29/06/2009

Pudeurs féminines

André STAS, le cauchemar de Bush, collage 2004

 

    Vous ferai-je encore un billet sérieux, avant de partir en vacances ? Enfin, sérieux... Non. Le temps est trop beau pour qu'on s'enferme dans la réflexion philosophique. Mais la pataphysique façon Jarry où le jargon étouffe le singulier réel qu'il feint de délivrer, j'en ai sous la main un joli exemple, que je vous transmets illico comme un bijou fantaisie - cèkwasa ?  Je le tiens d'une amie féministe. C'est dans un petit ouvrage édité en 1713, « avec privilège du Roy », qui est la traduction française d'un ouvrage latin écrit en 1509 par un certain Corneille Agrippa, mort à  Grenoble en 1535. Sujet : « De la grandeur et de l'excellence des femmes ». On y trouve, en trente chapitres, les mille et un motifs qui établissent de façon décisive la supériorité de la femme sur l'homme. Je cite, pour l'édification générale, le début du chapitre huit, qu'on ne trouve pas dans Google.  

 femme pudique...

    « Outre les avantages de la beauté, les femmes ont encore celui d'une pudeur, qui surpasse tout ce qu'on en peut dire. Leurs cheveux croissent assez pour couvrir toutes les parties de leurs corps, que la pudeur veut qu'on cache; & elles peuvent satisfaire aux besoins de la nature sans toucher ces parties, ce qui n'est pas de même dans l'homme. De plus, la nature paroît avoir voulu ménager la pudeur de la femme en cachant et renfermant en dedans ce qui paroît au dehors dans l'homme. En un mot, la nature a donné à la femme plus de pudeur et plus de retenue qu'à l'homme.

 

En effet, on a vu des femmes choisir plutôt une mort certaine que de se montrer aux chirurgiens, pour recevoir du soulagement à leurs maux cachés. Et elles conservent ce prodigieux amour de la pudeur jusqu'aux derniers moments de la vie, & même après la mort. Comme on remarque en celles qui sont péries dans l'eau : car, comme rapporte Pline & comme on le remarque tous les jours, le cadavre d'une femme noyée nage sur le ventre, la nature ménageant encore la pudeur de la défunte. Un homme noyé, au contraire, nage sur le dos. »

Corneille Agrippa 

      Ce Corneille Agrippa est mort « pour les idées nouvelles », dit la préface. C'était une espèce de Zénon sans la sagesse dont l'a doté Yourcenar. Admirez où mène une logique creuse dans un raisonnement. D'abord  l'observation (!) : coiffure,  miction, anatomie ; l'érudition ensuite (?): « on a vu », et « comme rapporte Pline. » Avec hyperbole fantasmée, en finale mortuaire : « Comme on le remarque tous les jours... » 

Pudeurs... 

   Voilà qui me fait prendre congé - avant trois lignes ultimes, sans doute, demain soir. Ce blog, j'ai beau vouloir l'alléger avec tout l'humour possible, j'en reconnais aussi l'humeur grave. Je m'interroge souvent sur la valeur objective de mes « dissertations  » traitant de la vie en Dieu. Ne s'y trouve-t-il pas, comme chez Agrippa, des pétitions de principe, des généralisations imprudentes, des idées improuvées, voire improuvables ? Oui, justement : improuvables. C'est pourquoi elles ne se donnent pas comme des vérités à croire, mais des façons de faire à (peut-être, et  si le cœur en dit !) expérimenter.

23:19 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Expérience Merci pour ce billet amusant, et qui donne à penser. Expérimenter, c’est évidemment important. Ca marche ou ça marche pas ?
J’aime votre façon de témoigner Ephrem. Parce qu’elle part toujours d’un vécu…
Que votre journée soit belle. Il fait beau sur la capitale, je suppose.

Écrit par : David | 02/07/2009

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