29/09/2008

N'être plus rien, ne rien faire

Beguinage

 

   Faut-il s'en étonner ? Nous sommes en train de choisir, JM et moi, une vieillesse différente. Quels que soient les infirmités que l'âge nous apporte, lui n'en tient pas compte. Il chasse, comme des moustiques sans portée, les signes d'usure venant parfois aigrir son abord naguère patient, durcir son discours hier perméable. Ce qui lui importe, c'est « de travailler à la vigne », autant qu'il peut, là où le Père l'a envoyé. Rester ainsi un homme d'action : ouvert  au monde, généreux, entreprenant. Dieu soit avec lui. - Je suis sans doute plus vaniteux ; moins constant aussi : je me détache aisément d'une œuvre où m'a quitté  l'excellence que j'ai cherchée et (me dit-on gentiment) connue. Pour autant que ma succession soit assurée.

IHECS visite-3c54c 

 Pour l'Ihecs, elle l'est, et fort bien. J'ai cessé de tergiverser et, il y a presque un mois, j'ai démissionné de tous les mandats qui me restaient à la Haute Ecole Galilée. Finis, les conseils d'administration dont je ne maîtrisais plus toujours les enjeux, encore moins les présupposés. Finie même la participation au pouvoir Organisateur où la place morale que j'occupais faisait de moi un frein. Qu'on y coopte des jeunes, voilà  mon seul souhait : c'est aux jeunes qu'appartient l'avenir.

cartes affiche_photo_inc 

Alors pour moi, dans cet avenir, quel est le programme ? Faire ce que je sais encore bien faire, et qui soit souhaité par autrui, sinon rien.  Est-ce « être assis à une fenêtre et regarder passer ma vie », comme disait Julien Green le  24 mai 1942 ? Non, pas seulement ma vie : la vie, ce flux de participation multiple à la Conscience de Dieu. Concrètement ? 1. M'abandonner au rêve, pour ne pas dire impudemment à la prière, deux fonctions qui pourtant en moi se recouvrent. 2. Me consacrer à l'accueil personnel de visiteurs réguliers, comme mon neveu Pierre, ou accidentels, tel ce Témoin de Jéhovah temoins-jehovah-magazinesqui, l'autre jour, après être venu vingt fois m'entretenir pour m'évangéliser, après m'avoir envoyé de « plus puissants » que lui - c'est-à-dire des collègues qui jonglaient mieux avec les versets bibliques, ou avaient un poste plus élevé dans la  hiérarchie - me dit soudain : « Je t'en prie, ne me contredis plus, ne m'amène pas à renoncer aux Témoins... » J'ai été bouleversé, et, bien entendu, j'ai obéi. Il n'est plus revenu qu'accompagné, puis il a disparu. Que lui souhaiter, sinon que les 144.000 sauvés (Apoc. 7,4 & 14,1) lui fassent une place ! 3. M'adonner enfin à la relecture des grands textes, bibliques ou profanes, qui m'ont fait ; à l'assimilation de la catéchèse telle qu'elle doit m'être possible en nos milieux paganisés ou sectarisés ; et, s'il plaît à Dieu, à la transmission, à qui en veut, de ce que je découvre ou ai découvert sur la vie - la Vie, que je célèbre autant que je l'attends. Cela demandera peut-être que j'apprenne à  jouer aux cartes, comme nous disait feu le Père André Hayen (Private joke !).

27/09/2008

Horace et virgile

chiens fidèles

 

  Je m'attarde encore un peu, présumant votre accord, sur cette improbable amitié. Dont le caractère le plus étrange tient à ce que presque tout, dans notre vie, fut corrélé. En même temps, que tout, quasiment tout, fut différent. Pas de dissonance, et pas de dépendance de l'un par rapport à l'autre.  

crash d'un avion de tourisme ouest-france
 Jugez des différences. Avec un mot sur les « aventures de JM » qui valent celles de Télémaque. Mais je serai plus bref que Fénelon. - Si le professorat fit mon bonheur, le commerce fit le sien. Quoi ! Le comm... Qu'ai-je dit ? JM n'était pas seulement passionné de Dostoïevski. C'était, c'est encore, un lecteur assidu des grands philosophes, Fichte en particulier (aujourd'hui, sans le renier, il fait son miel de Habermas via Ferry, son « héritier » de l'ULB). Mon camarade avait d'abord été destiné à l'enseignement de la théologie morale - laquelle a seulement deux grands champs d'application, comme le pauvre laïc ne sait pas : le sexe et l'argent (les affaires). On entendait le vouer à la morale des affaires, dont le professeur en titre vieillissait beaucoup. On lui fit donc aborder plus tôt la théologie, on l'ordonna plus vite que personne, et on l'envoya à Sciences Po à Paris, parfaire chez les meilleurs maîtres profanes son savoir en économie politique (Il y était en 1968... C'est avec lui que j'assistai, dans l'Odéon « occupé », à un meeting étudiant). Et brusquement, le Destin frappe: son frère meurt dans un accident d'avion... Qui va diriger l'entreprise familiale exploitant depuis un siècle à Bruxelles le commerce d'un bien aussi écologique qu'indispensable ?  Le vieux papa crie au secours. JM pense qu' un stage aux affaires, aux affaires réelles, telles qu'elles ne peuvent pas ne pas fonctionner, et à un poste de responsabilité où il devra concilier idéal et réalité, ne peut qu'être profitable à son futur enseignement moral. La Compagnie, à cette époque où l'Esprit du Concile prédomine, marque son accord. Les points de vue ensuite divergeront de plus en plus, le « stage » durera vingt-cinq ans, un autre prêtre, plus conformiste, sera trouvé pour l'enseignement de l'éthique des affaires ; ce qui amènera mon ami, toujours jésuite, à s'occuper audacieusement et intelligemment de jeunes en difficulté, pour lesquels il fondera un home ; puis de l'Europe, ce dont l'ancien Père Général lui saura gré ; puis de l'œcuménisme et des rapports interreligieux, où il œuvre toujours - enfin des Sans Papiers : il est actuellement le curé du Béguinage à Bruxelles.

JM8260hungerstrike4473600x600

  Les Sans Papiers et le Béguinage... Je ne traiterai pas explicitement la question. Peut-être le lecteur aura-t-il remarqué, dans les trois sites que le présent blog présente comme « fraternels », celui intitulé Pavés. C'est là que vous trouverez le plus beau visage de l'Eglise que je connaisse. Je ne suis pas vraiment des leurs, mais « c'est chez eux que je fais mes courses... »

conscience 

   En quoi ma « carrière à moi », telle que je l'ai dessinée ailleurs, est-elle corrélée à ce destin providentiel ? Où sont les carrefours, où, les remorquages provisoires en cas de panne du véhicule ami ? 1. Tous deux nous avons été inébranlablement « axés » sur le Christ Jésus, dont nous n'avons jamais cessé d'être les témoins. Quels que soient nos points de divergence (en exégèse, il y en a beaucoup), nous nous définissons d'abord par rapport à cet Homme : le Christ - pas « Dieu », mais « Dieu incarné ».  Et chacun fut pour l‘autre la pierre où aiguiser sa foi. 2.  Tous deux, naturellement, nous avons toujours été suspects à notre hiérarchie respective. Ni lui ni moi ne sommes rassurants... Pourquoi ? Parce que, je suppose, ni la solitude matérielle ni l'isolement intellectuel ne nous effraient. 3. Tous deux, enfin, sommes attachés à l'esprit critique, à l'appréhension personnelle des choses divines et humaines (deux adjectifs redondants) : en un mot, à la conscience éclairée comme à l'instance décisionnelle suprême. Dans la vie affective par exemple, il était censé par son sacerdoce n'avoir d'attachement humain que spirituel. Tandis qu'homo, j'étais censé par décret naturel et paresse théologique, n'avoir de vie sexuelle que coupable. Chacun, de son côté, pour ouvrir en commun l'impasse qui ne saurait être chrétienne, a eu ses propres lumières, et découvert seul sa voie - Ego sum via.

horace et virgile 

Curieusement, de cette double caractéristique, différence et proximité, nous avons toujours eu conscience. Nous avions  chacun notre cœur, avec ses propres choix. Mais, si l'on peut dire, une seule âme. « Dimidium animae meae » : chacun de nous reprenait pour l'autre le terme exact dont Horace qualifie Virgile. On observera encore que cette « une-animité » n'est pas restée intérieure, mais s'est traduite en solidarité. C'est sa firme qui m'a naturellement vendu (et plus tard racheté !) la maison de l'"Amiage" dont j'avais besoin pour ma communauté, qui jouxtait sa résidence. Et c'est moi, à la mort de Bruno, qui lui ai naturellement demandé d'entrer au Pouvoir Organisateur de l'Ihecs, et, par la même occasion, d'y donner, gracieusement (c'est le mot noble pour gratuitement) son cours « rentré » sur « l'Ethique des affaires ». Il le donne toujours - c'est un cours devenu à option, je crois. Un cours profond comme la Mer Rouge, où les humbles se sauvent, où les puissants se noient.

25/09/2008

Mon jumeau prêtre...

Tour noire devant Esders (vrp- tour-n-0

 

   Ce matin, je m'en suis allé saluer mon ami JM, curé d'une paroisse bruxelloise. C'est un ami de très longue date : nous nous sommes vus pour la première fois en 1954. J'étais alors dans une situation ridicule, dont le jeune homme farceur qu'il était a profité pour se moquer de moi. Voulez-vous rire, vous aussi ? Je raconte. C'était au dernier étage consacré à la confection d'un grand magasin bruxellois de vêtements. Le bâtiment accolé à la Tour Noire a, depuis, disparu dans un incendie, au profit d'une construction plus originale, « autour de la Tour ». Le bâtiment s'appelait « Chez Esders ». J'étais donc là-haut en train d'essayer une soutane devant un grand miroir, quand l'ascenseur est parvenu à mon niveau et qu'un jeune homme en est sorti. Il m'a considéré du haut en bas, et soudain goguenard, m'a montré du doigt et s'est mis à pouffer de rire. Mortifié, je suis rentré dans ma cabine.  Nous étions en juillet. En septembre, comme on sait (voir Ephrem I ), j'entrais au noviciat des jésuites d'Arlon. Et là je vois qui ? Mon gaillard ironique de chez Esders. Lui aussi, en juillet, venait  se faire faire une soutane, et ce qu'il avait vu en moi, c'est lui-même, bientôt déguisé en jeune corbeau. Début d'une amitié d'un demi-siècle.

Directions opposées 

   Curieusement, cette amitié n'a démarré vraiment qu'après mon départ de la Compagnie. Le noviciat de deux ans, qui fut commun, n'est pas un temps où l'on s'intéresse beaucoup à ses voisins. On est plein de Dieu, tout occupé à Lui plaire et L'écouter, et le seul être humain qui compte pour vous est le Maître des novices, qui vous indique si vous êtes ou non sur la juste voie. Les frères à côté sont, selon l'idéal assez réellement vécu, interchangeables ; sympathiques ou non, on les « aime » tous sans en « distinguer » aucun - donc sans en aimer aucun. Le noviciat fini, JM fut envoyé aux facs de Namur dont je venais, tandis que j'allais m'initier à la philosophie thomiste au sein de la Faculté jésuite de Louvain, sise à Eegenhoven. JM y accéda presque au moment où j'en sortais, pour mon service militaire suivi d'études dites « profanes » à l'UCL. Ensuite ? J'enseigne à St Michel, et JM est à Eegenhoven, entré directement en théologie. C'est donc un fait : nous n'avons presque jamais vécu  ensemble. Quand je reprends la vie laïque en 1963, et qu'il va être ordonné prêtre en 1964, nos voies auraient dû diverger.

 JM vers 1970

   D'où vient qu'un lien fort ait réuni nos cœurs et nos destins ? J'entends la réponse actuelle,  venue spontanément à l'esprit de chacun : la sexualité, naturellement. Plus ou moins consciente et admise, mais la sexualité. Eh bien non. Pour un motif aussi banal que dirimant : son hétérosexualité est aussi exclusive que l'est mon homosexualité - ajoutez, pour ce qui me concerne, que son type d'homme n'est pas dans mes fantasmes, ne l'a jamais été. Cet homme est mon frère. Seulement. Pas seulement. Mon jumeau. Mon jumeau prêtre.

dostoievski 

   A l'époque, il regrette mon départ de la Compagnie, dont il juge mes supérieurs responsables. La singularité même de mon caractère, où critique et ferveur s'entremêlent, l'expressivité de ma foi, ma créativité d'alors, lui paraissaient, lui paraissent toujours  apostoliquement prometteurs. Prophétiques, pour user d'un mot biblique. Lui, une passion pour l'écrivain Dostoïevski l'habite, dont il me fait comprendre les valeurs : l'excès apprivoisé, le désespoir jamais loin, le pari de la liberté. L'habite aussi une aisance à se mouvoir avec optimisme dans les pires difficultés. Onze années vont passer - jusqu'à la rencontre de Bruno - où JM sera le seul prêtre à qui je parlerai sans peur, que j'éveillerai à quatre heures du matin pour qu'il calme mes angoisses, chez qui  je déposerai mes peines et mes péchés confondus, comme en transit un colis adressé à Dieu. Par qui enfin, à ma table domestique ou dans le coin isolé d'un restaurant, le Christ d'Emmaüs viendra, « postquam cenatum est ».

23/09/2008

La Tradition bloquée

A mon commandement...

 

Tu as raison, Blaise: l'Eglise évoluera. C'est ce qu'elle a fait, dans le passé, comprenant toujours mieux la profondeur du message dont elle a été porteuse. Ce qui (chez moi) déclenche la sourde colère et la plainte franche, ce sont les moyens de coercition morale inventés, depuis un siècle et demi, par l'évêque de Rome pour s'inféoder passivement les évêques qu'il nomme. Ces nouveaux frères dans l'Episcopat, il ne lui suffit pas de les avoir personnellement choisis, il faut encore que, d'avance, il les musèle, qu'il leste leur pensée, qu'il gêne leur langue, - au moment même où ils vont recevoir l'Esprit-Saint, de façon plénière, par la consécration épiscopale. Je n'ignore pas le motif qu'avance, pour ce faire, la papauté : elle doit garantir l'Unité, pense-t-elle, c'est même la première tâche qui revient à Pierre. Certes. Mais si le Seigneur avait tenu la diversité ou la variété comme le pire mal, il n'aurait choisi qu'un apôtre, auquel il aurait subordonné onze disciples. Alors qu'il en a choisi douze, comme on sait. Parmi lesquels un trio est quelquefois mis en évidence, à la Transfiguration par exemple, mais cela reste un groupe. Quand Pierre reçoit un traitement distinct, c'est toujours à son initiative à lui. J'ajoute qu'au début de l'Evangélisation, ces Douze se dispersèrent un peu partout à travers le monde. A une époque où la communication était un exploit, et où l'Evangile commun avait quatre formes pas toujours cohérentes, le doute peut planer sur la parfaite unicité de ce qui était enseigné. - Notez que je suis toujours catho, que j'aurais évidemment souhaité que la Réforme tentée par Luther et les autres en 1519 aboutît, mais c'est un fait pour moi que Trente et la Contre-réforme ont prévalu. Je ne vois pas pourquoi je quitterais la nef centrale pour une chapelle latérale, fût-elle des plus sympathiques. Mon côté conservateur ? Peut-être. Ou parce que je n'ai pas besoin de renier mon père. Il me suffit, comme Cham, de ne pas le couvrir, quand l'ivresse du pouvoir le met à nu (Gen., IX, 22)...

 

menottesCoercition morale... A mon tout petit niveau, on m'a fait la même chose, en 1960. J'étais alors un jeune scholastique. La veille du jour où je devais recevoir les ordres mineurs (le lectorat et l'acolytat, entre autres) et accéder ainsi au premier stade de l'état clérical, j'ai été conduit à prêter le « serment antimoderniste  » de Pie X, huit pages en latin, pleines d'affirmations que mes profs jésuites considéraient eux-mêmes comme des anachronismes, des témoignages d'époque ! Jugez-en. « Proinde  fidem Patrum firmissime et ad extremum vitae spiritum retinebo, de charismate veritatis certo, quod est, fuit eritque semper in épiscopatus ab Apostolis successione ; non ut id teneatur quod melius et aptius videri possit secundum suam cujusque aetatis culturam, sed ut numquam aliter credatur, numquam aliter intelligatur absoluta et immutabilis veritas ab initio per Apostolos praedicata... » Je suis seul dans ma chambre, je lis ça, c'est la septième page : panique. Serment d'immobilisme... Mon confesseur est aussitôt consulté. Il me rassure : « Ce n'est qu'une formalité, d'ailleurs le Concile qui s'annonce va mettre à jour ou faire disparaître ce serment, conçu en 1910 » - Il l'a fait en effet, et a supprimé du même coup les ordres mineurs... En attendant, moi, j'ai enregistré « la logique du système ». Et j'ai signé. « Sic spondeo, sic juro ». L'adhésion à Jésus en nous tous est telle qu'on passerait par-dessus tout bon sens, voire tout bon sens moral... A la même époque, la foi au Grand Soir mobilisait d'autres esprits nobles pour justifier les chars rouges à Budapest - et, sans s'en douter, déjà le Goulag.   

Affiche_PCF 

La plupart de nos évêques sont donc aujourd'hui liés. Mais nous laïcs, ne le sommes pas. Parlons donc sans peur. C'est le laïc Justin le Philosophe (+165) qui, sans quitter la philosophie, a su qu'on ne comprenait rien à rien si Dieu lui-même ne donnait de comprendre. C'est le laïc Tertullien (+222) qui, avec un brio pas possible, a forgé les expressions essentielles qui sont restées les nôtres, comme le mot « Trinité » et le mot « Sacrement », lui aussi qui a revendiqué partout une liberté l'amenant, mieux qu'un autre, à saisir la part de vérité se situant dans des oppositions. C'est le laïc Origène (+250), enfin, mon préféré (vous vous rappelez ?), qui a mis au point l'hypothèse du salut vraiment universel - de tous, y compris Lucifer.

20/09/2008

La querelle du Sens

querelle du sens  (schizo)

La question vaut qu'on s'y arrête. Qu'est-ce que c'est, « le sens «  de la vie ? Les croyants, dont les chrétiens de tous bords, et d'abord les prêtres et catéchistes catholiques, ont tendance à dire que c'est ce qu'apporte la religion. Lieu commun, - donc à vérifier. Car ce sens, ils ont du mal à le définir. Autrefois, on était là-dessus bassement mercantile : la vie était le temps accordé pour mériter son billet d'entrée au paradis ; sinon, direction enfer. Même Pascal y va de son calcul qu'on juge aujourd'hui minable, le fameux « pari » : perdre UN pour gagner l'INFINI, il n'y a là qu'un intérêt bien compris ; les désagréments relatifs d'une observance temporaire des directives chrétiennes, en échange des délices absolues de la vie éternelle : le marché se tient. - Aujourd'hui, on a pris heureusement de la hauteur. La vie est faite pour qu'on y expérimente l'amour de Dieu et l'amour du prochain, deux valeurs d'emblée sensibles, épanouissantes. Avec ça, et en outre, la perspective du Royaume des cieux... Oui, je suis preneur. De toute mon âme.

 

mauvaise_foi_1Mais que disent là-dessus les athées ? C'est la perspective qui leur fait problème. D'une part, le bonheur sur cette terre leur suffit. Cent ans (au mieux) de paix, d'amour, de jouissance modérée, de justice quand il se peut et de résignation quand il ne se peut pas, c'est bien assez pour une vie d'homme. Ne quid nimis, l'insatisfaction perpétuelle est un vice pour Epicure. D'ailleurs, lisez Vauvenargues, ce moraliste bien plus futé que son méchant compère La Rochefoucauld : « La pensée de la mort nous trompe, car elle nous fait oublier de vivre. »  C'est bien vu, ça va plus loin qu'il ne semble ! D'autre part, il y a, dans la « promesse » et donc dans «  l'espérance » de l'au-delà, soit une imposture (avis des antithéistes), soit une conjecture gratuite (avis des agnostiques). - Il me semble ne différer de ces derniers que par l'adjectif : oui, c'est une conjecture ; non, elle n'est pas gratuite. Prophéties et miracles - les deux signes retenus par Pascal - sont aujourd'hui relativisés. Les premiers chrétiens ont sollicité dans le sens souhaité bien des textes ambigus, choisis d'ailleurs dans un amas d'autres prophéties non réalisées ; et les signes du Christianisme comme ceux d'Israël sont plutôt des apologues actifs - hormis celui de la Résurrection selon Luc (11, 29). Reste la mémoire adorable, inattendue, si aisément sensible aux humbles et aux pauvres, de Jésus de Nazareth, image qui émeut, et meut, encore aujourd'hui ! le tiers de l'humanité.

 

Debray 9782070783809Nous reste donc la foi nue. Ce n'est pas « rien ». C'est même immense si on veut, car c'est aux dimensions de chacun. Ecoutez Kant relu par Régis Debray. « L'histoire de la résurrection prend chaque mortel au lasso en le soulageant rien de moins que de la mort, de l'angoisse du chemin à inventer, et du hasard d'être né, sans raison, et pourquoi ici plutôt qu'ailleurs. D'où je viens ? D'un spermatozoïde en goguette. Où vais-je ? Aux asticots. Que m'est-il permis d'espérer ? Rien. Ni récompenses ni châtiments. Le trou noir. Nous détourner de ce set de questions-réponses amoindrissant mérite déjà reconnaissance. » (Un candide en Terre sainte, page 35). - Plus heureux encore, ceux qui, partis de là, vont très au delà. 

18/09/2008

Incohérence

Déséquilibre (réd)

Je me sens interpellé par l'exigence d'équilibre exprimée par un catholique parisien gay, qui ne juge pas possible moralement, c'est-à-dire pas légitime, de s'accommoder de la situation bancale où sont ses « pairs » (qui sont aussi, sur ce thème-là, les miens) ! D'une part, traiter avec indifférence, comme si on ne les entendait pas, les discours fondamentalement, obsessionnellement, homophobes de la hiérarchie romaine, tête d'un corps épiscopal là-dessus apparemment consensuel. Et d'autre part, continuer à se réclamer du catholicisme où l'on a été baptisé, où l'on a grandi avec bonheur. Il y a là contradiction, Vivant sa foi avec ferveur, vivant aussi l'orientation sexuelle qui est la sienne et à quoi ne s'oppose aucun vœu, aucun engagement de sa part, il dit son déchirement. Vous pouvez le lire lui-même ici.

 Communion tradi08_06_29_peterpaul29

J'ai bien entendu, il me semble, la demande qu'il fait à tous, mais aux « siens » d'abord, de ne plus banaliser les positions conservatrices, les discriminations, les exclusions gravement contraires à l'Evangile qui, finalement, prive tous les catholiques d'une Eglise ouverte, qui est celle du Christ. Il faut savoir protester. En effet. D'autant que les refus romains se solidifient. A Paris, la lettre du visiteur romain aux Evêques est une feuille de route. J'y lis d'abord de nobles déclarations comme « Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs... Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! » - mais c'est à propos des seuls intégristes, avec qui il fraternise tout naturellement : ainsi n'a-t-il donné lui-même la communion qu'à des personnes à genoux et tendant la langue ! O sacrum convivium !  Pour les divorcés remariés, comme pour les unions d'homos, l'interdiction est absolue. Couperet en une phrase : « On ne peut donc admettre les initiatives qui visent à bénir des unions illégitimes ». Je répète donc : il faut savoir protester. Mais s'en aller ? Nullement. Le « magistère » est une notion plus complexe. Saint Pie X , dans le décret Lamentabili, puis dans l'encyclique Pascendi de 1907 a bien pu déclarer « abominables » et traiter d'« hérésies modernistes » les résultats de l'exégèse critique que Pie XII, par l'encyclique Divino afflante Spiritu, en 1943, justifiera. 

 PICT6106

Un ami homo, lors de son mariage civil avec un garçon, avait invité ses proches à un banquet. Parmi ces   proches, un prêtre, venu là comme les autres, par sympathie, nullement en service commandé. Au début du banquet, un des conjoints, croyant, présenta à l'ami prêtre les deux alliances, demandant de les bénir. Les « bénir », rien d'autre. Gêne du prêtre, qui croit s'en tirer par un trait d'esprit. Et le conjoint : « Mais à Saint-Hubert, on bénit bien les chiens et les chats ! »

bal3 - mgr jousten 

Ce Joseph-Benoit devenu Pape n'est pas un méchant homme, je le dis quand même : c'est seulement un vieux professeur dont l'idéal est resté celui, théorique et abstrait, de sa jeunesse. Je ne l'excuse pas, mais l'accuser, à quoi bon ? L'audace évangélique n'est pas sa tasse de thé, dommage pour l'Eglise. Cela nous demande, à nous, un peu de résistance, à nous qui n'étions rien (ou si peu) en 40-45. Peut-être savez-vous qu'avant de désigner quelqu'un comme évêque, le Vatican exige un serment spécial de fidélité au Souverain Pontife. En Belgique, un homme a refusé : c'est l'actuel évêque de Liège. Malgré cette manifestation d'autonomie, il a été ordonné à la tête du diocèse. On en jugera comme on voudra. Les pessimistes : il n'y avait personne d'autre de valable. Les optimistes : le pape a su reconnaître la justesse de l'attitude. Précision : c'était en 2001, sous Jean-Paul II.

16/09/2008

Adoration

Le rideau est tombé, les spectateurs dispersés, les acteurs partis jouer ailleurs leur rôle si bien rôdé. Grand spectacle, assurément. Les foules applaudissent, les chants éclatent, les costumes rutilent, il y a montée lente et rythmée, vers le trône, du cortège des officiers et des courtisans, et puis le chef, là haut, le vieux chef chenu, plein de bonhomie et de gentillesse convenable, qui sourit, et qui bénit « au nom du Père... ».  Dans la capitale, les autres princes , qui sont seulement démocratiques et n'attirent pas autant les cœurs, sont là, solidaires du héros du jour, mais restés en bas, tenus à une solennelle discrétion, qui regardent et se taisent, marquant leur diplomatique adhésion. Au sud du pays, plus tard, ces chefs  seront remplacés par les malades, les infirmes,  les lépreux d'aujourd'hui, avec leurs soignants, qui, eux,  crieront dans leur cœur, avec une confiance sans égale, l'invocation suprême : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ». Car toujours, c'est le dimanche des rameaux.

 

Un autre spectacle aussi frappant est organisé le vendredi-saint, qui trouble profondément ceux qui en sont témoins, vous peut-être, si vous ne vous  y attendiez pas.  Le cortège des prêtres célébrants, dont l'Evêque s'il est là, dans une église vidée de ses ornements, ses fleurs, ses nappes,  de sa musique, de ses prières même, s'avance en rouge vers cet autel dépouillé comme une armature de pierre. Arrivés au bas des marches, sans rien dire, tous se couchent, s'affalent, s'aplatissent. Se prosternent,  longuement. Une, deux minutes. Puis se relèvent. Le Seigneur est mort.

 

Spectacle encore.

Liturgie, ô sang qui circule, et vivifie !

A0243 

Ce que l'Eglise apporte au monde est assurément ici. C'est irremplaçable. De ce théâtre-là, le monde a besoin. Entre l'ouverture et la clôture des jeux Olympiques, entre les kermesses et les fêtes locales, une place ne peut rester vide pour un Jeu symbolique qui rejoint notre histoire à tous.

14/09/2008

Sens de la vie

   Je n'aime pas les propos lus ce samedi chez une amie que j'admire, à qui je ne veux que du bien, et qui a la rare sagesse d'apprécier les désaccords momentanés autant que les bravos enthousiastes. Je la prie de ne pas s'offenser. Mais plusieurs choses ont passé mal en moi.

 

dépression1. Pourquoi la médecine soigne-t-elle davantage le psychisme ? se demande-t-elle sommairement. - Mais parce que la civilisation progresse : on ne veut plus de la souffrance, ou le moins possible, cette souffrance dont Pie XII disait déjà qu'on pouvait la calmer,  quitte à hâter la mort. Elle est toujours un mal : Jésus lui-même a voulu la soulager chez autrui, par tous les moyens dont il disposait. Quand on croyait n'y rien pouvoir, on la supportait en silence et en y pensant le moins possible, mais elle restait là. « On expiait ainsi ses péchés », disaient les vieux prêtres. On a mieux compris aujourd'hui les mérites thérapeutiques de la communication, quelle qu'elle soit. Massage, yoga, bavardage - blogs ! Tant mieux.

 

397814Euros-Billets-1-22. Services payés, et même selon le mot méprisant que j'ai lu, « commandes tarifées » : d'où vient la répugnance ? Tout le monde doit vivre, c'est la condition humaine. Le travail rémunéré a ceci de bien qu'il oblige par contrat, alors que le bénévolat engage moins, parce que soumis à des obligations  « majeures ». Le travail libère aussi de soucis fondamentaux, comme la subsistance. Ce paiement rend enfin moins lourd le devoir de reconnaissance, toujours implicite. L'infirmière ou le prof que nous sommes ou avons  été étaient payés : mensuellement, ce qui est plus élégant, mais dûment payés, ne l'oublions pas. Cela n'empêchait personne d'être disponibles, au contraire. Les prêtres, enfin, sont aussi payés par l'Etat, et en surplus par leurs messes (malgré le risque de simonie), par leurs services, par les collectes. Pas d'angélisme, ça ne fait de bien à personne.

 

catechese13. Le « sens » qu'offrirait la religion... Qu'il « manque cruellement » aux agnostiques est aujourd'hui le refrain des magazines pieux et des prêcheurs en mal d'inspiration. A Lourdes encore, dans le sermon d'entrée, j'entends : « Dans ce monde en mal de sens... » Mais c'est parfaitement creux. Et faux. N'importe quel incroyant a un sens à sa vie, qui est le bonheur. Le bonheur partagé quand on a tout naturellement des enfants et des amis. Cela suffit. Je ne vois pas en quoi une autre réponse serait plus sens...ée. Rappel. Le catéchisme de Namur appris dès mon enfance était rédigé en questions-réponses, ramassées en  chapitres. Voici la première : « Q. Pourquoi êtes-vous mis au monde ? Rép. Pour connaître, aimer et servir Dieu, et ainsi parvenir en paradis. » Voilà un sens, une perspective qui n'était guère exaltante...  Vallée de larmes, l'entre-deux ?  Allons donc.

 

PS. Parcourez le discours de Joseph-Benoit au Collège des Bernardins à Paris. C'est intéressant. J'en reparlerai.

10:55 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

12/09/2008

Nous osons dire...

celebration_lourdes_IMG_0213-2

Le « Notre Père » aussi est une prière de demande, dans sa seconde partie. Mais les trois optatifs qui constituent la première partie ont pour mon coeur - je ne parlerai ici que pour moi - une force « libératrice ». Aussitôt intériorisés par la conscience que j'en ai, ils ont un effet immédiat : me changer, me refaire. Me soustraire au monde raisonneur où je me meus d'ordinaire et m'installer dans celui, si étranger à ma nature paysanne, de la Confiance absolue. Dès l'apostrophe initiale, Père, notre Père des cieux, je suis en communion avec tous les hommes, j'ouvre les mains, je sens les prudence, les calculs, les médiocrités, me quitter comme des rats. Père, Tu sais combien je doute toujours de tout et de moi-même, mais à Toi, Père très Haut, à Toi, à Toi je fais confiance, comme un enfant, la main dans la main de son père dans la nuit. Tu sais tout, tu peux tout, on s'aime. Puisque Tu es mon Père, fais donc ce que Tu veux, c'est ce qui peut m'arriver de mieux...

 

Casablanca%20priere%20du%20vendredi%2021. D'abord, « que Ton Nom soit sanctifié. » Trois énigmes, mais je décode aussitôt... a/ Le Nom, en terre sémitique, n'est pas identifiant, mais signifiant ; comme le premier des apôtres n'est pas Simon, mais Pierre (la pierre d'angle), le nom de Dieu n'est pas YHWH, mais le Saint. b/ Saint, c'est-à-dire quoi ? Vertueux ? Nullement. Sanctus, participe de «sancire », consacrer, mettre à part comme préalable, inviolable, intouchable, hors d'atteinte, parfait. Saint est ce qu'est Dieu par nature. Qu'on s'y prenne comme on veut, si Dieu existe, il est cela. L'image coranique d'Allah (mais Allah n'a pas d'image possible)  est fidèle à cette évidence : Dieu  dépasse, surpasse, outrepasse. Il est le Puissant, et Miséricordieux. Mais pas l'amoureux, non, pas le père : le Maître. L'image biblique, elle, adopte celle des parents dont descendent les enfants, qui n'existeront que par eux... Mais toujours, Dieu trancende.  c/ Saint, oui, mais si je dis « sanctifié », ça veut dire qu'il ne l'est pas pleinement ? Allons. Cela veut dire que nous, les fils de ce Dieu, frères de Jésus que nous sommes, appelés à la communion divine, nous avons à « entrer » dans ce Nom, dans la sainteté de ce Nom. - Père, que Ta transcendance soit « nommée » par nous tous, par moi, - soit comprise, admise, adorée. Et que cette sainteté naturelle (à Toi) où le chrétien a vocation à se fondre, qu'elle se révèle (à moi) et, du coup, en moi...

 

carmelite_prostern2. « Que ton Règne vienne ! » On n'espère pas ça comme on attend le beau temps pendant la pluie, ou qu'on souhaite la fin d'un cauchemar, le retour à la santé dans la maladie. Règne : d'abord, le mot peut se traduire de façon sensorielle par Royaume, ce qu'il est plus aisé d'imaginer : espèce de paradis d'amour. Ce Royaume, il me faut redire à moi-même qu'il est « commencé » depuis le début du monde, commencé par Israël, les prophètes, Jésus, les saints, ma génération, les jeunes qui nous suivent et qui ne cessent de le faire progresser - pas toujours en ligne droite, mais comme une spirale qui monte toujours. Père, qu'il continue donc à se réaliser, ce Royaume dont ton Fils est le Premier Ouvrier ! A sa suite, Tu nous as enrolés (à la 11e ou à la 1ère heure, qu'importe). Jusqu'à ce que l'œuvre parvienne à sa plénitude, à la fin des temps, quand tout aura été « accompli », que toutes, toutes les âmes seront sauvées... Demander qu'arrive le royaume de Dieu, ce n'est pas demander la mort pour arriver dans un lieu déjà-là ; c'est demander au Maître d'œuvre que l'œuvre se poursuive et arrive à son terme...

 

Jesus au desert3. « Que Ta volonté soit faite »... Ici, c'est Jésus lui-même qui Te parle. A Gethsémani : Père, pas de ce calice ! moi, j'ai pas envie ; pire : je suis terrorisé. Mais c'est Toi qui sais, Toi qui vois, c'est Toi aussi que j'aime par-dessus tout. Alors c'est Ton choix qui prévaut pour moi aussi... Comme au ciel ! Comme chez tous ceux qui Te connaissent de près dans l'Eternité, qui sont associés à Toi, qui désirent ce qui est bon à cent pour cent, et que Toi Tu désires... Si maintenant, au petit Thabor ou au Gethsémani à mon niveau, quand je circule de l'un à l'autre, si j'ai le désir bien légitime de telle chose, mais que ce désir ne fait pas grandir, se perfectionner, se réaliser le Royaume universel, ne m'écoute pas. Que Ta volonté à toi prévale - on revient au début : la sainteté de ton Nom, de ton Etre, que j'y sois associé. Parce qu'on revient toujours au même mystère inconcevable :Toi, Dieu Père, et moi, petit homme, on s'aime.

13:30 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/09/2008

Que faire ?

MDD

   J'ai beaucoup relu notre « Crocki », experte en art du réconfort, ces temps-ci, où un deuil douloureux a frappé un autre de mes amis que vous connaissez sous le nom de Pagello. Sa première femme était morte en un jour, d'un accident de voiture. Remarié des années après, voilà qu'il vient de perdre cette seconde compagne, cette fois après des années de souffrance. Le cancer, ça prend souvent son temps... La mort à petit feu, j'ai appris avec Bruno, et je n'en dirai pas plus. Mais Pagello est mon aîné d'un an, les nombreux enfants qu'il a eu de sa première femme sont quasi tous dispersés dans le monde, j'imagine sa solitude effective, je me sens à son égard impuissant, et pire : malhabile... J'en dis ici un mot parce qu'il a bien voulu partager cette mini-communauté électronique où il a trouvé, je crois, de vrais croyants comme lui. Grognons et fidèles. Comme il sied.

 deuil - lumiere_bois

   J'ai un caractère qui n'est pas plus soumis que le sien ;  le sien est seulement plus policé. Nous n'inclinons pas spontanément à l'obéissance ni à la résignation fataliste devant le malheur. J'ai pourtant plus de scepticisme que lui, que Crocki, ou que la plupart des chrétiens convaincus que je rencontre, groupe où les plus philosophes m'accusent volontiers d'un certain fidéisme façon Kierkegaard ou façon... Newman. Scepticisme sur la capacité où est l'humanité, où « je » suis (donc), de savoir où est le vrai bien. Dans le concret. Ne me dites pas : « Dans l'amour » - réponse évidemment juste mais qui ne n'éclaire rien. Ce doute basique sur l'intellection, joint à un grand sens de la Transcendance divine, avoue, négativement, que    je répugne à la prière de demande, si naturelle à l'homme, comme l'ont fait voir Feuerbach, puis Marx, - mais illusoire, et démobilisante sur le terrain. Ce qu'elle obtient, un placebo l'obtiendrait. Elle n'est donc pas inefficace, comme Jésus le souligne chaque fois qu'il semble guérir quelqu'un : «[C'est] ta foi [qui] t'a sauvé », dit-il le plus souvent.

lampe sérénité

   Il me semble - pardon à ceux que je vais heurter ! - que la médecine homéopathique est un peu du même ordre ; mais laissons cela. De toutes façons, aucune prière ne fera repousser à un unijambiste le membre manquant. La femme de Pagello n'est pas morte faute de foi ou de neuvaine. - En revanche, j'ai pour le « Notre Père », sa première partie d'abord, un grand, un puissant attachement, dont je parlerai, si j'ai le temps, demain.

17:14 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

07/09/2008

Johan et l'acier, Catherine et la pierre.

(1) Eternelle passion de Baudart, de loin

  Le square Steurs à Saint-Josse ten Noode ouvre directement sur l'avenue Deschanel à Schaerbeek. Ce square, qui fut glorieux dans les années 30 et devint, dans les années 80, le quartier général des dealers, drogués et mauvais garçons, le soir, et, le jour, l'endroit favori où placer les déchets clandestins, a fait l'objet un jour de grâce (en 1988) d'une rénovation si totale qu'il s'est agi d'une création. A surgi un parc (2) Eternelle passion de Baudart, de prèsaimable et tranquille, de dimensions restreintes, avec une pièce d'eau, une dizaine de bancs dispersés sur deux plans que réunit un bel escalier de pierre bleue - avec aussi, il faut ce qu'il faut! érection de grilles protectrices en fer forgé, présence permanente de deux « gardiens » en uniforme vert, fermeture le soir à 18 heures. Les mères promenant leur bébé dans une poussette, les personnes âgées, les
(3) Masculin & Femme au collier, de Piret, rédamateurs de lecture au jardin, fréquentent l'endroit avec assiduité. Chaque été, en plus, une exposition. Cette année, deux artistes belges y présentent de magnifiques sculptures modernes. « Abstraites » ? Pas tant que ça : moi qui n'aime pas l'obligation d'être intelligent pour faire « parler » une œuvre, je suis séduit. Acier roux pour
Johan Bodart, un artiste tournaisien installé à Mons ; pierre et métal pour (4) Etreinte, de BaudartCatherine Piret, de Braine-l'Alleud. Tous deux ont la quarantaine  en son mitan. J'apprécie leur beau regard  d'aujourd'hui sur l'amour.

 

Je vous offre ici quelques vues que j'ai prises, il y a huit jours, quand le temps était magnifique. Douze  vues, (5) Genèse, de dos, de Piret(6) Genèse de C. Piret, en face, reddisons, à divers moments de la journée. Le régime de blog dit « avancé » qui m'est familier n'accepte que des images n'ayant que 250 kilos maximum. J'espère que la taille de mes clichés n'en détruira pas le pouvoir d'évocation.

(7) Autour de l'amour, au loin, de Baudart, réd.(8) Autour de l'amour de Baudart, de face, réd 

Baudart ouvre les grilles avec un portail de majesté, Eternelle passion, dont on a eu deux vues. De loin (1),  de près (2). Créés par Piret,  il y a eu Masculin & Femme au collier (3), sur la même vue. Si vous êtes perplexe, c'est normal... Puis de Baudart, la perspective Etreinte (4) avec, à l'arrière-plan  Racine et au loin Eternelle passion.

(9) Baudart face à Charlier, 2000 contre 1900 

Puis Piret,  Genèse, sous deux angles, de dos (5) puis de face (6). Bouleversant comme un ventre de femme enceinte. [Non, ce n'est pas ici à droite, mais plus haut : 5e et 6e photos]...

 

Baudart : Autour de l'amour, vu de loin à travers les branches (7) , puis vu de face (8), puis en vis-à-vis   d'une sculpture classique de 1901, « Les Carriers », de Guillaume Charlier (9). La simplicité même.

 

(10) Entrelas de Baudart, inauguration(11) Entrelas de Baudart   Deux photos encore d'un Entrelas de Baudart dont la sensualité vous sera perceptible si vous faites place au géomètre en vous (10) et (11). Et une douzième photo pour dire mon plaisir à avoir reçu hier chez moi, en famille,  AC., une amie très chère, que les circonstances (12) AC,P,B 080906avait un peu éloignée, et chez qui j'ai apprécié - plus que jamais - l'étonnant mélange de lucidité, de bienveillance et de générosité.

18:22 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/09/2008

Disputer sans se disputer

L'arbre à mots, sculpture en pierre de Catherine PIRET

   Pierre m'apprend, avec un humour qui n'est pas sa caractéristique naturelle et doit lui venir de Ben qui en regorge, que, lors de leur tête à tête «fermé » de Barcelone, son ami et lui ont consciencieusement appliqué « la méthode de leur professeur de vie favori ». Qu'est-ce à dire ? Qu'ils ont adopté un principe que je leur ai « transmis ». Que j'avais moi-même reçu jadis et pratiqué avec profit. Ne pas craindre de se disputer en disputant un problème quelconque avec son partenaire. Au contraire : plutôt que de se rallier tout de suite à l'opinion de l'autre, sans discussion, pour avoir « la paix », confronter volontiers les avis quand ils divergent. La confrontation n'est pas un affrontement ! Certes, il faut d'abord voir tout ce qui apparaît commun, et se réjouir de cette communion, qui est tout de même, en certains domaines, le nécessaire « espace de sens  » où « chacun chez l'autre est chez soi » comme dans l'eau d'un bain parfumé. Sans ça, il n'y a ni entente, ni « amours, ...délices et orgues ». Mais, secondairement, il faut considérer comme heureux de voir les gens et les choses sous des points de vue divers, voire opposés. A une seule condition : en cherchant ce par quoi ils se complètent. Et pour commencer, en « parlant sur » ce différend, surtout s'il fait mal, même peu. Pour le « régler », c'est-à-dire le « réguler ». Dans les vingt-quatre heures.

 

 BAUDART, Racine I, acier, 2008  Au fait, ce principe, d'où me vient-il, à moi ? De l'Evangile, il me semble. J'ai d'ailleurs en mémoire une jolie formule : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère ». Mais je fais erreur : après plus d'une heure passée à feuilleter ma TOB [=  Traduction Œcuménique de la Bible], puis à consulter Google qui sait tout sur tout, je suis bredouille : nulle part trace de l'expression que j'aime. St Matthieu traite bien de la réconciliation et dit qu'il faut s'y employer toutes affaires cessantes, que même la « messe » passe après, mais il s'agit pour lui (5, 24) d'inimitié et de pardon de l'ennemi, ce qui est tout autre chose. Je rêve. Ce qui me touche tant est l'idée de la conciliation le jour même ! et pour des amants avant l'aube ! Voilà qui est trop beau pour que je l'aie inventé. Il y a donc une source, que j'ai oubliée. Peut-être quelqu'un la connaît ? Qu'il ait l'obligeance de m'en informer, s'il a lu jusqu'ici et s'il lui plaît...

01/09/2008

Bienfaisantes vacances !

Pierre et Ben 1

Mes beaux neveux (avec et sans trait d'union) sont allés en Espagne fin juillet et début août. A Barcelone, principalement, où, membres du BGS, ils ont participé aux Eurogames, avec les goûts, les facultés et les muscles  de leur jeunesse. Après quoi ils sont restés seul à seul, en amoureux, comme il convient. Retraite absolue, fermée, ce qui est rare dans ce couple ouvert, chacun étant issu de cercles différents, et y restant attachés.  Retraite sensuelle, j'imagine, et combien voluptueuse dans la chaleur catalane ! Mais spirituelle aussi : c'est quand le farniente s'ajoute à la vie commune que s'instaure spontanément, chez les esprits profonds, un dialogue. Place à la Parole : mutuelle, elle est comme le Verbe de Dieu ; elle fait être. C'est alors que se reconnaissent, de plus en plus consciemment, les conditions exigeantes de l'amour durable, en même temps qu'on se voit les satisfaire avec une naturelle aisance. 

Hotel Romantic, grande entrée, Sitgès 

Ben devait rentrer à Liège vers la mi-août. J'ai convié Pierre à rester en Espagne pour m'assister de sa compagnie pendant les quelques jours où je voulais moi-même « prendre le soleil » : il m'a donc attendu et a rejoint mes quartiers d'été. Où ? J'imagine que vous devinez. Non à Barcelone, mais à Sitgès. Naturellement ! La délicieuse et gaie Sitgès, où je suis allé tant de fois avec Bruno. A mon âge, j'en ai évidemment ignoré les plaisirs nocturnes, mais l'Hôtel Romantique où je suis descendu avait de quoi épanouir ma bonne humeur. Non que ce lieu célèbre soit douillet ni même confortable. Luxueux, mais façon XIXe siècle. Magnificence du bâtiment, incommodité de l'habitat. M'abandonnant aux seules voluptés de la nostalgie, j'y ai relu les « Clefs du Royaume », de Cronin, roman dont mon enfance avait été marquée... Etrange : le livre date de 1944, et à travers le prêtre écossais qui en est le héros, toutes les questions que l'Eglise eut ensuite à résoudre se trouvent abordées. Et... résolues. Non comme firent les pontifes réels qui suivirent, mais comme Helder Camara, comme l'abbé Pierre, comme tous les prêtres que nous connaissons bienfaisants et fidèles, et qu'accompagne pourtant, visiblement, la méfiance de leur hiérarchie.

Je petit-déjeune en Espagne

 

Aujourd'hui, je vous retrouve, amis qui me lisez. Me voilà parti avec vous jusqu'au solstice d'hiver, quand le soleil ne nous éclairera plus que quelques heures paresseuses. Dans cet « Ephrem II » où je n'ai plus rien d'essentiel personnellement à confier, je peux divaguer davantage, digresser, errer ; mais je ne m'en prendrai jamais qu'aux soi-disant Maîtres, aux Propriétaires du savoir ou du salut ; et, comme d'un piano, j'espère jouer de la langue française, avec ses oxymores clair-obscur et ses subjonctifs raffinés. Tiens donc ! Où est la différence entre « j'apprécie que vous me lisez » et « j'apprécie que vous me lisiez », formes toutes deux possibles ?

16:49 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |