26/02/2008

Un Credo singulier

college St Pierre Jette, entrée

 

   Un jour, donc, en 71, j’ai commis le « Credo » qui suit. En douze articles. Il ne remplace pas le Commun, il m’est singulier. J’en étais si content que je l’ai joint par la suite, en postface, à divers cours que j’ai donnés – ne le commentant quasi jamais. Le titre  avait valeur d’avertissement : rien que cela, et tout cela. Je ne « savais » pas cela, je le croyais, j’y croyais, j’y confiais ma vie. Voici ces douze points, je n’y ai rien changé. Certains me semblent (et vous sembleront) naïfs ; vous dénicherez la rouerie d’autres qui n’ont l’air de rien et qui supposent une souffrance dont je gardais pour moi l’expression directe. Je pensais ça, entre 68 et 80, donc je le disais, je l’écrivais, je le distribuais. Je le pense encore ? - A vous d’en penser ce qu’il vous plaira.

  

1.Je  crois que le malheur du monde vient de ce qu’il se développe sur des rapports de force. Je crois que la sagesse consiste à les briser ; la sainteté, à être le premier des deux qui les brise.

 

2. Je crois à la culture, au livre, à l’harmonie née de l’esprit. Tant que des hommes restent sensibles à l’art ou à la pensée désintéressée, j’espère en eux.

 

3.  Je crois que la peau humaine, la plus nue de toutes les peaux, est la plus belle chose de cette terre. Je crois aussi, avec  Mounier, qu’elle est ce qu’il y a de plus profond en nous.

 

4. Je crois à l’ordre, mais au désordre ; au lac, mais au torrent.

 

5. je crois à la jeunesse qui veut donner ; je crois à la vieillesse qui accepte de recevoir. Je ne crois pas qu’il y ait des adultes, mais seulement des tricheurs : enfants qui prennent ou vieillards qui donnent.

 

6. Je crois en la bonté, seule supériorité d’un homme sur un autre. Je crois en ceux qui donnent à boire, sachant que, lorsqu’ils ont soif, nul ne les désaltère. Je crois en la bonté et en la nécessaire ingratitude.

 

7. Je crois aux mots : ils font, puis ils remplacent.

 

8. Je crois en l’amitié, amour sans ailes – sans griffes.

 

9. Je crois à l’amour charnel, à la vie qu’il promet, à la mort qu’il donne. Et je crois à la résurrection de la chair.

 

10. Je crois en l’Eglise catholique, qualifiée symboliquement de putain par le prophète Osée, de marâtre par saint François de Sales. Je  crois qu’elle porte la Bonne Nouvelle, épouse indigne  de Jésus-Christ, et légitime.

 

11. Je crois au temps, critère unique.

 

12. A travers et malgré tout, à travers et malgré tous,     à travers et malgré moi, je crois en Dieu.

20:01 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Il y a deux hommes en moi

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   Dans la foulée des années 68, la révolution était partout et nulle part. Partout : les autorités, parentales, scolaires, politiques, culturelles, économiques tremblaient sur leurs bases et faisaient mine de ne plus être sûres de rien. Des pamphlets s’écrivaient contre la Culture.  Mozart, Racine, le Gréco, tous des faussaires. Et les éloges de l’anarchie se succédaient, avec une adhésion forcenée à un antithéâtre brechtien, et, plutôt forcée, à un antiroman façon Robbe-Grillet. Nulle part aussi : les trente années glorieuses de prospérité économique qu’on vivait alors n’étaient pas vraiment troublées par ces tempêtes de surface. Et moi, j’étais où ? Curieusement, j’étais sincèrement en phase avec les rebelles, donnant volontiers l’appoint de ma compétence stylistique à l’expression de leurs revendications. Mais dans mon for intérieur, si soucieux que j’eusse été de ne pas me couper de la jeunesse conquérante,  je n’oubliais jamais le bonheur que m’avait donné l’acquisition « par coeur » du savoir traditionnel – par le cœur en effet en même temps que par la mémoire… J’avais apprécié les systèmes structurants du passé, j’en disais les ombres que je voyais, mais j’en ressentais les splendeurs, que je disais aussi. Par exemple, je n’aimais les vers que rimés et rythmés, c’est dire mon exil par rapport à la religion régnante. Pourtant, mon discours était rien moins qu’hypocrite (« rien moins », pas « rien de moins » !). Comme dans le psaume, il y avait deux hommes en moi. Quelquefois, je crois qu’ils sont toujours là.

 

   Pour toutes sortes de raisons liées, j’imagine, à la sécurité que j’y trouvais – car je ne faisais d’études que grâce à une bourse qui, à l’époque, n’allait qu’aux « mieux doués », après examen national, bourse qui devrait être remboursée par mensualités dès le premier salaire que j’obtiendrais  - ,  j’avais beaucoup appris durant ma jeunesse. Des choses délicieusement inutiles, venant d’horizons périmés, mais qui se faisaient écho entre elles, et où ma sensibilité trouvait exaltation et raffinement. Pour donner une idée, j’ai fait une partie de mes études dans un ancien couvent flamand dont les religieux avaient déménagé, mais où leur bibliothèque, à peine dégarnie, était accessible par une porte de secours à un étudiant ascétique et curieux. J’étais les deux, et je me suis nourri, enivré, comme on veut,  de ces livres dont certains n’étaient pas imprimés, mais formés de polycopiés à la pâte bleue. On n’imagine plus le formidable encyclopédisme de la fin du XIXe siècle dans les lieux de recueillement.

 

   Un jour, en 71, j’ai commis le « Credo » qui suit. En douze articles

00:13 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

24/02/2008

Je t'offre un verre d'eau glacée...

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Il a vécu de 1901 à 1928, vingt-sept ans seulement ; rhumatisme articulaire aigu… Quelle époque ! Il avait tout pour lui : milieu bourgeois, aisé, riche même, un « citadin » de Bruxelles , un « promeneur », pour reprendre les titre de deux de ses recueils. Bref, rien à faire que vivre, et il est mort en pleine jeunesse. Madeleine Defrenne pour l’Académie Thérésienne en a dit l’essentiel, et sa thèse m’a enlevé autrefois l’envie d’aller plus loin dans l’exploration de ce poète discret, car nul ne pouvait mieux l’approcher que cette femme. Lisez ces huit vers. Des octosyllabes, cette fois ; et le même procédé de chute finale qu’hier - à propos, hier, c’était de Norge. Ici le jeune homme s’adresse à une femme aimée, enfin, aimée ?  une femme avec qui il ne partage rien. Un peu de vin, oui, et des caresses, mais c’est quoi, les caresses et la frénésie érotique où ne se communique pas le sang de Dieu ? Attention : Périer n’était pas croyant ; plutôt amateur des mythes gréco-romains, où Orphée et Dionysios sont sacrifiés. Mais qui peut empêcher un lecteur de le lire à la façon dont lui, lecteur, il sent les choses ? De remplacer même, s’il lui plaît, le troisième vers par « Garçon plus câlin qu’une bête », et de se consoler de la difficile solitude avec ces mots magiques ?

odilon

      

Garde ma récolte secrète

Et partageons ce peu de vin,

Fille plus douce qu’une bête,

Portant le masque du destin,

                                          

Déchirée, habile à sourire,

Et qui ne sais rien de mes dieux

Que le taciturne délire

Où je te confonds avec eux.      

 

 

 

 

15:57 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/02/2008

Huit vers...

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   Ces huit vers font en ma mémoire comme une  ronde incessante, sans que j'en retrouve l'auteur. Ce n'est pas un poème d''enfance, il est par trop énigmatique : de quoi y parle-ton ? Du rêve ou de l'amour ? Ces heptamètres si réguliers... Un Belge, je crois. O.-J. Périer ? Thiry ? Norge ?  

Ne songeons qu'avec prudence

A ce pays bien gardé

Il ne faut pas se hâter

D'obtenir sa confidence.

Rêver est plus long et plus

Difficile qu'on ne pense.

Tu souris ? -  Tu as perdu

Ta première et seule chance...

23:41 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/02/2008

Le Lion de Lyon

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Dites-moi, ces deux photos accolées, vous en supportez bien la vue simultanée ? Pourtant, à suivre le bon Origène, les personnages de gauche comme de droite communieraient « au dernier jour » dans l’Amour éternel. N’y a-t-il pas quelque chose qui, à cette perspective, vous travaille l’estomac, vous soulève le cœur, vous fait peut-être quitter la voiture qui vous  emmène à cette Fête Universelle et vomir sur le fossé ?

 

   AVANT Origène, c’est-à-dire un siècle seulement après Jésus,  vers 160, il y eut un théologien qui  eut sur « l’enfer » dont Matthieu semble obsédé une autre idée, ou plutôt une idée « vitale », qu’il défendit avec éclat dans ses cinq livres « Contre les hérésies. »  C’est St Irénée de Lyon, le 2e évêque de la ville après un certain Pothin,  « primat DES Gaules », bien entendu, parce qu’il n’y avait pas encore d’évêque dans aucune autre Gaule d’alors (par exemple dans la Gaule Belgique)... Irénée de Lyon, c’est qui ? Irénée de Lyon.Pas un lyonnais, malgré son nom ; pas un « gaulois autochtone » malgré ses moustaches d’Asterix, mais un Turc venu de Smyrne où il a eu comme maître un disciple direct de Saint Jean l’Evangéliste. Irénée est donc comme le « petit-fils » de Jean. Il  est connu pour avoir défini comme suit la « gloire de Dieu », ce concept (si curieux pour nous) que nous employons sans l'approfondir dans les offices : eh bien, la gloire de Dieu, c’est l’homme qui vitgloria dei : homo vivens… Qui vit après avoir mangé (d’une façon ou l’autre) la pomme de l’arbre défendu ! Qui vit au lieu de mourir ! Grâce à l’intervention de Jésus. Voilà qui est glorieux pour Dieu, car un homme, par définition, c’est mortel : sa vie s’écoule comme le contenu du sablier. La gloire de Dieu, dont toute la liturgie est pleine, c’est que l’homme vive toujours. La résurrection. - Qu’on aille voir ce qu’on en dit à Taïzé (http://www.taize.fr/fr_article6430.html), c’est mieux expliqué que je ne fais, et c’est parfaitement lisible.

 

   Que promet Jésus ? La résurrection à ceux qui croient et qui aiment. Les autres ? Quand ils sont morts, ils le restent. C’est bien ce que comprennent les apôtres qui sont tourneboulés par le discours de Jésus sur le pain de vie (Jean, fin chap. 6), discours qui amène la plupart des disciples à s’éloigner en jugeant Jésus cinglé. « Et vous, leur dit Jésus , vous partez pas ? » Réponse de Pierre, à la fois magnifique et d’une platitude confondante : « A qui irions-nous ? Toi seul promets la vie éternelle. » Autrement dit : pas d’autre fournisseur de cet article sur le marché que toi ! Ah ! Nos chers apôtres,  c’étaient pas des mystiques, à l’origine !

  Delumeau  Cette « solution », cette compréhension de l’enfer comme étant le néant, est celle de Jean Delumeau, par exemple, professeur au collège de France : voir Ce que je crois, Grasset, 1985, pp. 81-82. Delumeau est l’  historien archi-connu des mentalités chrétiennes : c’est aussi, - d’après ce que j’en ai appris (car ce vieil homme juste et fidèle me touche), un saint d’aujourd’hui. L’abbé Pierre chez les Intellos. - Et voilà que le Père Antoine-Marie BOISMARD , l’ancien recteur de l’institut biblique de Jérusalem, montre que cette foi-là était celle de… de qui ? De Jésus lui-même. Il a étudié pour ça tous les passages bibliques qui en parlent, tous ; cf. Faut-il encore parler de résurrection ?, Grasset, 1995, pages 164-165. Oui, l’enfer existe pour Jésus, mais c’est le Néant.  

   Dire qu’il m’a fallu, moi, attendre soixante ans et ces lectures pour comprendre que le feu éternel signifie, pour un Juif du premier siècle, tout platement la mort sans supplice, exactement la disparition complète , l’ « holocauste », ou réduction en cendres (d’où l’image du feu). Cette perspective n’a plus rien d’odieux, et elle ne minimise rien. La mort, les stoïciens vieillissants la désiraient. Les incroyants n’y voient qu’une fatalité à quoi il faut penser le moins possible. Et nous, qu’Hitler soit sans doute définitivement mort, sans qu’on doive envisager qu’il puisse (un jour lointain) s’asseoir tranquillement au banquet éternel, dans la compagnie paisible de ses victimes, c’est mieux, il y a quelque chose de plus qui est assuré : la Justice

   BUFFET, Damnés pris dans les glaces, 1976Evidemment, pareille conception de l’enfer ne fait plus peur à personne. Elle est ancienne. Elle respecte l'image biblique du feu destructeur (pas comme Dante repris par Buffet, ci-contre, où la glace remplace le feu). Elle supprime seulement tout supplice, idée de toute façon inhumaine. « N’ayez pas peur », jamais.

12:44 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/02/2008

D'Origène à Marie Noël, l'accord

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Les théologiens interrogés aujourd’hui sur l’existence de l’enfer sentent bien qu’il y a là une humiliation de Dieu, un échec du salut volontairement universel apporté par Jésus. D’autant qu’aucune liberté, dans la vie réelle, ne s’exerce pratiquement sans actions et réactions de déterminismes subconscients et variés. Ils s’en sortent par une conceptualisation : l’enfer est une limite asymptotique, disent-ils, une potentialité qui ne se réaliserait jamais. Pour preuve le fait que l’Eglise, si elle canonise pas mal de saints, ç.à.d. garantit qu’ils sont « au ciel », n’a jamais, jamais ! désigné explicitement personne  comme « damné ».

 

   Disant ça, je n’apprends rien à personne. Mais j’ajouterai que ce n‘est pas le fléchissement moderne d’une vérité de foi. Dès le IIIe siècle, entre 200 et 250, un Père de l’Eglise d’Alexandrie, Origène, célèbre et de grand  Origene - eucharistiemisericor.free.fr

poids dans les joutes de l’époque pour préciser les vérités de foi, s’est illustré en défendant l’idée qu’à la fin des temps, l’enfer disparaîtrait, et que tous seraient sauvés : sans ça, le christianisme n’avait pas le droit d’annoncer comme il le fait la, victoire finale de Jésus. Tous. Même Satan ? C’est ce que Giovanni Papini, en 1954, dans son étude sur « le Diable », a établi, trouvant chez Pie XII un « appui passif ». J’entends par là que le pape Pacelli avait empêché le « Saint-Office » de mettre l’œuvre à l’index. Mais récemment (le 25 avril 2007), Benoit XVI, dans une leçon publique, était positivement enthousiaste. Selon lui, Origine « avait imprimé un tournant irréversible à la pensée chrétienne », disant (un peu obscurément) que « cette nouveauté lourde de conséquences correspond à la fondation de la pensée chrétienne », ce qu’il expliquait alors (clairement) : « Faire de la théologie était pour lui essentiellement expliquer, comprendre l'Écriture ; nous pourrions même dire que sa théologie est la parfaite symbiose entre théologie et exégèse. En vérité, la caractéristique de la doctrine d'Origène semble résider justement dans l'incessante invitation à passer de la lettre à l'esprit de l'Écriture, pour progresser dans la connaissance de Dieu. » Origène, c’est donc une source reconnue.
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Un poète d’hier (elle est morte en 1967), Marie Noël, qui fait partie de mes intimes, au sens où son œuvre comme sa vie accompagnent et facilitent depuis longtemps mon voyage intérieur vers Dieu, a écrit là-dessus un texte évident, dans ses Notes Intimes, Stock, 1959, pp. 228-229. Le voici.

 

   « Si l’Enfer – le Mal – est éternel, il tourmentera éternellement le Paradis. Eternellement, le Paradis sera inquiet comme une bonne famille qui, par malheur, a un fils au bagne ou un frère « aux fous » et qui jamais tout à fait ne s’en console.

 

   Je connais des Saints qui n’en dorment pas ! « Allons ! dit Dieu, allons ! allons ! Saint Vincent de Paul, il faut te faire une raison. La porte d’ici est grande ouverte. Si ces gens de là-bas ont la haine de Moi – c’est leur haine et non Moi qui les empêche d’entrer – libres ils furent, libres ils restent, et personne, même Moi, ne peut les forcer à m’aimer et à vouloir être des nôtres. »

 

   Mais Saint Vincent de Paul ne peut se faire une raison. Il a aimé son prochain. Il en a eu très grand souci. Il continue. Et tous les Saints auxiliateurs ont envie d’aller tirer d’affaire ce prochain du dehors ténébreux qui s’est mis dans un mauvais cas. Et les Saints hospitaliers ont envie d’aller panser leurs brûlures éternelles.

 

   Personne n’est tranquille là-haut. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a parfois envie de quitter les justes et de repartir avec sa croix pour le salut des insauvables.

 lumiere MT                                           Et peut-être Il repartira… Ils repartiront tous, et, peut-être un jour de l’Eternité, l’Amour aura triomphé de l’Orgueil et de la Haine. Alors Dieu aura vaincu l’Autre, le Bien aura détruit le Mal. Alors le paradis reposera en paix.  

Pas avant. »

02:40 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

20/02/2008

Du point de vue des maudits

LAURENS - excommunication de Robert le Pieux

- Pourquoi t’étonner qu’à côté des « bénis » de Dieu, il puisse y avoir des « maudits » ? Quel cas fais-tu, Ephrem, de la liberté ?

 

   Le plus grand cas. Notre capacité d’accepter ou de refuser une proposition, à notre gré, est ce qui nous fait des individus – des êtres uniques, non réductibles à l’ensemble qui nous intègre. Fût-ce l’ensemble ecclésial. Fût-ce l’Eglise invisible, constituée par toute l’humanité. Dieu ne peut immortaliser personne dans l’amour malgré lui, - ce qui est le sens profond de « sauver ». Pourquoi dès lors m’étonner qu’à côté des bénis, il puisse y avoir des maudits, puisque l’acceptation est libre ?

 

   Parce que moi, qui ne suis bon qu’à moitié, selon les jours, je ne maudis pas les êtres que je voulais aimer et qui m’ont envoyé paître. Parce que j’ai toujours souhaité une vie heureuse aux gens (aux mecs, pour être clair, aux trois hommes que j’ai vraiment aimés avant Bruno) qui m’ont successivement marqué de l’intérêt, de la tendresse, de l’amour, de la passion, mais ne se sentaient pas faits pour y mettre l’infini que moi, j’y aurais voulu… Je sais aussi qu’en sens inverse, de la part de certaines filles, la même chose s’est produite à mon sujet. Est-ce que nous avons voué à l’enfer éternel le partenaire qui disait finalement non ? Au contraire. Bon vent, mon ex-amour… Et merci pour tout… C’était plus difficile que ça, je passe un peu vite sur les mois, les années de dur chagrin. Mais la fin fut toujours celle-là.

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Il y a donc une lecture particulière à faire des réprobations et condamnations impitoyables qui aboutissent, selon les Evangélistes, surtout Matthieu, à la « damnation » des récalcitrants. C’est conforme à une certaine logique « indiscutable » d’un point de vue mathématique, intemporel, irréel.  Là où la docilité à l’Ordre est la loi. Irai-je jusqu’au bout de ma pensée ? Oui, en deux temps. 1. Cette logique du parallèle, de la rétribution, positive ou négative, attribuée à la soumission ou la désobéissance au Code du Sinaï tel même qu’admis par Jésus, est inhérente à une conception totalisante, non relativiste. On l’a vue régner chez Franco, chez Hitler – l’affreux  roman à succès « les Bienveillantes » de Littell en exposait encore l’an passé le fonctionnement tranquille. Qui n’est pas avec moi est contre moi. Dedans ; sinon, dehors ! 2. De très anciens et vénérables Pères de l’Eglise comme saint Irénée, dès le IIe siècle, et Origène, au IIIe, ont saisi que le problème était grave, qu’il y avait là comme un échec absolu, une  faillite programmée de la doctrine chrétienne. On dirait aujourd’hui une cellule cancéreuse dans le jeune  organisme. Ils l’ont éradiquée : je montrerai comment demain.

 

   Dans cette problématique, que fait aujourd’hui l’Eglise romaine ? Un exemple – je ne le prendrai pas chez les gays (provisoirement). Nombreux divorce   sont les couples mariés où l’homme ou la femme, les deux quelquefois, ont vu s’éteindre la flamme du désir. Passe encore, ont-ils pensé, il y a autre chose. La complicité entre nous. Ou au moins le mode, le style, le genre de vie que nous avons construit. Ou au moins les enfants à élever. Par exemple… Mais la vie s’est allongée, on a 40, 45, 50 ans, on n’est peut-être qu’à la moitié du voyage. Et puis les enfants ont grandi, ils s’éloignent. Qu’est-ce que je fais avec cette femme ou cet homme qui me supporte sans doute aussi méritoirement que je le - ou la - supporte ? A l’âge où je suis, je vois mieux ce qu’il me faut et je sais mieux mes capacités de séduction.  La société civile, « païenne », ah ! ah ! ah ! propose des solutions pour résoudre harmonieusement ce nouveau besoin. Naissent, comme des fleurs originales, des familles recomposées… L’Eglise, avec sa grande miséricorde, elle vous offre quoi ? Un statut de « pécheur public », oh ! oh ! oh ! avec une pastorale adaptée, qui vous amènera à fréquenter la messe dominicale, ou vous vous abstiendrez de communier.  

 

   Que les bonnes gens d’aujourd’hui claquent définitivement la porte, s’excusent au passage sur l’indignité prétendue de leur prêtres (tous des pédophiles !) et trouvent le commerce des « damnés » d‘avance plus convenable que la fréquentation des « élus », comment ne pas le comprendre ?

 

00:50 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

19/02/2008

Se sentir bien, en pays totalitaire ?

 

       Du triste tableau fait hier, je ne vais pas me contenter de geindre. Que l’Amour ne soit pas aimé, c’était déjà la plainte de François d’Assise au XIIIe siècle. L’Amore non è amato  Mais que le nom même du Bien-aimé ait aujourd’hui mauvaise presse, que des gens honnêtes s’emploient à ce qu’il soit oublié des nouvelles générations,  je m’interroge, quand même. Je me mobilise, même, et Dieu sait si je suis, paresseux.

 

La priorité est de comprendre ce qui se passe, psychologiquement…  Pourquoi ces femmes et ces hommes, où je compte tant de proches, non seulement sont restés loin de la source d’eau vive, mais, après y avoir bu quelquefois,  et plus souvent, après avoir vu d’autres y boire et n’en avoir pas été rafraîchis, s’en sont écartés, comme d’une eau stagnante et polluée.


Il y a, en surface, des causes évidentes, d’ordre intellectuel. En fatiguant ou bâillonnant tous les chercheurs critiques en exégèse, en éthique, en biologie, au nom d’une vérité que Dieu aurait seul (oui) mais dont le pape, lui, aurait tout le secret (non), Rome incarne volens nolens un absolutisme obscurantiste. 

 

  abbé Pierre réduit   Mais Il y a, en profondeur, une sorte d’indignation, de rébellion devant le  jeu biblique inexpliqué des promesses et des menaces présentées comme indissociables. Ces béatitudes qui ont toujours comme pendants des malédictions. Cette division des ressuscités en « bénis », voués à un paradis de délices, à la droite du Père, et des « maudits » voués à un jardin de supplices, côté gauche. Ces interdits sexuels ou misogynes d’une autre époque présentés comme irréformables. Ou ces autorisations à se soustraire au fisc parce que trop gourmand, ou à la justice humaine, parce que païenne : rien de cela ne passe plus. Certes, on trouve, chez tel ou tel chrétien, des interprétations généreuses du message de Jésus qui suscitent l’adhésion immédiate : elles frappent, comme la Beauté séduit, d’un coup ! L’abbé Pierre, en 1954.Et le même en 2001, renonçant de facto à tout hommage posthume. Mais elles sont « privées », sans caution ultime de l’autorité. C’est juste, je veux dire exact. Là-dessus, il faut assumer le fait que l’Eglise catholique « dont fièrement je me réclame », comme disait un cantique d’enfance, est constitutivement hiérarchique, selon un modèle pyramidal d’une rigueur extrême d’où sont nés tous les schismes. Elle a un chef domicilié à Rome, qui ne se dit pas seulement « primus inter pares » parmi les évêques, successeurs comme lui des apôtres, mais leur patron. Il a « juridiction » directe sur tout l’univers : aucun évêché n’a de domaine réservé où il ne serait pas directement compétent. C’est le vicaire du Christ. Dit-il, alors qu’il n’est que le successeur de Pierre. Mais soit. On fait avec. La suite (hélas pour lui) est logique : si le système fait faillite, c’est sa très grande faute. Que le pape s’en prenne à ce culte de lui-même inauguré depuis deux siècles par la curie, où tout pontife est finalement candidat à une canonisation – comme s’il pouvait être (c’est la fonction des canonisés) un exemple « à suivre »…  Imiter un pape, vous imaginez ! Cela s’adresse à quel type d’hommes ? Les autres papes ?

 

   BREES Lauranne et Tom 1.1.07.pptPour finir sur une note d’espoir… Il arrive que ce successeur en soit vraiment un ; qu’il ait le coeur, la tournure d’esprit, la simplicité aussi des petites gens, autrefois, en Galilée, et qu’il ne dure pas assez pour se corrompre, ce qui est la loi du pouvoir absolu. Tenez, ceci, qui s’adresse à des enfants et qui vous donnera à penser pour des années, croyez-moi.   C’est la définition du Bien et du Mal, rien de moins : « Quand on fait le bien, on se sent bien ; quand on fait le mal, on se sent mal ». C’est de Jean-Paul Ier, en octobre 1978. C’est d’une sagesse abyssale. N’oubliez pas. « Quand on fait le bien, on se sent bien ; quand on fait le mal, on se sent mal ». Plus rien à dire, tout à coup…

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18/02/2008

Le désenchantement

aperitif

 

   L’éloignement  de notre milieu socio-culturel  vis-à-vis du christianisme se fait toujours plus grand, jusqu’à devenir hostilité. Recevant des amis chez moi, l’autre soir, j’entretenais mes hôtes, dans l’errance d’une conversation à bâtons rompus,  de quelques bonheurs que j’avais trouvés dans la liturgie et la lecture de la bible ; et peut-être, le vin aidant, ai-je trop montré l’émotion que me cause la proximité sentie de Dieu. Un des invités s’est levé tout à coup pour prendre congé : on n’était pas encore passé à table. Etonnement. Il explique poliment : « Pareil univers m’est étranger ; je m’en vais si on continue ainsi. » – Je me suis excusé, on a parlé d’autre chose, et la soirée s’est bien terminée sans autre incident.  Mais c’est quoi, ça ? Une prohibition ? D’un très proche, je n’aurais pas eu à la subir ; même ceux que l’Eglise a blessés à mort, s’ils vous aiment, font plus que   respecter : ils aiment en vous la foi qu’ils n’ont plus. Par contre, d’un « ami » selon l’acception banale du mot, les choses ont changé. Cet homme cultivé et charmant n’était pas un musulman que j’aurais heurté dans son adoration d’Allah, non, c’était un agnostique résolu à ne plus rien entendre concernant la «  superstition » catho. Au XXIe siècle ? Oui, ainsi, dans notre monde, notre monde à nous. Le mot « chrétien » lui-même est devenu gênant, gêneur, je ne sais trop. Mais c'est sûr: risques de brûlure, manier avec des pincettes, pour adultes volontaires. Hm…

 

   Autre exemple, moins explicite, plus collectif. En Belgique, on ne cesse actuellement de faire référence au « 23 mars », comme étant la date devant marquer l’avènement d’un gouvernement Leterme Ier, inaugurant de grandes réformes. Ce jour-là, le premier ministre actuel, M. Verhofstadt, Verhofstadtcédera sa place au nouveau lieder. Promis, juré, certain. Date indépassable, quels que soient les événements, la décision en a été prise avec l’accord de tous les partis concernés. Mais pourquoi « le 23 mars » ? A-t-on décidé cette mesure le 23 décembre, instaurant ainsi une période intérimaire d’exactement trois mois ? Non. Alors pourquoi n’avoir pas recouru à la tradition attachée aux autres accords communautaires, où les nuits de marchandage et de discorde finies sans trop de morts sont baptisées d’un pittoresque nom de saint ? Il y a eu St Michel, en 92, un beau nom qui avait du cachet, puis, chance ou malchance selon les points de vue, ce calendrier n’a plus offert que des noms ridés, impossibles : Saint Polycarpe en 2001, Saint Boniface, Sainte Perlette aussi…  Mais qu’est-ce qu’on fête le 23 mars ?

 

   Consultez vos agendas, les oisifs, les imprévoyants, ou les rêveurs, qui vivez comme moi au jour le jour.  A cause du lundi qui suit, et qui est férié, même le plus païen des aide-mémoire vous éclairera : le 23 mars, c’est Pâques. La fête de Pâques. La fête des fêtes, pour les chrétiens, celle autour de quoi tourne toute la liturgie, la Résurrection du Christ, prélude et gage de la nôtre. Le symbole, au moins, était beau. Or, à ce que je crois remarquer, personne n’a jamais lu dans un journal, entendu à la radio, vu à la télévision un journaliste parler du délai courant jusqu’à Pâques. Non. Pas Pâques, mais « le 23 avril ».

 

   Dans le même genre, les écoles ont reçu la consigne de ne plus dire vacances de Pâques mais de printemps;  ni congé de Toussaint, mais d’automne. Non, pas question de « réenchantement du monde » façon chrétienne, charismatique par exemple, horreur. Même Taizé, c’est limite. Le souhait impérieux de « notre » monde est qu’on s’en tienne au désenchantement montré par Gauchet en 1985 et à l’exploration détachée par Régis Debray du « fait religieux », guillemets de rigueur. Enlevons donc les mots sensibles, continuons, puisque nous avons déjà enlevé les images. Souvenez-vous : la vue d’un innocent condamné à tort par un magistrat romain n’est plus acceptée,  là où les magistrats condamnent ou relaxent toujours à raison… Enfin, trois fois sur quatre, puisqu’un quart des jugements de première instance sont réformés en appel.

 

   Je risque de paraître traditionaliste, ce que je ne suis pas ; croisé, encore moins. Vieux-jeu : oui, c’est un jeu ancien. Exactement un moment de ma dialectique. De ma vie aussi. Demain (ou plus tard), je passerai au suivant.

 

02:25 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/02/2008

Quand Abraham est une mère

haurt

 

« J’ai tout fait pour le garder », disait-elle ? Quoi donc ? Cela, ses trois fils et ses deux soeurs l’ont appris de sa bouche, au fil du temps. Je dois, je veux finir mon récit avec ça. Pour qu’il soit là, une fois pour toutes, qu’il m’échappe, et que je n’y revienne plus. Parce que c’est une affaire de montagne déplacée, quelque chose d’absurde et d’énorme. De fondé ? Chacun là-dessus aura son idée.

 

  Il n’y a pas d’antibiotiques, dans la campagne ardennaise d’avant 40 ; est-ce qu’un homme de 37 ans risque gros s’il a pris froid, sous la pluie, et qu’il continue à faire sa tournée au grand vent, malgré la fièvre ? Il semble, oui. Le médecin du coin diagnostique une pneumonie. Ensuite, on attend que la nature elle-même fasse son œuvre à l‘envers, qu’elle lance la contre-offensive de l’organisme jeune, après avoir lancé l’attaque des microbes ennemis. Mais elle paresse, la nature ; et il ne faut pas trois jours pour que la situation soit désespérée. C’est l’affolement. Au maître de cette  nature, l’épouse va s’adresser directement, comme d’instinct, depuis qu’il y a des hommes qui ne sont plus des singes. Elle s’arrache au chevet du mari, et entreprend de parcourir seule, à pied, bien que la nuit soit avancée, cinq kilomètres pour rejoindre, au milieu des bois, une petite chapelle dédiée à la Vierge Marie. Notre-Dame de Haurt. Les ex-voto y tapissent les murs, une légende vaguement miraculeuse s'y rattache, aussi conventionnelle que le lierre d'usage. C’est un banal lieu de culte familier, sans valeur archéologique, comme il y en avait beaucoup, jadis, dans les lieux de vieille évangélisation…

 

  Maman portrait gifLa jeune femme y est venue souvent, dans son enfance, en promenade. Et, peut-être, adolescente, pour s’isoler et prier, mais c’est douteux : les filles d’alors avaient moins de libertés de mouvement que les garçons. Par contre, c’est là, naturellement, ou plutôt dans les bois tout autour, qu’une fois fiancée, son futur mari, de neuf ans son aîné, l’a entrainée ; là qu’ils ont échangé leurs premiers baisers, leurs secrets serments. Elle arrive, s’écroule. Elle interpelle la Vierge, puis le Père, d’abord avec véhémence, passionnément, puis plus calmement. Elle pleure, elle supplie, elle implore, absolue est sa confiance ; elle écoute aussi le grand Silence vide.

 

   Et voilà tout à coup qu’elle se sent, mystérieusement, entendue. Dieu, qui se tait toujours, est en train de l’exaucer, elle le sait. Plus tard, elle racontera : « Je me suis relevée, il faisait tout noir, j’avais le cœur débordant de joie et de reconnaissance. J’ai refait les cinq kilomètres du retour en courant, ou plutôt en gambadant. Je suis rentrée dans la chambre de Papa, les bras en avant, certaine du miracle qui m’attendait. Mon mari était bleu, il râlait. Cinq heures plus tard, il était mort. »

 

  Toute autre aurait considéré que Dieu l’avait trompée, ou qu’elle s’était trompée. Ce qu’elle-même avait dit, elle l’avait oublié. Et elle n’avait entendu aucune voix. En revanche, elle avait compris quelque chose qui faisait éclater son coeur : « Fais-moi confiance. A travers tout. Confiance en moi qui t’aime, qui vous aime, qui suis tous les jours avec vous. » Rien d’autre ? Non. La foi. On dit oui ou non. Elle disait oui. Vous savez, quand on lit Jean, Marc et les deux autres, et aussi Paul, le Paul en prison qui transmet à son vieil « enfant », Timothée, la formule que Blaise Pascal reprendra pour  son « blason » : Scio cui credidi,  je sais en Qui j’ai cru,  on s’aperçoit que c’est ça, le christianisme. Croire dans la Nuit. On se fie pour vivre à un mec qui a vécu il y a deux mille ans, qu’on n’a jamais vu soi-même, dont la vie est racontée de façon pas toujours cohérente, et pas même, peut-être, par ceux qui l’ont fréquenté directement mais leur entourage. S’en remettre à Lui, en pensant qu’il est le Fils Eternel du Père, qu’il est venu pour soi, s’est laissé tuer pour soi, et qu’il reviendra un jour, dans la gloire, pour te demander si toi aussi tu l’aimes, ça voudra dire si toi aussi tu as aimé les autres à en vivre et à en mourir. Ah ! ce ne sont pas des sages, ces chrétiens-là. Ni des fous. Mais des amoureux, c’est encore le seul mot qui convienne.

 

18:48 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

15/02/2008

Ce que j'ai su à quatre ans

 a nos peres

 

   Je suis ébahi de voir le nombre de lecteurs qu’a attiré mon message de la nuit dernière. Est-ce le mot « scandales » en titre ? Ou des appuis extérieurs qui soudain se conjuguent ? Merci, bien sûr,  à mes visiteurs, à tous. Je suppose qu’ils vont se raréfier. Qu’ils ne s’imaginent pas que, pour les retenir, j’irais dégoiser sur les « activités  professionnelles » de celui qui n’est plus partout que « le neveu du Cardinal », ah ! le beau neveu ! Non. J’ai d’ailleurs jugé bon d’arrêter volontairement de m’exprimer quotidiennement quand ? juste après le carême, le mardi 25 mars exactement. Ayant commencé à Noël, cela me fera trois mois d’expérience (de stage ?) dans la « presse individuelle » d’opinion, cela suffira. Car je l’avoue tout uniment à ceux qui me lisent : je n’écris pas vraiment pour eux, mais pour verbaliser, ex-térioriser une réflexion intérieure qui ne me quitte presque plus. Réflexion ? Non, prière. Car j’y dialogue avec un Inconnu mystérieux, qui va avec moi à Emmaüs, qui tantôt m’écoute et m’approuve et tantôt me contredit, moquant mon « cœur lent à croire », et m’expliquant et me réexpliquant inlassablement ce que je sais depuis toujours.

 

   Toujours ? Non, depuis longtemps. Sans doute, j’ai été baptisé le dimanche qui a suivi ma naissance, comme c’était alors l’usage dans les familles chrétiennes, mais mes parrain et marraine ont dit à ma place ce que je redirais, avec tout mon cœur dix ans après, sans  singularité. Mais ce que je « sais » vraiment, qui est inscrit en moi comme une scarification le serait dans ma chair, je l’ai appris à quatre ans, un jour terrible d’un mois de mai d’avant guerre, quand ma si jeune mère m’a conduit au chevet de mon père mort. Mort. «  C’est quoi un mort, Maman ? »-   Quelqu’un qui est parti dans le cœur de Dieu. Papa y est. Malgré moi, j’ai tout fait pour le garder. Mais c’était pas possible, Dieu en avait besoin. – « Et moi, est-ce que je n’en ai pas besoin ? »  - Si, mon chéri. Mais il doit partir à la guerre de Dieu contre le Mal, Dieu le demande, laissons aller Papa, donnons Papa. Pour qu’il se batte au côté de Dieu, pour qu’il délivre le monde du  malheur. Papa n’est pas tout seul, dans la bataille, tu sais bien, il est avec Jésus. – Je ne savais pas vraiment, mais ce jour-là j’ai su pour toujours.

 

   Pardonnez-moi si je vous déçois , mes amis nouveaux, mais ce ton-là, c’est vraiment le mien. Les empoignades politiques où se perd mon Eglise, ses coups masqués ou théâtraux pour maintenir son autorité, je m’en fiche et même je m’en moque. Si vous restez mes lecteurs, c’est ce livre étrange qui vous sera lu, ce plat banal qui vous sera servi à quasiment tous les repas : la Foi, la Charité.

 

02:55 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

14/02/2008

Questions à la rubrique "scandales en tout genre"

question une

 

Ce que je viens de voir sur la RTBF, dans un Questions à la une plus racoleur encore que d’habitude (ce qui est une gageure : souvenez-vous de celui sur Lourdes), m’a semblé abominable. Je vise par là les crimes des prêtres pédophiles qui y sont décrits,  bien sûr, mais pas seulement. Abominable  aussi m’a paru l‘espèce de jubilation qui s’y manifeste à « dire, redire et montrer », à « donner à entendre et à voir », avec un luxe de détails écoeurants, des coupables nullement contrits et des anciennes victimes éternellement frustrées d’une vengeance impossible, les uns et les autres étant réunis dans l’artifice d’un montage que je n’ai pas été seul à trouver « quelque part » obscène.

 

 Benoit XVI  Mais il y a du neuf ici, et gravement car c’est neuf dans l’erreur. Cette émission a une idée-force : non pas la faute au secret (ça, ce serait exact, et ne serait pas nouveau), mais la faute à Benoît XVI ! Or, c’est Benoît XVI, au contraire, qui, en 83, encore cardinal, s’est rendu compte de l’extrême nuisance de ces attentats sur mineurs. Nuisance causée aux victimes, et aussi (il a le droit d’y penser, quand même) causée à la réputation de l’Eglise, à son apostolat, à sa crédibilité.

 

  Aux grands maux les grands remèdes, s’est-il dit… On peut être un éminent intellectuel et user de proverbes comme de boites à conserve de la pensée ! Pour empêcher les évêques qui sont sur place de montrer trop de mauvaise miséricorde, il suffit d'ordonner que tout abus sexuel dénoncé soit déféré à Rome. A ce seul tribunal, la compétence est reconnue ! Et si tout coupable peut encore être soustrait aux autorités « païennes » locales, il doit, en revanche, être envoyé à Rome ! En sorte que le Vatican devient actuellement un repaire où sont réfugiés comme dans une prison pas mal de clercs, dont quelques-uns de très haut rang. Au moins là, ils n’ont plus personne à séduire – il n’y a que des barbons. Les beaux gardes suisses sont trop âgés pour séduire ces messieurs-prêtres, j’imagine, et sinon, assez grands pour se défendre, la hallebarde de Michel-Ange aidant… On ne peut donc dire que l’Eglise « protège » les pédophiles : elle entend seulement les juger puis les châtier elle-même, - ne protestez pas : elle a encore la chance d’être un Etat.

  

    Dans son zèle purificateur, le pape mêle tous les problèmes. Un peu avant, il avait déclaré officiellement inaptes au sacerdoce tout clerc… homosexuel ! Comme si la proportion de pédophiles chez les hétéros n’était pas de loin plus forte que chez les homos ! De là une aversion chez tant de gays pour ce Joseph III qui ne les veut plus (Joseph II, c’était le roi sacristain, si j’ai bonne mémoire : Joseph III, c’est donc le sacristain roi). Sait-on que cette mesure qui ne vise que l’avenir est l’avatar d’une autre, qui eût été ravageuse : la déclaration que l’ordination d’un prêtre homo était de soi invalide. On y a songé. Recul devant les conséquences : qui est sûr de n’être pas homo, même refoulé ? Plus gênant : qui sera sûr que son pasteur, là, tu as vu ses gestes, sa dégaine ? consacre validement le pain et le vin à la messe ?

02:57 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/02/2008

Mesquinerie, mais mais...

mauriac-sm    Mauriac devenu illisible, sauf comme journaliste… Cette irrévérence soudaine à qui a nourri ma ferveur d’adolescent croyant me poursuit comme une inconvenance qui ne me ressemble pas. Certes, sa hantise de la « chair », dûment matée en ce qui concerne le personnage officiel qu’il fut, ne sert pas son image. On sait enfin que Bien et Mal ne sont pas situés dans la forme du sexe de la personne qu’on aime, pas plus que – quoi qu’en dise Joseph-Benoît, l’indulgence plénière du Seigneur n’est accordée qu’à ceux qui pélerinent à Lourdes du 1er décembre 2007 au 1er décembre 2008 exclusivement…Les vertus et les vices que les romans mauriaciens mettent en scène ne sont plus celles qui nous préoccupent vraiment : la sexualité a sa juste place dans nos vies qu’elle équilibre, comme la nourriture, comme l’air pur et les sports de base ; quant à l’éradication des vices, nous sommes heureusement devenus attentifs à enrayer la pauvreté du monde en la partageant, à ouvrir les frontières, à réconcilier les races et les peuples. Là-dessus, le journaliste de l’Express reste un prophète. Voulais-je rien dire d’autre ? Non, pas consciemment.     On me permettra pourtant une timide offensive sur son terrain dominant : En fait de style, « d’écriture », comme on dit, tout est admirable chez le maître de Malagar. Pourtant… Dans son livre de 1964 sur de Gaulle, édition originale chez Grasset page 69, on tombe sur une idée nietzschéenne assez connue, selon laquelle ce qui ne nous « tue » pas nous fait vivre. Est expliqué ainsi comment le Général de Gaulle a exploité les obstacles qu’il a rencontrés. Mauriac écrit exactement : « Il fallait donc qu’il se brisât ou qu’il se bronzât »    Je sursaute. Ces subjonctifs imparfaits, nullement requis par la langue, même soignée, qui se contente de les tolérer dès qu’il ne s’agit pas d’«eût » et de «fût», sont ici d’un effet minable à cause des assonances. ZA/ZA, avec l’accent tonique !!! La casserole est d’autant plus bruyante que les subjonctifs imparfaits sont en eux-mêmes des signes de distinction, et si la distinction est grotesque, c’est même comique.     Le mystère ne s’arrête pas là. Le plus étrange est que l’écrivain ne faisait que citer – en en détruisant la beauté - une maxime célèbre de Chamfort, un moraliste du XVIIIe siècle, qui avait écrit, dans ses « Caractères et anecdotes », peut-être après avoir assisté aux horreurs de la Terreur (il est mort en 1794) la phrase synonyme que voici, d’une extrême musicalité :  « En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze 

01:07 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/02/2008

Le bouquet Missaire

    Je n’ai, sur le drame de Neuchatel évoqué hier, que des indications de seconde ou troisième main, et je n’ai ni le pouvoir ni l’envie de « vérifier » ce qui serait sûr et ce qui serait douteux. Par contre, je souhaite montrer comment certaines clefs sont rouillées, et comment certaines belles âmes agissent mal en croyant bien faire. Ainsi, cherchons à savoir la raison de la longue répugnance de l’Eglise à « livrer au bras séculier » des clercs dont elle apprenait l’indignité d’une façon ou d’une autre. Cela  risque de vous faire rire – mais enfin.

 

    Elle est dans l’Ecriture sainte, dans Saint Paul, pris au pied de la lettre… Lettre à comprendre comme si elle était écrite aujourd’hui, selon un usage pieux où l’on ne considère, hélas ! que « l’inspiration divine » : ça, c’est « Parole du Seigneur » ; ne reste qu’à obéir, point barre. Et que dit-il là-dessus, le Seigneur ? D’abord dans la 1ère lettre à Timothée, 5,19 : « N’accepte d’accusation contre un ancien que sur déposition de deux ou trois témoins. » Déduction : si un gosse est seul à accuser un prêtre, il ne faut pas le croire. Ensuite dans la 1ère lettre au Corinthiens, 6, 1-3, concernant le recours à la justice d’Etat quand un évêque apprend les abus sexuels commis par un prêtre dans la paroisse qu’il lui a confiée :  « Lorsque vous avez un différend entre vous, comment osez-vous le faire juger par les païens et non par les saints ? Ne savez-vous donc pas que les saints jugeront le monde ? Et si c’est par vous que le monde sera jugé, seriez-vous indignes de rendre des jugements de minime importance ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? A plus forte raison les affaires de cette vie. Quand donc vous avez des procès de cet ordre, vous établissez pour juges des gens que l’Eglise  méprise ! » Voilà pourquoi l’Eglise a son propre droit canonique, ses tribunaux, son official c.à.d son procureur diocésain… Ah ! cela relève d‘un autre milieu, d’une autre civilisation. Gageons que le bon Mgr Pican, l’évêque de Bailleux, a regretté d’avoir suivi St Paul lorsqu’il s’est entendu, en appel, condamné à trois mois de prison pour  non-dénonciation de malfaiteur, et donc de complicité passive avec lui…

 

    A Neuchâtel, depuis fin décembre 2007, il n’est question que d’un capucin, un vrai violeur d‘enfants, celui-là ! quelqu’un que la hiérarchie effrayée a fait passer de Suisse en France pour éviter une enquête de la Justice « païenne », en France où il recommence, bien entendu. Mais il y a un nouvel Official, tout jeune, qui a vu le vent tourner. Lui-même prévient la police et la presse. Qui accourent. L’Official va jusqu’à préciser qu’il a dans son viseur trois, peut-être quatre autres clercs. Il est demandeur d’une « banque de données » où seront répertoriés tous ceux qui sont suspects… A propos, dans le Motu proprio de 1983 écrit par Joseph Ratzinger pour le pape Jean-Paul, la séduction d’un moins de 18 ans s’appelle pédophilie. Comment vivre, dites-moi, quand à vingt ans, n’étant même pas clerc subalterne, on a aimé un compagnon de 17 ans, et qu’on se retrouve sur un registre de déviance ?

 

    Le capucin, l’official… – Reste une troisième personne. Une psychanalyste, naturellement. Voilà qu’en surgit une, qui est suisse et qui revient d’Amérique avec un beau livre anglais : elle y explique que les enfants ou les jeunes adultes, il n’y a pas de différence.   A 30 ans, à 20 ans, à 10 ans, c’est du pareil au même. La main au panier ou l’affection trop vive, c’est tout un. Hétéros ou homos, même danger. Le pire, c’est quand la « culpabilité » est mutuelle, ça peut devenir alors « transgénérationnel » : ça veut dire que ça peut amener le père ou la mère de qui se sent « victime » à se tuer, à moins que ce ne soit un des enfants de cette « victime ». Quand ? Des années, des dizaines d’années après. Déduction : en matière d’abus sexuel, entendez ici : de sexualité proposée sans violence entre adultes d’âge ou de statut différent, tout est symboliquement « inceste», et la loi ne devrait admettre aucune prescription.

 

    Cette interview dans « le Temps » de Genève date du 29 janvier 2008. Elle est justifiée. Par l’actualité.  Mais la journaliste qui interviewe n’émet pas d’objection à l’éminente Dame, qui expose sans être contredite ses certitudes sur trois colonnes. Le prêtre de Neuchâtel qui se sentira visé mourra six jours après. Dormez bien, Madame, et Monsieur l’Abbé.  

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11/02/2008

la chose écrite, et l'époque où elle est lue

 

    Un prêtre qui se suicide à 45 ans, pour une liaison amoureuse qu’il a eue à 20 ans avec un jeune homme de 17 ans, alors que lui-même n’était que séminariste, voilà qui est inconcevable. Cela s’est produit pourtant, ce 3 février 2008, à Neuchâtel. Keskesèksa ?

 suisse facade    C’est Marie qui nous en informe : bien que grand lecteur de journaux, je ne l’avais pas repéré. Il est vrai que la Suisse et moi… Persuadé (comme je le suis) que la « pauvreté » est le vrai signe qu’on travaile au « Royaume de Dieu », je n’ai aucun intérêt pour un pays qui s’est transformé en banque. Il s’y trouve pourtant, à côté de bien-pensants qui papotent en pharisiens, un brave homme qui écrit ceci, qui est beau. C’est sur L’impartial, un blog édité par le même périodique qui avait, avant le suicide, fait du bruit sur le suicidé. Orthographe inchangée, c’est un copié-collé : « Bonjour, je remarque que personne ne parle de ce pauvre prêtre qui a mis fin à ces jours suite au harcellement d`une certaine presse. Si c`est celà la pédophilie, alors je n`ai rien compris, si avoir une aventure a 20 ans avec un mec ou une fille de 3 ans sa cadette, il doit y en avoir des pédophiles... Je ne peux pas accepter cette méchanceté sur ce prêtre, pour moi il a été le bouquet missaire d`une presse qui avait rien à se mettre sous la dent. Je ne suis pas croyant, mais je respect ceux qui le sont. On est revenu au temps des sorcières, désolant. Attaquez vous aux vrais pédophiles. J`ai la rage car on a linché un mec pour des conneries de jeunesse, on devient comme au USA, il faut que le voisin soit au courant de votre passé. Je condamne la pédophilie, le viol, l`agression, mais attention au dérappage ». - Non, ce n’est pas un « brave » homme  : c’est un honnête homme.

 

     Marie  aussi accuse la presse, non sans motif : selon un écrit laissé par le malheureux prêtre,  ce sont ses harcèlements qui déclenchèrent son autodestruction, ressentie soudain par lui comme seule issue possible, comme délivrance. C’est donc incontestable. Mais cette presse, je dois, je veux en prendre la défense – faire réfléchir plus loin, plus profond. Ces harcèlements, ils doivent avoir, sinon une cause, au moins un prétexte dans le présent.  Je ne sache pas qu’aucun journal, même de caniveau, pratique ordinairement l’Histoire. Le passé, dans la presse (non spécialisée), on s’en moque. L’objet du culte, c’est l’actualité – frémissante si possible, et saignante, et scandaleuse, mais d’aujourd’hui. Ce qui me remet en mémoire un propos moqueur de Péguy :  « Homère est nouveau ce matin et le journal d’hier a perdu son intérêt. »

 

     Quoique…  Si on est réaliste, on le reconnaîtra : Péguy est ici plus brillant qu’exact. D'abord une  confidence, puisque le recours existentiel à ce qu’on a expérimenté tient pour moi de critère principal pour se faire une conviction. J’ai comme lui, joui d’une formation classique qui m’a comblé. Vous imaginez bien la difficulté que j’ai eue d’adopter, dans l’école de journalisme où j’ai fait cours tant d’années, la religion de l’Ephémère et du Scoop qui y était  quasiment religion d’Etat – comme dans toutes les institutions analogues. Me suis-je « converti » ? Non, mais j’ai appris à fréquenter hardiment  quelques chapelles latérales. S’y pratiquaient des rites que j’ai trouvés moins folkloriques, plus sérieux, que je ne l’avais pensé. Mes étudiants m’ont aidé. Je donnais profondeur et perspectives à leur approche du réel, ils obligeaient la mienne au rajeunissement, m’apprenant à intégrer le temps qui détruit et réforme. A évoluer. Résultat :  je vois mieux, aujourd’hui, qu’on n’aime Sophocle ou l’histoire d’Abraham dans la Genèse qu’avec les lumières de son époque, sa sensibilité datée, son savoir historique. C’est le rapport de la chose écrite avec la société ou elle est lue (et non pas produite) qui importe, qui oblige.  Qui libère aussi. On comprend pourquoi les romans de Mauriac, par exemple, sont devenus illisibles, si fortes soient toujours leurs richesses olfactives, - tandis que ses blocs-notes semblent toujours prophétiques.

 

Non, je ne m’égare pas : je fonde ma question : Qu’est-ce qui a donné un intérêt actuel à la liaison banale du séminariste d’autrefois, liaison qui – sauf plus ample informé - n’en a jamais mérité ? Un fait, et quelques personnages en coulisses… – j’en parlerai demain ou après-demain.

 

00:46 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/02/2008

Moins mystique, plus réaliste, s'il Te plaît !

grenouilles

Peut-être le moment est-il venu, dans un domaine qui m’est cher, d’ « harmoniser vraiment réalisme et mystique », pour reprendre l’objet de ce blog. Dans le cas que je vais dire, de faire passer mon zèle pieux après des « droits acquis » (?) en matière de participation rapprochée aux offices religieux. Car le fait est là : les participants de la messe des familles le dimanche à St Michel semblent toujours aussi attentifs aux lectures bibliques que je fais, ou plutôt que nous faisons, mon neveu Pierre et moi ; mais il y a des grognements chez des « gens de bien » qui s’accommodent mal d’être réduits à n’intervenir que dans les « intentions », et exclus de fait des deux lectures  pré-évangéliques. J’entends dire qu’ils ont un poids sociologique à ne pas négliger ; qu’ils ne m’aiment pas ; qu’un des célébrants même va parler contre moi.

 

   Je n’aurais jamais commencé à faire à la Cathédrale quoi que ce soit, à bible_1lire en particulier,  si le responsable des offices –  le doyen, aujourd’hui - ne m’en avait prié ; mais il est vrai que, peu à peu, Pierre et moi en avons pris le monopole. D’abord parce que nous étions là même pendant les vacances, mais aussi parce que nous préparons minutieusement cette lecture afin  que son rapport avec l’Evangile soit, d’emblée, clair : sans qu’on en explique rien, sans qu’on y change un mot. Nous cherchons aussi à pratiquer une lecture d’ensemble, en évitant une succession de versets égalisés comme dans les psaumes, et donc en pratiquant des arrêts de longueur différente, et une vitesse de débit qui varie selon l’importance relative de ce qui est dit. Nous prenons ainsi garde au fait que ces versets  sont issus d’une traduction spécifique, et réunis (avec des coupures parfois) par l’Eglise entière, qui les a donc choisis pour qu’ils prennent un sens obvie ce dimanche-là, cette année-là.

 

   Après avoir amené mon neveu dans l’aventure, parce qu’il n’y a de foi vivante que celle qu’on parvient à transmettre, j’ai même proposé un « appel aux jeunes » officiel, pour les former à ce type de lecture. Mais les inconvénients en sont, m’a-t-on expliqué, dirimants. Il faut travailler avec ceux qui sont là. Le problème est qu’à leur âge, ils ne changeront plus rien. Ils ne le veulent ni, sans doute, ne le peuvent

 

   Y-a-t-il d’un côté l’efficacité, et de l’autre la charité ? Non : des deux côtés la charité. Car les fidèles ont droit à une lecture signifiante. Mais les anciens, peut-on ainsi les « jeter » ? Non, ce sont les vieux amis de Dieu qui ont fait leurs preuves.

 

   Il y a un aspect triste et ridicule, dans cette affaire : je me souviens opportunément du « Lutrin » de Boileau, cette parodie d’épopée où sont Boileauchantées les péripéties d’un trésorier et d’un chantre autour d’un lutrin à placer ou retirer dans la Sainte-Chapelle ! Texte oublié, dont il ne reste que ce vers : « Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots ! » Souvenir opportun : voilà qui va m’aider à ouvrir les mains, comme au Pater.

 

   Je vais donc, moi, me retirer. Au moins tout le carême : j’envoie un mot au Doyen, pour me mettre en indisponibilité. Que les circonstances, autre nom de la providence, et les responsables, prennent les choses en main.  Cette familiarité avec le sacré que j’ai eue quelques mois, elle ne m’était pas due. Tu la reprends, Seigneur ? D’accord, bien sûr. Merci de me l’avoir fait goûter un temps.

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06/02/2008

La quête du Père

chat caché

   Une analyse, comme on sait, se passe à parler tout seul : le patient est l’analysant actif. Il n’est étendu sur un divan que pour n’être gêné par rien dans ses confidences – plus exactement pour que son subconscient se « lache ». L’analyste est derrière lui, hors de sa vue : il ne doit pas troubler l’analysant dans son monologue, seulement le relancer par des questions.  « Vous disiez… » Attention : non pas « vous disiez que », mais « vous disiez tel(s) mot(s)… ». L’analyste ne fait donc qu'écouter, mais activement et en attachant son attention au signifiant comme au signifié, en étant donc sensible à cela que vous dites exactement et que vous ne savez pas que vous exprimez. On peut rappeler « Drôle de drame » et le dialogue classique Jouvet/Michel Simon : "Vous venez de dire bizarre, mon cher cousin" - "Moi, j'ai dit bizarre ? Comme c'est bizarre". Et donc en rire. Mais Jouvet peut creuser, aussi. Après tout, qu'est-ce qu’il a dans la tête, en disant le mot bizarre, quand le contexte ne l’impose pas ? Veut-il parler des beaux-arts ? Bi/beau ? Le psy peut ainsi remettre son patient sur un chemin qu'il a abandonné après y avoir fait un pas – le ramener à l’endroit précis où il s’est détourné sans s'en rendre compte, avec les mots utilisés par lui. Le postulat méthodologique est qu'il y a dans ces mots-là une barrière à franchir, un danger à affronter, à éclairer en tout cas.

 

   Mais pareil concerto pour Parole et Ecoute de chambre ne se joue pas à la légère : chez les psys sérieux, on passe quelques séances préliminaires en vis-à-vis bourgeois. L’important est, pour le psy,  de s’assurer qu’une thérapie analytique n’est pas contre-indiquée (cas de psychose ou de maladie physique), qu’elle est même souhaitable ; pour le patient,  qu’il est bien sûr de la souhaiter. C’est après cela que sont accordés l’un avec l’autre les exécutants de l’interminable concert – le soliste et celle ou celui qui fait bien plus que tourner les pages.

 

 piano-41-50Le moment du renoncement à la musique, pour moi, se produisait dans ces entrevues préalables. Dès qu’à une question directe ou indirecte, exprimant une appréhension sur le type de valeurs que j’aventurais sur le tapis vert, j’entendais : « Oui, tout. Tout peut être remis en jeu. » -«  Ma foi aussi ? » – « Oui, la foi aussi. » Eh bien ce danger, je ne voulais pas le courir. Non que j’aie eu jamais peur d’affronter la « vérité » du monde, à savoir que Dieu en est absent. Mais je suis assez philosophe pour penser que ce genre de vérité est subjective, relative à la perception qu’on en a. Kierkegaard, souvenez-vous. C’est comme de savoir que votre mère vous aime : bonjour, la preuve scientifique ! Ce danois n’était d’ailleurs pas mon « maître à penser » : de maître, en ai-je jamais eu, moi qui ai été contraint, et donc ai appris, à me passer de père ?

 

   A vrai dire, mes pères de substitution furent plutôt nombreux. Et presque tous furent des prêtres. De mon côté, je n’ai jamais cessé d’être un pratiquant de base,  familier de la messe dominicale et des sacrements, attaché visiblement à l’Eglise catholique. Et pieux. Chaste, même, pendant neuf années, totalement, « seul  comme avec d’autres », selon la phraséologie des curés de campagne d’autrefois. Mais j’ai acquis au fil du temps, envers quasi tous nos hiérarques, romains ou locaux, une solide méfiance, observant qu’ils gèrent les choses de Dieu comme si elles étaient leurs, et font de la Parole, qui est souffle, un code civil et pénal appliqué sans justesse, quoique avec assez de justice. Déplorant aussi qu’à tant d’autres moments, cette Parole devienne verbiage, automatique et insignifiant, sous couleur de prière. Bref, il y eut pas mal de prêtres de passage, à qui je me suis aisément confié, comme on a des flirts, mais il n’y a jamais eu de gourou. Aucun que je puisse dire mon Père.

 

pasolini evangQuoi, dès lors ?  Seulement une étrange, une viscérale, une constitutive foi dans le Christ Jésus, dont le Père qui est dans les Cieux est, par Lui, devenu mon Père. Cette foi m'est aussi inhérente que ma langue maternelle. Elle vit et me fait vivre ; elle est puissante, active, contagieuse, il semble, et me meut ; elle est tranquille, étalée renvoyant davantage au chat que je suis qu’à un chien soumis, et je ronronne. Voilà un drôle de cantique, un jour où les cendres restées sur mon front me rappellent que je retournerai en poussière. Justement. Mon analyse, c’est d’aller chez Lui.

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05/02/2008

Est-ce qu'on flirte avec la psychanalyse ?

psy composition_cigare

   J'ai connu une époque où l'on faisait une analyse par luxe, par plaisir, par confort et conformisme. Moi, je m'en tenais à l'écart, sachant qu'un tel processus est dangereux. Je fonctionnais sur trois « idées ».  1. S'il y a des choses en moi que je ne sais pas clairement, c'est que je ne « veux » pas les éclairer : après tout, c'est moi qui dispose les éclairages de ma vie comme ils me conviennent. 2. M’en tenir à ma conscience claire m'a-t-il réussi jusqu'à présent ? Oui, je ne suis pas mécontent de ma vie, ni personnelle, ni sociale. 3. En revanche, si je permets à ce monsieur ou cette dame analyste de chahuter le système très personnel de mes habitudes, de mes sentiments, de mes convictions, ce sera (au mieux) pour me reconstruire selon un modèle classique, normal et standard, qui m'aura débarrassé de mes « aspérités », mais m'aura aussi dépouillé de mon « charme » actuel, lequel existe sûrement  puisque tout baigne.

 

   Mais voilà. Il y a eu quelques moments où tout ne baignait plus. Où je pleurais toute la journée. Où je ne voulais voir personne. Où j'avais besoin d'être un peu ivre tous les soirs. Ces fois-là, j'ai demandé à mon médecin traitant l'adresse d'un psychanalyste, et j'ai pris rendez-vous. Ce que je viens de dire jusqu'à présent (qui était déjà long) n'était pas neuf. Ce que je tiens à dire maintenant l'est davantage.

 

   Quatre fois, le même processus s'est reproduit. L'analyse a toujours tourné court. Je n'ai jamais dépassé six séances (deux fois quatre, deux fois deux, une fois cinq et une fois six). C'est toujours moi qui décidais d'arrêter, irrévocablement. J'étais guéri, je veux dire requinqué, à nouveau capable de nouer des relations affectives, de faire mon métier avec plaisir, de vivre, quoi ! Que se passait-il ?

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04/02/2008

Le duel

  

Comment faire pour savoir, quand on ne sait pas ? Interroger ceux qui savent quand il y en a. Ceux au moins qui sont censés savoir. Mais la compétence ne suffit pas : il y faut encore le désintéressement.  Lequel est rare. Nos vérités, même quand elles ne sont pas existentielles (basées sur notre expérience), sont tributaires de l’ensemble idéologique que nous avons « adopté » de confiance, un peu aveuglément. On ne peut pas faire autrement. Parfois, un peu.

 lejeune jerome

Quand j’ai voulu me faire une opinion sérieuse sur l’avortement, je me souviens avoir cherché méthodiquement l’avis - et les arguments - de deux hommes de science attachés à des idéologies antagonistes. Deux médecins, deux personnes de même envergure, de célébrité indiscutée, d’honnêteté comparable. D’une part, le professeur Jérôme Lejeune, actuellement objet d’un procès en béatification,  alors déjà très apprécié du Pape Paul VI et devenu sous Jean-Paul II membre de l’Académie pontificale des sciences à Rome, puis président d’une nouvelle Académie de la Vie. D’autre part le professeur Jacques Monod, prix Nobel, auteur de « Le hasard et la nécessité », ouvrage qui a  semblé enterrer de façon décisive toutes les raisons de croire en un Dieu créateur.

 Monod

Ils se sont confrontés au procès de Bobigny, en 1972. S’y trouvaient inculpées des personnes ayant aidé une mineure à se faire avorter. Je cite ce que j’en ai noté alors, tiré du journal « Le Monde » du 16 novembre 1972.

 

Jacques Monod vient y expliquer que le fœtus n’a pas de conscience. On sait que l’EEG (électro-encéphalogramme) est une ligne horizontale plate lorsque le cerveau a perdu toute activité. C’est si indiscutable aujourd’hui, que ce critère est devenu celui de la mort légale. Eh bien, on constate que l’EEG du fœtus n’est « marqué » qu’ « après une certaine date » : « le 7e mois », précise M. Monod.

 

Le professeur Lejeune, lui, estime que « le système nerveux central est mis en place pendant le 2e mois » et qu’ensuite « il continue sa maturation. »

 

Je me suis demandé, sur Lejeune : « Que signifie mis en place ? Fonctionne-t-il ? Voilà qui pèserait plus » ; et à propos de Monod :  « Que signifie est marqué » ?

 

Alors deux conclusions et une chute : 1. Même pour Lejeune, il n’y a pas de système nerveux le premier mois ; parler alors d’infanticide est sûrement faux ; la pilule du lendemain ne peut être dite  abortive. 2. Ces scientifiques font-ils exprès de ne pas accepter la confrontation avec les mêmes mots ? Est-ce que leur souci de courtoisie et de paix doit l’emporter sur leur devoir de « parler », c’est-à-dire de se confronter ? ».  3. La chute, la voilà : « Selon Freud, le psychisme existe tout de suite, dès les premiers jours », m’objecte alors un étudiant. Freud ! Bien entendu !!! La psychanalyse est comme les religions : elle sait tout, même l’inconnaissable.

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03/02/2008

Pour trois fois rien

piscineVous allez bien ? Moi, c’est l’euphorie. Pour trois fois rien, lisez. Petite histoire au bassin, tout à l'heure. Je nage, de plus en plus facilement et agréablement, avec des lunettes de bain que j’ai enfin pu ajuster correctement, après vingt essais, et qui semblent désormais une fois pour toutes ne plus laisser passer d’eau. Je nage depuis tout un temps lorsqu’une très jeune nageuse (dix ans ?), bien plus experte que moi, m’interpelle gentiment en me demandant si je veux bien lui prêter mes lunettes quelques minutes. Je lui explique que je suis désolé, que je ne peux pas, que je ne veux pas, pour des raisons très pratiques d’adaptation de l’engin à ma tête. Elle ne dit rien, j’explique encore. Silence toujours, gentil, mais silence. Je lui dis alors : « Tu me comprends ? Tu es d’accord ? Ou bien tu veux quand même que je te prête mes lunettes ». Et elle répond sans hésitation : « Oui, je veux quand même ». Je suis sidéré, et puis tout à coup, alors que je me fais une réflexion tacite sur l’égoïsme forcené des enfants, je pense à ce que ferait Jésus. Et tout de suite : « Eh bien, prends-les ». J’étais tout heureux, figurez-vous. Après, mes lunettes laissaient à nouveau passer l’eau mais cette eau avait quelque chose de baptismal. - Oui, c’est faire des affaires avec rien. Des affaires de paix avec les gens, des affaires de coeur avec Dieu.

 

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02/02/2008

A Cyril et Blaise, mes héritiers...

Mousse_Villa_rouge

 

A Cyril qui dit « admirer » la façon dont je vis ma sexualité : ça ne m’a pas été donné ; il m'a fallu pas mal de temps et de souffrances aussi terribles qu'inutiles pour réaliser ce que je sais et dis à présent, tandis que le désir ne me tourmente plus. J’ai eu mes périodes de culpabilisation féroce ! Et ne t’y trompe pas : je ne dis toujours pas que le sexe est hors toute loi morale. Reste l'impératif majeur : être bienveillant et bienfaisant envers les autres, nos innombrables "complices". Ne pas les juger rien que sur la beauté, sur l'âge, sur les fringues. Ne pas convoiter précisément "l'homme d'autrui", celui qu'autrui, en l'aimant, rend séduisant. Etre gentil même quand on se refuse, et sans jalousie quand on est soi-même aimé... C'est ça, être gay en chrétien. Ce n'est pas un christianisme au rabais ; au contraire. C’est la fuite au désert qui me semble païenne.

 

A Blaise : pardonne-moi,  mais ton "C'était bien" général et universel me fait craindre d'avoir été mal compris. J'imagine que pour toi, la soirée, c'était bien, tant mieux, je m'en réjouis avec toi. Mais peut-on dire qu'une soirée de ce genre est "bien" en elle-même, comme un pélé à Taïzé par exemple ? Ou une messe, tant qu'on y est ? Ou encore, dans le domaine profane, comme un voyage en vacances seul avec son amoureux ? Non. Moi en tout cas,  je ne dis pas ça. En revanche, je n'y vois aucun "mal". C'est exactement une de ces possibilités qui nous est offerte, à nous, les gays, d'être vraiment entre nous,  de « vivre en majoritaire », sans devoir nous expliquer, - éduquer, rassurer, apaiser l’hétéro de base ! Expliquer quoi ? Eh bien, que ça n'a rien à voir avec l'échangisme, par exemple. Ou encore avec la prostitution. Je te confie que c'est une chose qui m’a souvent consterné : la difficulté pour mes amis hétéros de « comprendre » vraiment notre type de vie. Notre psychologie aussi. Quand ils finissent par dire : « Bref, c’est tout comme nous », je pense qu’ils n’y sont pas, mais je renonce et je dis oui.

 

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01/02/2008

J'ose dire ça ? J'ose.

Tom de Finlande

 

J’ « entends » penser : mais pourquoi ne parle-t-il pas ouvertement du sujet qui mobilise tant de blogueurs ? L’homosexualité, est-ce qu’il n’a rien à en dire, lui qui « en est », comme on disait dans sa jeunesse ? Il dresse sur ce blog une sorte d’autel à son ami et « compagnon de longue date », mort du sida il y a des années : c’est donc clair. Mais sa vie sexuelle n’a pas dû se limiter à cet Amour. Il ne semble pas hypocrite, ni timide, ni secret, - et il n’est pas jeune : il a donc de quoi discourir sur l’évolution de la situation des gays en cinquante ans. Leur mouvement mondial de libération, comme voit-il ça ? 

Bon. Je n’ai jamais eu l’intention de mystifier quiconque sur mon orientation sexuelle, et je me reconnais  depuis longtemps le devoir de collaborer sur ce plan-là aussi à l’évolution des mœurs. Peut-être ce plan-là surtout ? Mais les choses ont bougé si vite en Europe, depuis dix ans, que j’en vois moins la nécessité : j’aurais même tendance à faire voir que nous avons aussi le souci d’autrui. Que femmes, chômeurs, émigrés, SDF, LGBT, le combat est le même. Pourtant, il y a un détail dont personne ne s’avise et que je vais imprudemment souligner.

 

Il y a, selon moi, une « supériorité » insoupçonnée de la condition homo. Un avantage, qui existait avant Stonewall (1969), et qui est toujours là. Les gays qui s’acceptent peuvent ou non s’affirmer : mais tous savent, au fond d’eux-mêmes, que la sexualité, la leur en tout cas, c’est d’abord du plaisir ; du plaisir et pas de l’amour. Quand l’amour s’y greffe, le plaisir se complexifie, et change de nature. Il ne s’en va pas, non ; mais il mue.

 Et ce plaisir est magnifique. Il s’installe d’ordinaire à l’adolescence, époque où l’on n’est responsable que de soi, mais curieux de tout. Il est facile, toujours disponible, gentil, à mille lieues des emberlificotements de l’érotisme encensé comme un art.  BRUNO Giorfano 1600

L’identification de l’homosexualité et de la sodomie, qui hante la plupart des gens, est un leurre. Les parents surtout. Les enquêtes sociologiques donnent un chiffre qui varie peu : un tiers des gays en font leur moyen favori de jouissance, même si un autre tiers s’y risque une fois ou l’autre dans sa vie, « pour voir ».  La sexualité homo est un jeu délicieux entre camarades de rencontre, qui ne « se servent » nullement d’autrui égoïstement, mais échangent avec lui des plaisirs passagers et profonds. Sortant d’un sauna fraternel, un maussade jour d’hiver, ou bien d’une soirée comme celle qui s’organise ce soir au club bruxellois « La « Démence » – soirée où l’on vient en cars de Paris et d’Amsterdam -, je me sens en meilleure communion avec la vie, avec le monde, avec tous, hommes et femmes, et, il me semble mais je peux me tromper, avec Dieu. - Ci-contre, le dernier homme brûlé sur un bûcher pour sodomie, en 1600.

 

Reste, une autre fois, à m’étendre sur les liens de ces sortes de jeu avec l’amour, d’une part, avec la passion, d’autre part. Autrement dit, avec le Bonheur, et avec la Souffrance.

 

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