15/09/2009

Suppositions

 

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     Pas à dire : la lettre de St Jacques lue à la messe ces dimanches-ci, elle fait de l'effet sur moi. Sur vous, vous verrez bien : j'en traduirai ici deux passages. D'abord ma réaction à sa découverte. Il était comme ça, le frère du Seigneur ? Jusqu'ici, je l'avais plutôt évité dans mes fréquentations bibliques, me méfiant du moralisme qu'on lui attribuait. Et voilà que je le découvre, familier, habile, jouant les naïfs avec un mélange d'humour un peu vache et de courtoisie fifty fifty... Il use bien de la diatribe, ce genre littéraire qui fait appel à la réaction de l'interlocuteur pour tirer les leçons qu'il ne peut pas ne pas donner. Efficace aussi, le style "Je n'accuse personne, simple supposition", qui ménage sans tromper. Et c'est toujours une situation concrète qu'il assainit devant nous, pas un débat théorique qu'il tranche moyennant concepts nouveaux et argumentation subtile. Deux exemples.

 R. Bournigault, in LLB 02.09.09

     Le dimanche 6 septembre, chapitre 2 versets 1-5. L'apôtre veut qu'on ne fasse plus  acception de personne (c'est une périphrase pour discrimination)  dans les assemblées chrétiennes : faudrait finir en avec les courbettes en recevant les riches, ça  contraste trop avec l'accueil condescendant des pauvres... « Imaginons », commence Jacques. « Arrive un personnage important, grande tenue, grand nom, grande fortune. Et en même temps un pouilleux. Le responsable dit au premier de ces frères  : « Prenez un siège, mettez-vous à l'aise ». Et au pauvre, le discours est : « Toi, reste là, debout ! », ou sa variante : « Assieds-toi par terre ! à mes pieds. » Est-ce qu'agir ainsi est convenable ? demande le cher Jacques, comme si la réponse n'allait pas de soi. Nous qui entendons ça, nous nous récrions en effet, - apprenant au passage que la discrimination a toujours existé chez les chrétiens,  hélas ! Mais que l'évêque de Jérusalem déjà n'aimait pas ça et le disait... Là-dessus j'imagine aussi, moi, un homo un peu excentrique, pas un brave homo normalisé comme nous le sommes quasi tous devenus, non, un homo gai qui revient de la gay pride sans s'être relooké, est-ce qu'il sera accueilli comme un autre ? Hm. C'était une parenthèse. 

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     Ce dimanche 13, rebelote (ch.2, 13-26). Même schème rhétorique. « Supposons » dit encore Jacques ! Le cas de figure est loin d'être hypothétique, écoutez-le. « L'un de nos frères et soeurs n'a pas de quoi se vêtir chaudement ni bien se nourrir, ça se voit tout de suite. La célébration eucharistique qui nous rassemble est finie, et quelqu'un dit (sûrement gentiment) à l'intéressé(e) : "Bon retour à la maison ! Ne prends pas froid, et bon appétit ce soir". En même temps, on ne lui donne rien.  Ni de quoi se couvrir, ni de quoi se nourrir - A quoi ça sert, les beaux mots ?  » Que répondre ? Ce que dit Jacques : Montre-moi donc ta foi  (proclamée) qui n'agit pas ; moi, c'est par mes actes que je te montrerai la mienne (qui ne dit rien). » 

 Jacques, frère de J. A. Bernheim

     A qui s'adresse-til, ce Jacques ? Aux « douze tribus de la diaspora », dit-il en 1,1, c'est-à-dire à des Juifs hellénisés. A part ça, on ne sait pas trop. Mais on voit ce qu'il a apporté de "réalisme mystique" à l'Eglise, qui a mis deux siècles avant d'accueillir franchement sa lettre au sein des Ecritures sacrées. Paul écrit entre 50 et 60 ; Jacques avant 70, car il ignore la chute du temple ; et en 62 si c'est le même qu' Ac 12, 2. Sa lettre était, tout le monde en convient aujourd'hui, un coup d'arrêt à une interprétation abusive de la doctrine paulinienne du salut par la foi sans les œuvres. A lire honnêtement les deux exemples ici donnés en prélude (il y en a d'autres qui suivent, dans la lettre), comment ne pas trouver évidente cette exigence de la charité qui donne vie à la foi, des actes qui donnent sens aux mots ? 

13:16 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Le frère de Jesus n'avait sans doute pas l'intelligence de Paul mais,avec les oeuvres, le manteau ou le pain qui est donné, que l'on soit croyant ou pas, on est proche de Dieu non ?

Écrit par : cesame | 16/09/2009

Ce que vous dites, Césame, est très profond. Cela m'invite à méditer; et donc à prier.

Écrit par : Blaise | 18/09/2009

Mais l'auteur est-il bien le frère du Seigneur ? Je ne connais pas bien ce que disent les exégètes là-dessus, mais ne pourrait-il pas être le frère de Jean, l'un des "fils du tonnerre ? "

Écrit par : Bernard | 20/09/2009

La charité ... On donne ( encore faut-il avoir de quoi donner !) et on s'en va , la conscience tranquille...
Charité : ce mot me cravache.
Et si nous disions solidarité ? Bien sûr, c'est moins confortable : cela implique de se cotoyer , de partager , de s'accepter. Tout en restant soi-même.
Pas facile tout ça , mais si on essayait tout de même ?

Écrit par : marieke | 21/09/2009

A Bernard @ Cher Bernard inconnu, je m'en suis remis pour l'attribution de cette lettre à la position de la TOB (=la traduction oecuménique de la bible), dite par elle "trop générale et trop ancienne pour être écartée sans autre" (p.2952). La Bible de Jérusalem va dans le même sens. Mais je vous sais gré d’objecter avec finesse que ce style incisif rappelle le surnom de Boanergès, fils du tonnerre, donné par Jésus aux fils de Zébédée, ses apôtres. Dans Meier, « un certain juif Jésus », III, p. 149 et sv., on apprend que ce surnom donné par le Seigneur selon Marc reste sans commentaire ou complément dans les évangiles. Quoique… Trois passages semblent souligner que ces deux apôtres étaient « impétueux et de tempérament bouillant » (Meier, ibid). Mc, 9, 38 (Ils veulent empêcher un prêcheur inconnu d’utiliser le nom de Jésus) ; Lc, 9, 54 (Ils proposent d’appeler « le feu du ciel » sur le village qui ne les accueille pas) et Mc 10, 35-37 (ils réclament la place des favoris dans le Royaume).

Écrit par : Ephrem | 21/09/2009

A Marieke Chère Marieke, les mots ont leur contexte, il ne signifient rien sans ce contexte. C’est ce que veut dire St Jacques. Alors, le mot charité dit par les bourgeois « libéraux » (pratiquants ou non) du XIXe siècle, et le mot solidarité dit par les « socialistes » du triangle wallon ou de l’hexagone français en 2009, ce n’est nullement partager. Jacques n’emploie d’ailleurs pas ce mot, il dit agir pour, et pas seulement souhaiter bonne chance. Comment ne pas lui donner raison ? – Heureux de vous revoir, de vous re-lire. Affectueusement.

Écrit par : Ephrem | 21/09/2009

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