20/06/2009

les saints saints pères

roncalli

 

       En ouvrant en 1967 le procès de béatification de Jean XXIII, Paul VI cédait à une demande des Pères conciliaires. Dès 1964, ceux-ci avaient souhaité proclamer « saint » leur bon pape Jean, par acclamations, au sein de l'aula conciliaire où s'annonçait la fin des travaux. La forme n'avait rien de révolutionnaire : c'est la seule « vox populi, vox Dei » qui fit les saints du premier millénaire. L'Opus Dei s'en est opportunément souvenue, en 2005, avec ses pancartes « Santo Subito ». Mais Paul VI tint à préserver les normes canoniques. Il fit plus : à la cause de Jean XXIII, il ajouta à l'improviste, par souci d'équilibre (?), un procès de béatification de Pie XII.  Etonnement, mais enfin...

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                 Pour le candidat Jean XXIII, les choses allèrent lentement mais sûrement, et Angelo Roncalli fut reconnu « bienheureux » par Jean-Paul II en l'an 2000, avec un autre Pie pour l'équilibrer (encore !), Pie IX, cette fois. Triste compagnie : ce neuvième Pie est encore bien plus gênant que ne fut le douzième : il est l'auteur du célèbre et désastreux « Syllabus » (1864) dénonçant le « modernisme » et ses quatre-vingts erreurs  "diaboliques", parmi lesquelles la démocratie et la liberté de la presse ; après quoi il se fit le promoteur opiniâtre du dogme de sa propre infaillibilité (1870). Qu'il soit maintenant au Ciel ne me dérange pas, mais que l'Eglise lui rende un culte est désolant. Pour elle. Il me semble... - Quant au candidat Pie XII, il était recalé par Jean-Paul II. Pour soupçons d'antisémitisme, et carences inacceptables  dans les milieux judaïsants. Naturellement, les papes conservateurs se tiennent les  coudes. Provisoire, l'échec, simple ajournement, se dit Mgr Ratzinger ! On n'abandonne pas un confrère qui fut nonce en Allemagne, puis secrétaire d'Etat négociant un concordat avec... hélas ! conclu avec Hitler, en juillet 1933. Aujourd'hui, Rome s'active donc à relancer sa cause, on va ouvrir tous les documents secrets, dit-on. Et puis ? On verra. Le pape signera quand le monde n'y pensera plus, je suppose.

 Guy Coq, collab. d'Esprit

                Là-dessus, le philosophe chrétien Guy COQ a écrit un très beau texte, déjà reproduit par Dimanche, l'hebdomadaire des paroisses. Je vous le propose à mon tour, en le réduisant à peine. Ce qu'il dit est à la fois original, miséricordieux, lucide.

 

            " lmaginez ce qu'aurait été l'inscription de l'Église dans le XXe siècle si un pape avait, au moment de la domination nazie, choisi le rude chemin du martyre ?

Le XT ressuscitant, d'après sculpture de l'ossuaire de Douaumont

            Certes, vous pouvez, documents à l'appui, me montrer que Pie XII fut exemplaire en un sens, si l'on excepte le choix prophétique. (...) Il fit certainement beaucoup, l'historien le montrera. Mais l'histoire demandait, à la vieille Église, de prouver sa capacité collective, institutionnelle, de dire non à la barbarie. Les grands martyrs qui ont bâti l'Église ne se sont pas défilés. Ils ont appliqué la parole christique : oui ou non. Répondez clairement, pas de biais. Oui ou non peut-on laisser entendre publiquement par des silences que le nazisme ne serait pas le mal extrême ?

            À tous ceux qui continuent de juger à priori négligeable l'action de Pie XII, je voudrais dire : [...] reconnaissez le vrai sens de votre déception. Vous auriez attendu un pape qui, face à l'horreur nazie, assumât le risque du martyre. Cette absence vous tourmente. Si vous excluez cette attente, alors considérez que Pie XII a probablement fait à peu près tout ce qui était possible [...]

             À tous ceux qui, au contraire, travaillent à mettre en évidence l'ampleur de ce qu'a fait Pie XII, je dirai : votre effort est historiquement nécessaire, mais comprenez-le, on est ici au-delà de la vérité historique, devant les enjeux spirituels de l'histoire. Parviendriez-vous à prouver qu'il y eut, grâce à Pie XII, beaucoup plus de rescapés du nazisme qu'on ne le croit, cela ne comblerait pas l'abîme spirituel ouvert par l'élision du martyre.  

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  C'est pourquoi la béatification de Pie XII risque de provoquer un scandale désastreux! "

21:55 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Pourtant, je suis convaincu que le martyre que Pie XII a essayé de ne pas risquer n'était pas le sien, mais celui des catholiques qui vivaient sous le régime nazi. Les évêques hollandais avaient parlé haut et fort: la réponse avait été d'envoyer aux chambres de gaz les cathos d'origine juive (dont Edith Stein).
Une autre question: un saint peut être un dirigeant désastreux? Je pense à saint Pie X...
Bonne journée!

Écrit par : Manuel | 29/06/2009

Il ne s'agit pas de "chercher" le martyre, cher Manuel, mais de ne pas couvrir l'iniquité, même par prudence. La Croix n'est pas un ornement, mais un risque pour tout responsable chrétien. Dans mon village ardennais, après Noël 42 où Pie XII n'a rien dit, j'ai appris un matin à la petite école que les deux petites filles avec qui j'avais joué la veille étaient "parties". Parties où ? On ne savait pas. "On" était venu les chercher avec leurs parents, selon le curé, ne vous inquiétez pas. Elles étaient avec leurs parents, elle n'étaient pas vraiment du village...
Bonne journée aussi : merci de votre accopagnement si fidèle.

Écrit par : Ephrem | 29/06/2009

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