11/09/2009

Ponctuation

Nouv. Testam. éd. Simon de Colines 1534

 

     Les évêques belges proposent de consacrer cette année à la méditation du Credo. Thème autrement intéressant que le rappel nostalgique des succès populaires du curé d'Ars, surtout à une époque où on les comparera sans révérence à ceux de Michael Jackson. Les deux vedettes sont mortes : paix à leurs âmes, et que celle de l'aîné, aussi singulière, plus régulière, s'entremette auprès de Dieu pour celle du cadet, - tous deux ayant vécu dans la même sujétion à leurs fans. 

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     A propos du Credo, j'ai pris une résolution qui ne mène pas loin mais me fait « avancer ». Aux prières personnelles où j'explore et triture, tout en m'endormant, au choix ou successivement: un psaume, un vieux cantique, le Pater en grec, le Salve regina, le Jesu dulcis memoria, et les Béatitudes, j'ajoute désormais le Symbole des apôtres. Ce n'est pas que j'adhère moins à celui de Nicée, mais le premier cité est le plus ancien. Pas seulement ancien dans les siècles, ancien dans ma vie ! celui que j'ai appris par cœur à sept ans... Pensez s'il me tient aux tripes. En outre il est commun à tous les chrétiens. Pour que sa récitation mâchonnée, ou sa rumination muette s'accorde avec ce qu'est une prière - qui est d'abord une mise en présence de Dieu, selon le père Ignace  -  j'en fais moins une affirmation convaincue plus ou moins missionnaire, que le synopsis, le récit concentré de toute "notre histoire", à Dieu et à moi, homme qui se repose à Son ombre. Et un soir s'est produit un déclic.

virgule

Il n'y a pas de ponctuation dans les manuscrits  anciens qui nous sont transmis, comme on sait. Cela n'est pas sans conséquence dans l'interprétation qu'on fait des textes sacrés. Cela n'a pas échappé à Marie Balmary, une psychanalyste « inspirée » qui n'a pas sa pareille [ni "son" pareil !] pour extraire de la Bible ce qu'on ne sait pas qu'elle dit, mais ce qui est possible qu'elle dise en effet quand on la lit, comme elle, en psychologue familière de l'inconscient ; lequel ne se cache pas, mais s'exhibe, à condition qu'on le cherche là où il est : dans la langue. Je me suis souvenu que cette écrivaine passionnante avait suggéré entre autres de lire le Credo comme suit.  [Et en Jésus-Christ] ... Qui a été conçu du Saint-Esprit, Est né de la vierge Marie,  A souffert,  Sous Ponce-Pilate a été crucifié, Est mort... Pensez ! La souffrance isolée, comme résumant la vie du Christ avant sa Passion !  Toute la vie de Jésus entre sa naissance et la Cène condensée en ce verbe : a  souffert ?... Non, je ne m'y suis pas résolu. Même pour un Dieu qui s'incarne, la vie d'homme a dû avoir ses jouissances et ses douceurs.

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     Dans un domaine moins mystique, mais culturellement aussi chargé, je me souviens avoir réfléchi, jadis, pendant mes études, à l'influence décisive de la ponctuation à propos des trois significations possibles (au moins) du célèbre vers de Shakespeare: 1. To be or not to be, that is the question; 2. To be or not, to be, that is the question; 3. To be or not, to be that, is the question ... je m'avise qu'on pourrait encore ajouter: To be ou not to be that, is the question - ce qui ferait passer tout entier le vers existentiel au registre de l'essentialisme. Ah ! le plaisir du sens, que nous créons autant que nous le libérons.

23:36 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Combien, j'aime votre prose...Et bien entendu le sujet proposé.
Bien que vous égratignez au passage, un saint que je révère (le St Curé d'Ars),vous êtes pardonné, par votre style inimitable.
Quant au sujet : la ponctuation, en français, elle est importante, puisqu'on peut faire dire le contraire à un texte, à cause d'une virgule, mal placée, ou placée autrement.
Je vois que vous connaissez également les travaux de Marie Balmary, que j'aime beaucoup. Un petit bémol, ces stages et séminaires, coûtent une fortune. Vous avouerez, que pour une chrétienne, ça le fait pas !
A part ça, bon courage, pour votre relecture du "credo". J'avoue, que pour ma part, je le récite bien machinalement.
Sur ce, je vous souhaite, une excellente fin d'après-midi.
Amitiés.

Écrit par : Elie-Marie | 12/09/2009

Naturel J’envie votre capacité à vous endormir sans d’autres fantasmes…
Merci de nous faire partager vos expériences avec autant de naturel et de simplicité.

Écrit par : Blaise | 12/09/2009

Sommeil paisible Soyez le bienvenu ici, [b]Elie-Marie[/b]. Merci de vos commentaires si gentils. Il me semble parfois que la gentillesse, qui demande à la fois bienveillance et lucidité, est le mot contemporain adéquat pour désigner la charité. – Par ailleurs, je compte reparler plus tard, après y avoir dûment réfléchi, de deux points que vous citez, la vertu de « pauvreté » d’une part (elle est aussi une réponse au « cauchemar » que nous vivons), et d’autre part le culte des saints. Les saints sont nos frères aînés. Ne croyez pas qu’ils ne signifient rien pour moi. Amicalement.

Cher [b]Blaise[/b], je n’ai pas toujours eu des endormissements si pieux, et je ne suis pas de ceux qui croient inspirées par le diable les heureuses détentes qu’offre la chair éveillée. Mais l’idée d’à nouveau renoncer au plaisir, par un vœu privé, quand, à trois quarts de siècle, ce renoncement n’est après tout qu’un abandon à la fatigue de la nature, se révèle pour moi une délicieuse approche de Dieu. Peut-être le saurez-vous un jour. Mais vous avez tout le temps, jeune homme ;-) Avec grande affection.

Écrit par : Ephrem | 12/09/2009

A propos, rapprocher Vianey de Jackson est un peu insolent (au sens latin d'inhabituel) mais nullement injurieux. Il y a du phénomène de foire dans les deux cas. Pourquoi ne pas le [u]voir[/u] ? Billy Graham, c'était aussi le même genre. La foule et Moi, quoi d'autre ? A l'inverse, Thérèse de Lisieux, l'abbé Pierre, Damien De Veuster, Newman, quel équilibre chez ces gens. Mettre la sainteté dans l'extraordinaire et le saugrenu, c'est médiéval. Enfin j'dis ça j'dis rien.

Écrit par : Ephrem | 15/09/2009

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