20/05/2009

Amours différentes

plaisirs partagés

 

     Merci aux lecteurs amis qui ont disqualifié la malédiction exaltée dont j'ai été l'objet étonné. Un dernier mot, à propos de l'homosexualité. Ce n'est pas, comme on le dit encore beaucoup, une sexualité « comme une autre », pour au moins cinq raisons. 1. On n'y est pas préparé dès l'enfance, elle survient comme un  phénomène improbable, dont on n'apprécie d'emblée ni tous les aspects ni toutes les conséquences. [cf. l'annonce faite à Marie]. 2. Elle ressemble longtemps aux jeux de touche touche ou fais-moi voir familiers à tous les gamins et gamines : ce n'est jamais son exercice qui révèle sa présence. C'est le temps, où s'affirme l'impossibilité de s'y soustraire sans déséquilibre. 3. Invisible, elle est aussi très minoritaire (5% de la population, dans tous les peuples et tous les temps, semble-t-il), ce qui rend la rencontre du bien-aimé idéal vingt fois plus hasardeuse ; ce qui, en revanche, suscite  -  quand cela ne « tue » pas - des exploits et des prééminences : pour qu'on ne soit pas victime, on devient facilement héros. Obligation de supériorité... Ce n'est pas une maladie, ni un malheur :  c'est un « atout », une singularité qui force à un combat dont on sort sûr de soi.  4. Elle est porteuse d'une culture propre, et ambiguë : le monde de la création, du beau, de la communication où s'en viennent les  artistes, où se côtoient le pire et le meilleur, où il faut trouver, voire inventer, sa place : sachant que le pire du pire est de vouloir rejoindre la culture bourgeoise faite pour le couple hétérosexuel.  5. Elle a l'air ultra-érotique : elle ne l'est pas, même si elle fait semblant. Le désir qui habite l'homo est celui de l'amitié, une Amitié exaltante, forte, puissante. Alors qu'autre est l'avenir prévisible dans le rapport gay/garçon-hétéro ou gay/fille-hétéro.

 Magritte- prêtre marié

                1er cas. Un gay a un ami. L'amitié se développe. Elle prend un tour intense, passionnant, voire exclusif ; on refait le monde à deux. On est toujours ensemble, sans jamais s'ennuyer. Chez le garçon gay s'y mêle de plus en plus un besoin de caresse, de traduction charnelle, « dormir avec ». Le corps parle. L'ami hétéro est un peu étonné, d'abord, mais pourquoi pas, on s'aime, il accepte ;  ça dure un temps, et puis ça devient difficile ; et un incident quelconque interrompt cette amitié. Ne la brise pas : la suspend. Laissant moins une blessure qu'une décoration, chez les deux. Qui disparaîtra, chez les deux. Souvent le discours même à ce sujet n'est plus possible.

               

                2e cas. Le même gay (ou un autre) a une amie. L'amitié prend aussi un tour intense, exclusif, câlin. On est toujours ensemble. La fille, et les films au cinéma, et les gens autour de vous, tous attendent qu'il y ait en plus la caresse, « dormir avec », les corps qui se touchent. L'ami homo est un peu gêné mais pourquoi pas, on s'aime, il accepte ; ça dure un temps, et puis ça devient difficile, les deux personnes en sont de plus en plus conscientes, chacun avec une souffrance, mais une souffrance différente. Un incident quelconque interrompt cette amitié. La brise, je crois, encore que... Mais la séparation est indispensable pour que la vie continue. Chez elle, chez lui.

 Rembrandt, la séparation de David et Jonathan, Ermitage, St Petersbourg

Comme l'a bien dit Cyril, ceci n'est qu'une opinion. Ne que. Mais c'est... Quand « on se retourne pour regarder en arrière » et qu'on dit comme Perdican « ...J'ai aimé : c'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui » (Musset, On ne badine pas avec l'amour,  II,  5)

22:06 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Amitié Pour l’avoir expérimenté et continuer à l’expérimenter, je crois vraiment ce que tu dis sur cette « Amitié exaltante, forte, puissante ». J’aime mon mec, mais pas à la façon des hétéros. J’accepte qu’il aille jouer ; évidemment, car il ne s’agit pas d’aller « s’attacher » à qqun d’autre. Ça se rapproche alors plus de ton 2ème point :)
Et puis, les vraies caresses, celles qui rassurent, qui vous font être ensemble, le matin au réveil, devant la télévision, au moment où on ne s’y attend pas, je sais qu’elles sont pour moi.

Écrit par : Pierre | 23/05/2009

Amour? Amitié? les deux Eclairant, cher Ephrem. Avec mon mec, nous aimons définir notre relation ainsi :
"Amour-amitié".

Écrit par : Ben de Liège | 23/05/2009

Je vous ai lu avec beaucoup d'intérêt Ephrem.
Une relation homo serait donc une amitié sublimée sexuellement, si j'ai bien compris. Et ce qu'on appelle "le coup de foudre " ? Il doit bien exister aussi dans votre sexualité ...

Écrit par : marieke | 23/05/2009

Qu'Ephrem me pardonne de répondre à sa place, ou de devancer sa réponse à Marieke.
Pour l'avoir connu, oui le coup de foudre existe bien. Maintenant la question est ce savoir ce qu'il est vraiment. Est ce que des hétéros seraient capables d'expliquer ce que c'est ?
Pour ma part je l'expliquerais juste par le fait d'une rencontre particulière qui touche. Qui touche quoi? L'esprit et la vue. Mais bon je trouve que tout ça reste vague... Ma seule certitude est qu'un coup de foudre fait souffrir alors qu'un amour consentant ou plutôt satisfaisant par quelques qualités est plus simle à vivre... de ma simple expérience

Écrit par : cyril | 23/05/2009

Pour avoir connu le second cas que tu évoques, je suis heureux que cela ne soit pas devenu mon quotidien.
Elle était belle.
Elle m'aimait.
Elle avait trois ans de plus que moi.
Au début de mon parcours à l'université, elle me demande les fiançailles...
Je ne le pouvait, ignorant alors consciemment, que je suis gay.
Mais je connais plusieurs gays qui par confort ou convenances sociales ont essayé de construire une vie de couple hétérosexuel en en souffrant beaucoup.

Écrit par : Ben | 26/05/2009

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