30/09/2009

Jef et Joseph

5ganacvilage

      Il n'est arrivé que cinq fois, au cours de ces vingt et un mois où je « pense par écrit » dans l'éther électronique,  sous votre bienveillant jugement, que, sans longs commentaires, je me sois contenté de vous donner à aimer un texte que j'aimais.  Ce sera donc  la sixième fois. C'est une lettre : un poète très célèbre écrit à un très obscur confrère, à propos d'un homme que l'on connaît tous bien mais dont on ne parle jamais. Le génie est là, et il confond par sa simplicité. A lire ça, on a honte d'écrire, simplement de tenter d'écrire. C'est en potassant comme je fais maintenant la vie et les lettres de Damien De Veuster que cette lettre-ci m'est revenue en mémoire. Le rapport ? Vous devinerez bien.  

 dyn009_original_351_510_pjpeg_2521705_905b0af3048311359dff3028d7017b38

    « Mon cher ami,

     vous me demandez de causer avec vous de temps en temps et de vous dire ce dont j'ai l'esprit rempli.  Eh bien, ce qui l'occupe en ce moment est cette grande et un peu mystérieuse figure de saint Joseph dont le nom seul fait sourire les gens supérieurs.  C'était à la fois un ouvrier et un gentilhomme.  Il était hilare et silencieux, avec un grand nez noble, des bras musculeux et des mains dont un doigt était souvent enveloppé d'un linge comme il arrive à ceux qui travaillent le bois.

Je le vois, revenant de Caïffa par un jour d'automne, où il est allé chercher son bois dans une mauvaise charrette.  Puis je le vois dans sa boutique un matin de soleil, j'entends la scie et le bruit sonore des morceaux de bois, j'entends un enfant qui vient le chercher et qui crie : Joseph ! Joseph ! Sa boutique devait être chérie des enfants comme le sont toujours celles des menuisiers.

georges de la tour st joseph charpentier 

Joseph est le patron de la vie cachée. L'Écriture ne rapporte pas de lui un seul mot. C'est le silence qui est père du Verbe.

Que ses derniers jours de faiblesse durent être touchants entre Jésus et Marie quand déjà il ne pouvait plus travailler !

Tout cela se passe sans un mot au plus profond de cet Empire romain plein d'orgueil et de crimes, comme notre civilisation actuelle. Ce n'est ni César ni Platon. Il n'y a ici que trois pauvres gens qui s'aiment et c'est eux qui vont changer la face du monde. »

epaulclaudel 

Paul Claudel. 

Lettre sur saint Joseph à Sylvain Pitt. De Prague , le 24 mars 1911.

Commentaires

Parenté? Bien sûr le Père Damien s’appellait Jozef (Jef), mais à part l’identité des prénoms, je ne vois pas ce qui rapproche le missionnaire de Molokai, vivant en milieu étranger et difficile, et « l’ouvrier-gentilhomme » de Nazareth, vivant chez lui en milieu paisible… Vous pouvez donner un indice ? :)

Écrit par : Blaise | 01/10/2009

De ses mains Que vous dire ? C’est affaire de subconscient, où l’on ne fait que tâtonner. J’ai dû trouver bizarre que Damien ait construit lui-même, de ses mains, tant d’églises en bois (neuf en tout, je pense, sans compter les réfections après les tornades)… Charpentier, il devait aimer ça. Même quand il n’a plus l’usage de ses mains, en 88, il surélève la toiture de son église pour y loger un tabernacle monumental qu’on lui a envoyé des USA. J’aime ce goût du travail manuel – que moi je n’ai pas…

Écrit par : Ephrem | 03/10/2009

Indépendamment du parallèle avec le Père Damien, j'ai toujours pensé que Joseph était un grand saint, souvent méconnu.
Se faire répondre par son fils, après 2 journées de marche, aller et retour,dans le temple au milieu des docteurs, qu'il ne devait pas s'inquiéter puiqsqu'il était (prioritairemen) aux affaires de son père et ne pas réagir autrement, est à mes yeux stupéfiant.
Pour tous, en effet, Joseph était en effet alors le père du Christ.
Je ne connais pas d'autre père qui dans les mêmes circonstances se serait tu.

Écrit par : Palagio | 03/10/2009

Jésus ado L'épisode est curieux, en effet; et la liturgie dominicale n'en fait jamais mention. La TOB (note m de la p. 2455, Lc 2,41) observe qu'étant sans parallèle dans l'histoire de Jean-Baptiste, ce récit présente les premières paroles de Jésus avant la prédication de celui-là, donc indépendantes de lui. Ce qui signifie que Jésus, "dès qu'il a sa conscience d'homme, se sait le Fils". Cette idée est peu populaire aujourd'hui (cf. E.E.Schmitt), parce qu'elle semble "désincarner" un peu l'incarnation avec son fatal devenir. Mais Luc dit ça, n'esquivons pas, c'était sa manière à lui de voir les choses. - Avec ma fidèle amitié, et ma gratitude pour votre lecture attentive.

Écrit par : Ephrem | 05/10/2009

Les commentaires sont fermés.