02/05/2009

Par parenthèse

J'ai 7 ans, je nourris Biquette avec Marraine

 

     « Sois gentil avec les gens ». Cette petite phrase résume l'enseignement que m'a donné Tante Julie, ma marraine. Dès ma toute petite enfance, elle a veillé sur mon bien-être comme si j'étais son fils. De mon âme, c'est ma mère qui s'occupait, naturellement, mais que j'aie ou non les pieds mouillés, des vêtements propres, ou la morve au nez,  seule ma marraine s'en inquiétait. Je suis injuste : en cas de fièvre, Maman reprenait sa compétence. Je voyais très bien la frontière : c'est dans la tragédie que vivait ma mère, cette adorante et adorée  « Princesse de Clèves ». Pour « La vieille fille » que resta Marraine jusqu'à près de quarante ans, mieux vaut ouvrir les romans balzaciens. Mademoiselle Cormon... Dommage que « la Mère Goriot » n'existe pas : ç'aurait été elle.

bouchere 

     « Sois gentil avec les gens ». Cela n'a l'air de rien. C'est un vrai sésame. Méditant ce que je dois à toutes ces femmes  qui m'ont formé,  je privilégie, dans l'aptitude que je me reconnais au bonheur, la part que je dois à cette femme-là. Elle qui, dans ce monde, n'a pas eu sa part. Ni sa part de vie, ni sa part de joie, ni sa part d'amour, comme chantait le Père Duval, ouvrant la voie à Sœur Sourire. Elle a fini par faire un mariage de convenance, avec un homme qui, d'évidence, voulait s'éviter la solitude. Pas d'enfants, bien sûr.  Ils tinrent un commerce : je la vois à son comptoir, bouchère. Et, le temps passant, toujours plus angoissée par la mélancolie de son mari.

chien gentil 

     Sur ce blog aussi, c'est le mot d'ordre que je me suis donné : « Etre gentil avec les gens ». Ne pas mordre, sinon des idées   toutes  faites et des prescrits ou des interdits sans fondement. Merci à tant de visiteurs qui, quoi qu'ils pensent des libres propos que je dépose, sont presque toujours d'une grande courtoisie dans leur réaction. Accords, objections, nuances, corrections : tout y est...  gentil.

 NB. « Gentil », c'est étymologiquement trois choses : 1. Païen, en ce sens qu'on se réfère d'abord à sa conscience, et non à une bible ou un catéchisme réglant tout. 2. Noble d'instinct, en ce sens qu'on s'oriente spontanément vers le haut, le meilleur de soi et des autres, en gentilhomme du regard. 3. Bienveillant et bienfaisant, en ce sens que... Dans tous les sens.   

17:57 Écrit par Ephrem dans Web | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Il serait bon que certains méditent sur vos trois définitions ! Moi j'y souscrit du mieux que je peux !

Écrit par : cyril | 03/05/2009

Il y a parfois un 4ème sens au mot "gentil" : parfois, on qualifie quelqu'un de "gentil" pour dire qu'il est un peu naïf, un peu bête...

Ce "détournement" de sens signifie peut-être que dans le monde actuel, c'est une erreur d'être "gentil". Dans la jungle que ça devient, il vaut paut-être mieux "mordre".

Écrit par : Antoine | 03/05/2009

Grogner suffit C'est parfois nécessaire, vous avez raison. Mais souvent tout s'arrête là. "Suffit", donc. Sinon quoi ? Sinon je deviens chat, tout à coup. C.à.d que je m'éclipse et disparais, [i]la vraie vie étant ailleurs[/i]. Et si je suis acculé, je "crache" métaphoriquement, comme le chat en colère qui montre à la fois qu'il ne veut pas se battre mais qu'il vendra chèrement sa peau si on l'y force.

Écrit par : Ephrem | 03/05/2009

A l'époque de mon enfance, je passais souvent des séjours chez ma grand-mère luxembourgeoise, au Grand-Duché.Eduquée à la fin du XIXme siècle dans de bons pensionnats allemands, elle en avait gardé d'excellents principes.

Ainsi : " la politesse, mon enfant chéri, n'est pas une question de forme et de bienséance.Il s'agit du respect de l'autre; en érant poli, tu le reconnaitras comme un ami..."

Singulière sensibilité, cinquante ans plus tôt que l'époque où il devient banal de revendiquer
le respect de son identité et de ses fins propres. Serait-ce l'influence de Kant dans les institutions catholiques allemandes pour jeunes filles sages et pieuses ? J'ai appris plus tard dans la vie que son frère Henri (mon grand-oncle), mort à 35 ans, célibataire, n'avait jamais rien fait de sérieux, sauf à lire Kant, d'A à Z., bien entendu en allemand.

Gentil ? Oui, dans le sens bienveillant et bienfaisant. Tout aussi agréable pour moi : aimable, courtois, poli, prévenant...

Dans l'usage de "gentil" pour dire "naïf, idiot même imbécile" je ne me retrouve pas.
Mais sans aucun doute suis je devenu "vieux jeu"

Écrit par : Palagio | 03/05/2009

Se réfèrer à sa conscience, aller spontanément vers le meilleur des autres : si c'est cela être « gentille » , j'arrive à l'être sans trop de problème. Je n'en ai aucun mérite ; c'est juste une question, de nature peut-être, de bon sens sûrement. C'est que la gentillesse, ça paie ; en sourires rendus, en confiance gagnée, en peurs effacées. Que d'énergie gagnée si le dialogue peut s'instaurer !

Je me souviens d'une phrase qui avait force de slogan dans certains milieux féministes « Une gentille fille va au Paradis, les autres vont où elles veulent » et qui sous-entendait que d'être trop « gentille » assurait de rester dans le patriarcat. Je n'étais, et je ne suis toujours pas d'accord. Etre gentil(le), ce n'est pas accepter n'importe quoi ; c'est simplement refuser de servir de l'agressivité .

Ephrem, vous constatez et remerciez vos visiteurs d' être gentils ; C.G. Jung vous aurait dit que « nous percevons chez les autres les milles facettes de nous-mêmes » : la preuve , s'il fallait la faire, que vous êtes ... gentil.






Écrit par : marieke | 04/05/2009

Autrefois, et encore maintenant, Ephrem me traitait de "gentil". Il est vrai que je le ressentais parfois comme de la condescendance.

J'aime lire sous la plume de Marieke comment elle déduit la grande gentillesse d'Ephrem....
Comme quoi la rigeur dans la démarche intellectuelle et spirituelle s'accompagne fort bien de la vraie gentillesse.

Écrit par : Palagio | 04/05/2009

Il faut évidemment lire "rigueur". Sorry.

Écrit par : Palagio | 04/05/2009

C'est pas trop mon truc la gentillesse, mais j'essaye...

Écrit par : Seb | 12/05/2009

On peut être gentil et colérique, Seb. La gentillesse est bienveillance et bienfaisance, mais je n'y vois pas du tout de complicité avec l'erreur, de complaisance. Vous avez pris le pseudo de Furyo, un moment, et ça m'a paru de bon augure. Gueuler n'est pas haïr, c'est protester. Gueuler n'est pas blesser, c'est montrer la blessure qu'on a reçue, pour qu'on l'apaise, qu'on enlève l'écharde dans la chair. La clameur n'est pas la violence, même si elle est véhémente. Elle ne déchire que les airs. "Ad te clamavi Domine". Avec vous, Sébastien, "fils de Dieu" !

Écrit par : Ephrem | 12/05/2009

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