17/05/2009

Naar vriendschap

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     A Bruxelles se fêtait hier la Gay Pride, avec sa parade drôle, joviale et ironiquement provocante.  Ses canons promotionnels furent beaucoup discutés, jadis, chez les militants. Ils sont devenus indiscutables, ayant fait leurs preuves. Notre pays est à présent l'un des plus  libéraux, des plus sociaux, des plus égalitaires du monde en matière de législation antidiscriminatoire. On le prie d'aller encore plus loin dans la bonne voie...  Certes. - Le sympathisant fidèle que je suis est plus circonspect, parce que l'histoire du progrès a souvent forme hélicoïdale ; je serais donc déjà content qu'il n'y ait point repli ! En tout cas, je profite de cette journée pour remercier les « majoritaires » qui, dans l'ensemble, et sous nos latitudes, n'absolutisent plus leurs propres mœurs. Ils ont accueilli notre questionnement, rencontré nos revendications importantes, et donnent aujourd'hui au monde, y compris au monde chrétien, l'exemple d'une vision plus universelle, moins réductrice, de la sexualité humaine. La norme a changé de camp : ce n'est plus l'homosexualité qui est montrée du doigt, mais l'homophobie. Joie, liberté !

 1-Homomonument A'Dam

     Curieusement, ce qui m'a accompagné la journée durant est une phrase écrite sur le granit il y a plus de vingt ans. Amsterdam, en effet, a édifié sur son sol, au Westermarkt, entre une église et un canal, le premier monument au monde consacré au souvenir des victimes homosexuelles. Il s'agit de trois immenses triangles roses, situé à des profondeurs différentes : au ras de l'eau, sur le sol, et à soixante centimètres du sol. Présent, passé, futur... Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, jetez un œil ici, il y a cinq photos. Le 2e triangle au ras du sol contient un vers, un seul, d'un poète hollandais émigré en Palestine dès 1919.  Le voici : «  Naar vriendschap / zulk een mateloos / verlangen ».

 

Qu'a-t-il de beau ? Son fulgurant paradoxe. Trois mots pleins : amitié, démesure, désir. » Je traduis littéralement : « Pour l'amitié / une si grande, une démesurée / attirance...  ».  On a bien lu : amitié.  Une protestation s'ébauche chez tout lecteur. Est-ce donc de cela qu'il s'agit ? Que fait ici sournoisement cette  litote (= dire moins pour faire entendre plus) ? Ce n'est pas l'amitié qui a jamais fait problème, c'est le besoin pour les gays de la traduire sexuellement. Sans compter que, dans le milieu homo, l'amitié, par la familiarité qu'elle suppose, fonctionne parfois comme l'interdit de l'inceste, et gêne la jouissance. Pourquoi donc ce Naar vriendschap, et non pas Naar mannenliefde, mannenlust, mannenseks, comme on n'ose pas dire mais comme on voit autour de soi, en soi ? 

 

Il s'agit en effet de sexe, et Jacob Israël de Haan, l'auteur de ce vers (et de bien d'autres) n'en disconviendrait pas. Il fut, sa vie durant, un chasseur d'intimités masculines passagères. C'était aussi un juif religieux, un Haredim. Exactement un «  orthodoxe », pas un « ultra-orthodoxe », seulement un « craignant-Dieu » : attaché à l'Alliance, et tremblant d'y être infidèle. Ce qu'il était, pensait-il. Quoi qu'il en soit, nulle trace apparente, chez lui, de cette Amicitia dont Anselme, Bonaventure et Aelred de Rivaux, après Cicéron  et Sénèque, ont célébré les vertus. Mais on lira avec profit le quatrain suivant, pensé (sinon écrit) un soir de 1924 où il draguait, à Jérusalem :  

« Qu'attendre à cette heure nocturne ? /

La ville s'est endormie dans le sommeil. /

Assis près du mur du Temple... /

Dieu, ou le garçon marocain ? »

 Br et moi 1982

    

 Qu'est-ce à dire ? Faut se remettre en mémoire ce mot, « mateloos », sans mesure ; puis « verlangen », l'étirement, l'allongement, l'attraction  au mépris du bon sens... Il y a chez bien des gays que j'ai connus, il y a aussi chez moi, sous des dehors conventionnels, il y avait chez de Haan un puits de tendresse sans fond, dont on sait que Dieu est le vrai destinataire. Vienne un garçon ou un autre, c'est à Dieu que nous voulons donner à boire. C'est de son amitié que nous avons une envie infinie, déraisonnable, tellement, tellement sans mesure terrestre. Heureux pourtant ceux, parmi les gays (et les autres !) qui ont su que Dieu ne venait jamais qu'à travers cet étranger que nous accueillons pour toujours, ce Bruno, ou quel que soit son nom, que nous avons choisi de mettre à Sa place, et que nous adorons.

18:58 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

On me dit : [i]Adorer la créature à la place du Créateur, n’est-ce pas la définition même de l’idolâtrie ?[/i] Mais je n’entends pas, parlant ainsi, déloger le Créateur. [u]A la place de Dieu[/u], [u]au lieu de Dieu[/u] sont des expressions qui, sur le plan mystique, se renversent, basculent, et sont à comprendre littéralement : dans le lieu de Dieu, dans la place, dans la maison même où Dieu règne.

Écrit par : Ephrem | 18/05/2009

Comment voir Dieu à travers l'autre lorsque celui là n'est qu'un objet de désir sans nom? J'ai beau y repenser, retourner le problème dans tous les sens, je n'ai jamais pu voir Dieu à travers les autres...que ça soit dans une relation charnelle ou une relation d'amitié bien plus pure (et encore existe t-il une réelle pureté dans une relation d'amitié?)
navré de ces quelques questions qui doivent paraître absurdes pour nombre de gens...

Écrit par : cyril | 18/05/2009

L'autre est sacré ; c'est sur la façon dont vous le traitez que Dieu vous juge, Cyril (Mt,25). Qu’il soit votre voisin du métro, votre camarade, votre chéri(e), votre flirt d'un soir, votre patron radin, votre emmerdeur éventuel (on en a tous), il faut le traiter avec une profonde forme de respect : il est l’autre, il est une forme inconnue de l’Etre que le hasard (Dieu ?) met sur votre route, à la fois pour vous et pour lui. Cette Altérité est bénéfique.

Il n’est pas question d'avoir avec chacun le même type de relation. Il faut savoir préférer, établir dans ses relations une hiérarchie, comme a fait Jésus. Et ce choix, qui n’est pas à sens unique, il ne faut pas le cacher. On à le droit d’éviter certaines gens, dont la fréquentation épuiserait, mais non de les condamner ; et on en recherchera d’autres, en acceptant de se livrer à eux, de se confier, de communier. Il y a toujours des risques, mais bof, le vrai risque, c’est que la vie s’écoule sans qu’on la vive.

Quant à la pureté, je sais ce que c’est pour un métal, pour de l’eau, pour l’air qu’on respire. Pour l’homme, non. L’homme est un mélange. Corps et esprit. Calcul et intuition. Offrande et prise. Même en Dieu (notre Dieu trinitaire), je ne sais pas trop comment se concilient en Lui la Justice et l’Amour. A la notion de pureté, que je trouve suspecte, j’ai donc substitué depuis longtemps la notion d’authenticité, de véracité. Amicalement.

Écrit par : Ephrem | 18/05/2009

Je ne t'aime pas Tu es le pur produit d'une génération. Ton style sent la suffisance te le contentement de soi. Tu es vraiment un être repoussant par l'estime qu'il a de soi et la persévérance sans l'erreur. Lorsque je te lis, je n'ai qu'un sentiment : la répugnance. J'espère ne jamais te rencontrer en vrai. Tu es horrible! Cache-toi, tu n'as que cela à faire.

Écrit par : Anonyme | 18/05/2009

Il ne sert à rien de venir insulter les gens ! si vous ne voulez pas les rencontrer changez de chemin ! Et la personne qui fait son blog ne prétend pas détenir la vérité mais ne fait que part de ce qu'elle a vécu, ressentie, entrevue... il ne tient qu'à vous de ne pas lire si cela vous gêne !

Écrit par : cyril | 19/05/2009

Une réaction à chaud quand je lis " ...C'est le besoin de la l'amitié) traduire sexuellement...): je croyais qu'une relation homosexuelle traduisait un amour, à la limite la pulsion d'un désir. Exactement comme une relation hétéro.

Le commentaire "je ne t'aime pas"
Essayer de blesser quelqu'un volontairement est une lâcheté, elle est doublée ici par l'anonymat. Ah, comme il faut que ce visiteur ne " s'aime pas " pour n'oser écrire son nom !

Écrit par : marieke | 19/05/2009

Au commentateur "anonyme", je me borne à dire que nous sommes tous le produit d'une culture propre à notre génération. Lui aussi est produit de sa génération.
J'espère que la génération qui le suivra ne dira pas de lui les mêmes imbécilités qu'il ne profère lui-même.

Écrit par : Palagio | 19/05/2009

Un des tout premiers et plus anciens poèmes, en flamand, d'un auteur anonyme, nous parle de l'amitié :

"Egidius waer bestu bleven
"mi lanckt naer di gheselle myn.
"du koos die dood, du liet's mi t'leven
"dat was geselscap, gut ende fyn.

Ce texte est des plus célèbres dans la littérature moyenageuse flamande.La trasuction, difficile, serait en français :

"Egidius, où restes-tu ?
"Mon désir me porte vers toi, mon compagnon
"Tu as choisi la mort, tu m'as laissé la vie
"C'était si bon et heureux d'être en ta compagnie.

Cette traduction, mal faite, ne rend pas vraiment compte de la grâce et de la tristesse qui se dégagent de ces 4 vers.

Écrit par : Palagio | 19/05/2009

Réaction tardive! Dommage pour ce visiteur sans nom, qui rate la richesse de la rencontre. Je lui souhaite de découvrir ce que aimer "l'autre" dans la différence signifie vraiment, ce qui lui permettra de dépasser le stade narcissique de l'alter ego...
Marie

Écrit par : Crocki | 20/05/2009

Voir Dieu chez l'autre? Je crois que moins j'y pense, plus j'y arrive!
Je viens de parcourir les derniers billets... merci beaucoup, Ephrem! Et n'oubliez pas que parmi vos lecteurs, il y en a qui ne savent pas le flamand ;-)

Écrit par : Manuel | 23/05/2009

Ah, le flamand !
C'est aussi une langue de culture. J'ai pris soin de traduire le mieux possible.

Écrit par : Palagio | 24/05/2009

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