30/05/2009

Au feu !

Escher, Tour Babel

 

     Cette fois, ils n'ont plus la trouille. Les voilà qui relèvent la tête, sourient, s'embrassent, sortent  et s'adressent aux gens qui passent, aux badauds, aux touristes, aux promeneurs du dimanche matin. Ils n'ont plus la gorge nouée, tout à coup, ils ne tremblent plus comme des couards, il y a dans leurs yeux, leurs muscles, leur ton de voix une jeunesse impétueuse qui doit éclater. La femme qui est avec eux ne dit rien, ils ont beau l'appeler Mère, elle ne fait pas son âge, et elle les suit d'un air tranquille, elle est de celles qui en ont vu d'autres et qui exultent avec la sérénité du soleil.  On s'approche : «  Marie, qu'est-ce qui s'est passé ? » - « Un appel d'air, un souffle, du vent... » - « Tout de même... » - « Comme des oiseaux qui s'envolent pour la première fois, comme tout à coup il y a présence d'esprit pour sauver, pour  parfaire un amour... Suivez-les comme moi, faites ce qu'ils vous diront... »

 diversite

     Cette fois, ils n'ont plus de limites. De limites spirituelles : limites de sens, de loi, de salut. Ils ne sont plus enfermés dans leur latin, ou quelque langue sacrée, avec le champ sémantique limité inhérent à cette langue-là. Ils sont multilingues, polyglottes, c'est le même mot, - mais non : ça n'est pas la même chose, puisque Rome, ce n'est pas Athènes. Le plus simple, le plus salutaire, donc le plus chrétien, est  d'observer qu'avec notre culture à nous, notre sensibilité, notre sexualité, nos passions, nos souvenirs et notre avenir, nous les comprenons admirablement. Crétois, on comprend à la crétoise, et, Romain, à la romaine, et Israélien, à la juive. Arabe (dit Actes 2,11), à la façon arabe... Ces différences d'interprétation sont les bienvenues. Rappelez-vous (Gen., 11, 7). Dieu s'était opposé au projet de Nemrod, jadis, quand ce petit-fils de Noé s'était mis en tête de construire une tour à Babel qui rassemblerait tous les hommes de même langue dans un empire centralisé. On voit très bien ce que ça pouvait être, renseignés que nous sommes par l'expérience nazie, communiste, Saddam Hussein, Lehman Brothers... vaticanesque même, hélas. L'Esprit de Dieu à la Pentecôte est que nous acceptions et aimions les différences de compréhension, en les harmonisant sans les détruire. 1. Je ne rêve pas, je connais bien mon Eglise Mère. Les chrétiens belges réalisent-ils assez  qu'à chaque décision romaine tombant ex abrupto, l'épiscopat national se réunit pour en traduire le sens à la belge, autour du cardinal ? Ce n'est d'ailleurs pas pour affaiblir le message, mais l'adapter : comme fit l'Esprit à Jérusalem, le cinquantième jour... 2. Encore devons-nous savoir que, baptisés puis confirmés dans la foi, investis de l'Esprit-Saint, nous en avons aussi mission individuelle. Le libre examen n'est pas le privilège  des francs maçons, ni l'interprétation personnelle de l'Ecriture celui des protestants. Tout catholique qui lit et prie « interroge » aussi son Seigneur et en reçoit réponse. Dans la communion ecclésiale et dans l'intimité de sa chambre. Croyez-moi : le Seigneur parle clair dans cette double relation. Avec toujours le même préambule : « La paix soit avec toi... »

 flamme de la paix (Coîte d'Ivoire)...

   Ce soir, le feu qui éclairera la cathédrale sera celui qui nous brûle. Nuit de Dieu, ô nuit de noces entre Dieu et son Peuple.

17:33 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Je songe à cette fort belle prière d'autrefois : "Et renovabis faciem terrae"
Renouveler la face de la terre, c.a.d. nous. La terre est diversité, les hommes sont tous divers.
C'est pourqoui, par l'Esprit, il y a création.

Écrit par : Palagio | 30/05/2009

Veni Creator Spiritus! Dans l'Esprit qui nous relie, je rejoins votre réflexion, formulée avec ce que vous êtes, et pourtant si semblable par le fond à celle que je poste aujourd'hui! Parce que, au-delà des mots, notre coeur bat à l'unisson, brûlant d'un même Amour !
Bonne fête de Pentecôte, Ephrem!
Je vous embrasse bien fort
Marie

Écrit par : Crocki | 31/05/2009

Anniversaire C’était en 1994, un dimanche de Pentecôte aussi chaud que celui d’aujourd’hui. J’étais amoureux et je souffrais. Je suis venu frapper à ta porte, chez toi, mon oncle, que je ne connaissais qu’à peine (aux mariages et aux enterrements !). J’étais guidé par… à l’époque, je n’aurais pas su mettre de nom. Aujourd’hui, je sais que c’était l’Esprit.
Tu m’as appris d’abord à être en paix, et plus à être bien avec moi-même. A avoir confiance en moi, en Dieu qui m’avait fait, en l’autre. A comprendre aussi la manière dont fonctionne le monde. Tu m’as instruit. Avec toi je me suis approprié les mots, la littérature, et même la musique que je pratiquais déjà, mais sans volupté.
Je me suis progressivement rendu compte que, derrière toi, un Autre agissait. Jésus. Quel autre nom pourrai-je dire ?
Je t’embrasse.

Écrit par : Pierre | 31/05/2009

Hugo Le vieillard qui revient vers la source première / Entre aux jours éternels et sort des jours changeants / Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens / Si dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière... Merci, mon bien-aimé neveu, fils de mes rêves.

Écrit par : Ephrem | 31/05/2009

Tout simplement... ... MERCI !
Merci pour l'intelligence du cœur qui transpire au travers de tout ton billet.
Merci pour la profondeur et l'ardeur que tu y as mises.
Merci pour les commentaires que Pierre et toi avez faits.
Tout cela nous touche, José et moi, jusqu'aux larmes. Larmes de joie, larmes que suscite l'Esprit...

Écrit par : Ben | 01/06/2009

Fin de la lecture : je suis émue .
Oui, émue , c'est le mot qui convient.

Écrit par : marieke | 01/06/2009

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