14/11/2009

Concile des Blogs

JF BOCLE, Banania 4

 

« Des voltigeurs de l'Evangile », voilà comment nous voit, dans l'idéal, le président de la CEEM, c.à.d la Commission épiscopale européenne en charge des Médias, réunie depuis jeudi au Vatican, en assemblée générale ? Qui, nous ? Les laïcs créant, en électrons libres, des blogs à finalité religieuse. Comme celui-ci. C'est sous ce pieux label qu'il est pris en charge par « Skynetblogs », où il se meut gaillardement dans le peloton de têtes, devançant avec constance 870 « collègues » d'inspiration analogue mais de confessions très diverses. Avec un coreligionnaire toujours maillot jaune, le Père Walter Convens. Cette audience modeste, déjà, l'attention de le CEEM aujourd'hui, voilà qui m'encourage. Et qui m'oblige, au sens où « noblesse oblige ». Si mon Eglise attend quelque chose de moi, je ne vais pas me défiler. Mais qu'est-ce qu'un «  voltigeur » ? Mgr di Falco, qui lance le mot comme un programme de manœuvres, se réfère explicitement à Napoléon, qui flanquait ses dragons de fantassins d'une extrême mobilité. Hm. J'oublie le paysage militaire où je me vois indûment conduit en nos temps pacifiques ; je laisse aussi cette idée de blogueurs mobilisés en groupes sous une autorité qui s'annonce déjà cléricale. Et, récusant le statut de franc-tireur, j'applaudis à l'idée, je m'interroge sur mes capacités, et je retrousse mes manch...ettes.

 JF Boclé, Banania 5

C'est un grand moment, en effet, celui où nos Evêques, expressément convoqués pour ça, « pourraient s'il plaît à Dieu se décider » à prendre conscience vraiment, profondément, que l'évangélisation demandée par Jésus s'épuise à marcher comme elle fait, en dépit des lois qui régissent la communication médiatique, laquelle régit le monde actuel. Le Père di Falco le sait bien, qui suggère à ses pairs (et au Pape) de transformer les langages, de démocratiser les discours, de démultiplier les sources, de valoriser les émotions, d'individualiser la Parole.

JF Boclé, Banania 6 

Où et comment s'exprime aujourd'hui l'évangélisation de terrain ? • Essentiellement dans les homélies, où  le prêtre parle tout seul à des auditeurs qui, jamais, jamais, ne sont invités à répondre, à poser la moindre question - je ne parle même pas d'objections ! • Elle se poursuit secondairement dans les feuilles paroissiales et les bulletins diocésains, qui sont conçus à usage interne, dont la langue est celle d'initiés. Eux seuls la lisent, et bientôt les mots employés ne renvoient plus à des mystères, mais à des didascalies, des modes d'emploi domestiques. • Si ne manquent pas les livres et revues savantes, ils supposent qu'on soit déjà « converti ». • Viennent alors les sites web. L'Eglise a les siens en effet, mais comme les entreprises commerciales : des sites institutionnels où la circulation ne se fait que de haut en bas, de l'annonceur au lecteur. S'ils s'ouvrent au dialogue, c'est avec des précautions de forteresse. Ce qu'on appelle la modération devrait n'empêcher seulement que les mauvaises actions : illégalités,  incongruités, méchancetés, grossièretés formelles. Mais nul ne sait les critères de sélection, de sorte que prendre la peine de répondre ne vient plus à l'esprit. On n'écrit pas, et puis, un jour, on ne lit plus.

 JF Boclé, Banania 8

L'édition électronique des journaux est pourtant à ce point persuadée de l'importance de la réactivité qu'aujourd'hui, dans un quotidien comme le Monde, tous les articles, tous, sont pourvus d'un bandeau « Réagissez » ou « Soyez le premier à réagir ». En sorte que n'importe quel lecteur identifiable par la rédaction comme l'est un quelconque abonné peut envoyer son « avis », et le fait. Ici, chacun a, deux fois par article, un espace de 500 signes à sa disposition : cela suffit pour une intervention ponctuelle. Le nombre des intervenants varie beaucoup selon le sujet, d'un seul pour H. Van Rompuy à plus de deux cents pour Fr. Mitterrand (bon, on est en France)... La lecture de ces textes est hélas ! plutôt décevante : bien des habitués y projettent leurs fantasmes, leurs préjugés... Ils n'en sont pas moins le lectorat. Je sais qu'une réflexion est en train de se faire à ce sujet. Le journal pourrait laisser affichées comme aujourd'hui toutes les opinions pendant vingt-quatre heures, puis le webmaster, d'autorité, ferait disparaître tout ce qui est excentrique, et se dégager un mouvement d'opinion intéressant. Voilà qui deviendrait du « journalisme pour autrui ».  Celui de demain ? - Ce qui serait possible à l'intérieur du « monde », pourquoi ne l'envisagerait-on pas pour la « communion des saints » ? 

23:46 Écrit par Ephrem dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

il y avait de la lumière alors je me suis arrêté vous dire bonjour! Près de 4h du matin et une invitation plus tard, je me retrouve sur votre blog cher Ephrem. Si je suis bien le début de votre article, vous êtes donc parmi les blogs les plus lus chez les hébergés (Fabergé aurait été plus chic...l'heure m'autorise une digression sans intérêt et quasi surréaliste!Et il n'y a rien à comprendre!) de skynetblog. Permettez si c'est bien le cas de vous en féliciter et de vous dire combien je comprends ce succès!

Encore une fois l'occasion pour moi de vous remercier car vous êtes l'une des rares personnes, par ce blog et vos réflexions, dont je me sens pourtant si souvent éloigné, qui me donne quelques raisons de rester accrocher à l'Eglise. Une main me suffit à compter ces gens et j'exagère à peine. Vous me direz que je radote. Mon compagnon pense que ça me rassure de radoter...Grand bien m'en fasse !

Mille mercis!

Très amicalement

Cyril

Écrit par : cyril | 15/11/2009

De la lumière... Quel ton agréable que le vôtre, Cyril. Et cette façon de s'introduire : "j'ai vu de la lumière et je suis entré", ça vient d'où ? Il paraît que c'est assez fréquent, viens-je d'apprendre sur le net. A peu près comme How do you do ? Cela n'en est pas moins une jolie métaphore. Merci de cette fraternité lointaine et... lumineuse.

Écrit par : Ephrem | 16/11/2009

"j'ai vu de la lumière et je suis entré" est une phrase que l'on dit souvent, au moins dans le Sud-Ouest de la France, qui signifie que l'on s'est invité chez des gens que l'on apprécie histoire de "faire payer le café" ou passer du bon temps ensemble.

Écrit par : cyril | 16/11/2009

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