25/03/2009

Celui à cause de qui

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     J'ai bien pris conscience, à mesure que, cahin-caha,  je joue ce rôle d'Ephrem en vieillard noble plutôt qu'en jeune premier, que les idées que je défends sont moins  désincarnées, moins intemporelles que je n'eusse pensé jadis. Qu'elles ne cherchent pas à dire la vérité certaine dans l'absolu, mais une certaine vérité. Elles ont un  fondement : ma propre vie. Une limite aussi : mon expérience toujours. Pour qu'elles soient bien comprises du lecteur, dans le champ de vision exact où elles étaient pertinentes et pouvaient éventuellement "faire du bien", j'ai été amené assez vite à produire un récit autobiographique de plus en plus franc, qui n'est pourtant pas ce que j'ai à dire, mais ce à cause de quoi, Celui à cause de qui je m'exprime - avec conviction. Avec honnêteté aussi. Partant de là, ne devrais-je pas être hostile, dans la blogosphère, à l'anonymat et au jeu des pseudonymes ? Pourtant, je n'y fais pas d'objection. Parce qu'en dehors des vedettes, le nom n'est qu'un identifiant, pas un signifiant. Ce qui "signifie" un homme, c'est d'abord l'époque et le lieu "d'où il parle" : cet espace de langue, de culture, de pensée, de livres, de plaisirs, de faims où il se meut. Dans l'idéal, c'est là que le lecteur doit être conduit par l'auteur, et tout est dit si et quand surgissent dans le lecteur les pensées dont l'auteur se fait l'interprète. Il n'est donc jamais question, à mon sens, pour un responsable de blog, de "se faire des amis" comme dans Facebook, mais plutôt de participer symboliquement au partage planétaire (!) et, si possible, cordial, de la parole. Comme on s'astreint à donner systématiquement  l'euro-bonjour journalier aux assis par terre dans la rue.

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     Echappe-t-on ainsi au risque de la méprise ? Non. De ce risque, Dieu même est victime dans notre lecture de l''Ecriture sainte où il S'expose.  "Parole de Dieu", doit-on  dire après chaque lecture biblique, à  la messe. Encore que... Récemment j'ai entendu une lectrice contester ce rite au Curé qui lui rappelait la formule liturgique. - Non, je ne peux pas dire ça. -  Vous avez tort : c'est vraiment la parole de Dieu - Non : c'est la parole de Paul, dans une lettre, c'est même dit au début ! Sourire...) Pour l'heure, posons qu'il y a comme un blog divin, pour nous, chaque dimanche... Et que cela nous invite à des commentaires familiers.

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 1.Dans la première alliance, Dieu ne parle qu'à travers des hommes frustes et violents, en épousant fatalement leur mentalité tribale. Dimanche dernier, ce Dieu inspirait donc le merveilleux psaume 137 (136) commençant si poétiquement: "Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers d'alentour, nous avions pendu nos harpes". Oui, mais la fin, le dernier verset, heureusement qu'il avait été censuré dans la lecture publique. Parce qu'il avait beau être inspiré, lui aussi, ce n'en était pas moins une imprécation digne d'alerter Amnesty International et de troubler les ligues contre l'avortement: "Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer contre le roc !"

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   2.Dans l'Evangile qu'est la nouvelle alliance, est-ce vraiment Dieu qui parle ? Oui, c'est la voix de Jésus, le Christ, Fils unique : c'est le Verbe de Dieu qui nous est livré. Reste que vous et moi n'étions pas là pour l'entendre: nous n'en avons aujourd'hui une idée qu'à travers les mots (plutôt la traduction grecque des mots) que Lui attribuent quatre évangélistes, voire les cercles d'amis de ces quatre, dans une rédaction tardive de trente à septante ans après les faits.

     3. Après Jésus, Dieu a parlé par... par nous. D'abord par les apôtres, le plus significatif étant Paul. Mais tous les baptisés, du plus humble au plus grand, forment un peuple de "prêtres, de prophètes et de rois" - voyez la liturgie du baptême. Tout baptisé qui prétend parler du Christ "en vérité" peut le faire, doit le faire. Sans peur, sans gêne, sans orgueil. Seulement en prenant soin, d'une part, d'affiner son expression afin qu'elle soit aussi limpide que possible, et d'autre part de relativiser cette expression, afin qu'elle n'emprisonne pas Dieu. Il suffit qu'elle amène chaque lecteur à trouver l'expression qui lui convient à lui, fatalement autre, mais nécessairement juste si c'est une Bonne Nouvelle. Car on reconnaît l'authenticité aujourd'hui d'une Parole de Dieu à sa bienveiilance, au bonheur qu'elle génère.

20:40 Écrit par Ephrem dans Web | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

C'est superbe et profondément libérateur.
J'ai envie d'ajouter que le retour en force d'une doctrine, dont le magistère serait le seul interprète autorisé,est alors ressenti comme un enfermement.

Écrit par : Palagio | 25/03/2009

Auriez-vous l'obligeance de jeter un coup d'oeil sur ce questionnaire Jetez un coup d'oeil s'il vous plaît sur http://homodusilence.blogspot.com
Merci

Écrit par : Homodusilence | 29/03/2009

Réactions J'enregistre avec plaisir votre invitation, Monsieur, et vous en remercie. Trois réactions rapides. 1. Ayant pris connaissance du contenu de votre site, je voudrais savoir qui vous êtes, moins votre nom d'ailleurs que le courant d'idées où vous vous situez. Je ne serais pas étonné que vous soyez prêtre, par exemple, ou de quelque façon conseiller des âmes. Vous parlez de nous comme de grands blessés... L'intérêt de la situation d'aujourd'hui est la juste extension de la notion de norme. 2. Je loue plutôt votre foucaldienne "volonté de savoir", mais je suis résolument hostile à votre mépris du militantisme (vous en auriez même souffert, si j'ai bien lu, ce que je trouve mystérieux). Avec réalisme, je pense, moi, qu'on n'obtient, dans nos sociétés, que ce pour quoi on combat. Tous les droits acquis par les homosexuels le furent au terme de revendications dont j'ai toujours été solidaire, et une revendication ne s'implore pas : elle s'exige. Ce n'est pas à Dieu qui nous a faits qu'on s'adresse, mais aux tenanciers provisoires du pouvoir sociétal. Il y a la manière, je sais, je n'aime pas le scandale : le mensonge encore moins. Et puis il y a les alliés : le combat pour les droits des gays a un parallèle rigoureux : celui pour le droit des femmes. C'est un fait qui donne à penser, vous devriez l'intégrer dans votre enquête. 3. Enfin, en ce qui me concerne, vous accepterez que je parle moi-même de moi si et comment j'en ai envie, plutôt que de chercher un porte-plume, si talentueux qu'il soit. Cordialement vôtre.

Écrit par : Ephrem | 30/03/2009

Je réponds, bien volontiers, que le droit dont vous nous parlez, celui de satisfaire votre amour-propre en public à la face de ceux qui vous persécutent ou vous dédaignent, n'a rien à faire avec l'amour de ceux que vous défendez dans leur obscurité et leur solitude. La plupart de ceux là souffrent des conséquences du militantisme. Un exemple : Noel Mamère devrait être poursuivi en justice, au prix d'une véritable "class action", par ceux dont les simulacres publics de mariage homo (avec gants blancs et limousine à la mairie de sa ville) ont compromis durablement, profondément l'image dans l'opinion. Je connais un général d'aviation homosexuel qui fait de l'angine de poitrine à chaque fois qu'il pense au mariage de Bègles. Et je prends d'autant plus volontiers son parti qu'il est mon amant. Et nous sommes des millions, qui demandons avant tout la tolérance que nous méritons par nos actes, pas celle qu'on arrache pour nous à coups de banderoles et de défilés.

Écrit par : Homodusilence | 01/04/2009

Tolérance ! "...souffrent des conséquences du militantisme"... Là-dessus, comme exemples de militants, vous citez Mamère et les deux escrocs qu'il a soi-disant mariés à Bègles, en 2004, et qui furent inculpés pour faux chèques, le mariage étant d'ailleurs nul de plein droit: ces trois-là sont des gugusses, ça va de soi. Mais il n'en va pas de même de ceux qui, résistants d'après 40-45, sortirent définitivement de l'armoire où se cachaient les amants des bourgeoises dans les vaudevilles de Labiche. Ils sont sortis pour vous et votre ami - vous qui n'avez plus rien à craindre puisqu'en Europe au moins, nous n'attendons plus la "tolérance" seulement (comme dans les "maisons pour ça", selon le sale mot de Claudel), mais la justice. J'y ai moi-même contribué, et je le fais encore, et en effet j'y mets mon amour-propre. Soyez debout, cher inconnu. C'est la peur qui est aujourd'hui notre ennemie.

Écrit par : Ephrem | 02/04/2009

Dans notre société actuelle, je me demande s'il ne suffit pas de s'affirmer assez simplement comme on est, sans ostentation ni agressivité superflues.
Dans le respect de soi-même, qui me parait être la condition du respect des autres.
C'est peut-être trop simpliste, tant nous aimons
les tensions de tout genre.

Écrit par : Palagio | 03/04/2009

Censurer les psaumes. Je ne suis pas sûr que l'auteur humain du psaume Super flumina ait réellement pensé au fait de tuer des Babyloniens, stricto sensu. D'ailleurs il emploie lui-même des figures de style («fille de Babylone»: personification). Ensuite, si l'homme a écrit quelque chose dans les livres canoniques, c'est par l'Esprit Saint que ces mots prennent un autre sens, transfigurés par le mystère pascal.

L'idéal n'est pas de censurer et cacher, mais d'assumer et expliquer. Il y a telle phrase daingue dans un livre canonique? Tant pis, j'assume! C'est par l'Esprit Saint qu'elle deviendra - par une transfiguration - une phrase inspirée. Et pour cela, le Christ est lui-même le meilleur exemple.

Écrit par : Georges | 12/04/2009

Je comprends mal ce besoin de justifier, parce que 'inspiré', la moindre phrase figurant dans les livres canoniques.
Certes l'Esprit vivifie, mais aussi bien au delà
d'un texte qui porte de toute évidence la marque de son temps.
Entre le Lévitique et l'Evangile de Matthieu sur le pur et l'impur(15, 10-13), il y a effectivement manifestation claire de l'Esprit.

Écrit par : Palagio | 26/04/2009

Mes yeux se fatiguent. Il faut lire Matthieu 15, 10-20.

Écrit par : Palagio | 26/04/2009

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