31/08/2008

De Valjean à Myriel, de Brian à Justin

Qaf 22,1

     Queer as folk est un feuilleton américain de l'an 2000, diffusé en France et en Belgique à partir du 26 septembre 2002. Il a occupé cinq « saisons », respectivement de 22, 20, 14, 14 et 13 épisodes, sur cinq années. Pourquoi j'en parle ? Et la veille du jour où j'ai dit reprendre mon blog ? Parce qu'un site a été créé sur la Toile rassemblant les « fans » de la série. L'opérateur est un certain Sandy, que je ne connais pas plus que ça, mais que j'admire pour son obstination à faire vivre ce site et son habileté à résumer une intrigue ou une situation. Son ton fraternel me touche : il ne joue pas au chef. Or ce site (Qaf) se ferme ce soir, à 24 heures, après quatre heures continues de « tchat ». J' y ai régulièrement participé, sous un pseudonyme que je ne vous donnerai pas, et je compte ce soir y être encore présent. Vous me reconnaîtriez aisément à mon style et peut-être à la nature de mes réflexions, mais c'est pas sûr ; et qu'importe !

 qaf26

  J'ai aimé cette série. Le 7 août 2007, Gaël, dont je regrette - et comprends - le renoncement temporaire au travail de la blogosphère, faisait à son carnet la confidence suivante. « Hier soir, j'ai regardé un épisode de la cinquième saison de la version américaine de Queer as Folk. Plusieurs choses me déplaisent dans cette série, à commencer par des clichés dans lesquels je ne me retrouve absolument pas. Mais je la regarde quand même parfois, notamment... » A l'époque, cela m'avait intrigué. Non pas choqué : la série, qui est publicitaire en diable et joliment (ou terriblement ?) provocatrice, véhicule en effet tous les clichés de la société homo, où, évidemment, je ne me reconnais pas plus que Gaël - et pas seulement l'Ephrem d'aujourd‘hui. N'empêche que ces clichés, quorum modo,  disent vrai - comme la gay pride dit vrai. Elle caricature, mais elle exprime. Sur l'histoire, je doute qu'il faille m'étendre beaucoup pour les lecteurs homos : ils doivent quasi tous savoir de quoi il retourne. Comme Gaël, « ils regardent quand même... » Mais mes lecteurs hétéros, eux, sont aussi certainement dans l'ignorance : la série, qui eut du succès en télé, éditée aujourd'hui sur DVD, peine à trouver ses acheteurs. C'est qu'en effet, il n'y en a ici que pour les gays. Il ne s'agit jamais que d'eux. Les autres n'existent pas, à part leur mère, leurs parents, leurs patrons, qui ne jurent que par eux ; et quand des hétéros se rencontrent dans l'affaire, c'est toujours d'affreux homophobes. Evidemment c'est artificiel. Mais voir des personnages démesurément allongés comme le Gréco, ou ne prêter intérêt qu'aux danseuses comme Degas, c‘est aussi artificiel. La vraie question est de comprendre NOTRE intérêt pour cette fiction, à nous, gays, dressés à vivre et juger dans un univers « normal ». - « Eh ! bien, intérêt des ghettos, direz-vous ; intérêt des communautarismes. » Minute.

 

  Les Misérables, c'est l'histoire d'un bagnard, Valjean, qui finit par rejoindre moralement l'évêque des pauvres, Myriel.  Queer as folk, c'est l'histoire d'un jeune gay, Justin, amoureux romantique, qui finit par dépasser moralement son amoureux cavaleur frénétique, Brian. Avec son romantisme, mais en s'acclimatant. Du monde publicitaire où les records sont rois, mais où l'échec est inévitable, Justin accède au monde de l'art où la rigueur est reine. Sans rupture. Evolution, progrès, à travers les épreuves... - Voilà qui « nous » dit quelque chose, et qui explique que la série (dont la vie télévisuelle est terminée depuis deux ans), a pu rythmer de façon hebdomadaire l'imaginaire de pas mal de « gays ». Ultime précision : je n'entends pas par ce mot ce que le Vatican nomme les « personnes homosexuelles », faisant en sorte - admirez sa bienveillance - que la chose odieuse ne soit qu'un adjectif (dis)qualifiant. J'entends les hommes et les femmes de tout âge lorsqu'ils sont sûrs d‘être sensuellement orientés vers leur propre sexe, et, quand ils le peuvent, parce qu'ils vivent dans une société occidentale, sont déterminés à vivre bien.

Bien. Dans la paix de l'âme et l'harmonie des sens.

19:08 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/08/2008

Revival

MONTALD, la fontaine de l'inspiration

 

  Qu’est-ce que le présent  « post », surgi du silence ? Annonce-t-il pour ce blog une vie nouvelle, contraire aux déclarations solennelles qui ont entouré ma Pentecôte ? Il se peut. Je me tâte, soumis à des mouvements qui s’affrontent. L’ai-je assez répété, que l’écriture m’était devenue difficile, un lent supplice,  m’assujettissant deux heures pour dix lignes – deux heures où j’ahane pour retrouver dans ma mémoire ou, en désespoir de l’âge, dans l’un des dictionnaires à portée de main le mot  juste, le tour qui convainc, l’expression qui  impressionne. Supplice, oui, mais délice quand j’y parviens. Alors, le jeu en vaut-il la chandelle ? En soi, non. Le déclin où je suis est un pays où les rêves enchantent et suffisent, où ils sont, dans la plénitude du participe passé, parfaits.- Mais 1. Skynet m’apprend qu’on est encore venu frapper plus de 3.000 fois à la porte que j’avais fermée  en mai sur cet « espace d’improbable harmonie » . A croire qu’il existait « donc » pour d’autres que moi. 2. D’autre part, dans les visiteurs, certains furent inattendus : ils avaient jadis traversé ma vie, et ils m’ont soudainement rappelé leur visage, leur intérêt, leur fidélité. Les anges traversent l’éther, c’est bien connu. 3. Il y a enfin que, cette porte, j’ai maintenant le loisir de la rouvrir, et l’envie. Et  provisoirement, encore la capacité. Dès lors le devoir ? Hm, ne nous surestimons pas… Seuls les vieux papes se croient indispensables.

23:33 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |