26/10/2008

Quand la Bible est caressante

bible   Compatissante, affectueuse, caressante même, la liturgie du jour. Dans ses trois textes. L'Exode nous assure que, dans les malheurs  comme par exemple la nécessité d'émigrer, la mort du Père faisant une veuve et des orphelins, ou l'indigence obligeant à des emprunts ruineux avec des cautions qui déshabillent,  Dieu se place de notre côté (Ex, 22, 20-26). Paul, lui, pour une fois, félicite et remercie ses convertis de Salonique pour leur accueil et leur foi plutôt que de les engueuler et de les entretenir de sa propre charité (1Th5c-10). Et Matthieu (Mt 22, 34-40) fait résumer par Jésus toute la Loi dans le devoir d'aimer Dieu de toutes ses forces ET son prochain comme soi-même. De s'aimer aussi soi-même, c'est très bien vu, ce n'est pas si courant. J'ai toujours pensé que les « méchants » étaient des gens qui ne s'acceptaient pas. Après quoi Jacques nous a fait une homélie magnifique : comment se fait-il que Jésus donne comme obligation ce qui est une inclination ?

 changer_de_sexe

   Lisant les intentions de la prière universelle, telles qu'elles étaient rédigées dans le livret officiel,  j'ai eu la surprise de constater que je proposais de prier pour les gens dont la sexualité est difficile... En détaillant : souffrances du couple ; hors du couple ; des religieux ; des célibataires n'ayant pas choisi leur état... Il m'a semblé in petto que ces catégories obscurcissaient plutôt le problème. Toujours et partout, c'est la sexualité qui est difficile. Quand elle s'amène, c'est comme une reine, non une servante ; elle vous offre l'absolu, mais un absolu qu'elle module à sa façon à elle. Quand elle vous quitte, c'est le soleil qui s'éteint. Or elle est capricieuse. Désir et Amour ne sont éternellement jumeaux que dans les romans de gare. Sommes-nous vraiment voués à la nuit ? Heureux ceux qui ont de la mémoire, et chez qui, avec le temps, la sensibilité ne cesse de s'accroître, éclairée toujours par le feu des torches d'hier ou  d'autrefois.

Hugo imaginea 

   Hugo, et la tristesse d'Olympio, ça doit vous dire quelque chose... « Toutes les passions s'éloignent avec l'âge,/L'une emportant son masque et l'autre son couteau,/Comme un essaim chantant d'histrions en voyage /Dont le groupe décroît derrière le coteau.// Mais toi, rien ne t'efface, amour ! toi qui nous charmes,/Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard !/Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes./Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard. »

soleil mourant 

   Me relisant, je pense : « un soleil » ou « le soleil » ? Me voilà embarqué là-dessus plus d'une heure. Un soleil, c'est peu. Le soleil, c'est trop. Au plus juste, il faudrait dire que c'est « comme » le soleil qui s'éteint... Quant au masque ou au couteau, il ne suffit pas d'en appeler à la période romantique. J'y repenserai.

Commentaires

C'est non seulement magnifique, mais surtout vrai.

J'essistais, cet après-midi, à la messe des prémisses d'un neveu de mon épouse, prémontré (eh oui, ils existent encore),ordonné à 38 ans.
Je méditais les mêmes textes et arrivais aux mêmes considérations que celles d'Ephrem.

Quant aux vers de Victor Hugo, que je ne trouve guère beaux, ils disent de profondes vérités. Moi aussi, j'ai envie d'y revenir comme sur certaines autres chroniques précédentes. Vous me tentez Ephrem, encore que ce ne soit pas aisé de dire autre et moins encore, mieux. Fraternellement.


Écrit par : Palagio | 26/10/2008

Au-delà Hugo est au-delà de la beauté : le personnage de Valjean, quand il va se dénoncer à Arras pour empêcher la condamnation d’un innocent, qui est-ce ? Le double idéalisé de l’auteur, ou le nôtre ? Je cite : [i]Que faisait-il pendant ce trajet ? A quoi pensait-il ? Comme le matin, il regardait passer les arbres, les toits de chaume, les champs cultivés et les évanouissements du paysage qui se disloque à chaque coude du chemin. C’est là une contemplation qui suffit quelquefois à l’âme et qui la dispense presque de penser. Voir mille objets pour la première et pour la dernière fois, quoi de plus mélancolique et de plus profond ! Voyager, c’est naître et mourir à chaque instant. Peut-être dans la région la plus vague de son esprit, faisait-il des rapprochements entre ces horizons changeants et l’existence humaine. Toutes les choses de la vie sont perpétuellement en fuite devant nous. Les obscurcissements et les clartés s’entremêlent : après un éblouissement, une éclipse ; on regarde, on se hâte, on tend les mains pour saisir ce qui passe ; chaque événement est un tournant de la route ; et tout à coup, on est vieux. On sent comme une secousse, tout est noir, on distingue une porte obscure, ce sombre cheval de la vie qui vous traînait s’arrête et l’on voit quelqu’un de voilé et d’inconnu qui le dételle, dans les ténèbres (I, 7, 5).[/i] Merci pour votre accompagnement fidèle, cher Palagio.

Écrit par : Ephrem | 27/10/2008

Neveu par alliance Votre neveu est probablement celui de qui mon mari et moi avons assisté dernièrement à l'ordination, Palagio
En Belgique, on se croise comme dans un gros village!
:-) Crocki

Écrit par : Crocki | 29/10/2008

Les commentaires sont fermés.