05/04/2008

Lire "ma" Genèse 3a/7. Vigile.

arc-en-ciel double   « My heart leaps up when I behold / A rainbow in the sky:/ So was it when my life began / So is it now I am a man (…)/ The Child is the father of the Man.» Oui, j’admire toujours l’arc-en-ciel sur l’horizon après l’orage, mais cet arc-en-ciel a maintenant pour moi un sens plus large. Il ne symbolise plus seulement la promesse faite à Noé que Dieu ne s’emporterait plus contre les hommes au point de les engloutir, mais aussi le symbole de la diversité sexuelle et de la solidarité gaie, qu’il m’arrive de porter en nœud papillon dans des soirées chics. Aussi : le premier tressaillement du cœur n’a donc pas disparu. Mais je l’ai interrogé. Il n’y a pas de connaissance de soi sans qu’on questionne son enfance, comme dit Wordsworth… 

conception  Des premiers mois, déterminants, on ne se souvient pas. Evidemment. Mais on se rappelle les récits qu’on vous en a faits. Je n’en citerai qu’un, qui touche à… ma conception ! J’aurai tout dit en déclarant qu’elle fut volontaire. Mais loin d’y voir je ne sais quelle bénédiction de Dieu anticipée, comme dans La légende dorée de Jacques de Voragine, je la trouve liée à des circonstances d’oppression morale, pittoresques, oui, mais qu’on peut juger aussi vaguement irrespectueuses. - Quatre ans séparent ma naissance de celle de mon frère aîné, né onze mois après le mariage de nos jeunes parents. Ça, j’ai un jour demandé pourquoi. Et comment. Comment Papa s’arrangeait-il pour éviter d’être trop tôt chargé d’un famille nombreuse ? Comme tous les hommes du village, bien sûr, - lesquels, rassemblés le dimanche au fond de l’église à droite, n’allaient donc jamais communier.

 

eglise de village  Mais la sainte Eglise, à l’époque, savait user de lourds moyens de conversion : elle organisait dans chaque village tous les dix ans (!) une « mission » de quinze jours. C’était fréquenté comme la foire, par tous. Chaque soirée, dans la chaire de vérité, deux prédicateurs spécialisés pour pareil apostolat rivalisaient d’astuce et d’éloquence pour atteindre les cœurs. Les rôles étaient bien répartis comme chez les flics, avec un doux et un méchant. Le premier brillait par d’émouvants récits de miséricorde, accrocheurs et exaltants, l’autre pratiquait l’art de terrifier par de sombres tableaux de mort subite et d’enfer éternel. La quinzaine finie, confessions générales (comme dans Daudet). La nuit précédant la fête du Christ Roi où, dûment absous, il allait communier, mon père (si j’en crois ma mère heureuse de mes questions) lui fit l’amour « comme il faut ». Né neuf mois plus tard, je devais en retenir que j’avais été conçu saintement. Prédestination ? J’étais sans doute déjà au courant des clichés hagiographiques, car j’ai pris l’histoire avec  détachement. Enfin, un air de détachement. Mais j’y ai pensé. Et beaucoup, je l’avoue, à l’adolescence, pensé tout seul ; du coup, « j’en ai parlé et reparlé à mon père absent », le remerciant de m’avoir créé. Et accusant puis excusant tout à tour l’institution ecclésiale assez perverse pour nous soumettre, lui avant moi,  à son chantage !  Papa 1938 souv.pxJe ne sais si mon père avait été, lui, réellement traumatisé, mais moi, tout à la fin du récit, j’allais l’être vraiment. Ma mère étant veuve, il lui revenait à l’occasion de cette conversation (a-t-elle pensé) de m’instruire sur « la vie ». J’étais déjà pubère et elle l’ignorait. Elle m’expliqua ce qu’il convenait qu’un mâle sache. Comment il trouverait son plaisir. Avec les détails demandés sur la pénétration parfois difficile – dans son cas, il avait fallu appeler un médecin la nuit de noces, à Namur, tant elle saignait. Ce n’était pas grave, « puisque ton père aimait ça, tous les hommes aiment ça ». « Et la femme, Maman, elle n’aime pas ? » - « Oh ! Non. » Sur son visage se creusa alors une sorte de grimace lente, avec, sans qu’elle y pense, un type de dégoût que je n’avais jamais imaginé. Et elle acheva : « Mais la femme aime son mari, tu comprends, et ce qui compte pour elle, c’est le plaisir de l’homme. » Qui ne devinerait pas qu’à l’instant même, inconsciemment, j’aie décidé de ne jamais me marier ? voluptuousless  « Une femme honnête n’a pas de plaisir » : ce refrain de Jean Ferrat date de 1972, mais l’idée est reçue depuis des siècles. Sauf chez les Pères de l’Eglise, qui, au contraire, déclarent dans leur misogynie défensive que son désir est, par nature, insatiable : hormis les vierges, toutes des putes et des sorcières. Pourquoi est-ce si difficile de dire que c’est kif kif ? Et moi, pourquoi ai-je eu besoin de toute une vie pour me réconcilier avec le sexe ? Pourquoi ? - vous qui m’avez lu le savez. N’en accusez pas mon admirable mère, qui, en plus, mentait sans doute « pour la bonne cause ». Et vous savez aussi pourquoi, quatre ans après, mon père Paul - qui est désormais au cœur du Père de Jésus – m’envoyait du ciel un ange nommé « Yves ».

14:58 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

bisexualité Moi qui te connais mieux que personne et moins que quiconque, je ne connaissais pas cette histoire là. Je suis bouleversé, chaviré.Les discours sur les péchés de la chair tenus par ma mère alors que mon père était absent m'ont à peine effleurés. Mais, alors que je devais avoir douze ans, elle m'a dit qu'une femme n'éprouvait jamais de plaisir et qu'elle ne faisait "ça" que pour satisfaire mon père. Pourquoi nos mères disaient-elles cela ? Si j'ai longtemps fait religion des mots de ma mère qui faisait, elle aussi, comme elle pouvait (voir "les mots pour le dire" de Marie Cardinal)j'ai pu, sans doute ainsi, aimer un garçon et être attentif, jusqu'à l'obsession, à donner du plaisir aux femmes avant de daigner en recevoir d'elles.

Écrit par : cesame | 10/04/2008

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