29/11/2009

Les enfants d'Irlande, 1.

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        L'année liturgique est finie ; commence l'Avent, nouvelle année ! Donc reprise de l'Histoire du salut depuis les origines. Ça veut dire depuis la « venue de Jésus ». Curieusement, les images de fin du monde que les lectures de la messe utilisaient pour l'année qui meurt sont réutilisées pour l'année qui s'ouvre. A nouveau les cieux déchirés, le fracas des tempêtes, l'affolement des nations ; mais ça n'a plus rien de terrible, dit Luc. C'est même  la bonne nouvelle. Il vient. Qui vient ? Le « Germe » de Dieu, comme a choisi de dire la traduction liturgique. Soyons attentifs, attention ! Et la suite nous frappe: Evitons les « débauches, ivrogneries, soucis de la vie »,  ne nous laissons pas « alourdir »... Certes.

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                Là-dessus, j'ai le devoir, me dis-je, d'évoquer l'actualité qui n'est pas moins frappante. De ne pas dépasser sans les avoir vraiment regardées les zones d'ombre du domaine catholique où j'ai posé pour toujours mon bagage. Aujourd'hui, cela aurait pu être l'actualité des « Béatitudes », la  communauté charismatique féconde en recrues et prometteuse de miracles, que départs, procès, querelles internes et soupçons institutionnels font plus que soumettre à l'examen public. Il y a risque d'explosion, si on interprète bien le doute né dans l'épiscopat français, tel qu'exprimé à Lourdes. Mais voilà : l'agence Cathobel et le journal Dimanche, sous la même plume (!), font (fait ?) de l'affaire une présentation si pudiquement minimaliste qu'un lecteur attentif et peu crédule comme je suis la trouve imprudente. On verra bien...

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                Une autre actualité demande d'être abordée. Elle est délicate, et je ne veux pas risquer l'injustice ; je donne donc ma source : l'indiscutable journal La Croix. C'est l'affaire des enfants d'Irlande, agressés sexuellement par leurs prêtres. J'ai peine à évoquer ces choses, qui déshonorent la religion qui est mienne, cette instance de foi, de bienfaisance et de culture, qui, à moi, orphelin enfermé sans interruption en internat de ma douzième à ma vingtième année, (à moi au moins, j'en témoigne) a donné la chance d'une vie intérieure qui ne s'est jamais épuisée ni affadie. Mais au mélange de mystique et de réalisme dont j'ai fait mon emblème, je le dois.

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                Les faits, rapidement. Ils sont publics. Et terribles. Deux enquêtes à l'initiative du juge Ryan ont donné lieu à des constatations terribles. 1. La première, portée à la connaissance du pape en juin de cette année, portait sur les écoles catholiques irlandaises depuis 1940. Faits de « pédophilie », selon le mot d'aujourd'hui ; de « pédoclastie », faudrait-il dire en vérité : lente destruction d'enfants. Dix-huit congrégations responsables, 15.000 victimes, un milliard d'euros de dédommagements à prévoir, 128 millions pris en charge par l'Eglise si l'Etat accepte de payer le reste... Mgr Brady, le cardinal primat d'Irlande, expose ce rapport au Saint-Père, qui s'étonne, se rend compte, compatit, réclame des réformes. 2. Puis ce 26 novembre, autre rapport de la juge Murphy. Cette fois l'enquête ne porte que sur l'archevêché de Dublin, et ne remonte pas plus loin que 1975. Sont désignés depuis cette date 46 prêtres violeurs dont 32 encore en vie, et 320 victimes. Ces trente ans d'agressions sexuelles dans la capitale, en paroisses ou en centres d'éducation, ont passé sans que quatre archevêques,  « alourdis » par leurs « soucis », je présume, aient fait autre chose que jeter sur ce scandale un voile pudique, comme Sem et Japhet sur Noé ivre.

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                       Comme s'il ne s'agissait que d'ivresse ! Quand ce n'est pas un Noé ivre d'amour comme Gabrielle Russier que l'on comprend, qu'on plaint et dont on couvre le désarroi, mais quand c'est un Caïn meurtrier, rôdant autour d'Abels innocents, quand c'est un Hérode s'offrant des têtes pour nourrir la concupiscence qu'allume en lui Salomé, un habitant de Sodome humiliant d'office ceux-là qui sont ses hôtes, comment les responsables ont-ils si peu agi devant l'horreur, réagi en hommes, c.à.d. arrêté le massacre ? Ils s'indignent en chœur des fœtus avortés. Mais des enfants déjà conscients, immatures et (précisément pour cela) susceptibles d'être déformés, amochés, comment se sont-ils si peu inquiétés ? Je ne crois pas qu'ils n'aient pas su. Ni qu'ils n'aient pas pu. Ce ne sont ni des naïfs, ni des complices. On sait que, sur le même sujet, le cher Mgr Gaillot fut aussi déficient, confiant une cure à un récidiviste, l'abbé Vadeboncoeur. Ce ne sont pas non plus des imbéciles. D'où vient qu'ils aient à ce point relativisé ce qui se passait ? Une interrogation surgit, qui m'effraie. Est-ce que l'Eglise a de justes lumières sur... Non pas sur ce que les gens font réellement : ça, elle sait, elle n'est pas dupe, elle est partout et regarde bien. Mais sur le bien et le mal « absolus », en matière sexuelle particulièrement, mais pas seulement. Sur ce qui est moralement à éviter coûte que coûte, et ce qui doit à tout prix être fait. Sur l'importance dans l'équilibre moral d'une affectivité épanouie, toujours, si l'on veut éviter les revanches de l'inconscient. Sur la relativité, à l'inverse, de certains interdits, liés à l'histoire, à la sociologie, au progrès économique, voire bio-médical ? J'y reviendrai. Avec vous

02:49 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/11/2009

l'enfance sacrifiée

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     Au lieu de se séparer quand on ne se supporte plus, parce qu'il y a longtemps que le parfum de l'amour s'est évaporé, parce que l'estime qui importe plus que l'amour n'a jamais existé, qu'on n'a même pas soupçonné qu'elle était le ciment unissant deux êtres pour la vie, qu'est-ce qu'on fait de ses enfants ? Lorsque l'estime est là, survivant au désir comme la lumière au rêve, et qu'on a pu comme des héritiers négocier en famille les partages de la succession, les enfants tirent de ce banal divorce une indépendance nouvelle, une espèce de force intérieure. A eux de prendre le relai, de se construire plus tard un « amour éternel », et, si l'éternité s'interrompt, ils n'en seront pas détruits. Il y a des heures roses, des heures rouges, et des heures sombres, mais la vie continue, ils l'ont appris.

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                J'ai lu dans la presse il y a quinze jours qu'à Boulogne-sur-Mer, un père de famille, sur une dispute avec sa femme à peine plus pénible que les précédentes, qui semblent un rite ordinaire dans ce foyer-là, est parti, avec ses deux fils de 4 et 7 ans, l'après-midi. Il les a pendus dans la nuit, puis s'est pendu ; et voilà la mère appelée pour découvrir les cadavres. C'est « à peine si sa remarque était désobligeante », dit-elle.

      La mère de Nivelles, ce père de Boulogne, d'autres cas signalés ici et là, voilà qui me trouble en profondeur. Ce qui est mis en cause n'entre pas dans mes catégories : que la mère ou le père puisse « nuire pour rien » à leur enfant ! Qu'il faille parfois à ceux-ci, qu'il puisse falloir se méfier d'eux, être sur ses gardes avec eux. Eprouver un tel sentiment m'aurait à coup sûr déséquilibré, me dis-je. Aurait été compromise cette belle confiance en la vie et en moi-même que la confiance absolue en ma mère et en Dieu mon Père m'a inspirée depuis l'enfance.

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                Je sais : il y a des chattes qui tuent leurs rejetons quand ils ne leur plaisent pas ; mais chez elles, c'est-à-dire dans le monde animal, cela suit de près l'accouchement,  ça n'est jamais lié à un conflit du couple parental. Dans le gouffre du malheur des hommes, l'enfant est pris en otage, nié dans son vouloir propre et son destin ; sacrifié à une vengeance qui lui ferait horreur s'il la connaissait. Sous le couvert ou non d'un mobile absurde. Tantôt noble : Sans moi, les enfants seront trop malheureux.  Tantôt bas : voilà qui fera souffrir le conjoint. Selon Euripide, c'est ce cri de haine que poussait la Médée mythologique, délaissée par Jason.

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                Je ne suis pas seul à ressentir un malaise existentiel devant des phénomènes de ce genre, qui me sont indéchiffrables. Renonçant à théoriser, à réfléchir même, tant c'est insupportable,  je vous livre une  réaction aiguë de lectrice anonyme, lue je ne sais plus où, qui dépasse, avec sa vivante culture populaire, l'ébahissement mortel où moi je reste prostré par ces choses-là. « Je suis abasourdie. Les gens semblent ne plus supporter les ruptures, ressenties comme impossibles - parce que défendues ? J'en doute. Plutôt parce qu'inimaginables. On ne s'entend plus, on s'engueule mais on reste ! Et quand l'un ou l'autre veut partir, on tue tout le monde ; ou l'on tue les enfants et sa femme, et on se rate ; ou on tue les enfants  pour faire payer sa femme ! Lui dire en faisant cet acte, tu vois, tu le paieras toute ta vie, ce que tu as fait, ce que tu as dit ! De nos jours les gens qui font cela sont lâches, ils s'attaquent à leurs propres enfants comme s'ils n'auraient pas pu vivre avec leur mère ou leur père séparés. Mais non les couples de nos jours je le vois autour de moi, c'est la ventouse du matin au soir, les week-ends chez les beaux-parents et le samedi à faire la queue dans les magasins. Pas étonnant que tout saute et que ceux qui en ont ras les pâquerettes arrivent à des extrémités !!! Ils ne vivent pas, ils survivent ; et le portable en rajoute une couche, où tu es ? que fais tu ? comment, tu n'es pas rentrée ! si je vivais le quart de cela, je me serais cassée avant l'heure sans me retourner. Au début d'une relation, il faut poser les limites et laisser respirer l'un et l'autre, sinon c'est l'étouffement, l'asphyxie, on s'ennuie, on ne respire plus. Au secours je m'en vais !!! Alors que d'autres restent ! et quand on sait qu'on ne vit qu'une fois,  bon courage ! 

22:07 Écrit par Ephrem dans Sois sage ô ma douleur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/11/2009

Prière et comédie

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       Il y avait aux États-Unis, dans le Sud profond, une ville très pieuse et religieuse où tout le monde allait à l'église et était vertueux. •Et puis un jour, un homme arriva qui ouvrit un bar, lequel devint le centre de toutes sortes de conduites dépravées : danse, boisson et même, qui sait, peut-être sexe. •Tous ces bons chrétiens firent des prières pour la fermeture du bar. Ils firent le siège du ciel, et de fait, six mois plus tard le bar brûla. •Le propriétaire exigea des chrétiens une indemnisation. Ces derniers nièrent toute responsabilité: qu'avaient-ils fait?  - • « Suis-je le seul ici, répliqua-t-il, à croire à la puissance de la prière? »

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    Ce n'est pas de moi, vous devinez bien, mais du Père Radcliffe, ce dominicain hors normes qui fut maître général de son ordre à 47 ans ! C'est à la page 137 d'un de ses livres sur l'Eucharistie. C'est beau comme le Moyen Age. Pourtant, cet humour-là, qui est le sérieux de l'enfance, ça ne tient pas debout, la logique est surréaliste  : vous voyez en quoi ?

 Une deuxième histoire, toujours sur la prière (p. 142).  Il y avait un homme, dans un bar de l'Alaska, en train de s'enivrer. Il se confie. Dieu, il ne veut plus en entendre parler. Son avion s'était écrasé. Il a été enseveli, mourant, dans la neige, et a prié Dieu de le sauver, mais non, rien, rien. Il se sent complètement western-023abandonné. Le barman alors de lui dire : « Mais tu es là, tu l'as été,  sauvé . - Tu parles, c'est juste qu'un Esquimau est passé par là » - Beau comme du Ionesco...  

 Et puis la troisième (p.151). Un avion [encore !] était sur le point de s'écraser. Un passager cria : « Pour l'amour de Dieu, que quelqu'un fasse quelque chose de religieux ! » Sur quoi un catholique bondit immédiatement et se mit à faire la quête. -  Ça n'a pas la méchanceté qu'on croit d'abord ; l'histoire, selon Radcliffe, est si pleine de sens chrétien qu'il la commente ainsi : « Quand vous allez au travail le lundi matin, vous n'entrez pas sur un terrain a-religieux ; au contraire ; vous sanctifiez vous-même le traintrain le plus profane par la grâce du Saint-Esprit. » Et il ajoute, curieux enchaînement, le monde biblique et le nôtre s'appellent l'un l'autre : « Après avoir reçu l'onction, David est aussitôt retourné à son travail. »

17:35 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

17/11/2009

Rite de non rite

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      Les policiers avec leurs chiens occupaient la cathédrale ce dimanche matin dès 8 heures. Une bombe dissimulée « Dieu » sait où (!), un traquenard quelconque ne devaient pas troubler le Te Deum prévu pour la fête du Roi, à 10 heures, avec assistance de la famille et officiels en rang d'oignons. Enfin, ceux des officiels que la cérémonie tout œcuménique ne risquait pas de choquer, faut faire attention ! Du coup pas de messe. Celle dite « des familles » à 11h30, où je dois assurer une lecture, devait aussi disparaître ; absorbée, plutôt, par la messe dite « des artistes » de 12h30. L'occasion pour moi d'aller respirer ailleurs. A 11 heures, suivre sur France 2 la messe télévisée ; et à 17h30, aller à l'église St Nicolas, près de la Bourse, prendre part à une célébration qu'on m'a dite « fervente, populaire, assez expansive et pourtant recueillie ». Bien vu, bien dit ! L'homélie du P. Jean Beckers, traite de la « fin du jean beckers, s.j.monde » comme le veut la liturgie du jour, mais il montre à merveille comment diffèrent de nature « ce sur quoi le Fils lui-même se dit non informé » (Mc,13,32) et les extravagances vengeresses qu'on peut lire dans les « Actes apocryphes de Pierre », dont il nous fait l'amusante lecture. On se croirait dans la bande d'annonce du film « 2012 »...

Le matin, j'étais donc chez moi, au chaud, devant mon écran. Deux surprises. D'abord le constat qu'une messe magnifique peut se dérouler en cinquante minutes, avec chants, trois lectures, homélie claire, mini-procession d'offertoire, respect de tous les rites prévus, de la Prière eucharistique à ceux qui accompagnent la Communion Logo-fondation-auteuildes fidèles. Qui est responsable de ce bref chef-d'œuvre ? La Fondation d'Auteuil, et les enfants qu'elle soutient. Mais voilà qui me surprend plus. On est au moment de la communion. Cinq laïcs vont porter le Christ à différents lieux de la chapelle, le célébrant reste au centre, porteur du ciboire. Il est et reste seul assez longtemps, j'ignore pourquoi. Surviennent enfin deux, trois, dix communiants, mais qu'est-ce qu'elle fait, cette dame, là ? Elle croise sur son cœur ses avant-bras, elle garde la bouche fermée : le prêtre la bénit, d'une kruiske sur le front, et elle passe. Pour l'homme qui la suit, pareil ; le suivant, lui, communie ; la demoiselle qui suit, non ; puis les autres... Mais je ne regarde plus, j'ai fermé la télé, bouleversé ; je  suis debout, à ma fenêtre. Je prie.

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     Je ne suis pas aussi stupéfait que je dis, j'ai appris ça il y a deux ou trois mois, dans un livre feuilleté à l'UOPC, la grande librairie catho de Bruxelles. Quoi, ça ? Le sens de ce que je vois. C'est un livre à l'intitulé obscur, hypocrite, me suis-je dit d'abord. Fidèles jusqu'à l'audace. Deux prêtres y expliquent les efforts faits pour élaborer une pastorale adaptée aux divorcés remariés, que le Pape, récemment encore, a dit exclus de la communion - tout en rappelant l'obligation où ils restent de la messe dominicale. Ces deux prêtres, J. Nourissat, de Dijon, et Eric Jacquinet, de Lyon, veulent donc qu'on obéisse, mais « jusqu'à l'audace ». Je les divorcés remariés... et l'Eglisecite : l'essentiel est d'aider ces personnes à rencontrer le Christ, riche en miséricorde. En miséricorde seulement ? N'y a-t-il pas aussi nécessité de justice, de justesse, de sagesse : prendre en compte les modifications culturelles ? Plus question de « répudier » quiconque, bien entendu ; mais si, expérience faite, il faut constater une mésentente profonde que la cohabitation ne fait qu'aigrir, rendre dangereuse pour les conjoints, pour les enfants ? Si le couple s'est, dans les faits, déjà dissous ? Faut-il alors, en abordant la quarantaine qui n'est même pas, peut-être, le mitan du temps à vivre, renoncer froidement à ce qui fait tout de même flamboyer l'existence - ce qui fait sentir qu'on existe, l'amour réciproque ? Il ne saurait suffire qu'on dise ici « Dura lex sed lex » - lex Christi, encore bien : si dure qu'elle soit, la loi est celle du Christ  (Mt 19,6) : que l'Eglise, simplement, ne se sente pas le pouvoir de modifier, est la claire raison de l'intransigeance papale. - Certes. Le « vicaire du Christ » parle comme il croit devoir le faire. Mais je redirai ici ce qu'écrivait le cardinal Newman dans sa 5e lettre au duc de Norfolk : « la conscience (personnelle) est le premier de tous les vicaires du Christ ». A partir de ce que je vis, ce que j'apprends par mon  expérience tantôt vertueuse et tantôt pécheresse, il me faut trier « nova et vetera », le neuf et le vieux, ce qu'il y a de fécond dans l'héritage des premiers siècles de foi, et ce que je dois - nous devons y ajouter, y « corriger » , à l'usage des chrétiens d'aujourd'hui, cet usage tel qu'il est appris à l'extérieur et réfléchi a l'intérieur pour le Royaume. A propos, la référence à Newman, je ne la tiens pas d'une fréquentation assidue de la littérature anglo-saxonne, surtout si c'est la prose cardinalice, mais du Catéchisme de l'Eglise catholique, ouvert au n° 1778 :  édition confiée à la responsabilité de Mgr J. Ratzinger...

 Abbé Pierre - Messe domestique

    Alors, quoi ? Ces adultes qui s'avancent vers le Christ eucharistique en faisant le geste de « non-demande » qu'on propose aux non baptisés, ont-ils raison ou tort de ne pas se juger dignes de Le recevoir parce qu'ils sont divorcés et remariés ? En même temps, ils s'avancent comme les autres, visiblement, solennellement, au lieu de rester dehors, ce qui est bien... 1. Je fais réflexion que, digne, personne ne l'est jamais face à Jésus ; que ni Judas ni Pierre ne l'étaient, à la Cène, quand Jésus leur a dit de Le « prendre » et de Le « manger. » Dès lors... 2. Mais les deux prêtres français ont aussi raison de renvoyer chacun à sa propre conscience, dont la sentence n'est pas susceptible d'appel. Qu'on mange le Pain consacré, comme cela nous a été demandé, ou qu'on remette humblement à plus tard - à sa mort ?  cette communion dont la signification est intégralement mystère, il n'y a qu'une chose à penser, à faire, et je suis heureux que l'Eglise le fasse : bénir. 

00:52 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

14/11/2009

Concile des Blogs

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« Des voltigeurs de l'Evangile », voilà comment nous voit, dans l'idéal, le président de la CEEM, c.à.d la Commission épiscopale européenne en charge des Médias, réunie depuis jeudi au Vatican, en assemblée générale ? Qui, nous ? Les laïcs créant, en électrons libres, des blogs à finalité religieuse. Comme celui-ci. C'est sous ce pieux label qu'il est pris en charge par « Skynetblogs », où il se meut gaillardement dans le peloton de têtes, devançant avec constance 870 « collègues » d'inspiration analogue mais de confessions très diverses. Avec un coreligionnaire toujours maillot jaune, le Père Walter Convens. Cette audience modeste, déjà, l'attention de le CEEM aujourd'hui, voilà qui m'encourage. Et qui m'oblige, au sens où « noblesse oblige ». Si mon Eglise attend quelque chose de moi, je ne vais pas me défiler. Mais qu'est-ce qu'un «  voltigeur » ? Mgr di Falco, qui lance le mot comme un programme de manœuvres, se réfère explicitement à Napoléon, qui flanquait ses dragons de fantassins d'une extrême mobilité. Hm. J'oublie le paysage militaire où je me vois indûment conduit en nos temps pacifiques ; je laisse aussi cette idée de blogueurs mobilisés en groupes sous une autorité qui s'annonce déjà cléricale. Et, récusant le statut de franc-tireur, j'applaudis à l'idée, je m'interroge sur mes capacités, et je retrousse mes manch...ettes.

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C'est un grand moment, en effet, celui où nos Evêques, expressément convoqués pour ça, « pourraient s'il plaît à Dieu se décider » à prendre conscience vraiment, profondément, que l'évangélisation demandée par Jésus s'épuise à marcher comme elle fait, en dépit des lois qui régissent la communication médiatique, laquelle régit le monde actuel. Le Père di Falco le sait bien, qui suggère à ses pairs (et au Pape) de transformer les langages, de démocratiser les discours, de démultiplier les sources, de valoriser les émotions, d'individualiser la Parole.

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Où et comment s'exprime aujourd'hui l'évangélisation de terrain ? • Essentiellement dans les homélies, où  le prêtre parle tout seul à des auditeurs qui, jamais, jamais, ne sont invités à répondre, à poser la moindre question - je ne parle même pas d'objections ! • Elle se poursuit secondairement dans les feuilles paroissiales et les bulletins diocésains, qui sont conçus à usage interne, dont la langue est celle d'initiés. Eux seuls la lisent, et bientôt les mots employés ne renvoient plus à des mystères, mais à des didascalies, des modes d'emploi domestiques. • Si ne manquent pas les livres et revues savantes, ils supposent qu'on soit déjà « converti ». • Viennent alors les sites web. L'Eglise a les siens en effet, mais comme les entreprises commerciales : des sites institutionnels où la circulation ne se fait que de haut en bas, de l'annonceur au lecteur. S'ils s'ouvrent au dialogue, c'est avec des précautions de forteresse. Ce qu'on appelle la modération devrait n'empêcher seulement que les mauvaises actions : illégalités,  incongruités, méchancetés, grossièretés formelles. Mais nul ne sait les critères de sélection, de sorte que prendre la peine de répondre ne vient plus à l'esprit. On n'écrit pas, et puis, un jour, on ne lit plus.

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L'édition électronique des journaux est pourtant à ce point persuadée de l'importance de la réactivité qu'aujourd'hui, dans un quotidien comme le Monde, tous les articles, tous, sont pourvus d'un bandeau « Réagissez » ou « Soyez le premier à réagir ». En sorte que n'importe quel lecteur identifiable par la rédaction comme l'est un quelconque abonné peut envoyer son « avis », et le fait. Ici, chacun a, deux fois par article, un espace de 500 signes à sa disposition : cela suffit pour une intervention ponctuelle. Le nombre des intervenants varie beaucoup selon le sujet, d'un seul pour H. Van Rompuy à plus de deux cents pour Fr. Mitterrand (bon, on est en France)... La lecture de ces textes est hélas ! plutôt décevante : bien des habitués y projettent leurs fantasmes, leurs préjugés... Ils n'en sont pas moins le lectorat. Je sais qu'une réflexion est en train de se faire à ce sujet. Le journal pourrait laisser affichées comme aujourd'hui toutes les opinions pendant vingt-quatre heures, puis le webmaster, d'autorité, ferait disparaître tout ce qui est excentrique, et se dégager un mouvement d'opinion intéressant. Voilà qui deviendrait du « journalisme pour autrui ».  Celui de demain ? - Ce qui serait possible à l'intérieur du « monde », pourquoi ne l'envisagerait-on pas pour la « communion des saints » ? 

23:46 Écrit par Ephrem dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

11/11/2009

Onze novembre

décorations militaires 14-18 en France

 

« Noble Belgique, ô Mère chérie...A toi notre sang, ô Patrie »... Il suffit de cette citation de la Brabançonne pour faire voir que la période d'avant 1945 nous est devenue étrangère. Tout ce temps-là, l'individu était naturellement soumis à la collectivité politique à laquelle il appartenait. « Mourir pour la Patrie » y était « le sort le plus beau ». Ce sacrifice personnel, on voit bien ce qui le différencie du suicide terroriste qu'on trouve aujourd'hui ailleurs. Voit-on aussi ce qui le rapproche ? Irakiens, Palestiniens : tous des  pauvres, et embrigadés. Quand les armes ne sont plus une carrière, mais un séjour du côté de la mort... Pour ne pas raisonner dans l'abstrait, je ferai ici une ou deux confidences. Ce n'est pas sans stupéfaction que je voyais, petit, mon grand-oncle, 2e classe vétéran de l'Yser et marqué par le gaz moutarde, aligner avec une fierté aveugle les diverses décorations dont on avait payé son obéissance et sa santé. A mes dix ans taciturnes, comme cela paraissait absurde !

 ecole catholique

En revanche, j'écoutais avec passion ma grand-mère me conter une histoire  d'amour. Comment, en 1880, son beau-père, ouvrier agricole, célibataire, 22 ans, avait vécu la première « guerre scolaire ». Il n'avait pu supporter qu'on « arrache le crucifix des écoles», - des murs et des âmes ; viscéralement attaché à la personne de Jésus, qu'allait-il faire ? Quoique relativement inculte, il décida de fonder lui-même au patelin une école libre. Fermier il restait, et, au petit matin, il menait ses vaches au pré et assumait d'autres travaux ; à 10 h, il faisait classe, enseignant à lire, à écrire et à compter ; et l'hygiène, et le respect des autres, et l'histoire sainte ; on allait manger chez soi à midi, on revenait de deux à quatre ; puis mon arrière-grand-père allait rentrer les vaches, les traire, et pourvoir à tous les besoins de la ferme... Cela dura, me disent les archives locales, jusqu'en 1886 où le ministère Frère-Orban tomba. Après quoi mon si jeune aïeul laissa l'école « catholique » aux instituteurs patentés. Pour retrouver sa ferme à plein temps,  prendre femme, faire dix enfants...

 crucifix...

Ces deux anecdotes ne sont pas également anachroniques, il y a dans la seconde quelque chose de toujours actuel : l'attachement personnel à quelqu'un de réel, proche, vivant, fût-il perceptible par la seule foi, Jésus-Christ. C'est peut-être la propriété essentielle des religions de ne pas connaître le temps, d'annuler la béance radicale d'avec l'Autrefois inconscient ou collectif. De vivre. Eternellement "vivre avec".

St Boni-Batiment_central 

Le texte qui précède est entièrement tiré de la Revue du collège St Boniface, numéro 178 de Noël 2005, page 15.  Il a été écrit par un mien neveu, avec ma collaboration, bien que je n'aie pas souhaité que ma signature alors y apparaisse : c'est mon neveu et non pas moi qui y instruit et éduque les enfants de sixième année primaire. Qui y donne des modèles à admirer, à contester, il n'importe : à connaître d'abord. Ayant lu mon post précédent, le gentil signataire m'a suggéré d'y joindre ce vieux document où  les « croix de bois » aujourd'hui à la peine étaient alors à l'honneur...

01:42 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/11/2009

Le signe de la Croix

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     Qu'on puisse engager une lourde procédure grimpant d'échec en échec tous les degrés de la juridiction nationale pour arriver enfin à un succès d'estime devant le Conseil de l'Europe, plus exactement sa Cour européenne des droits de l'homme, voilà qui suppose un dommage grave qu'il importe de réparer coûte que coûte. Il s'agit, vous le savez, du crucifix placé dans les classes de l'école publique d'Italie fréquentée par les deux fils de Mme Lautsi. La présence de cet objet était, d'évidence, une « ingérence incompatible avec  le droit que chacun possède à une éducation et un enseignement conformes à ses convictions. » Les termes que j'utilise sont ceux que je lis dans l'arrêt de seize pages, dont j'ai la copie grâce à un site suisse, puis au journal La Croix.  

 crucifié

     Les bras m'en tombent. Qu'en Italie dont toute l'histoire est liée d'abord à celle du Christ depuis César-Auguste, puis à celle de la papauté, d'abord protectrice contre les barbares, puis correctrice face aux rois, plutôt indulgente face aux moeurs, et toujours audacieuse face aux arts, on puisse obtenir « comme un élément de sa liberté » (!) la disparition d'un grand symbole de la culture italienne, parce que c'est aussi le signe de la Foi chrétienne,  j'en suis triste. Assurément je suis de ceux qui reconnaissent comme non séparables dans nos racines d'une part l'héritage judéo-chrétien, avec ce qu'il contient d'exaltant et de généreux, et d'autre part l'apport des Lumières, avec leur volonté de savoir et leur revendication à dire. Il y a là, dans cette  rencontre empirique, la Tolérance portée à sa perfection. L'oublie-t-on ? Personne ne gagnera à ce que la laïcité  devienne laïcisme, que ce qui est religieux ne puisse même plus être montré...

je ne suis pas encore mort... 

Je ne dis pas que l'arrêt de la cour européenne est une erreur. Je suis seulement consterné par l'esprit de « juridisme » froid qui s'y exprime  en maître inhumain, ce qui est bien naturel (!), mais qui aurait dû, en l'espèce, selon tel avis d'expert, amener la Cour à se déclarer incompétente. Que l'Italie moderne fût chrétienne, les accords du Latran en 1929 l'avaient établi ; mais en 1984, un nouveau concordat est signé avec un protocole additionnel qui permet, par une loi de 1985, de dénoncer la « catholicité » de l'Etat italien, en sorte que - par le biais d'un arrêt interprétatif (en 2000) de la Cour constitutionnelle italienne -  toutes les religions ont désormais droit à la même considération, « sans attacher d'importance au nombre d'adhérents, ou à l'ampleur des réactions sociales lors d'une violation des droits de l'une ou de l'autre ». - Qu'est-ce qui me paraît bâiller dans ce juridisme bien hermétique ? La négation du passé. Quand une loi est abrogée, on n'y fait plus référence, certes. Mais quand une religion cesse d'être la religion maternelle dans une contrée, peut-on faire comme si elle n'était pas celle de notre mère ? N'ai-je plus le droit d'afficher sur mes murs les photos de ma mère et de mon père bien-aimé, et les paysages et les objets qu'ils aimèrent, et Celui-là qu'ils prièrent dans leurs détresses intimes et remercièrent dans leurs victoires, Celui-là que, moi aussi, vieil homme, paysan de mon pays ! moi qui ne suis pas mort, attendez un peu, Celui-là que j'aime toujours... - Lui ne dérange personne, vous savez, pour Lui il n'y a ni bons ni mauvais mais des êtres humains tous adoptés comme ses enfants...