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| MAGRITTE SCHIELE REMBRANDT |
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| LION JE SUIS AVEC UNE AME D'OISEAU. LA TERRE. ET PUIS L'HORIZON QUI APPELLE. |
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| TROIS CROIX. LE CHRIST N'A MEME PAS LA PREMIERE. |
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| CE SOIR A EMMAÜS, D'OU VIENT QUE J'AI LE COEUR EN FEU ? |
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| "Notre Faust", de Béjart, d'après Goethe, Faust I et II. Photos prises par Bruno Mersch. |
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Il y avait aux États-Unis, dans le Sud profond, une ville très pieuse et religieuse où tout le monde allait à l'église et était vertueux. •Et puis un jour, un homme arriva qui ouvrit un bar, lequel devint le centre de toutes sortes de conduites dépravées : danse, boisson et même, qui sait, peut-être sexe. •Tous ces bons chrétiens firent des prières pour la fermeture du bar. Ils firent le siège du ciel, et de fait, six mois plus tard le bar brûla. •Le propriétaire exigea des chrétiens une indemnisation. Ces derniers nièrent toute responsabilité: qu'avaient-ils fait? - • « Suis-je le seul ici, répliqua-t-il, à croire à la puissance de la prière? »  Ce n'est pas de moi, vous devinez bien, mais du Père Radcliffe, ce dominicain hors normes qui fut maître général de son ordre à 47 ans ! C'est à la page 137 d'un de ses livres sur l'Eucharistie. C'est beau comme le Moyen Age. Pourtant, cet humour-là, qui est le sérieux de l'enfance, ça ne tient pas debout, la logique est surréaliste : vous voyez en quoi ? Une deuxième histoire, toujours sur la prière (p. 142). Il y avait un homme, dans un bar de l'Alaska, en train de s'enivrer. Il se confie. Dieu, il ne veut plus en entendre parler. Son avion s'était écrasé. Il a été enseveli, mourant, dans la neige, et a prié Dieu de le sauver, mais non, rien, rien. Il se sent complètement abandonné. Le barman alors de lui dire : « Mais tu es là, tu l'as été, sauvé . - Tu parles, c'est juste qu'un Esquimau est passé par là » - Beau comme du Ionesco... Et puis la troisième (p.151). Un avion [encore !] était sur le point de s'écraser. Un passager cria : « Pour l'amour de Dieu, que quelqu'un fasse quelque chose de religieux ! » Sur quoi un catholique bondit immédiatement et se mit à faire la quête. - Ça n'a pas la méchanceté qu'on croit d'abord ; l'histoire, selon Radcliffe, est si pleine de sens chrétien qu'il la commente ainsi : « Quand vous allez au travail le lundi matin, vous n'entrez pas sur un terrain a-religieux ; au contraire ; vous sanctifiez vous-même le traintrain le plus profane par la grâce du Saint-Esprit. » Et il ajoute, curieux enchaînement, le monde biblique et le nôtre s'appellent l'un l'autre : « Après avoir reçu l'onction, David est aussitôt retourné à son travail. » |
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20-11-2009, 17:35:17 Ephrem Foi
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Les policiers avec leurs chiens occupaient la cathédrale ce dimanche matin dès 8 heures. Une bombe dissimulée « Dieu » sait où (!), un traquenard quelconque ne devaient pas troubler le Te Deum prévu pour la fête du Roi, à 10 heures, avec assistance de la famille et officiels en rang d'oignons. Enfin, ceux des officiels que la cérémonie tout œcuménique ne risquait pas de choquer, faut faire attention ! Du coup pas de messe. Celle dite « des familles » à 11h30, où je dois assurer une lecture, devait aussi disparaître ; absorbée, plutôt, par la messe dite « des artistes » de 12h30. L'occasion pour moi d'aller respirer ailleurs. A 11 heures, suivre sur France 2 la messe télévisée ; et à 17h30, aller à l'église St Nicolas, près de la Bourse, prendre part à une célébration qu'on m'a dite « fervente, populaire, assez expansive et pourtant recueillie ». Bien vu, bien dit ! L'homélie du P. Jean Beckers, traite de la « fin du monde » comme le veut la liturgie du jour, mais il montre à merveille comment diffèrent de nature « ce sur quoi le Fils lui-même se dit non informé » (Mc,13,32) et les extravagances vengeresses qu'on peut lire dans les « Actes apocryphes de Pierre », dont il nous fait l'amusante lecture. On se croirait dans la bande d'annonce du film « 2012 »... Le matin, j'étais donc chez moi, au chaud, devant mon écran. Deux surprises. D'abord le constat qu'une messe magnifique peut se dérouler en cinquante minutes, avec chants, trois lectures, homélie claire, mini-procession d'offertoire, respect de tous les rites prévus, de la Prière eucharistique à ceux qui accompagnent la Communion des fidèles. Qui est responsable de ce bref chef-d'œuvre ? La Fondation d'Auteuil, et les enfants qu'elle soutient. Mais voilà qui me surprend plus. On est au moment de la communion. Cinq laïcs vont porter le Christ à différents lieux de la chapelle, le célébrant reste au centre, porteur du ciboire. Il est et reste seul assez longtemps, j'ignore pourquoi. Surviennent enfin deux, trois, dix communiants, mais qu'est-ce qu'elle fait, cette dame, là ? Elle croise sur son cœur ses avant-bras, elle garde la bouche fermée : le prêtre la bénit, d'une kruiske sur le front, et elle passe. Pour l'homme qui la suit, pareil ; le suivant, lui, communie ; la demoiselle qui suit, non ; puis les autres... Mais je ne regarde plus, j'ai fermé la télé, bouleversé ; je suis debout, à ma fenêtre. Je prie.  Je ne suis pas aussi stupéfait que je dis, j'ai appris ça il y a deux ou trois mois, dans un livre feuilleté à l'UOPC, la grande librairie catho de Bruxelles. Quoi, ça ? Le sens de ce que je vois. C'est un livre à l'intitulé obscur, hypocrite, me suis-je dit d'abord. Fidèles jusqu'à l'audace. Deux prêtres y expliquent les efforts faits pour élaborer une pastorale adaptée aux divorcés remariés, que le Pape, récemment encore, a dit exclus de la communion - tout en rappelant l'obligation où ils restent de la messe dominicale. Ces deux prêtres, J. Nourissat, de Dijon, et Eric Jacquinet, de Lyon, veulent donc qu'on obéisse, mais « jusqu'à l'audace ». Je les cite : l'essentiel est d'aider ces personnes à rencontrer le Christ, riche en miséricorde. En miséricorde seulement ? N'y a-t-il pas aussi nécessité de justice, de justesse, de sagesse : prendre en compte les modifications culturelles ? Plus question de « répudier » quiconque, bien entendu ; mais si, expérience faite, il faut constater une mésentente profonde que la cohabitation ne fait qu'aigrir, rendre dangereuse pour les conjoints, pour les enfants ? Si le couple s'est, dans les faits, déjà dissous ? Faut-il alors, en abordant la quarantaine qui n'est même pas, peut-être, le mitan du temps à vivre, renoncer froidement à ce qui fait tout de même flamboyer l'existence - ce qui fait sentir qu'on existe, l'amour réciproque ? Il ne saurait suffire qu'on dise ici « Dura lex sed lex » - lex Christi, encore bien : si dure qu'elle soit, la loi est celle du Christ (Mt 19,6) : que l'Eglise, simplement, ne se sente pas le pouvoir de modifier, est la claire raison de l'intransigeance papale. - Certes. Le « vicaire du Christ » parle comme il croit devoir le faire. Mais je redirai ici ce qu'écrivait le cardinal Newman dans sa 5e lettre au duc de Norfolk : « la conscience (personnelle) est le premier de tous les vicaires du Christ ». A partir de ce que je vis, ce que j'apprends par mon expérience tantôt vertueuse et tantôt pécheresse, il me faut trier « nova et vetera », le neuf et le vieux, ce qu'il y a de fécond dans l'héritage des premiers siècles de foi, et ce que je dois - nous devons y ajouter, y « corriger » , à l'usage des chrétiens d'aujourd'hui, cet usage tel qu'il est appris à l'extérieur et réfléchi a l'intérieur pour le Royaume. A propos, la référence à Newman, je ne la tiens pas d'une fréquentation assidue de la littérature anglo-saxonne, surtout si c'est la prose cardinalice, mais du Catéchisme de l'Eglise catholique, ouvert au n° 1778 : édition confiée à la responsabilité de Mgr J. Ratzinger...  Alors, quoi ? Ces adultes qui s'avancent vers le Christ eucharistique en faisant le geste de « non-demande » qu'on propose aux non baptisés, ont-ils raison ou tort de ne pas se juger dignes de Le recevoir parce qu'ils sont divorcés et remariés ? En même temps, ils s'avancent comme les autres, visiblement, solennellement, au lieu de rester dehors, ce qui est bien... 1. Je fais réflexion que, digne, personne ne l'est jamais face à Jésus ; que ni Judas ni Pierre ne l'étaient, à la Cène, quand Jésus leur a dit de Le « prendre » et de Le « manger. » Dès lors... 2. Mais les deux prêtres français ont aussi raison de renvoyer chacun à sa propre conscience, dont la sentence n'est pas susceptible d'appel. Qu'on mange le Pain consacré, comme cela nous a été demandé, ou qu'on remette humblement à plus tard - à sa mort ? cette communion dont la signification est intégralement mystère, il n'y a qu'une chose à penser, à faire, et je suis heureux que l'Eglise le fasse : bénir. |
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17-11-2009, 00:52:01 Ephrem Foi
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« Des voltigeurs de l'Evangile », voilà comment nous voit, dans l'idéal, le président de la CEEM, c.à.d la Commission épiscopale européenne en charge des Médias, réunie depuis jeudi au Vatican, en assemblée générale ? Qui, nous ? Les laïcs créant, en électrons libres, des blogs à finalité religieuse. Comme celui-ci. C'est sous ce pieux label qu'il est pris en charge par « Skynetblogs », où il se meut gaillardement dans le peloton de têtes, devançant avec constance 870 « collègues » d'inspiration analogue mais de confessions très diverses. Avec un coreligionnaire toujours maillot jaune, le Père Walter Convens. Cette audience modeste, déjà, l'attention de le CEEM aujourd'hui, voilà qui m'encourage. Et qui m'oblige, au sens où « noblesse oblige ». Si mon Eglise attend quelque chose de moi, je ne vais pas me défiler. Mais qu'est-ce qu'un « voltigeur » ? Mgr di Falco, qui lance le mot comme un programme de manœuvres, se réfère explicitement à Napoléon, qui flanquait ses dragons de fantassins d'une extrême mobilité. Hm. J'oublie le paysage militaire où je me vois indûment conduit en nos temps pacifiques ; je laisse aussi cette idée de blogueurs mobilisés en groupes sous une autorité qui s'annonce déjà cléricale. Et, récusant le statut de franc-tireur, j'applaudis à l'idée, je m'interroge sur mes capacités, et je retrousse mes manch...ettes.  C'est un grand moment, en effet, celui où nos Evêques, expressément convoqués pour ça, « pourraient s'il plaît à Dieu se décider » à prendre conscience vraiment, profondément, que l'évangélisation demandée par Jésus s'épuise à marcher comme elle fait, en dépit des lois qui régissent la communication médiatique, laquelle régit le monde actuel. Le Père di Falco le sait bien, qui suggère à ses pairs (et au Pape) de transformer les langages, de démocratiser les discours, de démultiplier les sources, de valoriser les émotions, d'individualiser la Parole.
Où et comment s'exprime aujourd'hui l'évangélisation de terrain ? • Essentiellement dans les homélies, où le prêtre parle tout seul à des auditeurs qui, jamais, jamais, ne sont invités à répondre, à poser la moindre question - je ne parle même pas d'objections ! • Elle se poursuit secondairement dans les feuilles paroissiales et les bulletins diocésains, qui sont conçus à usage interne, dont la langue est celle d'initiés. Eux seuls la lisent, et bientôt les mots employés ne renvoient plus à des mystères, mais à des didascalies, des modes d'emploi domestiques. • Si ne manquent pas les livres et revues savantes, ils supposent qu'on soit déjà « converti ». • Viennent alors les sites web. L'Eglise a les siens en effet, mais comme les entreprises commerciales : des sites institutionnels où la circulation ne se fait que de haut en bas, de l'annonceur au lecteur. S'ils s'ouvrent au dialogue, c'est avec des précautions de forteresse. Ce qu'on appelle la modération devrait n'empêcher seulement que les mauvaises actions : illégalités, incongruités, méchancetés, grossièretés formelles. Mais nul ne sait les critères de sélection, de sorte que prendre la peine de répondre ne vient plus à l'esprit. On n'écrit pas, et puis, un jour, on ne lit plus.  L'édition électronique des journaux est pourtant à ce point persuadée de l'importance de la réactivité qu'aujourd'hui, dans un quotidien comme le Monde, tous les articles, tous, sont pourvus d'un bandeau « Réagissez » ou « Soyez le premier à réagir ». En sorte que n'importe quel lecteur identifiable par la rédaction comme l'est un quelconque abonné peut envoyer son « avis », et le fait. Ici, chacun a, deux fois par article, un espace de 500 signes à sa disposition : cela suffit pour une intervention ponctuelle. Le nombre des intervenants varie beaucoup selon le sujet, d'un seul pour H. Van Rompuy à plus de deux cents pour Fr. Mitterrand (bon, on est en France)... La lecture de ces textes est hélas ! plutôt décevante : bien des habitués y projettent leurs fantasmes, leurs préjugés... Ils n'en sont pas moins le lectorat. Je sais qu'une réflexion est en train de se faire à ce sujet. Le journal pourrait laisser affichées comme aujourd'hui toutes les opinions pendant vingt-quatre heures, puis le webmaster, d'autorité, ferait disparaître tout ce qui est excentrique, et se dégager un mouvement d'opinion intéressant. Voilà qui deviendrait du « journalisme pour autrui ». Celui de demain ? - Ce qui serait possible à l'intérieur du « monde », pourquoi ne l'envisagerait-on pas pour la « communion des saints » ? |
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14-11-2009, 23:46:56 Ephrem Web
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« Noble Belgique, ô Mère chérie...A toi notre sang, ô Patrie »... Il suffit de cette citation de la Brabançonne pour faire voir que la période d'avant 1945 nous est devenue étrangère. Tout ce temps-là, l'individu était naturellement soumis à la collectivité politique à laquelle il appartenait. « Mourir pour la Patrie » y était « le sort le plus beau ». Ce sacrifice personnel, on voit bien ce qui le différencie du suicide terroriste qu'on trouve aujourd'hui ailleurs. Voit-on aussi ce qui le rapproche ? Irakiens, Palestiniens : tous des pauvres, et embrigadés. Quand les armes ne sont plus une carrière, mais un séjour du côté de la mort... Pour ne pas raisonner dans l'abstrait, je ferai ici une ou deux confidences. Ce n'est pas sans stupéfaction que je voyais, petit, mon grand-oncle, 2e classe vétéran de l'Yser et marqué par le gaz moutarde, aligner avec une fierté aveugle les diverses décorations dont on avait payé son obéissance et sa santé. A mes dix ans taciturnes, comme cela paraissait absurde !  En revanche, j'écoutais avec passion ma grand-mère me conter une histoire d'amour. Comment, en 1880, son beau-père, ouvrier agricole, célibataire, 22 ans, avait vécu la première « guerre scolaire ». Il n'avait pu supporter qu'on « arrache le crucifix des écoles», - des murs et des âmes ; viscéralement attaché à la personne de Jésus, qu'allait-il faire ? Quoique relativement inculte, il décida de fonder lui-même au patelin une école libre. Fermier il restait, et, au petit matin, il menait ses vaches au pré et assumait d'autres travaux ; à 10 h, il faisait classe, enseignant à lire, à écrire et à compter ; et l'hygiène, et le respect des autres, et l'histoire sainte ; on allait manger chez soi à midi, on revenait de deux à quatre ; puis mon arrière-grand-père allait rentrer les vaches, les traire, et pourvoir à tous les besoins de la ferme... Cela dura, me disent les archives locales, jusqu'en 1886 où le ministère Frère-Orban tomba. Après quoi mon si jeune aïeul laissa l'école « catholique » aux instituteurs patentés. Pour retrouver sa ferme à plein temps, prendre femme, faire dix enfants...  Ces deux anecdotes ne sont pas également anachroniques, il y a dans la seconde quelque chose de toujours actuel : l'attachement personnel à quelqu'un de réel, proche, vivant, fût-il perceptible par la seule foi, Jésus-Christ. C'est peut-être la propriété essentielle des religions de ne pas connaître le temps, d'annuler la béance radicale d'avec l'Autrefois inconscient ou collectif. De vivre. Eternellement "vivre avec".
Le texte qui précède est entièrement tiré de la Revue du collège St Boniface, numéro 178 de Noël 2005, page 15. Il a été écrit par un mien neveu, avec ma collaboration, bien que je n'aie pas souhaité que ma signature alors y apparaisse : c'est mon neveu et non pas moi qui y instruit et éduque les enfants de sixième année primaire. Qui y donne des modèles à admirer, à contester, il n'importe : à connaître d'abord. Ayant lu mon post précédent, le gentil signataire m'a suggéré d'y joindre ce vieux document où les « croix de bois » aujourd'hui à la peine étaient alors à l'honneur... |
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11-11-2009, 01:42:53 Ephrem Philosophie
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Qu'on puisse engager une lourde procédure grimpant d'échec en échec tous les degrés de la juridiction nationale pour arriver enfin à un succès d'estime devant le Conseil de l'Europe, plus exactement sa Cour européenne des droits de l'homme, voilà qui suppose un dommage grave qu'il importe de réparer coûte que coûte. Il s'agit, vous le savez, du crucifix placé dans les classes de l'école publique d'Italie fréquentée par les deux fils de Mme Lautsi. La présence de cet objet était, d'évidence, une « ingérence incompatible avec le droit que chacun possède à une éducation et un enseignement conformes à ses convictions. » Les termes que j'utilise sont ceux que je lis dans l'arrêt de seize pages, dont j'ai la copie grâce à un site suisse, puis au journal La Croix.  Les bras m'en tombent. Qu'en Italie dont toute l'histoire est liée d'abord à celle du Christ depuis César-Auguste, puis à celle de la papauté, d'abord protectrice contre les barbares, puis correctrice face aux rois, plutôt indulgente face aux moeurs, et toujours audacieuse face aux arts, on puisse obtenir « comme un élément de sa liberté » (!) la disparition d'un grand symbole de la culture italienne, parce que c'est aussi le signe de la Foi chrétienne, j'en suis triste. Assurément je suis de ceux qui reconnaissent comme non séparables dans nos racines d'une part l'héritage judéo-chrétien, avec ce qu'il contient d'exaltant et de généreux, et d'autre part l'apport des Lumières, avec leur volonté de savoir et leur revendication à dire. Il y a là, dans cette rencontre empirique, la Tolérance portée à sa perfection. L'oublie-t-on ? Personne ne gagnera à ce que la laïcité devienne laïcisme, que ce qui est religieux ne puisse même plus être montré...
Je ne dis pas que l'arrêt de la cour européenne est une erreur. Je suis seulement consterné par l'esprit de « juridisme » froid qui s'y exprime en maître inhumain, ce qui est bien naturel (!), mais qui aurait dû, en l'espèce, selon tel avis d'expert, amener la Cour à se déclarer incompétente. Que l'Italie moderne fût chrétienne, les accords du Latran en 1929 l'avaient établi ; mais en 1984, un nouveau concordat est signé avec un protocole additionnel qui permet, par une loi de 1985, de dénoncer la « catholicité » de l'Etat italien, en sorte que - par le biais d'un arrêt interprétatif (en 2000) de la Cour constitutionnelle italienne - toutes les religions ont désormais droit à la même considération, « sans attacher d'importance au nombre d'adhérents, ou à l'ampleur des réactions sociales lors d'une violation des droits de l'une ou de l'autre ». - Qu'est-ce qui me paraît bâiller dans ce juridisme bien hermétique ? La négation du passé. Quand une loi est abrogée, on n'y fait plus référence, certes. Mais quand une religion cesse d'être la religion maternelle dans une contrée, peut-on faire comme si elle n'était pas celle de notre mère ? N'ai-je plus le droit d'afficher sur mes murs les photos de ma mère et de mon père bien-aimé, et les paysages et les objets qu'ils aimèrent, et Celui-là qu'ils prièrent dans leurs détresses intimes et remercièrent dans leurs victoires, Celui-là que, moi aussi, vieil homme, paysan de mon pays ! moi qui ne suis pas mort, attendez un peu, Celui-là que j'aime toujours... - Lui ne dérange personne, vous savez, pour Lui il n'y a ni bons ni mauvais mais des êtres humains tous adoptés comme ses enfants... |
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06-11-2009, 17:44:06 Ephrem Philosophie de la religion
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Je ne crois pas légitime, pour un chrétien moyennement cultivé, l'abstention de tout effort intellectuel dans les choses de la foi. St Pierre donne à ce sujet une consigne : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte » (1P 3,15). On n'a pas le droit, sur la base des mots de Jésus saluant l'enfance et son humilité (Mc, 10, 15) de « faire » l'enfant. Par rapport aux années 50, il y a eu d'ailleurs, dans l'évangélisation, un surcroit d'intelligence dont nous pouvons être heureux. Et fiers. L'abbé Ratzinger n'y fut pas étranger. Anachronique, désormais, le grief d'obscurantisme ! Même les publications de type paroissial s'éloignent de tout littéralisme et donne aux récits bibliques et aux rites chrétiens des interprétations théologiques qui résistent bien à la critique. Tant mieux.  Pourtant la rationalité n'est pas tout... En ces deux jours de Toussaint, où l'espérance universelle est célébrée avec chaleur (...je vis une foule immense que nul ne pouvait démontrer, Apoc. 7,9), je vous propose un « spectacle » où l'imaginaire déploie ses fastes. Spectacle, oui : à la fois un récit et une vision. Ezéchiel, au chapitre 37. C'est « fantastique », au sens strict. S'y exprime un type de vérité irréelle, sous-réelle plutôt, que d'aucuns méprisent - moi pas. C'est la vérité du fantasme. Lisez, la traduction est celle de la « Bible de Jérusalem ».  "La main de Yahvé fut sur moi, il m'emmena par l'esprit de Yahvé, et il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d'ossements. II me la fit parcourir, parmi eux, en tous sens. Or les ossements étaient très nombreux sur le sol de la vallée, et ils étaient complètement desséchés. Il me dit : « Fils d'homme, ces ossements vivront-ils ? » Je dis : « Seigneur Yahvé, c'est toi qui le sais. » - Il me dit: « Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole de Yahvé. Ainsi parle le Seigneur Yahveh à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau, je vous donnerai un esprit et vous vivrez, et vous saurez que je suis Yahvé. » Je prophétisai, comme j'en avais reçu l'ordre. Or il se fit un bruit au moment où je prophétisais; il y eut un frémissement et les os se rapprochèrent les uns des autres. Je regardai : ils étaient recouverts de nerfs, la chair avait poussé et la peau s'était tendue par-dessus, mais il n'y avait pas d'esprit en eux.
- Il me dit: « Prophétise à l'Esprit, prophétise, fils d'homme. Tu diras à l'Esprit : Ainsi parle le Seigneur Yahvé: Viens des quatre vents, Esprit, souffle sur ces morts, et qu'ils vivent! » Je prophétisai comme il m'en avait donné l'ordre, et l'esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leurs pieds: grande, immense armée.
 Dommage que l'Eglise, qui en avait fait sa 7e « prophétie » pour l'office de la nuit de Pâques, ait craint l'incompréhension. Elle se préparait à admettre l'incinération, qui s'accorde peu avec cette restauration de squelettes... On s'est rabattu sur le chapitre 36, moins provocant. Moins susceptible de rêveries. - Je pense, moi, que l'imaginaire n'est pas en l'homme une fonction de délire, mais de subjectivation. Le délire n'est qu'accidentel ; substantiellement, l'imaginaire qui conditionne temps et espace produit les arts. Art du temps, musique et littérature ; arts de l'espace : peinture et sculpture. Et ces arts, ces beaux-arts (splendor veri, selon Augustin) font pénétrer en nous des vérités que, sans eux, nous trouverions moins signifiantes. St Ignace, dans sa façon de prier, en tient d'ailleurs compte. Ainsi je souhaiterais qu'à la messe où mes proches me quitteront et iront confier mon corps à la terre, à côté de mon père et ma mère, « dans l'attente de la résurrection », ce chapitre 37 d'Ezéchiel soit proclamé. C'est évident que je n'en fais pas une lecture idiote, simpliste. Ce ne sont pas mes cellules somatiques qui comptent, mais mon individuation. Je ne suis pas voué à rejoindre le grand Tout, mais une communion où « je » serai indispensable. Le corps de chacun, selon le thomisme le plus banal, le plus ancien aussi (cf. Aristote), c'est ce par quoi je suis moi, et non un autre. « Cela » ressuscitera ; moi je ressusciterai. La résurrection n'est en rien une réincarnation, mais une apothéose. |
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31-10-2009, 22:13:46 Ephrem Philosophie de la religion
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Ça dure deux heures trente, c'est en noir et blanc, il n'y a pas de musique, et c'est raconté (plus que montré) par un vieil homme qui n'a joué dans cette histoire, qui se passe en 1913, qu'un rôle de spectateur occupé ailleurs. Le film « Le ruban blanc » de Michael Haneke est d'une beauté toute-puissante. Je ne suis nullement désabusé du cinéma, dont mon Bruno m'a fait jadis suivre les progrès à la trace, mais déshabitué tout de même d'en fréquenter les salles, m'excusant sur les embarras du grand âge et la rapidité des sorties en DVD. Ici, à la lecture de ce scénario luthérien, de cette présentation à Cannes, de la Palme d'Or, j'ai frémi d'impatience. A la sortie du film à Bruxelles, j'étais en salle le premier jour. Révélation. Le film m'assombrit, puis m'éblouit ; puis m'éclaire. Terrifiant d'abord, il m'a bientôt fortifié, vivifié. Comme une liturgie initiatiqu!e.
On s'y voit enfermé avec les acteurs dans une sorte de paradis rural d'autrefois. Une communauté paysanne d'Allemagne du Nord, aux hiérarchies incontestées et où les événements ne font que se répéter, prévus qu'ils sont par la tradition. Tout y est, à l'évidence, bon et vertueux. Les maîtres sont ce qu'ils doivent être, exemplaires : le pasteur, le châtelain, le régisseur, le médecin, l'instituteur ; les femmes tiennent comme il leur sied leur beau rôle subsidiaire et domestique ; et les enfants, la ribambelle des innombrables enfants qui mêlent leurs jeux et leurs chants dans ce village d'autrefois, sont éduqués avec autant de sagesse que de rigueur. Ils se soumettent d'ailleurs avec grâce à cet ordre naturel, adoptant les idées, les morales, les fêtes, les ordres, les phrases, les silences mêmes des unanimes paterfamilias. Monde biblique. Il ne s'y pose pas de questions auxquelles il n'y aurait pas de réponse.  Justement, si. Pourquoi donc, tout à coup, un incident survient-il qui ne soit pas prévu ? Le médecin fait une chute de cheval parce qu'un filin peu visible est tendu sur la route. Puis un autre. Une employée à la scierie est victime d'un accident de travail. Et ceci, et ça, et ça encore. Sigismond, le fils du baron est torturé et retrouvé dans un bois, sans explication ; est défiguré aussi Karli, le fils handicapé de la sage-femme. Une grange brûle la nuit. L'oiseau en cage du pasteur vénéré est retrouvé empalé sur une paire de ciseaux.
On ne cherchera pas les coupables, on ne fera que deviner, à la fin. C'est la « main droite de Dieu », - le titre du film, à l'origine. Les enfants si obéissants, parce qu'ils sont obéissants, suivent les adultes qui les corrigent. Ils ne contestent en rien la manière rude dont ils sont traités. Subissent avec docilité, avec conviction même, les punitions dont on leur explique le bien fondé, et les humiliations publiques qui le suivent - comme ce ruban blanc que doit arborer un coupable pour signaler aux autres le péché qu'il expie ou dont il est la proie. Mais en même temps, ces adultes si justes, leurs enfants les observent de près. Ils voient qu'eux-mêmes se rendent coupables de tel abus, de tel mensonge. Et à leur tour, ils font appliquer la Loi de Dieu. Sinon sur l'adulte tout-puissant, sur ses rejetons, sur ses terres, selon le précepte d'Exode 34,7... Ils punissent. Rien n'est plus méchant qu'une bonne conscience.
Les critiques, et Haneke lui-même, précisent que l'éducation tolérante actuelle où les professeurs tremblent devant leurs élèves, n'est pas plus attrayante que celle d'autrefois où les parents terrorisaient les enfants. N'y aurait-il jamais qu'à choisir l'un ou l'autre ? Je n'en crois rien : j'ai vécu autre chose dans ma jeunesse par rapport à ma famille et mon Eglise ; et, dans mon âge mûr, j'ai fait vivre autre chose à mes proches, à mes élèves et étudiants. La tendresse ; love, love and peace. Cet évangile souverain de 1968. Que je comprenais toujours grâce à l'autre, celui du premier siècle. A l'extérieur, les mots doux, les gestes tendres, les pardons faciles, les complicités aimées ; à l'intérieur, la certitude d'être aimé et estimé quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, qu'on soit. On me permettra de retranscrire ici le propos-clé de Jean XXIII, cité la semaine passée, sur notre essentielle fraternité : c'est sur elle que j'ai le plus bâti. En rendant sensible l'amour qui s'y love. Parent face à son enfant, prêtre face à un paroissien, instituteur face à un élève, prof face à un étudiant, chacun - disait expressément le pape - est toujours « un frère qui parle, un frère devenu Père par la volonté de Notre Seigneur. Mais tout cela, ensemble, paternité et fraternité est une grâce de Dieu. Tout, tout. Et dans cette rencontre efforçons-nous de recueillir ce qui unit, en laissant de côté, s'il y a lieu, ce qui pourrait susciter entre nous quelque difficulté. Nous sommes frères ! » |
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28-10-2009, 16:00:48 Ephrem Arts
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Les pélerins qui étaient à Rome le 11 octobre ont pu ressentir l'extrême humilité, la gentillesse épanouie, et l'espèce de tendresse à la fois familière et familiale dont est porteur le Souverain Pontife. C'était le soir. La journée dans la basilique Saint-Pierre avait été grandiose et épuisante, comme on s'en était aperçu à la TV. Et voilà que le Pape venait en fin de journée parler à ses enfants, ses enfants de Rome, qui étaient venus le voir à leur tour, en dehors des usages. Je viens de me procurer l'allocution peu commune du Saint-Père, elle n'est pas très longue. Trop, quand même, pour que la reproduise en entier. Ces sept extraits, quand même, qui vous étonneront.  «• Chers fils, j'entends vos voix. La mienne est une voix isolée, mais elle se fait l'écho de la voix du monde entier ; ici, en effet, le monde entier est représenté. On dirait que la lune, elle-même, s'est hâtée ce soir. Observez-la là-haut en train de contempler ce spectacle. C'est que nous sommes à la fin d'une grande journée de paix ; oui, de paix... « Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté.» • Eh bien ! fils de Rome, avez-vous conscience que vous représentez réellement la Rome, capitale du monde, caput mundi ainsi que l'a voulu un dessein de la Providence, pour diffusion de la vérité et de la paix chrétienne. • Ma personne ne compte pas ; c'est un frère qui vous parle, un frère devenu Père par la volonté de Notre Seigneur. Mais tout cela, ensemble, paternité et fraternité est une grâce de Dieu. Tout, tout. Continuons donc à aimer, à nous aimer ainsi et dans cette rencontre efforçons-nous de recueillir ce qui unit, en laissant de côté, s'il y a lieu, ce qui pourrait susciter entre nous quelque difficulté. Nous sommes frères ! • Nous appartenons à une époque dans laquelle nous sommes sensibles à la voix du ciel ; aussi, voulons-nous suivre fidèlement le chemin que le Christ béni nous a indiqué... • ...Maintenant, je vous donne la Bénédiction. • Accueillez de bon cœur cette Bénédiction de Paix du Père... Faisons honneur à cette heure si précieuse. • Que nos sentiments soient toujours ceux-là même que nous exprimons en ce moment à la face du ciel et de la terre : foi, espérance, charité. Amour de Dieu, amour des frères ; et puis, tous ensemble, soutenus par la paix du Seigneur, en avant vers les œuvres du bien ! De retour à la maison, vous y retrouverez vos petits enfants ; faites-leur une caresse en disant : « c'est la caresse du Pape. » Vous trouverez peut-être quelque larme à essuyer. Ayez pour celui qui souffre une parole de réconfort. Que les affligés sachent que le Pape est avec ses fils, spécialement aux heures de tristesse et d'amertume... • A la bénédiction s'ajoute aussi le souhait d'une bonne nuit...»
 Vous pourrez trouver le texte entier ici, aux pages 140 à 142. Ces paroles sont bien du Pape, dites de sa voix douce, un peu tremblante, urbi et orbi. Le 11 octobre en effet. Le matin s'était célébrée officiellement dans la Basilique St Pierre, non une cérémonie de canonisation, mais l'ouverture d'un concile chargé de compléter, donc amender et conclure, celui, autoritaire, de 1870. C'était en 1962. Le temps était aux caresses, à l'espérance, à la confiance. Quand le successeur de Pierre disait son époque naturellement « sensible à la voix du ciel. » |
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22-10-2009, 19:32:17 Ephrem Foi
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