26/06/2009

Faites comme ça, les prêtres

   En juillet, je ferai silence, comme il convient. Sauf si... Si un imprévu survient qui veuille que je le commente, si « afflante spiritu », et si je suis alors chez moi. Car je n'ai pas de PC portable, pas plus que de « portable » tout court, je veux dire de gsm. Douceur d'être « lion » chez moi, toujours disponible ; et bonheur d' être « hirondelle » au bord du grand envol, ailleurs. Mais le 1er juillet, c'est seulement mercredi.  Quelle actualité religieuse vais-je commenter ? L'ouverture par Rome d'une « année sacerdotale ».  

 année sacerdotale

Ce que veut le Pape en créant cette « année »  est facile à deviner : remplir les vides. En redonnant de l'éclat, donc de l'attrait à un ministère clérical aujourd'hui déprécié. Bonne idée. Mais le seizième Benoit n'entend modifier aucune des caractéristiques de la fonction, fussent-elles des apports ambigus de l'histoire (Le célibat des clercs n'a guère entraîné leur chasteté, disent de bons historiens : il a surtout déshérité les bâtards au profit de l'Eglise). Dommage. On attendra donc le pape suivant. Mais je demande l'indulgence des lecteurs pour le pontife octogénaire qui n'a plus la force ou l'envie de revoir son beau cours de 1992, le « catechisme romainCatéchisme de l'Eglise Catholique ». Je sais d'expérience qu'avec l'âge, le passé n'a plus que de belles couleurs. Faites comme nous avons fait, les jeunes ! Les modèles que nous avons suivis peuvent encore vous servir...

 

Mais comment « avons-nous fait » ? Benoîtement, si j'ose dire, le vieux pontife va rechercher à la sacristie le portrait qu'on y avait remisé du « patron des curés du monde ». Et il va en détailler les mérites sur cinq des sept pages qu'il écrit à tous les prêtres de l'Eglise, ça commence par « Chers frères dans le sacerdoce », le ton est fraternel, c'est émouvant,  tout est ici. Le modèle à suivre, apprend-on alors, c'est l'abbé Vianney, curé d'Ars. Un homme qui, du hameau de 230 âmes où il officiait, a attiré la France entière à son confessionnal, au début du XIXe siècle. Grâce à sa « sainteté », certes. Mais aussi grâce aux extravagances et performances que cette naïve sainteté semble susciter. Le grand spectacle. Un ancêtre du Padre Pio, en somme ?

Knox 

Au niveau intellectuel, ce curé était un « moins doué ». On m'expliquait dans ma jeunesse qu'on lui avait un temps refusé le sacerdoce à cause de son incapacité à comprendre le latin et réussir les examens de théologie. L'éminent professeur Ratzinger passe curieusement cet aspect sous silence, ainsi d'ailleurs que les  drolatiques persécutions du diable, des niches (comme mettre le feu à son lit) dont le brave homme, selon la presse de l'époque, était l'objet. Et il présente à l'admiration et l'imitation des prêtres actuels quelques faits et dires du héros d'avant-hier. Echantillons.   « Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait... [?] Dieu lui obéit [?] : il dit deux mots [?] et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie [?]. » [...] « Si nous n'avions pas le sacrement de l'Ordre, nous n'aurions pas Notre-Seigneur [?]. Qui est-ce qui l'a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie  [?] Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir [à cause du péché, précise prudemment  le pape], qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre... Après Dieu, le prêtre c'est tout... [...] Et plus loin : « Le prêtre a la clef des trésors célestes : c'est lui qui ouvre la porte ; il est l'économe du bon Dieu, l'administrateur de ses biens.... Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes [ ! ?]...»

vianney 

Il y a aussi quelques citations magnifiques, dont la célèbre réponse du Curé à quelqu'un qui lui demandait comment il priait : « Je m'assieds là, devant Lui. Je L'avise et Il m'avise...». C'est le colloque avec Dieu qu'Ignace de Loyola donne à comprendre, à pratiquer, et qui rend si heureux. J'aime aussi que le pape établisse un lien fort entre la vocation au sacerdoce et la vocation à la sainteté. Rien n'est plus existentiel. Mais la chosification de la présence divine en ce monde, la présentation de l'eucharistie comme une magie qui l'apparente à l'idolatrie, la prétention aussi à l'élévation culturelle au moment où l'on mécanise la vie spirituelle, j'en reste baba.

 le_pouvoir_du_choix

Et ce n'est pas l'abbé Vianney ici qui me trouble, c'est le choix que fait le Guide suprême catholique de poser cet homme en boussole universelle. Non seulement pour tous les curés, mais pour tous les prêtres, désormais.  L'intellection approfondie de la foi, dont le pape fit longtemps son métier et qui lui a valu l'élection au pontificat suprême, est-elle une occupation si vaine qu'on puisse la continuer par cette catéchèse louis-philipparde, ou d'opéra-comique ? Était-ce pour lui, Joseph avant Benoît,  un jeu où il brillait, plutôt qu'un feu où il priait ? J'ai peine à le croire,  j'ai peur de le croire. Dans cette façon de juger aujourd'hui la culture de notre temps si fermée au mystère de Dieu qu'il faille lui préférer une culture puérile de réduction et de répétition, il y a vraiment quelque chose que je ne comprends pas.

Commentaires

Je reviens chez moi après 2 semaines d'absence.
Je n'avais ni ordinateur, ni télévision, ni radio.
A peine un journal, bien démodé et très vite lu.

J'ai donc lu le texte ci-dessus, avec un esprit désencombré. C'est totalement, à tous points de vue, jusque dans les nuances, ce que je pense.
Merci à l'auteur de l'avoir écrit.

Écrit par : Palagio | 28/06/2009

Je vous félicite pour votre paragraphe. c'est un vrai exercice d'écriture. Continuez .

Écrit par : boitakados | 01/08/2014

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