13/03/2008

"L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie ?"

before-after   

  Il va de soi que l’image « d’après Vinci » ouvrant mon cyberjournal, hier, n’a rien de scandaleux pour moi. Ni en matière artistique, ni en matière évangélique. L’idée de remplacer, sur le tableau de Léonard, tous les apôtres et même Jésus par des femmes, j’ai trouvé cela, d’emblée, idéologiquement juste, voire apologétique. Il n’y a plus d’homme ni de femme, dans le Royaume, plus de juif ni de non- juif, plus d’esclave ni de maître. Certes, l’époque où Jésus a vécu était machiste, et nationaliste, et asservissante. Les usages ne se bravaient pas sans conséquences dramatiques – chez les petits, en tous cas ; et aucune femme n’enseignait : comment le Verbe incarné de Dieu et ceux qui auraient à le communiquer eussent-ils été de sexe féminin ? Mais si l’Incarnation de Dieu s’était produite vingt siècles plus tard, au temps où la libération des femmes engendrait toutes les autres, il est plutôt probable que le Christ aurait été une femme. 

 

andromaque_theatre_fiche_spectacle_une   Hier soir, le spectacle était drôlement original, attractif ! La nouvelle  salle du Wolubilis à Bruxelles était pleine à craquer. La dernière représentation, ce soir, est « sold out. » A propos de quoi, cette foule ? Imaginez : en vers réguliers, de monsieur Jean Racine,  Andromaque, tragédie, cinq actes, sur un immense plateau nu avec dix chaises. – Que je m’y sois trouvé n’étonnera pas : les auteurs du XVIIe siècle sont ceux qui m’ont le mieux nourri. Ayant eu la chance de les enseigner, j’ai été amené à les bien comprendre, à en assimiler les figures, les rythmes, les ruses. De m’approprier, finalement, leur façon d’être au monde,  courtoise, extérieurement docile, intérieurement rebelle. Mais la tragédie, qui suppose que tout soit joué dès le début, qu’il n’y ait pas d’espoir, « le sale espoir » comme dit si bien Anouilh (s’agit pas de l’espérance), elle n’est pas compatible avec le monde moderne, dont les articles de foi sont la croissance économique et le progrès social, - la sensibilité écologique n’ayant droit qu’à faire inutilement la morale. Donc, plus des place pour Racine et Andromaque. A aime B qui aime C qui aime un mort, c’est pas vraiment une histoire d’aujourd’hui. A moins que le metteur en scène, Declan Donnellan, ne soit génial…

 

andromaque620-2440   Eh bien, il l’est. Le spectacle est un ballet, où s’approchent, s’éloignent, se hument, se repoussent, se caressent, se battent physiquement, se chevauchent comme des fauves, quatre personnages avec chacun leur confident payé par eux pour qu’un peu de sagesse, de goût de vivre !!! les empêche de mourir tout des suite. Mais rien à faire, le genre veut ça ; aimer, ça n’est pas compatible selon Pyrrhus ou Oreste avec le devenir, le travail de séduction, la réflexion, l’évolution, l’expérience, la possibilité de perdre, le relatif partage - chez tant de gays, hélas ! je vois cette même conviction. Pourtant, la vérité tragique, c’est tu m’aimes ou je te tue ; je t‘obtiens parce que je te menace, ou que je te « paie » ! Le psycho-logisme traditionnellement attribué à Racine fait ici voir sa vanité. On discourt beaucoup, oui, on argumente, mais faux semblant que tout  ça : est-ce qu’on fait la morale à des fauves ? A des êtres qui n’entendent dans votre propos que sa tonalité ? C’est autre chose que le metteur en scène anglais démontre, Andromaque aime son fils par hasard , elle aurait pu comme à Nivelles…

 

   Rien n’est gratuit dans cette perception : les vers sont dits avec une intelligence du détail, qui exige une attention constante, mais fait tout, tout comprendre. De façon neuve. Et physique. Un feulement progressif dans la voix, chez les quatre « fous », leur fait à tous hausser le ton. On s’y fait, on en accepte l’aigu devenu pénible. La scène est immense, les personnages se parlent à quinze mètres l’un de l’autre, chacun à une extrémité, avec des parcours soudains en diagonales, des immobilisations, des tours complets de la piste carrée… – Sportifs de l’Amour dont le ballon serait en plomb.

18:26 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Ecce homo. Ça me fait pensé à l'expo Ecce homo qui a eu lieu dans la cathédrale d'Uppsal il y a quelques années.

Là, Jésus, à la Cène, est entouré de drag-queens.

Écrit par : Georges | 13/03/2008

Il est difficile pour moi d'imaginer comment a pu se dérouler la dernière Cène. Ayant vu la fresque de Léonard à Milan, l'an dernier, je suis resté immobile à la regarder pendant les 15 minutes réglementairement allouées. J'étais fasciné et le suis encore.

Homme, femme, juif, paien, peu importe !
Si je ferme les yeux - sans Léonard - c'était d'abord une réunion d'amis qui ne savaient pas très bien ce qui les attendait et pas plus qui était vraiment Celui qui présidait le banquet.

Nous devrions le savoir maintenant, mais encore...


Écrit par : Palagio | 15/03/2008

si vous voulez vous marrer, avec Pyrrhus/Sarko... http://alainlecomte.blog.lemonde.fr/2008/02/09/jeudi-soir-nous-avons-vu-andromaque%E2%80%A6/

Écrit par : Ephrem | 17/03/2008

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