09/11/2008

Famille je vous aime

Pierre et Guilaine noces2

 

   Aujourd'hui, ces deux-là, voilà cinquante ans qu'ils se sont mariés : qu'ils étaient jeunes et fous, là, en voyage de noces ! C'est mon grand frère, Pierre senior, et Guylaine, sa femme. Ils sont parents de quatre enfants, dont mon neveu Pierre junior est le benjamin. Particularité familiale : la fidélité en amour, chez tous. Et son corollaire : querelles, discussions, chamailleries verbales pour des riens, du matin au soir. Chez les parents, car les enfants et petits-enfants ont délaissé cet aspect de l'héritage, tout en faisant preuve d'une même stabilité affective... On a fêté ça hier, samedi, en commençant à 17 heures par une messe votive. Le couple, en remerciant pour la bonne intention, avait auparavant décliné (gentiment) l'offre communale de congratulations publiques, avec remise de médailles etc., choses parfaitement étrangères à leur type de tribu anarchiquement heureuse. Mais que le Christ ouvre les festivités, cela, ça comptait. La messe avait donc été soigneusement mitonnée par Pierre junior, sous la présidence du plus conciliaire et du plus conciliant des curés de campagne, un vrai Bienvenu Myriel ! Cela commençait par un Kyrié-é-é-é. ééééééééé leissonnant comme il y a un demi-siècle, continuait avec une lecture d'une page (citée ici) des Misérables sur la vieillesse, et une traduction très libre des conseils bibliques du petit-fils de Ben Sirac le Sage, déphallocratisé et adapté à notre langue (avec la permission du petit-fils, lisez donc le prologue si vous en doutez). Pour l'Evangile, les noces de Cana, où Jésus, poussé par sa mère qu'il rabroue  « S »'exprime pour la première fois (Jn, 2, 1-12). Après la bouleversante homélie de l'abbé D. et le credo énoncé avec une fermeté inhabituelle, défilé des 12 enfants et petits-enfants pour les intentions, courtes, chacune est adaptée à une situation différente, à « sa » situation... Rien que du banal, ensuite, mais tout se fait dans une église grande comme une chapelle, archi pleine, où une communauté voisine de laïcs consacrés vient apporter l'aide de ses voix et de sa piété, tandis que les villageois expriment massivement leur affection. A la demande du curé que sa main fait souffrir, c'est Pierre junior qui fait communier ses père et mère au corps et au sang, c'est moi qui donne la communion à toute l'Eglise... Vous n'imaginez pas, je cherche moi-même à  comprendre le miracle de cette atmosphère inattendue... Dans la lecture de Hugo, Pierre junior s'est déjà étranglé d'émotion vers la fin ; et moi, dans la distribution de l'Eucharistie, j'ai les yeux brouillés, je pleure en offrant « le corps du Christ » à tous ces gens dont les deux tiers m'ont connu quand j'avais dix ans, qui savent qui je suis et me sourient, la main droite ouverte, le regard disant tendrement: « Tu ne me reconnais pas ? Moi,  je te reconnais, souviens-toi... ». D'autres larmes coulent un peu partout dans l'assemblée, toutes silencieuses comme un lac tranquille...

Jubilé P&G Bon appetit... 

   Après quoi la grande bouffe, naturellement ! Et au dessert, le diapo dégoulinant de tendresses où Freddy junior, le fils aîné, s'étrangle à son tour et doit sauter la fin du commentaire préparé, parce que l'émotion le ravage, lui pourtant si pudique, si maître de lui ! Finalement, un DJ spécialisé dans « la Belle époque » fait tourner les têtes et les cœurs dans des danses qui ne sont pas solitaires comme elles le sont aujourd'hui devenues. Dans ce village où rien de neuf n'arrive jamais, pensè-je, voilà que les jubilaires qui n'ont plus dansé ensemble depuis 30 ans, ouvrent le « bal », tout le monde danse bientôt avec tout le monde, Ben entraîne Pierre junior dans un long slow plein de langueur parmi dix couples hétéros, moi-même, bizarrement rajeuni, je glisse, je saute, je martèle le sol autant avec mes neveux que mes nièces, et suis finalement invité à un tango par un parent par alliance, que je connais mal, sous les yeux de sa femme que je connais très bien, elle, et qui est pour moi depuis longtemps une grande amie... O bonheur , ô familles, ô Dieu Père de la famille humaine.

 Ce matin, revenu à Bruxelles pour la prestation à la cathédrale, j'entends le prêtre, dans son homélie, citer la Lettre à Diognète. En effet. Oui, hier soir, dans le patelin ardennais, c'était un groupe de chrétiens du IIe siècle qui s'amusaient selon l'Esprit...

18:04 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

c'est beau !!!! merci

Écrit par : cyril | 10/11/2008

Tendresse C'était une magnifique journée, avec son lot inhabituel, pour cette famille, de caresses verbales; de gestes tendres.
J'ai rarement vu mes parents aussi heureux.

Écrit par : Pierre | 11/11/2008

Heureux Ephrem d'avoir été présent, tout comme Pierre, et ensuite de le décrire avec tant de justesse. Instant de grâce, où passe le souffle de l'amour.

J'aime à croire que la crise actuelle ramènera le goût si profond mais si souvent brouillé des bonheurs simples et authentiques.

Écrit par : Palagio | 11/11/2008

Merci Seigneur Merci pour ce geste et cet amour !

Écrit par : Seb | 12/11/2008

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