24/11/2009

l'enfance sacrifiée

MedeeDuo

     Au lieu de se séparer quand on ne se supporte plus, parce qu'il y a longtemps que le parfum de l'amour s'est évaporé, parce que l'estime qui importe plus que l'amour n'a jamais existé, qu'on n'a même pas soupçonné qu'elle était le ciment unissant deux êtres pour la vie, qu'est-ce qu'on fait de ses enfants ? Lorsque l'estime est là, survivant au désir comme la lumière au rêve, et qu'on a pu comme des héritiers négocier en famille les partages de la succession, les enfants tirent de ce banal divorce une indépendance nouvelle, une espèce de force intérieure. A eux de prendre le relai, de se construire plus tard un « amour éternel », et, si l'éternité s'interrompt, ils n'en seront pas détruits. Il y a des heures roses, des heures rouges, et des heures sombres, mais la vie continue, ils l'ont appris.

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                J'ai lu dans la presse il y a quinze jours qu'à Boulogne-sur-Mer, un père de famille, sur une dispute avec sa femme à peine plus pénible que les précédentes, qui semblent un rite ordinaire dans ce foyer-là, est parti, avec ses deux fils de 4 et 7 ans, l'après-midi. Il les a pendus dans la nuit, puis s'est pendu ; et voilà la mère appelée pour découvrir les cadavres. C'est « à peine si sa remarque était désobligeante », dit-elle.

      La mère de Nivelles, ce père de Boulogne, d'autres cas signalés ici et là, voilà qui me trouble en profondeur. Ce qui est mis en cause n'entre pas dans mes catégories : que la mère ou le père puisse « nuire pour rien » à leur enfant ! Qu'il faille parfois à ceux-ci, qu'il puisse falloir se méfier d'eux, être sur ses gardes avec eux. Eprouver un tel sentiment m'aurait à coup sûr déséquilibré, me dis-je. Aurait été compromise cette belle confiance en la vie et en moi-même que la confiance absolue en ma mère et en Dieu mon Père m'a inspirée depuis l'enfance.

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                Je sais : il y a des chattes qui tuent leurs rejetons quand ils ne leur plaisent pas ; mais chez elles, c'est-à-dire dans le monde animal, cela suit de près l'accouchement,  ça n'est jamais lié à un conflit du couple parental. Dans le gouffre du malheur des hommes, l'enfant est pris en otage, nié dans son vouloir propre et son destin ; sacrifié à une vengeance qui lui ferait horreur s'il la connaissait. Sous le couvert ou non d'un mobile absurde. Tantôt noble : Sans moi, les enfants seront trop malheureux.  Tantôt bas : voilà qui fera souffrir le conjoint. Selon Euripide, c'est ce cri de haine que poussait la Médée mythologique, délaissée par Jason.

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                Je ne suis pas seul à ressentir un malaise existentiel devant des phénomènes de ce genre, qui me sont indéchiffrables. Renonçant à théoriser, à réfléchir même, tant c'est insupportable,  je vous livre une  réaction aiguë de lectrice anonyme, lue je ne sais plus où, qui dépasse, avec sa vivante culture populaire, l'ébahissement mortel où moi je reste prostré par ces choses-là. « Je suis abasourdie. Les gens semblent ne plus supporter les ruptures, ressenties comme impossibles - parce que défendues ? J'en doute. Plutôt parce qu'inimaginables. On ne s'entend plus, on s'engueule mais on reste ! Et quand l'un ou l'autre veut partir, on tue tout le monde ; ou l'on tue les enfants et sa femme, et on se rate ; ou on tue les enfants  pour faire payer sa femme ! Lui dire en faisant cet acte, tu vois, tu le paieras toute ta vie, ce que tu as fait, ce que tu as dit ! De nos jours les gens qui font cela sont lâches, ils s'attaquent à leurs propres enfants comme s'ils n'auraient pas pu vivre avec leur mère ou leur père séparés. Mais non les couples de nos jours je le vois autour de moi, c'est la ventouse du matin au soir, les week-ends chez les beaux-parents et le samedi à faire la queue dans les magasins. Pas étonnant que tout saute et que ceux qui en ont ras les pâquerettes arrivent à des extrémités !!! Ils ne vivent pas, ils survivent ; et le portable en rajoute une couche, où tu es ? que fais tu ? comment, tu n'es pas rentrée ! si je vivais le quart de cela, je me serais cassée avant l'heure sans me retourner. Au début d'une relation, il faut poser les limites et laisser respirer l'un et l'autre, sinon c'est l'étouffement, l'asphyxie, on s'ennuie, on ne respire plus. Au secours je m'en vais !!! Alors que d'autres restent ! et quand on sait qu'on ne vit qu'une fois,  bon courage ! 

22:07 Écrit par Ephrem dans Sois sage ô ma douleur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ce n'est pas juste J’objecte moi-même (puisque nul ne le fait par écrit – mais plusieurs lecteurs m’ont parlé en ce sens) qu’il n’est pas « juste », pas satisfaisant sur le plan logico-psychologique, d’attribuer à la seule dissension conjugale des conséquences aussi impensables que l’assassinat de ses enfants. La dépression, la démence, le désordre mental sont alors aux commandes, - en d’autres temps on aurait dit le « diable. » Oui. Mais le point de vue que j’ai pris instinctivement est celui de l’enfant, qui, lui, [u]ne peut pas[/u] vivre, grandir, aimer dans un environnement où ses parents ne sont pas « sûrs ». C’est pourquoi je trouve important que la société commence par condamner, càd au fond [u]par refuser le droit d’existence sociale [/u]à ces faits, puis s’occupe de soigner le parent criminel. En gros, la justice n’est pas pour moi, si j’ose dire, une question de culpabilité à châtier avec équité, mais une mobilisation sociale pour qu’un « invivable » ne se produise pas.

Écrit par : Ephrem | 26/11/2009

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