19/10/2008

La Restauration en vue

2.Ciney

 

 

 

   Je pense encore beaucoup à l'agressivité mal contrôlée que j'ai montrée à Ciney. J'en ai donné les motifs immédiats, qui étaient conjoncturels. Mais n'y avait-il pas derrière eux un motif beaucoup plus profond ? - Oui, et fondamental.

2.sacre coeur paray le monial 

   Je le dirai ici, aussi sobrement que possible - mais c'est malaisé.  J'appartiens à une génération que je ne renie pas, celle qui fut chrétienne à l'ancienne façon, avant Vatican II. Pratiquante, fervente, obéissante. Habituée « au renoncement ». Depuis le « petit sacrifice » consistant, dans  l'enfance, à abandonner sans réclamer pour l'offrir à un pauvre, au matin du 6 décembre, le plus beau des jouets apportés par St Nicolas. Jusqu'au refus d'antalgiques, dans les blessures de la vieillesse, pour faire l'ajout de « ce qui manque à la passion du Christ » (Col, 1, 24). En passant par les diverses mortifications lues dans l'histoire des saints,  et que j'ai vu pratiquées par des gens simples, dont certains ne s'autorisaient même pas à communier. Génération appliquant sans réserve intellectuelle d'aucune sorte des rites antiques : processions, pèlerinages, chapelets, neuvaines, avec aussi des trucs superstitieux, un peu ! comme les « neuf premiers vendredis » ou les « cinq premiers samedis du mois » d'affilée, pendant lesquels une communion en état de grâce garantissait le salut éternel, s'il vous plaît, garantie donnée par le Sacré-Cœur à Paray-le-Monial, dans le premier cas ; par la Vierge (de Fatima, je crois), dans le second. Et pourquoi ? Au seul motif que l'Eglise les approuvait. Croyant aussi aux apparitions, aux médailles miraculeuses, aux indulgences, aux « grâces obtenues » par les saints spécialisés : au motif que l'Eglise les soutenait. Votant pour un parti affichant l'étiquette catholique, et qu'importe qu'il soit d'extrême droite ou de centre gauche : au motif que l'Eglise y poussait. Sans être dupe des misères et petitesses de curés locaux ou prêtres de collège, cette génération n'avait pas le sens critique vis-à-vis du système clérical lui-même. L'institution ecclésiale était sainte, le Seigneur parlait par sa bouche et sauvait par ses sacrements. Punt aan de lijn.

 2.mort et paix

   D'où venait cette servitude consentie - reçue comme type de sainteté banale ? La situation était consécutive à deux guerres mondiales où la mort avait régné, ce qui favorise toujours l'esprit religieux, comme des philosophes du  XIXe siècle - pas seulement Marx - l'ont indiqué, avant les sociologues. Mais le marxisme lui-même, tel qu'on le voyait appliqué en URSS, à travers les deux Arthur (Koestler et London), avec ses camps, ses purges, ses procès de Moscou et de Prague, donnait une image répulsive du « bonheur » d'un monde où Dieu était évacué. En somme, la civilisation chrétienne traditionnelle, entre 1920 et 1960, était en période de confiance... boursière : que je lui ai donné la mienne de tout mon jeune coeur va de soi.  Je ne le regrette pas. Il était bon que je passe par là.

2.concile v 1 

   C'est de façon impromptue qu'un « concile » fut annoncé par Jean XXIII, peu après son élection, le 25 janvier 59. L'idée n'en fut pas applaudie aussitôt par le grand public catho, on l'a un peu oublié. On disait que l'ère des conciles s'était terminée avec la proclamation par Vatican I de l'infaillibilité du pape. A quoi bon réunir tant de monde, quand  suffisait, à l'expression de la vérité, la voix romaine de Dieu ? Par ailleurs, à la fin de son règne, de 54 à 58, Pie XII s'était calmé dans son zèle à faire taire les voix discordantes des théologiens novateurs. On disait qu'il avait des visions, la pièce d'Hochhut (Le Vicaire, 1963) n'avait encore troublé personne. A cette Eglise impériale, spectaculaire, intransigeante en matière de foi et de morale, avec un haut et un bas clergé très distincts, ma génération s'était finalement bien adaptée, non seulement avec générosité, mais ingéniosité. Songez à l'abbé Pierre, en 54 ; aux prêtres ouvriers, avant lui - persistant pour la plupart, malgré le désavoeu romain,  dans la solidarité avec le monde du travail à la chaîne. Au niveau intellectuel, je ne sais trop comment les grands esprits parvenaient à se soumettre contre leur propre conscience : j'ai entendu tel d'entre eux, professeur de paléontologie à l'UCL, relever en se frottant les mains que pour « Humani Generis », où l'humanité, selon l'encyclique, ne pouvait être sortie que d'un seul couple, le pape n'avait pas invoqué son infaillibilité. Encore bien ! Mais parmi les petits, je sais parfaitement ce qui se passait. Nous nous en foutions, avec l'appui d'un fidéisme solide. « Dans le brouillard, il faut choisir. Or c'est le Christ, et non pas ma « raison »,  « qui a réjoui ma jeunesse », qui emplit encore de sa magnificence ma prière et ma vie et ma rêverie conjointes. Entre la justice et ma mère, disait l'autre, le pied-noir nobélisé, je choisis ma mère. Entre la logique et ma mère spirituelle, j'étais avec ma mère, moi aussi, c'est tout.  Je le suis encore. »

 2.a genoux

   Merveille : de 61 à 65, au cours de ce Concile exceptionnel, j'ai vu mon Eglise bien-aimée  prendre conscience de ses propres défauts, du mal qu'elle portait en elle, et qu'elle niait jusque là. Par exemple son totalitarisme, baptisé universalisme. Je l'ai vue s'examiner, sans complaisance et sans aigreur. Et merveille plus grande, chercher à se réformer. Allais-je la suivre, ici aussi ? Ici toujours. Evidemment. J'ai appris à me mettre en cause. A découvrir mon propre fanatisme. A me « confesser » non plus selon un code extérieur, une légalité « romaine » sans intérêt, mais selon les torts que je pouvais avoir, que j'avais ici et là envers mes frères et soeurs. C'est-à-dire ? Les « païens », surtout, mes si proches... Les divergents, les divorcés, les gays, les timides, les étrangers, les vieux... A me convertir. A aimer.

 Alors, qu'aujourd'hui, certains veuillent faire passer ce concile salutaires par profits et pertes, et assiègent mon Eglise pour qu'elle en revienne aux dévotions mortifères et niaises où toute religion se dirige comme d'instinct, que ce soit l'Opus, divers  Charismatismes, ou tous les Lefebvristes, je me mobilise !

Commentaires

Cher Ephrem,

j'ai peur aujourd'hui d'être catholique! Je n'ai pas peur des autres, des athés, des laïcards, etc...j'ai peur des catholiques ! J'ai peur de voir notre Eglise se radicaliser ! mais surtout je suis effayé de voir combien les chrétiens suivent comme des moutons dès qu'on leur ingrugite de bonnes paroles romaines ! ...Et je vois autour de moi combien de plus en plus de jeunes, par souci de fidélité, ou de fidélisme, essaient de suivre scrupuleusement tout ce qui vient de plus haut. Même ceux qui se disent chrétiens de gauche !
Je crois Ephrem que ce que vous avez connu avant le concile est sur le point de revenir !

Écrit par : cyril | 20/10/2008

Mobilisation, en effet! Il y a heureusement des gens qui sont de notre côté, cher Ephrem. Il y avait l'Abbé Pierre, Soeur Emmanuelle,… vrais serviteurs de Dieu, car toujours du côté des pauvres, des petits; mais n'oublions pas les intellectuels qui sont chrétiens (Delumeau, Küng…), et qui, comme toi, tout en restant dans notre grande famille, recherchent la vérité, quitte à ce qu'elle dérange. Ils font face, s’opposent s’il le faut, mais continuent de témoigner ; toujours.

Écrit par : Blaise | 26/10/2008

'Ut omnes unum sint'
Ne croyez pas que le monde, et singulièrement celui qui relève du religieux, se sépare en deux camps. Qu'une frange importante de fondamentalistes pense ainsi, afin de préserver ce qu'ils estiment constituer leur sécurité, ne justifie pas le contraire.'Avoir peur d'être catholique' ou appeler à la 'mobilisation', allons donc ! Nous ne sommes pas dans une foire d'empoigne ni au temps de la querelle des cimetières...
La foi est encore et toujours un risque.Un temps viendra où l'église trouvera une manière de s'exprimer, en exprimant la foi, audible au monde alors contemporain.N'en doutez pas ; doutez seulement de ce que l'Esprit pourra alors faire dire. Ce ne sera pas, je l'espère, une foi liée à la morale au point de l'étouffer mais quand même une foi qui rende responsable.

C'est pourquoi Ephrem a raison d'insister sur les signes que représentent Soeur Emmanuelle, l'abbé Pierre ou Mother Theresa, au milieu de tant d'autres moins médiatisés.
Se sont-ils tant encombrés de querelles ?

Écrit par : Palagio | 31/10/2008

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