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| MAGRITTE SCHIELE REMBRANDT |
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| LION JE SUIS AVEC UNE AME D'OISEAU. LA TERRE. ET PUIS L'HORIZON QUI APPELLE. |
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| TROIS CROIX. LE CHRIST N'A MEME PAS LA PREMIERE. |
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| CE SOIR A EMMAÜS, D'OU VIENT QUE J'AI LE COEUR EN FEU ? |
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| "Notre Faust", de Béjart, d'après Goethe, Faust I et II. Photos prises par Bruno Mersch. |
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Mon sentiment d'homme étranger aux désastres planétaires mais nullement épargné par d'autres tourments qui m'ont, à certaines époques, mis au supplice dans cette « vallée de larmes » où je ne pleurais même plus, est que l'être humain, si on quitte la phraséologie euphémique aujourd'hui dominante, est très conscient que la mort est là, qui rode autour de lui, toujours ! Et que, finalement, ce n'est pas triste.
La conscience qu'on a de soi-même, inclut, si on a quelque lucidité, un sentiment de fragilité extrême, qui ne fait que croître avec le temps. Fragilité de la vie, parce que fragilité de ses conditions. Cela commence dès l'adolescence, où la chance de se faire aimer apparaît comme incertaine. Il n'y a pour ça aucune nécessité cosmique. « Tu viens à moi du fond de ta jeunesse, tu viens à moi et tu ne le sais pas. » disait une chanson d'un certain Jacques Douai, chanteur « à texte » se produisant dans les cafés concerts. J'ai toujours su que cette affirmation n'était qu'une aspiration sans garantie. Tant de gens qui seraient faits l'un pour l'autre, qui eussent été parfaitement heureux ensemble, ne se rencontrent jamais. J'ai pris l'exemple de l'amour, mais le métier, l'argent, le succès, la santé, tout est hasardeux. Rien n'est sûr. Toi qui me lis, moi qui écris : peut-être qu'un de nous deux ne verra pas revenir le printemps.  En même temps, à l'exception de tous ceux qui meurent jeunes, qui n'ont pas eu « leur compte de vie » et ont assez goûté à l'amour pour mesurer le vol qui leur est fait, la mort n'est pas tragique. Lorsque la nuit approche, on la voit venir avec une grande paix. Seule la souffrance est insupportable, mais notre civilisation a les moyens d'y remédier, et y remédie. On pallie tant qu'on peut, et quand on ne peut plus, on peut encore, et on le fait. Pour autant que l'Eglise n'y mêle pas une problématique médiévale, ou bien qu'on ait acquis, à l'intérieur d'elle, assez de culture et de raison pour s'autoriser sans présomption un jugement autonome, qui ne soit pas de complaisance. L'Europe avec raison se donne le devoir et donc le droit d'exclure cette souffrance du monde des vivants. - Eh bien heureuse mort, quand le temps est venu.  Qui voudrait vivre 900 ans, comme Noé ou Mathusalem, ou même 120, comme Jean Calment ? Les progrès économiques et scientifiques retardent l'échéance ; par bonheur ils ne l'annulent pas. On allonge la jeunesse, plutôt qu'on ne la prolonge. Quand l'existence a été « pleine », que l'Amour qui pouvait s'égarer, ne s'est pas égaré et qu'il vous a trouvé ; quand par le sexe et par le cœur, ou bien par le cœur et par l'esprit, vous avez créé, formé, lancé dans la vie des fils et des filles qui seront vous quand vous ne serez plus ; si l'une ou l'autre action d'éclat a pu justifier à vos yeux comme à ceux d'autrui votre passage d'individu sur la terre ; si votre profession a été vécue de façon telle qu'elle vous enchantait, qu'elle servait au bien-être de vos proches, de vos clients, de vos lecteurs ; si l'argent gagné fut celui de votre travail, tout autre étant pour vous méprisable, et qu'il ait été mesuré à vos besoins, sachant qu'il en faut plus qu'on ne croit et moins qu'on ne dit ; parce qu'enfin vous avez deviné, reconnu, aimé, si peu que ce soit, à travers un miroir, l'image obscure de « Dieu »... Alors vous avez le sentiment, comme dit le psaume, d'être « rassasié de longs jours » et qu'il ne reste de but à atteindre que celui dont Paul de Tarse parle en 1Cor 13 : « Connaître Dieu comme il vous connaît. » Exactement comme.
N'ai-je pas dévié de mon propos ? Je voulais parler de la Providence... Eh bien son action n'est pas de nous changer, de nous faire vivre un autre destin que celui que nous secrétons nous-mêmes. Mais de nous accompagner. Voilà la norme. Qui l'ignore ? Les esprits chimériques, façon Malraux, qui hantent si bien l'adolescence : « L'homme sait que le monde n'est pas à l'échelle humaine, et il voudrait qu'il le fût. » L'esprit adulte, lui, mesurant nos limites, s'en accommode avec réalisme. « Qu'ai-je fait pour mériter ça ? » est la question qu'il se pose non quand vient le désastre, mais plutôt quand vient l'exception au désastre, le salut improbable, le bonheur du rescapé. Echapper à l'accident général, voilà qui n'est plus ordinaire. Il faut bien alors que Quelqu'un soit intervenu. En cela se concentre le sentiment de la Providence, que de froids philosophes moqueront à loisir dans leurs chaires tranquilles. Le bonheur des Haïtiens, peut-être unijambistes ou infirmes, ou encore orphelins, c'est de penser qu'ils sont regardés, choisis, sauvés. La Foi, cette lumière dans l'ombre fatale, cet amour dans l'univers froid. |
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09-02-2010, 14:06:33 Ephrem Philosophie de la religion
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Compatibles, les malheurs du monde, avec l'existence de Dieu, du Dieu chrétien bon et tout-puissant ? On a lu la première réponse de Mgr Léonard, qui suit d'ailleurs sans les citer les articles 396-421 du Catéchisme romain ; et la réaction de Me Palagio, qui ne voit pas comment la nature même minérale aurait été corrompue par le péché des hommes (lisez l'article 395, cher Maître : on y parle du péché... des anges). Je donnerai ultérieurement mon point de vue, non qu'il soit meilleur, mais comme un maître de maison s'explique après avoir écouté. Et voici encore une position nouvelle, paradoxale et dure.  « Il n¹y a pas de réponse, m'écrit un prêtre, « jml », qui dit souhaiter participer à la réflexion commune, mais, semble-t-il, par une autre voie que les commentaires. Ce sujet lui importait ici déjà ! « Devant la shoa, devant 200.000 victimes d'un tsunami ou d'un tremblement de terre, on ne peut que hurler, et protester devant Dieu, et l¹insulter même, si on a la foi ! » Et il ajoute : « Ce que fit Job ! Et Dieu l¹approuve. » - "Jml" va plus loin : « Maintenant, voyez que ce n'est pas à partir d'un certain nombre que cela devient insupportable. Comme si massacrer un seul Israélien ou un seul Gazaïte était plus supportable ! La douleur humaine, on ne raisonne pas devant elle. Elle est aussi grande pour une fille qui perd son amant que pour dix mille pères qui perdent leur fils. Mais si Dieu ne manifeste aucune sensibilité devant le désespoir d'un seul enfant qui voit sa mère mourir du sida, sans savoir ce qui lui arrive, cela ne signifie pas que Dieu soit insensible. Il est mort sur une croix, dans des cris, comme on le rappelle. » 
Et puis ? pense-t-on. Quel est le rapport ? Attendez, la suite du propos, c'est comme un flash : « Ceux qui prennent le premier avion par solidarité expriment le sentiment réel de Dieu. Qu¹ils se disent Chrétiens ou pas. Il n'y a pas lieu de discuter, et de chercher une réponse les mains dans les poches. Il y a lieu d'être solidaire. Ce que nous reprochons à Dieu de ne pas faire, c'est sur nous que cela retombe ! A nous de le faire sans discuter. Non sans gueuler, peut-être. Enfin, ne prétextons pas les grandes catastrophes pour ne pas bouger dans les catastrophes tout aussi atroces quand elles sont « petites », surtout trop près de nous. » Voilà qui est net.  Mon camarade engagé termine son intervention « radicale » en disant son accord avec un propos de Mgr Pierre Dumas, évêque de l'Anse-à-Veau et de Miragoâne, en Haïti, extrait de La Croix. « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l'expliquer. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu. Aujourd'hui, le visage de Dieu, c'est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l'a portée dans son propre corps, il l'a traversée. Il est là avec nous. » Ce que "jml" complète magnifiquement : « Dans les traits des personnes sinistrées. Mais aussi dans ceux des sauveteurs ». |
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05-02-2010, 23:44:11 Ephrem Philosophie de la religion
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En Haïti, le « créateur du ciel et de la terre » a laissé se fissurer son domaine. Ce qui à écrasé des pauvres, par dizaines de milliers. Comment comprendre ça ? Interrogé par des journalistes sur sa promotion controversée à un archidiocèse, un évêque subtil a souligné l'incongruité de la question qu'on lui posait par rapport à celle, autrement grave, qu'on aurait dû lui poser : car elle s'impose à tout chrétien, et en premier lieu à leurs pasteurs. La catastrophe haïtienne est-elle compatible avec la foi en la bonté, en la puissante bonté du Dieu que le christianisme annonce ? La semaine passée, à Liège, un immeuble s'est écroulé après une explosion, faisant onze morts, et plus de vingt blessés... Nous sommes un peu moins étrangers aux aléas des conduites de gaz, qu'on l'est en pays créole à la tectonique des plaques. Tout de même, il y a ici et là des victimes d'un mystérieux bourreau : le Destin. Avec la même question, béante. Où est là la bonté de Dieu ?
La surprise est qu'en Haïti, les survivants, dont beaucoup sont dans un affreux état, amputés ou infirmes, ou ayant perdu l'un des leurs, parlent de leur salut personnel comme d'un « miracle ». Le mot a été utilisé aussi à Liège, par les journalistes cette fois, pour ceux qu'on a pu sortir vivants des décombres, mais c'est par automatisme linguistique, ce semble. Dans l'ile dévastée, la ferveur et la gratitude accompagnent l'évocation de « l'œuvre de Dieu », de « la main de Dieu ». Cela m'interpelle. Je ne cesse d'y penser. En m'interdisant de parler ici de « superstition », ou pire, d' « égocentrisme et d'indifférence au malheur du moment qu'on y a échappé soi-même » : les mots d'esprit de Voltaire sur la « providence » lors du séisme de Lisbonne (en 1755) me paraissent tout à coup tellement superficiels. 
Vous savez : cette méchante idée qu'on remercie Dieu quand la foudre est tombée chez le voisin plutôt que chez soi. Je ne suis pas tenté non plus de me rabattre sur Rousseau, qui en fait une question sociale, opposant « l'homme rassasié de gloire au sein de l'abondance » à lui-même, « homme obscur, pauvre, tourmenté d'un mal sans remède. » Antithèse simpliste : « Vous jouissez, moi j'espère. » Il doit y avoir une réponse moins frivole.  Ce n'est pas l'article récent de La Croix qui me la fournit, même s'il est bien fait. Les deux journalistes font correctement leur travail, en rendant compte de réactions opposées : toute la gamme des possibles est parcourue. Il s'agit pourtant d'opinions de circonstance, et je reste sur ma faim. Et vous ? |
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02-02-2010, 18:23:59 Ephrem Philosophie de la religion
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Il est mort mercredi, on l'enterre aujourd'hui. Deux « familles » qui semblent ne pas se connaître, aucune ne faisant référence à l'autre, annoncent son décès chacune de son côté, dans la Libre (et le Soir ?)... Et les deux citent de lui un texte différent sur le phénomène de la « disparition » qui l'a fasciné toute sa vie. La famille de Blaton, le 29 : « La présence est dans cette absence / Le règne dans ce dénuement / La parole au fond du silence / Dans cet arrêt, le mouvement » [1959]. Et la famille bruxelloise, le 30 : « Quand on aura sur nous tiré le drap / Et sous le sol couché nos apparences, / Enfin quittés par ce qui nous couvrait, / Dieu nous étant toute notre vêture / Quand on aura gratté nos impostures / Et déroché tout ce qui nous cachait,/ Femme, croyez, ce que je dis est vrai : / Nous entrerons dans l'unique aventure [1955]... C'est un de nos poètes, un vrai, qui ne joue pas gratuitement sur les sons et les rythmes : il a passé sa vie à interroger la mort comme un marin l'horizon. L'y voilà plongé.
Elle l'a beaucoup fait attendre, puisqu'il est né en 1920. Moi, j'avais 18 ans, et j'étais étudiant en Droit quand je l'ai rencontré, indirectement, en 52, à Namur, à travers ses Prières de l'Attente, poèmes publiés chez Casterman en 1946 ou 47. Je trouve dans mon « journal » de l'époque huit vers de lui recopiés lors d'une de ces après-midi passées à la bibliothèque Moretus des Facs, où j'allais tous les jours vers 17 heures découvrir et transcrire de quoi m'enchanter. Ainsi ce poème intitulé « Dormeuse », dont je commente sur mon cahier l'évidence sans signaler le sens enfoui : « J.T. est étendu près d'une femme jeune qui dort d'un sommeil qui, tout à coup, se trouble : gestes de peur... »  O Douce. Déjà triste au seuil de la journée./ Je lève près de toi la coupe que j'ai bue. / J'accompagne ta peur sur la route inconnue, /J'allonge près de toi ma douleur commencée. Joyeuse enfant nocturne, entre dans les ténèbres./J'entoure de mes bras ton épaule fragile. /Voici pour tes yeux clos qui désertent leur île / Mon visage, masquant l'angoisse où tu vas naître... |
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30-01-2010, 17:40:35 Ephrem Litterature
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Belle soirée musicale, hier soir, avec l'opéra « Werther » de Massenet, sur Arte, en direct de l'Opéra Bastille à Paris. Je fais moins attention à la mise en scène de Benoît Jacquot, finalement peu inspirée, que je ne me pénètre, le casque aux oreilles, de cette musique encore follement romantique (elle est pourtant de 1892) mais déjà réticente aux arias au profit des motifs, des allusions mélodiques. Est pour moi délicieux le thème dit du « clair de lune », avec les jeux à l'orchestre du violoncelle et de la flute. Touché aussi, dans l'histoire, par la foi en Dieu qui alors est partout, comme la nature, comme un paysage qu'on ne remarque même plus, sauf ce fou, ce rêveur, cet adolescent prolongé qu'est Werther. Ah ! Cette certitude d'être de la famille divine ! Je m'y plonge voluptueusement, comme dans mon enfance.  Au cours d'un duo qui devient brûlant, Werther est congédié par Charlotte « pour son repos »: elle l'aime, elle le découvre soudain, mais elle est mariée. Werther, alors : « Ah ! c'est moi pour toujours qui me reposerai. » On est en fin du Deux. S'ébauche là-dessus, en si majeur, une méditation sur le suicide qui me trouble, tant elle est paisible, plausible aussi, sans chantage, comme on veut dormir. L'œuvre source originale, qui date de 1774, est une série de lettres de Goethe, proposée en roman épistolaire façon Nouvelle Héloïse de Rousseau, « Les souffrances du jeune Werther ». Succès littéralement effrayant : une épidémie de suicides suit la publication en Europe... - Comment ça, épidémie ? - La « mode » du suicide induite par la douceur du livre fait tant de ravages que Goethe se culpabilise, qu'en 1775 il ajoute à une nouvelle édition : « Ne suivez pas mon exemple. »  Au dernier tableau, Werther qui s'est déchiré la poitrine va mourir, en effet. A l'époque, l'Eglise refuse d'ensevelir en terre bénite les suicidés. Il y pense, à la malédiction du clerc : « En détournant les yeux un prêtre passera. » Et comme on le ferait aujourd'hui si l'Eglise n'avait pas changé sa discipline, il lui oppose le « sensus fidelium » : « Mais à la dérobée quelque femme viendra / Visiter le banni / Et, d'une douce larme en son ombre tombée / Le mort, le pauvre mort se sentira béni ... »  Le metteur en scène, lui, a vu autrement le personnage de Werther, ce n'est pas sans portée : « Il représente l'impossibilité du lien amoureux dès lors que le sentiment est porté à l'extrême. Charlotte comme Werther sont en attente de qui répondra à un rêve préalable. Au moment où ils se trouvent, la situation n'est pas tenable, parce que c'est un rêve. » - Mais, je m'interroge. 1. Est-ce qu'un sentiment porté à l'extrême rend un lien impossible ? Pas vrai, selon ce que j'en ai expérimenté. 2. Le rêve de l'amour est-il préalable à l'expérience qu'on en a ? Hmm. Il sort déjà de l'amour, de la vie intra-utérine, de l'amour vécu avec la mère. Mais il s'accompagne d'autres rêves, qui le contrarient, le structurent aussi, et lui permettent de se réaliser pleinement, au contraire. Parmi ces autres rêves, Dieu. Le créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible, là, qui me regarde, qui attend. Au centre ou en marge, au front ou au cœur, mon Dieu. Dieu fait homme. « Pierre, m'aimes-tu ? » Me voilà loin de la promesse faite à une morte, de la respectabilité bourgeoise, de la fidélité au milieu dont on sort... |
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27-01-2010, 14:13:56 Ephrem Arts
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Journée importante, pour moi, ce lundi 18. Je retrouve quelqu'un à qui je suis très attaché, et que je ne vois pas souvent. En bien des domaines, nous avons des points de vue qui diffèrent, parce que diffèrent nos vies et nos alliances. Mais il y a une concorde intime à certains niveaux, dont le plus important : le niveau religieux. Cette concorde a été blessée, accidentellement, il y a des mois, et nous consacrons ce jour à une réconciliation. On dépassera la formule superficielle et réciproque : « N'en parlons pas, oublions tout, on s'pardonne, hein. » L'intention commune est de bâtir sur le roc de la communion fraternelle (Lc, 6, 48). Succès, grâces soient rendues à Dieu ! pense-t-on le soir, en se quittant. Magnificat...  L'un et l'autre étions donc conscients de la nature christologique de ce lien. Dès lors, nous assistons d'abord ensemble à la messe. Chapelle du Saint-Sacrement, « Lundi de la 2e semaine du temps ordinaire »... Midi. C'est la minute où Mgr Danneels, rue Guimard, présente au public Mgr Léonard comme son successeur à la tête de l'Eglise belge. Et voilà, là où nous sommes, une première lecture qui nous tombe dessus.  Premier Livre de Samuel, XV, 16-23, allez voir. J'en reproduis la traduction liturgique : « Après la victoire du [roi] Saül sur les Amalécites, [le prophète] Samuel dit à Saül: « Je vais t'apprendre ce que le Seigneur m'a dit pendant la nuit. » Saül lui dit: « Parle. » Alors Samuel déclara: « Toi qui reconnaissais ta petitesse, n'es-tu pas devenu le chef des tribus d'Israël, puisque le Seigneur t'a consacré roi d'Israël ? Il t'a envoyé en campagne et t'a donné cet ordre : "Va, livre ces impies, les Amalécites, à l'extermination, fais-leur la guerre jusqu'à destruction totale". Pourquoi n'as-tu pas obéi au Seigneur ? Pourquoi t'es-tu jeté sur le butin, as-tu fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur ? » Saül répondit à Samuel: « Mais j'ai obéi au Seigneur ! Je suis allé là où il m'envoyait, j'ai ramené Agag, roi des Amalécites, et j'ai livré son peuple à l'extermination. Dans le butin, le peuple a choisi le meilleur de ce qui était voué à l'extermination, petit et gros bétail, pour l'offrir au Seigneur ton Dieu, au lieu-dit Guilgal.» Samuel répliqua : « Est-ce que le Seigneur aime les holocaustes et les sacrifices autant que l'obéissance à sa parole ? Oui, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. La révolte est un péché comme le recours à la divination ; le refus d'obéir est un crime comme la consultation des idoles. Parce que tu as rejeté la parole du Seigneur, lui aussi t'a rejeté : tu ne seras plus roi ! »  Je suis consterné, indigné même, par cette histoire. Le Grand Chef qui a fait du petit Saül un vice-roi entend qu'il soit l'exécuteur de ses basses œuvres. Mission : guerre à outrance contre les Amalécites, ces païens d'à côté, avec extermination de l'adversaire, gens et biens. Ce que fait Saül. Evidemment les soldats s'approprient le butin : c'est pour eux, à l'époque, la façon normale de se rétribuer. Mais de ce butin, la meilleure part est offerte à Dieu, en sacrifice. Et voilà Dieu qui fait le difficile, qui se fâche : Ce n'est pas ce qu'il voulait : « Je t'avais dit : détruire tout, tout. » Congédié, le roi subalterne, destitué par un Dieu Führer, qui n'attend de ses vassaux qu'une réponse : « A vos ordres ».  En entendant le passage livré sans commentaire aux quelque trente chrétiens qui l'écoutent pieusement, je me dis : quel enseignement odieux ! Parole de Dieu, vraiment ? Sophocle à la même époque était autrement témoin d'« humanité. » Mais je dois vérifier le contexte, ce que je fais ce mardi matin. Il ne modifie pas le sens global. L'obéissance... On sait comment cette plasticité, qui n'est vertu qu'à la condition de n'être pas automatique, déraisonnable, a été absolutisée jusqu'à l'absurde : autrefois jusqu'à la formule perinde ac cadaver qui n'est pas de Saint Ignace ; et hier encore par des Allemands de ma génération, pourtant équilibrés, qui aujourd'hui entendent le Seigneur, dans les textes qu'on lui attribue, plus aisément que dans les souffrances des gens.  Dans la disgrâce du roi Saül, ici étudiée, je repère la formule « l'obéissance vaut mieux que le sacrifice », il me semble bien la connaître, elle se trouve dans le Nouveau Testament, me dis-je... Et en effet. Mais quelle surprise ! Quelle lumière tout à coup. Il ne s'agit pas d'obéissance. Dans St Matthieu, Jésus, à deux reprises (cf. 9,13 et 12,7) déclare solennellement : « c'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice ! Et dans St Marc (cf.12, 31-33) c'est l' énoncé du double commandement d'amour de Dieu et d'amour du prochain qui se voit ainsi qualifié : « cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices... »  Il a eu sans doute, dans l'humanité, une longue période où l'obéissance au chef était la nécessité première pour éviter au groupe les maux les plus grands. L'anarchie qu'on voit aujourd'hui redoubler le malheur, en Haïti, y montre toujours la nécessité, pour survivre, d'un ordre social. Il n'en va pas autrement dans les religions : la division en sectes indéfinies est propice aux extravagances plutôt qu'à la douce sensibilité à la présence et à l'action de Dieu, qui donnent la paix, ainsi qu'à la pratique de la fraternité universelle. Mais l'autocratie, surtout déguisée en théocratie, ce n'est pas le royaume de Dieu, c'est... Allons ! Je retiens le mot facile de « caricature » qui me vient, et j'écris « esquisse », ou « peut mieux faire »... |
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19-01-2010, 19:30:43 Ephrem Actualité
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Il faut se rendre à l'évidence. Aux évidences qu'on nous apporte. En nous ménageant, pour que nous rendions les armes. ● 1. Il signore Tornielli, l'ami du secrétaire d'Etat du Vatican, l'a écrit noir sur blanc : c'est « le plus traditionnel des évêques belges » qui va devenir le nouvel archevêque. La décision est prise là où il faut. ● 2. Ce matin, le nonce, Mgr Berloco, s'est invité à la conférence régulière des évêques à Malines. Il a un message . Oui, c'est une affaire imminente, « la démission du Cardinal et la nomination de son successeur seront rendues publiques d'ici quelques jours par Rome. » Bien ; mais en privé, de vous à nous, qui est-ce ? Une réponse a sans doute été donnée à leurs Excellences, mais pour nous elle est secrète. « Pour l'instant, nous ne pouvons communiquer davantage sur cette question », écrit Cathobel. ● 3. Qui nous apprend tout de même qu'au nom des évêques de Belgique, Mgr Jousten, évêque de Liège, en appelle à la solidarité des fidèles pour les victimes du tremblement de terre en Haïti. Pourquoi Jousten ? Le Cardinal est toujours en place, c'est encore à lui de présider la Conférence, jusqu'à nouvel ordre... Veut-on faire croire aux nigauds que Jousten a « gagné la course » ? Cela cache autre chose. Ou bien cela dit que Mgr Danneels, qui avait réussi dans le passé à empêcher Léonard d'accéder à l'évêché de Liège, n'est plus en mesure aujourd'hui de s'opposer à son triomphe. L'avis de l'Ancien ne compte pas. A-t-il déplu ? Du coup l'Ancien ne dit plus rien. Il regarde en plissant les yeux. Bienvenue au Club des Ex, Godfried.  J'ai bien une idée sur le dissentiment qui règne entre son Eminence sortante et Sa Sainteté régnante. A la page 157 de son livre déjà beaucoup cité, Mgr Danneels ose écrire : « Il est vrai que le pape actuel a une préférence pour tout ce qui est traditionnel et qui accompagnait la vie de l'Eglise depuis des siècles. Il suffit de regarder sur quoi l'on met l'accent actuellement dans les liturgies romaines : on assiste au retour des dentelles, des mitres qui remontent au Moyen âge et on a replacé le crucifix sur l'autel alors qu'il en avait été éloigné. Je crois y déceler une nostalgie d'antan... » Cher Père Godfried, voilà une critique qui n'aura pas laissé son destinataire impassible. Passons sur les dentelles, la moquerie est fondée. Les mitres, j'ignore de quoi vous parlez : c'est la crosse moderne, je crois, celle de Jean-Paul II (dont je donne la photo), qui a été mise au grenier, d'où l'on a ramené la crosse en métal doré solennel de Pie IX. Mais sur le crucifix, je ne vous approuve pas du tout. C'est une affaire importante que vous traitez ainsi par-dessus la jambe (scusi), en dissimulant ce qu'elle signifie, que vous ne pouvez pas ignorer. Je rappelle les faits, avec votre permission. Ils sont instructifs, non sur vous que nous aimons comme vous êtes, mais sur le pape Benoît, que nous voudrions mieux aimer.  Benoit XVI a décidé en 2008 de rééditer toutes ses œuvres, opera omnia, en seize volumes. Et en cinq langues. L'ordre ne sera pas chronologique, mais thématique. En tête du premier volume, qui porte sur la liturgie, le pape a prévu et placé une préface originale, qu'on peut lire ici. Arrivé au § 6, Benoit XVI évoque la célébration de la messe dos au peuple, dont il montre la signification essentielle. « Il est certain que le prêtre et le peuple prient tournés non pas l'un vers l'autre, mais vers l'unique Seigneur. Dans la prière, ils regardent donc dans la même direction: soit vers l'Orient, symbole cosmique du Seigneur qui vient, soit, si ce n'est pas possible, vers une image du Christ dans l'abside, vers une croix, ou simplement vers le ciel, comme l'a fait le Seigneur lors de la prière sacerdotale, le soir précédant sa Passion (Jean 17, 1). » Voilà qui est vrai, mais qui fait frémir. Où pareille réflexion va-t-elle mener le pape ? Il explique son idée, qui est un compromis : « Ne pas procéder à de nouvelles transformations, mais placer simplement au centre de l'autel la croix vers laquelle le prêtre et les fidèles pourront se tourner ensemble, pour se laisser conduire de cette façon vers le Seigneur, que nous prions tous ensemble. » Ce n'est pas de la nostalgie, ça. Mais de la théologie. C'est dire qu'une messe n'est pas d'abord une rencontre entre amis, mais un rendez-vous avec Dieu. En plus, ça ne gêne personne...  Est-ce qu'avec le nouvel archevêque, la messe sera plus recueillie, plus axée sur ce contact naturel avec Dieu ? On verra. Je salue, comme le fait Palagio, l'intelligence de M. Léonard, que je reconnais. J'écouterai ses prônes, qui m'intéresseront, si j'en juge par ce que je lis sur le site web du diocèse de Namur. Mais je me félicite aussi de ne plus être un jeune homme, généreux et docile. L'habile homme qu'est cet évêque peu ordinaire (je n'ai pas dit 'anormal', j'ai en tête certain procès...) parle trop volontiers de problèmes sexuels et familiaux où sa compétence est nulle et son zèle excité. Quand on est le dernier d'une famille de quatre garçons dont tous sont prêtres, et dont le père est mort avant qu'on ait un an, on n'a pas bien appris la vie. Le bonheur de vivre. On a appris Dieu, oui ; son service, sa puissance, c'est magnifique. Mais... Que Dieu parfois nous abandonne, qui donc, Evêque, te l'a appris, à toi ? |
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14-01-2010, 22:59:54 Ephrem Actualité
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- L'avis de l'abbé Mugnier
- Comme ils disent
- Mauriac, homo ?!?
- L'amiage, suite
- L'Amiage
- Un vivant apocryphe
- Lire la passion
- Ma jument mon amour
- Celui à cause de qui
- Eunuques
- Juifs et Grecs
- Sainte humanité
- Jesus, à la base...
- O Dieu, faites que...
- Aphrodisiaque
- Revoyure
- Memento Homo
- Beaux illogismes
- Foi en 2009
- Au r'voir et à plus
- Un triste Père Noël
- Fils de David
- La foi qui meurt
- Vacances en vue
- Plein d'actes sont ambigus
- 3. La foi qui angoisse
- Un sacramental
- A day without gay
- Mes trois mères
- 2. La foi qui mutile
- La dernière dictature
- Flaubert version corrigée
- 1. La foi qui couvre Dieu
- Avent
- En rire et puis lire
- Alors, tout sera achevé
- Dire non
- Dieu et la pub
- Tempête sous un crâne, 1990
- Le récipient de Froidmont
- Famille je vous aime
- Où est donc mon pays ?
- El Vi
- Tous saints
- C comme catholique
- Quand la Bible est caressante
- Emmanuelle
- La Restauration en vue
- Pas assez ou trop, films.
- Embrouillardise
- Deux fraternités
- Ce qui importe ? L'argent.
- Art poétique
- Un nouveau péché
- Examen de conscience
- N'être plus rien, ne rien faire
- Horace et virgile
- Mon jumeau prêtre...
- La Tradition bloquée
- La querelle du Sens
- Incohérence
- Adoration
- Sens de la vie
- Nous osons dire...
- Que faire ?
- Johan et l'acier, Catherine et la pierre.
- Disputer sans se disputer
- Bienfaisantes vacances !
- De Valjean à Myriel, de Brian à Justin
- Revival
- Amen
- Complies de Pentecôte
- Vers l'autre rive
- En ces temps-là...
- L'autre divorce, et puis la rencontre
- Tardive jeunesse
- C'est ta faute, refrain
- Quarante plus dix.
- Le profil jésuite. 6c/7. Vêpres
- Dans la tête d'Aloysius 6b/7. Matines
- Coup de couteau. 6a/7. Vigile
- Diversion
- Prendre l'air. 5c/7. Vêpres
- La durée 5b/7. Matines
- Un eden secret. 5a/7 Vigile
- Après mais avant
- Combat de Jacob. 4c/7. Vêpres
- Gaudium magnum 4b/7. Matines
- Aux Facs 4a/7. Vigile.
- Interrogation
- Intermède
- Du mystique au réel 3c/7. Vêpres
- Paradis terrestre 3b/7. Matines.
- Lire "ma" Genèse 3a/7. Vigile.
- Au pays de l'absolu... 2/7
- Bilan 1/7
- Ouvrez la fenêtre, qu'on respire !
- Les résurrections
- L'interstice du néant
- Transgression
- L'année de la première Bible de Maredsous
- Chiara et le Lama
- Péché mortel
- Soixante nuits
- Au p'tit bonheur, ou au grand !
- Mon premier amour
- Par la grille, à l'aube
- "L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie ?"
- Pendant ce temps, le monde tourne
- le premier livre comme plus tard le prem...
-
- 23 + 22 = 45 - 5 = 40
- Rhétoriques faciles
- Congé provisoire
- Un Credo singulier
- Il y a deux hommes en moi
- Je t'offre un verre d'eau glacée...
- Huit vers...
- Le Lion de Lyon
- D'Origène à Marie Noël, l'accord
- Du point de vue des maudits
- Se sentir bien, en pays totalitaire ?
- Le désenchantement
- Quand Abraham est une mère
- Ce que j'ai su à quatre ans
- Questions à la rubrique "scandales en tout genre"
- Mesquinerie, mais mais...
- Le bouquet Missaire
- la chose écrite, et l'époque où elle est lue
- Moins mystique, plus réaliste, s'il Te plaît !
- La quête du Père
- Est-ce qu'on flirte avec la psychanalyse ?
- Le duel
- Pour trois fois rien
- A Cyril et Blaise, mes héritiers...
- J'ose dire ça ? J'ose.
- Impasses vitales
- Quand on mêle tout
- Message personnel
- C'est moi, marche sur l'eau - Mt 14
- Confiance de merde ?
- Pas la même foi mais la même confiance
- Chaleur
- Dead Mountain
- Peur que je vous brûle ?
- Sans un baiser
- A cheval sur les principes
- un conclave discret pour un pape obéissant
- Bruno
- Un Dieu familier
- L'amour romantique : on y regarde de près ?
- Rompre ce qui est déjà rompu
- L'rrationnel au volant
- Les Pèlerins d'Emmaüs, 1648
- Die Kreuzigung, 1907
- Homesickness, 1940
- Julien, l'inquisiteur charmant
- Un homme, cela suffit.
- L'endroit d'où voir
- Un plaisir majuscule
- L'étrangeté de l'autre
- A David, avec les remerciements de Saül
- PAS DE FEU, MAIS DE L'EAU.
- CIRCONCISION
- La note juste
- Petites hontes et grandes excitations
- DES SOLITUDES, ET UNE SEULE LIBERTE
- EXACTITUDE
- Publié en juin, ce "conte de noël". Et...
- Voeu liminaire
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