11/11/2009

Onze novembre

décorations militaires 14-18 en France

 

« Noble Belgique, ô Mère chérie...A toi notre sang, ô Patrie »... Il suffit de cette citation de la Brabançonne pour faire voir que la période d'avant 1945 nous est devenue étrangère. Tout ce temps-là, l'individu était naturellement soumis à la collectivité politique à laquelle il appartenait. « Mourir pour la Patrie » y était « le sort le plus beau ». Ce sacrifice personnel, on voit bien ce qui le différencie du suicide terroriste qu'on trouve aujourd'hui ailleurs. Voit-on aussi ce qui le rapproche ? Irakiens, Palestiniens : tous des  pauvres, et embrigadés. Quand les armes ne sont plus une carrière, mais un séjour du côté de la mort... Pour ne pas raisonner dans l'abstrait, je ferai ici une ou deux confidences. Ce n'est pas sans stupéfaction que je voyais, petit, mon grand-oncle, 2e classe vétéran de l'Yser et marqué par le gaz moutarde, aligner avec une fierté aveugle les diverses décorations dont on avait payé son obéissance et sa santé. A mes dix ans taciturnes, comme cela paraissait absurde !

 ecole catholique

En revanche, j'écoutais avec passion ma grand-mère me conter une histoire  d'amour. Comment, en 1880, son beau-père, ouvrier agricole, célibataire, 22 ans, avait vécu la première « guerre scolaire ». Il n'avait pu supporter qu'on « arrache le crucifix des écoles», - des murs et des âmes ; viscéralement attaché à la personne de Jésus, qu'allait-il faire ? Quoique relativement inculte, il décida de fonder lui-même au patelin une école libre. Fermier il restait, et, au petit matin, il menait ses vaches au pré et assumait d'autres travaux ; à 10 h, il faisait classe, enseignant à lire, à écrire et à compter ; et l'hygiène, et le respect des autres, et l'histoire sainte ; on allait manger chez soi à midi, on revenait de deux à quatre ; puis mon arrière-grand-père allait rentrer les vaches, les traire, et pourvoir à tous les besoins de la ferme... Cela dura, me disent les archives locales, jusqu'en 1886 où le ministère Frère-Orban tomba. Après quoi mon si jeune aïeul laissa l'école « catholique » aux instituteurs patentés. Pour retrouver sa ferme à plein temps,  prendre femme, faire dix enfants...

 crucifix...

Ces deux anecdotes ne sont pas également anachroniques, il y a dans la seconde quelque chose de toujours actuel : l'attachement personnel à quelqu'un de réel, proche, vivant, fût-il perceptible par la seule foi, Jésus-Christ. C'est peut-être la propriété essentielle des religions de ne pas connaître le temps, d'annuler la béance radicale d'avec l'Autrefois inconscient ou collectif. De vivre. Eternellement "vivre avec".

St Boni-Batiment_central 

Le texte qui précède est entièrement tiré de la Revue du collège St Boniface, numéro 178 de Noël 2005, page 15.  Il a été écrit par un mien neveu, avec ma collaboration, bien que je n'aie pas souhaité que ma signature alors y apparaisse : c'est mon neveu et non pas moi qui y instruit et éduque les enfants de sixième année primaire. Qui y donne des modèles à admirer, à contester, il n'importe : à connaître d'abord. Ayant lu mon post précédent, le gentil signataire m'a suggéré d'y joindre ce vieux document où  les « croix de bois » aujourd'hui à la peine étaient alors à l'honneur...

01:42 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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