belgique », dont la diversité, l’humilité, la ténacité aussi n’ont d’égal que leur respect des institutions qu’ils symbolisent. Quoi qu’ils fassent, ils seront critiqués, et ils semblent en avoir pris leur parti. Ils n’ont d’ailleurs plus de pouvoirs réels. J’admire que, tels des aigles royaux ou des lions en cage, ils consentent encore à manger sans se plaindre ce qu’on verse dans leur auge, et dont on ne cesse de leur rappeler le prix.

 

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Quant au principe monarchique, je doute qu’il protège encore la Belgique, cette tchécoslovaquie qui a le malheur de n’avoir rien à opposer à Bruxelles, d’avoir un Prague sans un égal Bratislava. Mais au-delà du symbole unitaire, le système a un curieux avantage : il instaure des élites. Des lignées d’élite. Par l’anoblissement héréditaire, il installe dans un pays des façons de vivre, des mœurs dont la valeur dépasse l’individu, grâce à des associations familiales dont le pivot n’est pas la richesse ni la célébrité, mais l’honneur, à partir du souvenir de l’ancêtre historique. Ces réflexions m’ont occupé samedi soir, en entendant le ténor français Stanislas de Barbeyrac, finaliste de notre Concours international reine Elisabeth.  Dans l’interview où il parle de son art, puis dans sa façon d’interpréter l’Ingemisco du Requiem de Verdi qui m’a tiré des larmes, il a donné le but qu’il avait dans la vie : la beauté dans l’honneur. « C’est la devise de ma famille », a-t-il dit, sans prendre conscience qu’avec ces mots il s’éloignait de mille lieues du grand public, rétif à ce qui n’est pas la mystique égalitaire.

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Je note une ironie de l’histoire contemporaine : les monarques ne sont plus, d’office, producteurs d’aristocrates. Aux Pays-Bas, par exemple, le Souverain n’anoblit personne, même pas les conjoints des enfants royaux. 

18:52 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/05/2011

L'humiliation du mâle

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      Pourquoi cette tristesse, en moi, à propos de « DSK », ? Je ne vais pas vous infliger une Xième analyse politique, ni une autre leçon de morale. Pas non plus une apologie naïve de la drague qui harcèle. Spontanément je ne vois ici qu’une chose, qu’aucun journaliste, aucun moraliste, n’approfondit. Un homme est à terre, humilié comme personne, mis à mort par les siens.  Les siens ? Une société érotomaniaque qui s’érige en justicière impitoyable et puritaine. Qui est-ce ? Allons ! vous le savez, même si aucun prêtre ne le dit dans les blogs que j’ai consultés : c’est le Christ. - Mais c’est un type dégueulasse, il a tenté de violer une pauvre servante ! Oui, comme le roi David autrefois, avec Bethsabée, avec Abisag quand il est très vieux ; autrefois, mais aujourd’hui, c’est le Christ. - Tout de même, c’est un anormal, qui ne résiste pas à ses pulsions extrêmes. Plutôt un être humain comme vous et moi, qui nous reconnaissons pécheurs, d’une façon ou l’autre – Il y a tout de même une échelle des fautes… Je n’ai violé personne, moi… - Sans doute, mais il y a aussi une échelle des sensualités grossières, où l’on ne choisit pas sa place sans trembler. C’est quoi, un mâle, avec ce que la nature a prévu de force, de prise, de maîtrise, de puissance obligatoires avec un instrument qu’on domine mal, dur quand il ne faut pas, flasque quand on en a besoin, capricieux en tout cas, déraisonnable et plutôt ridicule. Mon père, mort en 38, dont ma mère m’explique dans les années de guerre le dégoût qu’elle avait de lui, tandis qu’il se masturbait à côté d’elle chaque fois qu’elle refusait son étreinte. Déjà le 5 avril 2008, j'y ai fait allusion... Je me dis souvent que je suis devenu homo en entendant sans réagir ce récit où la narratrice pensait que je trouverais matière à « rester pur », où l’auditeur à culottes courtes, lui, se découvrait susceptible de dégoûter un jour la femme qui partagerait son lit, et en souffrait d'avance. 

     

 

anne_sinclair_reference.jpgHeureux, en revanche, de voir, dans le prétoire, quand sous les caméras voyeuses du monde entier, l’accusé est amené menottes aux poings, sa femme, Anne Sinclair. Que fait-elle là ? Elle prend sa part de l’humiliation. Quelle Femme ? Stabat dolorosa, juxta crucem...

 

 

09/05/2011

Si peu

Jean Grosjean 'Si peu'.jpgA la messe de 12h30, qui réunit à la cathédrale surtout les artistes, on a lu hier, en fin de liturgie, le texte suivant, que j’ignorais : il est si beau qu’aujourd’hui, il ne veut plus quitter ma mémoire. Un extrait de Si peu, de Jean Grosjean. Qui est-ce ? Un homme du siècle passé (1912-2006), un artisan  d’abord, puis un prêtre catholique allant se former en Orient ; puis en 1940, un prisonnier de guerre, et en 45 un collaborateur des éditions Gallimard. Qui se déprêtrise en 1950, se marie, et ne cessera plus pendant cinquante ans de s’intéresser passionnément à l’Ecriture Sainte : il traduit la Bible dans la Pleiade, de concert avec un autre ex-prêtre. Toute son œuvre, qui est forte,  ne fait à peu près que ça : interroger la Bible, ses héros, ses récits. Loin de s’éloigner de Dieu, Grosjean s’en est mystérieusement rapproché. De ce milieu biblique et évangélique qui est devenu le sien, il écrit pendant cinquante ans quelque chose qui, moi, me fait chavirer de bonheur. Ce n’est pas un poète ésotérique : il parle simple. Ni un « hérétique », un penseur de la marge : certes, il ne se préoccupe pas de ce que pense Rome, mais il ne la combat pas, ni personne. Il s’attaque seulement à l’insignifiance, à l’insipidité. Ce dimanche-ci,  – après que la première lecture eut insisté sur la présence dans le psaume 15 de versets prophétiques ­– l’Evangile racontait comment Jésus accoste, sur le chemin d’Emmaüs, une certain Cléophas et son ami(e),  et se fait finalement reconnaître sans s’être jamais nommé. La méditation du poète porte sur toute la journée pascale. Lisez.

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                Le Juste est parti comme partent les êtres les uns après les autres. On peut laisser deux ou trois Marie embaumer le corps, nous, c'est d’un Christ vivant, ou mourant, mais pas d’un mort que nous avons besoin.

                Nous ne réclamons pas. Personne n'a droit à rien. Nous ne serons pas des manifestants. Notre Père sait mieux que nous que nous ne pouvons pas nous passer de son Christ.

                Le Christ n'est pas l'absent du monde, il est celui qui nous fausse compagnie, mais justement c'est par là qu'il est notre bouée dans le malheur. ( ... ) On a beau savoir, on ne sait pas. Les camarades restent pantois quand le Messie les quitte. Il murmurait des mots d'adieu qui déchirent le coeur (mais on n'y croyait pas) et il descend de voiture sans nous, en tout cas, avant nous.

                II avait dit: Laissez les morts enterrer les morts. Alors où vont les Marie ?

                Le dimanche matin, il rôde en jardinier sur le coteau du cimetière. L'après-midi, il se hâte sur une route de campagne. Le soir, il dîne en ville d'un reste de poisson frit. On le reconnaît à sa manie de poser des questions abruptes: Pourquoi pleures-tu ? De quoi parlez-vous? Avez- vous quelque chose à manger ?  

                Ce qui est moins dans sa manière, c'est de montrer ses plaies. Il arbore sa défaite et ce qu'elle lui a coûté. Il ne joue pas au surhomme, ni à être Dieu. II se veut seulement le travailleur accidenté, le serviteur usé par le service.

                Du même coup il nous convie à son métier de Fils. Il fait signifier quelque chose de son rôle à nos sentiers de mortels.

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                Post-scriptum : je ne vais pas très bien, vous le savez, et je le confirme; en six mois, j’ai vieilli d’une demi-génération ! Mon coeur, requinqué par les chirurgiens et sommé de reprendre sa besogne correcte à la pompe, n’obéit qu’avec lourdeur, sans énergie, comme un âne éreinté que même le fouet ne fait plus avancer. Ce qu’il fait le mieux, désormais, ce qu’il fait bien, c’est dormir. Sommeil paisible, c’est déjà ça ! Ne devrais-je pas vous dire adieu, vraiment adieu, avant que Dieu lui-même en dispose et l’impose ? Je balance toujours sans me fixer. Amis du blog, je vous suis tellement attaché. Ne prenez pas mal, si possible, le rythme alangui de mes communications actuelles. Il maintient un contact sans me prendre toute la conscience.

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24/04/2011

Alleluia !

Emmaüs encore.jpgJe ne voudrais pas que passe la fête de Pâques sans que j’ai dit ici, tout à la fois, ma bonne humeur et mon extrême épuisement. L’épuisement est physique : les quatorze ablations dans le cœur subies par catheter se sont faites avec succès, me dit-on, mais de cette réussite, je ne ressens pas encore les effets ; je me traîne, amaigri et perpétuellement fatigué. Quant à l’humeur, étrangement, elle est plutôt joyeuse. L’étrangeté est l’abondance des larmes qui me viennent aux yeux à tout propos. Je me sens comme quelqu’un qui s’en retourne où il est né, après un long séjour au bizarre pays des passions, des risques et du feu. Où je suis né, il y aura mon père, que je ne connais pas, que je découvrirai  ; et ma mère, dont je me ré-enchanterai. A l’Eglise, du baptistère à l’autel en passant par le confessionnal et le chemin de croix, il y a déjà, qui m’accueillera en souriant, mon Créateur, mon Sauveur, Celui que fut vraiment, dans l’ombre, dans le froid et dans le silence, mon Amoureux. Ne me consolez pas, je vais bien. Le Christ est ressuscité et je suis en train de ressusciter avec lui.

 

Finger - cf. Flickr.jpgAu dehors,  je vois avec tristesse que l’Eglise catholique subit la persécution. Puisse-t-elle en être purifiée ! Cela sera si elle sait éviter le rigorisme pharisien. Les journalistes, comme des chiens, sont en chasse. Tantôt le monarque belge perd le droit d’être chrétien, tantôt l’archevêque celui d’être clément vis-à-vis d’un collègue qui a manqué jadis, jadis ! à la vertu de chasteté, à une époque où celle-ci suscitait surtout des critiques, - un collègue qui avait plutôt manqué de discernement pour n’avoir pas senti l’imperméabilité absolue qu’il y a entre la sexualité des adultes et celle, entièrement sui generis, des enfants…  Mais parlant comme je fais, je vais m’attirer les foudres des vertueux, c’est-à-dire de tout le monde, et franchement, je n’ai plus la force de me battre, d’être l’avocat des pauvres, les vrais pauvres, ceux qu’il est convenable d’accabler… Ah ! Ce n’est pas seulement le Japon qui est patraque et privé de Dieu, ni les pays arabes où l’on ne maudit bien que ce qu’on a d’abord adoré. C’est l’opinion publique occidentale qui est moche, avec son désordre économique, son anarchie politique et l’hypocrisie morale qui y sont comme des lois.

18:28 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

29/03/2011

Ici, il s'appelait Palagio...

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Mon ami Amand D’Hondt,     qui a accompagné ce blog pendant des années sous le nom de Palagio, nous a quittés dimanche, emporté par une crise cardiaque. C’était un chrétien comme on n’en fait plus. D’une générosité essentielle très rare : c’est dans le don, la magnanimité, que son ego, qu’il assumait bien, s’exprimait le mieux. J’avais 18 ans quand je l’ai rencontré aux facultés de Namur. Nous étions cette année-là, parmi les étudiants inscrits à  la candidature en droit, les deux seuls à suivre en outre les cours de candidature en philosophie « pure » (le groupe A de la philo et lettres)…  Il était alors fan de Blondel, j'aimais Kierkegaard. Et  ensemble nous lisions la Bible le soir, bataillant sur telle ou telle interprétation. – Par la suite, nous ne nous sommes jamais perdus de vue. De nos dissensions, idéologiques ou autres, nous avions le génie de sortir soudain, meilleurs… Il savait pardonner. Docteur en droit, il m’avait aussi, un temps, remplacé avec intelligence à la présidence de la Haute Ecole Galilée, quand je dus m’en aller détruire les cellules malignes qui me faisaient la guerre. Merci pour tout, frère. Pour ton coeur grand. - Père de Jésus-Christ, accueille dans ta maison cet homme magnifique, père de famille très nombreuse, beau preneur de risques, incertain de sa propre justice, et tout pareil à ces figures fortes que ton Evangile nous présente : Joseph, celui de Nazareth, celui d’Arimathie, et Nicodème…  

22/03/2011

J'en veux à Dieu...

ofrtp-japon-seisme-nucleaire-top-20110312_large___.jpgL’instabilité du monde est troublante. Après Haïti, dont les malheurs géologiques ont paru presque fatals, parce qu’en accord avec la misère du pays et (injustement) avec la jovialité de la population primesautière, voici qu’est frappé le Japon, ce laboratoire industrieux et industriel dont le mode de vie est une liturgie, dans des villes fonctionnant comme des temples. Ici l’homme ne s’est pas laissé vivre au soleil, il s’est mobilisé pour obtenir de la nature physico-chimique la servilité qu’il était en droit de réclamer – selon la Genèse (2, 28). Mais l'esclave Nature vient de manifester son insoumission en inondant par vagues immenses des kilomètres carrés de terre, puis en démantibulant les trois fortins censés garder le trésor vivant de l’Energie. Qu’est-ce qui se passe ? Dieu, dont les psaumes de David et le livre de Job, en guise de réponse à la plainte des Justes éprouvés,répètent la toute-puissance de Créateur et de Sauveur, « cela ne te fait donc rien que nous périssions ? » (Mc, 4, 38).

 

Kadhafi 2 imagesCAOODCZ8.jpgEn Lybie, nous jouons les sauveurs, les vengeurs, - après avoir tellement tardé que le péril s’est complexifié, renforcé. Ici ce n’est plus la matière qui est en rébellion, c’est l’esprit. Kadhafi Père a adressé au monde le défi de menaces aussi immorales qu’ outrancières ; et son fils Saïf al-Islam, le déni méprisant de la réalité : « Non, il ne se passe rien en Lybie », puis : « C’est pas nous, c’est al-Qaeda ». Ces jours-ci, le régime a proclamé un cessez-le-feu, pour mieux le transgresser deux heures après. Perversion. Qui n’empêche pas le danger. Tripoli est en train de retrouver l’image de la faible proie convoitée par les puissances pour des raisons cachées. Le pétrole. Et sur les rebelles, le discours majoritaire en Occident redevient condescendant : ils ne sont plus le Peuple, ils sont… eh bien des rebelles, justement. Ce qui est exact. Quoi qu'il veuille, notre illégitime gouvernement a déclaré la guerre. D’où l’étrangeté du trouble où nous vivons. Autant le Japon inquiète mais rassemble les hommes de bonne volonté, autant la Lybie les disperse sans les inquiéter vraiment.

 

1489877754.jpgCe blog n’est pas politique, et je ne vais pas vous infliger mes prévisions pour l’avenir. Ce que j’ai à dire, c’est ma consternation morale, « existentielle ». Franchement, j’en veux… comment continuer ? Oui, j’en veux à Dieu de son éloignement. Comment celui que nous nommons avec Jésus 'Notre Père' tient-il ainsi en défaut ce qui est dit de lui par Lui ? Il ne lève pas pour nous sa main puissante, Lui qui a censément créé le monde. Il laisse les menteurs répandre l’imposture, et les injustes la terreur, lui qui a censément arrêté Pharaon - et pour qui, selon Jésus, importe le moindre cheveu de notre tête…

 

photo-cameron-diaz-chauve.jpgNous n’en demandons pas tant : ces cheveux, la plupart des mâles te les abandonnent d’avance, ô Père. Il s’agit de notre vie actuelle, du royaume terrestre, où nous souhaitons aussi que ta volonté soit faite, et où, après la venue de ton fils, tu te crois dispensé d’agir encoreJe ne suis pas fier de ces mini-blasphèmes que je murmure ici comme un sot – comme Eliphas, Baldad et Sophar, les amis de Job. Aide-moi donc à transformer ces griefs en prière, Seigneur mon Père, Toi que la fatigue de mon sang et l’anarchie de mon cœur ne me permettent plus d’imaginer dans l’ombre, quand vient la Nuit, et que je ne dors pas… Ce n’est pas pour moi que je prie, j’ai eu ma part d’amour et de gloire en ce monde (la gloire, concept ridicule en milieu incroyant, mais qui sature toute la liturgie qui la rapporte inlassablement à Dieu : faut parfois se demander ce que ça veut dire*). Je te prie pour la jeunesse qui voit son avenir compromis. Aujourd’hui, vas-tu laisser toute vie terrestre contaminée par la radio-activité ? Rappelle-toi qu’à Noé, tu as promis de ne plus jamais exterminer notre race. Vas-tu laisser la sauvagerie, le mensonge et la cruauté raffermir leur trône dément au sein des nations ? Rappelle-toi comment tu as, selon Daniel, « compté, pesé, divisé »  le dernier roi de Babylone, Balthazar. Parce qu’il n’y a qu’un seul Roi possible : le roi des Juifs, Jésus de Nazareth…

 

·         Réponse d’Irénée, au IIe siècle : La gloire de Dieu, c’est la vie de l’homme… Gloria Dei homo vivens (Adv. haer. IV, 20, 1-7)

 

·         Les journaux francophones n’en ont pas dit un mot ; les néerlandophones, concernés – il s’agit d’un des leurs – ont parlé de lui avec bienveillance, sans inutile pudeur. Le curé-doyen d’une ville flamande s’est jeté dans la Lys un dimanche, à la mi-février. Sans que personne ait été là pour le dissuader. Pour partager, donc enrayer son désespoir. Le corps a été retrouvé un mois plus tard ; et enterré samedi dernier. Ce prêtre était une vocation tardive. Et aussi un homosexuel « pratiquant ». Aimé de ses paroissiens, mieux connu de ses frères selon la libido. A la fois gentil, coopératif, gai et gay, il trouvait plaisir, faute de mieux, dans l’humiliation imaginaire d’être ce qu’il était. Accueille-le, bon Maître, lui qui nulle part ne fut vraiment chez lui.  

 

·         Personalia. J’entre en clinique le 5 avril à midi pour être opéré le 6 à 8h30. Rappel : ablation de la fibrillation auriculaire par radio-fréquence. Ce n’est pas gagné d’avance (ni perdu :-), c'est seulement une aventure dont mon cœur n'est plus capable de se dispenser. Tois mois que je me traîne, ça suffit ! – « Et si on ne se voit plus… ? ». Pardon : si on ne se lit plus ? Sans dramatiser, sachez que j’emporte de vous qui m’avez accompagné dans mes rêveries scripturaires un souvenir vraiment fraternel. La paix soit avec vous, mes sœurs et frères lointains et chéris ; que la vie vous soit clémente, et la mort, un jour, plus douce encore que la vie. Amen.  

21:42 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

10/03/2011

A la tête des péchés

Bosch Jerôme Les 7 péchés capitaux.jpgJ’ai reçu, du pouce de Mgr Léonard, le signe me rappelant que je suis poussière. Ne le savais-je pas ?  Un peu trop pour l’instant : trop, car le Vanitas vanitatum me pousse à bien dormir, à absorber comme des cachets des feuilletons américains dont j’oublie l’histoire d’un épisode à l’autre, à ne prier qu’en grognements fatigués. En revanche, me « convertir à l’Evangile », j’en dois me rappeler la constante nécessité. Hier, j’ai considéré les sept péchés « capitaux », càd (Catéchisme romain n° 1866) les péchés meneurs, ceux qui en entrainent d’autres, pour voir auxquels je pourrais faire la chasse.  Si ça vous tente, suivez-moi. Je vais dire "je", fatalement : comment faire autrement ? A cet examen de conscience,  je prends quelques risques - celui du ridicule, en premier.  

 

trio_gourmandise.jpgJe n’aime pas vraiment manger, la gourmandise m’est inconnue ;  à preuve mon poids normal depuis toujours. N’allons pas déséquilibrer le système ! Et boire ? Ah ! L’alcool, surtout la bière trappiste, oui, ça, j’aime,  mais je paie l’euphorie que cela m’apporte en maux de tête le lendemain, et j’y ai renoncé sans vertu : par sagesse.  - Bon. Et les bonheurs, voire les plaisirs du sexe ? Ils me sont devenus naturellement difficiles en 1998 (un crabe naissant), si bien que je leur ai trouvé une porte de sortie : transformer en sacrifice une incommodité de l’âge. J’ai fait, en l’an 2000, un vœu privé de chasteté. Ce qui a jeté sur ce renoncement une lumière douce, dont ni Dieu ni moi ne sommes dupes : on (je dis on par pudeur) on n’est pas là dans l’offrande suprême qu’on fait à vingt ans ; mais comme pour tout le reste, on sent là de grands souvenirs, comme des félins,  domestiqués, beaux et dormants. Et on entretient leur sommeil. De quoi s’agit-il finalement ?  « Seigneur Jésus, je T’offre mes restes… » Ce n’est pas glorieux. Qu’importe. Restent les cinq autres péchés capitaux  : orgueil, avarice, colère, envie, paresse.

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J'aurais besoin pour changer d'opinion d’une révélation spéciale du Sauveur, car c’est étrange, je tiens l’orgueil pour un vertu. Entendons-nous : il ne s’agit pas de rivaliser avec Dieu, notre Père, mais du contraire : se souvenir  de ce que le Fils a fait de nous, et s’en enchanter. « L’orgueil est ce par quoi l’homme se souvient de son origine divine, et tient debout. »  Je ne sais où j’ai entendu cela, mais l'idée m’a accompagné toute ma vie, et m’a retenu sur le chemin des vilenies. Mon icône Françoise Giroud, l’avait pour sa part oubliée quand elle envoyait, avant de se suicider, des lettres anonymes et basses au fringant JJSS qui l’abandonnait. Chère Françoise, institutrice de mes quarante ans... -  Quant à l’avarice et à la colère, je n’y suis pas du tout enclin. Par goût de la vie simple, sans façons, casanière, ô paix de la pauvreté ! et parce que j’ai expérimenté que la colère trouble le colérique bien plus qu’elle ne résout les problèmes qui la justifient.  

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 Restent la paresse et l’envie. La paresse est un de mes traits de caractère les plus accusés. J’ai pourtant "agi" beaucoup, au cours de ma vie, et sans m'y forcer. C’est qu’avec le goût de musarder, de rêvasser, de regarder passer le temps, j’ai hérité en outre d’une émotivité si puissante intérieurement qu’elle déborde extérieurement. Quand le sentiment est là, l’énergie le suit. Heymans-Le Senne qualifiait ce caractère de "nerveux".  Soit. Ce n’est donc pas moi qui ai entrepris de réaliser le film de fiction « Forte et Muette », en 1963, mais mes élèves qui m’y ont poussé – et comment leur aurais-je résisté ? Je les aimais. Ce n’est pas moi qui ai sollicité la direction de l’Ihecs en 1984 quand deux directeurs successifs en bagarre avec le pouvoir organisateur (ou l’inverse : le PO en bagarre avec eux) eurent mis l’institution objectivement en difficulté. Je me souviens de l’indifférence avec laquelle, le 13 juillet 1984, poussé dans le dos par toutes les parties en cause, je suis allé à la messe du soir au Gésu, face au Botanique, pour que Dieu me dise tout bas ce que Lui attendait de moi. J'aimais Dieu. Aimer. Y a-t-il autre chose qui m'ait jamais mis en mouvement ?

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 L’Envie… Il y avait dans la Libre Belgique d'hier un article merveilleux d’Armand Lequeux sur ce dernier vice, dont on se croit facilement exempt. A tort. Je m'en reconnais porteur. Vous le trouverez ici, mais je le reproduis aussi en « commentaire », parce qu’il pourrait disparaître avec le temps, et que, de cette réflexion lumineuse, sans moralisme benêt, je désire tout garder, m’inspirer. Lisez. Se réjouir du bonheur d’autrui. Des qualités d’autrui. Des chances d’autrui. De la santé d’autrui. Se réjouir vraiment. Jouir comme au Ciel de la Sainteté des Autres…   

06/03/2011

Bonne nouvelle et histoire drôle

La vie, pelouse qu'on lessive et suspend....jpg

C’est décidé, et la décision me revigore. En avril, l’équipe cardiologique des Cliniques Saint Luc prend  « mon cœur en mains ». Finis les entrechats et autres extrasystoles de cet animal indocile, finie la course au pouls le plus rapide, - ou le plus lent selon le cas. En quoi consistera l’opération, ça, je n’ai pas bien compris. On parle d’ablation, mais de quoi ? Et « d’isolation de veines pulmonaires », qui mêleraient indument leur mouvement, si je traduis bien, à celui qui seul est prévu. En ce mois de mars, objectivement, rien n’est donc changé dans mon état de santé ; l’arythmie cardiaque mène toujours son carnaval. Mais subjectivement, je vais bien ! Savoir que mon mal sera pris de front, ou à la racine, je ne sais comment dire, me ressuscite. Ça ira ou ça n’ira pas, on verra,  mais l’essentiel pour moi est qu’on  fasse quelque chose. Invivable, en comparaison, est la double malédiction de penser que son moteur est trop vieux pour que le garagiste renonce à l’entretenir, et de constater qu’il est pourtant assez réactif pour qu’on ne se résigne pas à être au lit toute la journée… Bon. Changeons de sujet, ou plutôt traitons l’affaire d’autre façon. J’ai pour vous une histoire drôle.

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Je la tiens du nouveau diacre de mon village natal, qui a épousé la sœur d’un ami d’enfance. Cet ancien journaliste de Télépro, hebdomadaire qu’il créa dans les années 60, vient de publier à compte d’auteur (je crois)  un roman à la fois bien-pensant et révolutionnaire, dont l’écriture est sans prétention mais la lecture jouissive. On y rêve comme fait un enfant. Référence : Jacques DESSAUCY, La fille du pape, Mémory Press, 2010. Pour vous procurer le roman ou atteindre l’auteur, taper ici :  contact@memory-press.be. L’expérience ecclésiale de ce Jacques, vivant sans amertume mais sans aveuglement son statut de sous-prêtre marié en milieu traditionnel, confère à ses réflexions et inventions un intérêt supplémentaire. Faut dire que son « supérieur », le curé de Tellin, est un Africain qui lui laisse peu de place, à ce que j’ai vu : à la messe, le diacre ne se voit confier que trois missions. Dire l’évangile (mais jamais l’homélie), donner au public le baiser de paix, et lui distribuer la communion. Rien d’autre. Pour ça, une ordination ? Hm. Le curé, par chance, est d’un bon niveau intellectuel, il pratique une exégèse judicieuse et évite les leçons de morale intempestives. Avec un timbre un peu chantant, il lit, sans hésiter ni improviser, un texte de deux pages qui satisfait ses paroissiens. Bref, « Jacques » n’a pas à se plaindre du peu de travail que lui donne l’« abbé  Freddy » - puisque ainsi s’appelle ce prêtre curé, dont le nom de famille semble à ce point imprononçable pour toute la paroisse que son prénom lui tient lieu de nom officiel. 

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Le roman conçu par Jacques Dessaucy est un prône d’une autre sorte. L’histoire se passe dans les années 2020. Le nouveau pape est un veuf, père d’une certaine Béatrice, une femme toujours célibataire malgré ses 36 ans. Regardez-les page 152, par exemple,  en Côte d’Ivoire, où le pontife « Jean-Pierre Premier » fait au clergé local une visite éclair et imprévue, en évitant les solennités que nous savons. Il n’est pas question de messe. Mais de repas.

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« Le repas se déroula dans une ambiance détendue. Le pape commença à raconter certains souvenirs amusants de ses voyages en Afrique. Les évêques enchaînaient sur un  ton badin . Silencieuse, Beatrice observait.  Ce comportement rejoignait un phénomène qu’elle avait maintes fois observé lorsqu’elle avait eu l’occasion d’accompagner son père dans des rencontres ecclésiastiques. Quand ceux-ci mangeaient ensemble, ils ne discutaient habituellement pas des affaires de l’Eglise mais de choses profanes. C’était souvent des souvenirs, mais aussi des blagues. - Connaissez-vous l’histoire de paul et de l’inondation, fit le pape ? - Non, répondirent plusieurs voix. -Il y avait une inondation dans la vallée où habitait Paul. L’eau envahit sa maison. Puis elle monta, monta tellement que Paul dut se réfugier sur son toit. Une barque passa et invita Paul à monter à son bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’eau monta encore, obligeant Paul à monter au faîte du toit. Un canot à moteur arriva et l'invita à monter à bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’inondation se fit encore plus forte. Paul, au faîte de son toit, avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Un hélicoptère arriva et se positionna au-dessus de Paul. Une échelle de corde se déroula. Le sauveteur lui fit signe de grimper. «Non, cria Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. » L’eau monta à nouveau, tant et si bien que Paul fut noyé ...

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Au paradis
, il fut accueilli par saint Pierre.  - « Je voudrais déposer une plainte. »  - « Je vous  écoute, fit saint Pierre.»  - « J'avais totalement confiance en Dieu. J'avais la foi qu'Il allait intervenir et me sauver d'une inondation. Pourtant, je suis mort noyé. »  -  "Attendez, dit saint Pierre. Je vais voir.»  Il s'assit devant son ordinateur, tapota sur quelques touches puis déclara: - «Je ne comprends pas. On vous a envoyé une barque, un canot à moteur et un hélicoptère...»

 

Les évêques éclatèrent de dire. Béatrice reconnut bien là son père. Il aimait raconter des blagues mais celle-ci, plus qu'une blague, était une sorte de parabole.

27/02/2011

Pages hivernales

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Je ne vais guère mieux. J’aurais aimé vous faire plaisir en disant l’inverse, à vous qui me faites l’honneur et l’amitié de passer ici prendre de mes nouvelles. Non, hélas. Voici tout de même quelques infos, avec une réflexion. Sur quoi ? Sur la santé. La mienne, in casu, mais au-delà celle de chacun. Ce n’est pas le billet que j’ai eu le plus de plaisir à écrire. A ce thème que j’aborde ici à regret, ne réagissez pas, please.  En rencontrant ici et là de plus en plus de vieillards, mes coaequales, je mesure toujours avec mélancolie que ce sujet de conversation aboutit, sans aider, à obséder, et à déposséder.

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Le portrait ci-contre du fondateur de Charlie-Hebdo n'a rien à voir, sauf que... Passons, et parlons de moi (!). En décembre, la fibrillation auriculaire dont je souffre de façon intermittente depuis plus de dix ans a échappé au contrôle de la médication pharmaceutique jusque là efficace. Un changement de comprimés a tôt limité la bradycardie. Mais la fibrillation s’est faite méchante, ce qu’elle n’avait jamais été. L’importune visiteuse se limitait jusque là à des incursions imprévues, interrompant mes activités, sans les compromettre. Aujourd’hui, elle est là tous les jours, toutes les nuits. Au réveil, je la sens, souveraine et anarchique, et je n’ai pas le courage (le cœur ?) de faire quoi que ce soit. Même prier est incommode : cela suppose que je me concentre, ce qui devient tour de force quand tout en moi est désordre, et dispersion. L’Ennemie s’est installée à demeure, imposant ses lois, sans droit, comme l’Occupant nazi de mon enfance. Pas de maquis où se réfugier, pas d’armée secrète à rejoindre. Le  souffle reste court, le pouls sans discipline ; et lourd à porter, le poids du mouvement – celui du corps et celui de l’esprit. - Qu’est-ce que tu vas faire, E/F ? - Une opération nouvelle est en discussion avec le cardiologue, telle une aventure. J’ai passé, me dit-il, l’âge où elle est sans risque et "normale".  Décision là-dessus sera prise en mars. En attendant, j’ai le sintron pour liquéfier mon sang et me garder de la thrombose et de l’embolie ; et, s’il est bien dosé (!), des hémorragies. Mais est-ce là une vie dont on suit le cours comme un fleuve, passionné par l’itinéraire, où l’enfermement du marinier qui, dans la cale, s’ennuie à surveiller l’étanchéité des parois ?

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J’avais accueilli sans émoi l’idée de mourir bientôt. Au pire, c’était m’endormir au soir, recru de fatigue et de souvenirs ; au mieux, me réveiller chez Dieu, divinisé par le Fils Bien–Aimé, premier d’une multitude de frères. « Duc nos quo tendimus ad lucem quam inhabitas… » pour reprendre le Panis angelicus de Franck enregistré à vingt ans. Mais il n’y a rien de commun entre cette accession à la vraie Vie  dont je rêve et l’installation de la mort dans mon existence quotidienne que je constate. A vrai dire, rien, sinon ce que Dieu mon Père y veut mettre de commun. La troisième demande du Pater, à mesure que j’ai pris de l’âge, a heureusement fini par résumer tout ce qui m’importait...

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Le dimanche, je continue à assurer mon service de lecteur à la messe de la Cathédrale ; et je me suis inscrit à un cours du soir en christologie à la faculté de Théologie des Jésuites à Bruxelles (l’ I.E.T). Pierre, mon neveu, m’accompagne ici comme là.  Si je me sens aussi mal que j’ai dit, comment ce reste d’activité est-il possible ? Eh bien, je n’y ai aucune initiative à prendre, aucune terre à creuser pour en ramener un trésor. Tout est donné, je ne fais que servir. A Ste Gudule,  je sers le mieux que je peux (parfois bien, parfois non) un texte liturgique que je n’ai pas choisi ; à St Michel,  j’écoute un professeur et j’épluche un syllabus que je ne juge pas, ignorant tout de la théologie comme je suis ; j’accueille. Au fond, l’homme critique que j’ai été aux temps de la santé cède à nouveau la place au gamin irresponsable, au comédien farouche que je fus antérieurement, dans l’adolescence, et qui, lui, se mobilise comme un Eliacin au premier appel… « - Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ? – Ce temple est mon pays, je n’en connais pas d’autre. » Racine, Athalie.

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05/02/2011

L'hôte de mon cerveau

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Larmes de Marie : comment ne serais-je pas remué ! Et aussi par l’offre de collaboration du cher Palagio, heureusement réapparu ; et par les mots chaleureux grâce auxquels Ben montre, une fois encore, combien lui et moi avons été nourris aux mêmes paturages ? Merci aussi à ceux qui m’ont écrit personnellement. A Georges, par exemple, qui m’envoie, dans une traduction wallonne de son cru, une des plus belles «  paroles de Dieu  » qui soient : ce psaume 22 (23) où le Seigneur est vu par l’homme comme « son » Berger. On parle d’abord de Lui à la troisième personne, comme s’Il n’était pas là, on le chante, et puis tout à coup on s’adresse à Lui. Vous… voilà que vous préparez la table, là, devant moi, devant mes adversaires ! D’une onction vous me parfumez la tête, votre maison m’héberge en la longueur des jours »… Linguiste sensible, « Quoudouss » dégage du patois sa matérialité forte, son effet de durée, sa civilité paysanne… C’est la familiarité avec Dieu qu’apportait la religion autrefois et que j’ai reçue de mes parents en fabuleux héritage. Par exemple : « Li Signeur mi paxhe, et dji n’ årè dandjî di rén….  [J’n’aurai b’soin de rien] * Al aiwe ou dji m’ ripoise [au ruisseau où je me repose]… Dji n’ a sogne di nole rascråwe la k’ vos estoz avou mi [Je n’ai souci d’aucune saloperie ( ?) là où vous êtes avec moi]Padvant mi vos avoz apresté li tåve,  vizon-vizu avou les ceas ki m’ aflidjnut. [Devant moi, vous avez apprêté la table, face à face devant les-ceux qui me tourmentent.]… Vos avoz ondou mi tiesse avoû del ôle, et vosse cålice mi fwait boere come ene sakî di stocaesse. … Ce n’est pas tout à fait le wallon de Tellin ; stocaesse p. ex. m’est mystérieux, mais les sons me sont familiers. J’admire aussi, en passant, cette noble singularité : en wallon, on se vouvoie entre proches qui s’aiment ; entre mari et femme, par exemple…  

 

 

imagesCA4AYJLQ.jpgReste un point à préciser, dans le virage que j’ai pris. Avoir exposé sans beaucoup de pudeur, comme je l’ai fait, la difficulté physique où je suis (souvent, mais pas tout le temps) de vivre, de bouger, de respirer quelquefois, quel sens cela avait-il ? La publier n’était pas la faire disparaître. Comprenez : c’est un geste de communication. De respect pour vous qui m’avez lu facilement jadis, et qui parfois lisez à présent l’une ou l’autre de mes phrases en vous demandant ce qu’elle veut dire… Ce n’est pas vous qui êtes déficient, c’est moi qui décline. Pour moi, est-ce de l’humilité de le dire ? J’en doute : c’est plutôt fidélité à moi-même. A ma parole. Comme Julien Green, je mens difficilement, et seulement pour des raisons de responsabilité sociale : je ne veux faire de tort à personne. Mais pour ce qui me regarde seul, je déteste le masque, tout genre de masque. Alors voilà : humble aveu. Celui qui rapporte et juge volontiers les opinions de ce monde, les « vérités » en voie de production comme, à l’inverse, celles en voie d’invalidation, est lui-même en passe d’être disqualifié. Il le sait, il le dit, il le porte. Parce que la vie se retire de lui, peu à peu ; qu’elle le fait gentiment, sans cruauté ; qu’elle ne lui permet plus cependant d’ignorer son éloignement, son départ… L’hôte de mon cerveau s’est levé, il prend congé, je le reconduis à la porte, il m’embrasse, il sort, me tourne le dos… Je le regarde encore tandis qu’il s’éloigne, j’ai machinalement la main levée comme s’il pouvait se retourner, me regarder encore… Allons ! Rentrons.

 

masque.jpgIl me fallait donc dire ça, une fois, une seule. Et le signer avec mon vrai nom, maintenant que ce nom, dans la thébaïde où je suis parvenu, n’a plus aucun rayonnement, aucune signification ; qu’il ne saurait plus ni gêner ni d'ailleurs servir personne. L’"orgueil" de ce blog, sa gloire au sens néotestamentaire, c’est de regarder le réel sans trembler, le réel terrestre, avec les yeux du ciel, ceux du mystique. Μυστής : initié. Eh bien,  je vois toujours ce que j’ai vu, mais j’ai plus de mal à le faire voir. L’ombre descend. Cela ne veut pas dire que je me tairai à l’avenir. Je changerai de registre, seulement. Je suivrai des rythmes moins réguliers, comme mon pouls ; j’aurai des failles logiques, comme en ont les déficients mentaux dont l’affectivité, par ailleurs, est forte. Il en sera ainsi chez moi. Ne protestez pas. Je raisonnerai moins bien que jadis, mais, s’il plaît à Dieu, j’aimerai mieux.

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