27/06/2009

Extinction des feux

BM sur mon mur

 

     Gay Pride en France... Ce n'est pas une « fierté », ai-je pensé longtemps. Un fait seulement. Une attirance si forte, si ancrée en soi, qu'y résister toujours ampute de quelque chose comme la joie de vivre, comme la santé. Mais est-on fier d'être ce qu'on est ? Ce qu'on n'a ni mérite ni démérite d'être ? Mais aujourd'hui, je pense autrement. La ...répugnance (c'est le mot : le rejet profond) sentie comme instinctive, résistant à toute éducation, surgissant non seulement chez les « autres », mais assez souvent dans la tête des gays et lesbiennes eux-mêmes, elle exige d'être combattue pour qu'elle ne vous abatte pas, ô conduites suicidaires, ô doubles vies, ô errances amoureuses. L'homosexuel qui vainc l'homophobie en lui et au dehors, dans son cœur, dans son milieu, dans son Eglise, il mérite qu'on lui rende hommage : j'espère humblement faire partie du bataillon.

 grenade

     L'espèce de terreur qui secoue les religions - toutes les religions - quand on évoque l'homosexualité vient d'une erreur de jugement sur la sexualité elle-même. De celle-ci, elles ne voient pas l'implication dans le mouvement qui nous pousse à sortir de nous-mêmes, c.à.d. finalement, la sexualité étant de soi limitée,  dans la « charité ». La chasteté absolue est possible, je le crois et ai de bons motifs de le croire. Mais faire barrage à l'impulsion sexuelle suppose qu'on reçoive de l'Eglise assez de "fier amour" pour entretenir le sang dont le cœur a besoin pour battre. On peut se demander si l'employeur ecclésial a de quoi y pourvoir. Si, du moins, il en a le souci.

brugge-gezellemuseum 

     Guido Gezelle (1830-1899), vous connaissez ? C'est un prêtre d'autrefois, comme le curé d'Ars, mais lui était un magnifique poète. Avec le génie d'illustrer non la langue néerlandaise, mais un de ses dialectes. Ainsi « mijn  hart is als een bloem » devient dans son flamand « mijn hert is als een blomgewas ». Je vous laisse avec un poème qui lui est dédié, un texte écrit par Antoine Vitez (1930-1990). Cent ans séparent exactement le dédicataire de l'auteur, qui était, lui, un très grand metteur en scène français. Un artiste qui rendit aux classiques Eschyle, Racine, Claudel, leur  audience, par le respect de leur véhémence. Lisez. Le titre du poème est "David et Jonathan". Les vers sont des versets aux coupures blessées. Rien, me semble-t-il, ne peut mieux dire et l'Eglise, et les hommes seuls, et  les méprises, et la gay pride, et l'amour chaste, et l'écriture. Ah! l'écriture. O 't ruisen van het ranke riet...

 À la mémoire de Guido Gezelle.

 Je suis le vicaire de Courtrai, je suis né dans l'année trente,

j'ai tant aimé ce jeune homme, ils me l'ont arraché,

pendant des heures j'ai pleuré dans ma chambre et puis

ma peine s'est adoucie bien que

jamais jamais je ne puisse oublier son âme et l'odeur de sa peau,

j'enseigne l'italien,

ils m'ont arraché ce jeune homme qui montait me voir dans ma chambre

et c'est depuis ce temps-là depuis les sanglots dans ma chambre que

j'écris des vers obscurs et des mots comme des chants d'oiseaux, à présent

pour qu'on ne puisse plus m'accuser de rien je joue sur les mots, ils ne trouveront plus

jamais personne dans ma chambre de prêtre, j'ai quitté

Roulers et Bruges maintenant

je suis à Courtrai j'y fus accueilli comme un poète, mais

je n'enseigne plus la poésie, seulement l'italien et aussi le catéchisme, je préfère

ainsi m'adonner à ma poésie secrète, on saura plus tard qu'elle était grande, on saura tout

de moi, tout, on verra clair dans mon âme, on justifiera

l'obscurité de mon oeuvre, et je serai alors, à la fin du siècle,

sauvé, mais j'ai pleuré dans ma chambre à Roulers par mes glandes lacrymales, et rien

ne changera en paix cette agonie :

la main de chair blessée, le corps de chair .

Extinction de la passion.

22:45 Écrit par Ephrem dans Amour | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

En vous lisant et repensant à des échanges avec des amis "gays engagés" je comprends!
Je ne comprenais jamais le sens de la phrase "fier d'être gay". Comment être fier de quelque chose qui nous amène à être souvent rejeté, et d'abord par ceux qui nous aiment, et à nous justifer? Comment être fier de quelque chose dont on n'est pas responsable, que l'on n'a pas choisi? Comment être fier de quelque chose que l'on ne comprend pas et qui nous rend "monstreux" (dans le sens de ceux que l'on montre évidemment)?...
Maintenant je comprends: on est fier de ce que l'on devient avec ce que l'on reçoit. Je suis fier d'être gay si j'en fais quelque chose de beau quelqu'en soit le mode d'expression: l'amour fraternel, l'amour en couple, le sexe, etc...

Avec mes amitiés Ephrem et vous souhaitant un bon mois de repos si j'ai bien tout suivi !

Écrit par : cyril | 28/06/2009

bonjour Jolie surprise ce dimanche à 7h du matin. COEURDENFANT, qui est une amie de Marie-Crocki, je crois, m’a envoyé ici une charmante invitation à une réunion amicale de blogueurs canadiens, français et belges, qui aura lieu le samedi 5 septembre 2009 à Hannut, en Belgique. Je la recopie en la condensant. L’initiative revient à l’asbl « les blogueurs ont du cœur », section belge. – Je suis touché de l’invitation, mais mon cœur à moi a je ne sais quoi de sauvage, de farouche qui me fait la décliner, je prie qu’on veuille bien m’excuser. Mais je transcris volontiers les trois références où s’adresser si un lecteur souhaite donner suite pour son compte. D’abord un beau blog de l’asbl avec une vidéo illustrant une chanson de Françoise Hardy de façon originale et prenante, http://lesblogueursontducoeur.skynetblogs.be. Puis le blog de la journée, où l’on peut s’inscrire, http://rencontre2009belgique.skynetblogs.be. Enfin, le blog de « Cœurdenfant » elle-même, plein de photos qui sont comme des sourires, http://coeurdenfant.skynetblogs.be. Bonjour aussi, chère inconnue au beau pseudonyme, et merci.Ephrem.

Écrit par : COEURDENFANT | 28/06/2009

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