26/12/2009

Bonne année

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Oui,  

mes vœux, les voici écrits par un autre : je les vole pour vous les offrir

de tout cœur. Ils ne sont pas autre chose que l'exaltation de la vertu de gentillesse, dont j'ai parlé plusieurs fois... dont je ne suis pas le meilleur exemple, on ne se refait jamais en entier...  dont les églises sont les chantres ces jours-ci, avec les anges dans nos campagnes, et les sourires avec les pleurs qu'on découvre, émerveillé, sur les visages qu'on croyait quelconques. Quelconques et indifférents parce qu'on ne les avait pas, ou pas  assez, ou plus regardés pour ce qu'ils sont : visages des enfants qui nous sont nés, des fils et des filles qui nous sont donnés, répliques de ce Fils unique dont l'image...

 "Malgré tant de péchés poursuit nos coeurs..."      

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24/12/2009

Le 7ième verset

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Je ne suis guère suspect d'avoir un « boentje » pour l'évêque de Namur (c'est une faiblesse de cœur, en dialecte de Bruxelles). Cet homme est le symbole de solutions « dures » là où Jésus fut la clémence même ; en même temps il est d'une souplesse de chat pour plaire à ceux qui lui importent : le pape qui l'a fait sacrer, les médias qui en font un sacré clown côté Eglise, pas loin Clin d'oeildu ministre Daerden côté Etat. Sûr de lui comme s'il avait assisté à la création du monde, il tranche avec facilité de questions complexes, en négligeant tous les angles de vue qui ne sont pas le sien. Je pense qu'il met ainsi en péril de braves gens qui souffrent et se fient à lui, alors qu'il est plus habile à mutiler qu'à guérir ! Relisez son « Jésus et ton corps » (!). Sous-titre : « La morale sexuelle expliquée aux jeunes », 1ère éd. 1988.  C'est soufflant de naïveté. - Mais ça, c'est la morale. Pour l'exégèse et la compréhension de l'Ecriture, celle du dogme aussi, l'homme est intéressant. Longtemps prof d'univ comme fut Joseph Ratzinger, il explique bien. Il vient de réaliser un petit clip de Noël  que je vous invite à consulter. Ça vous changera des banalités.

Noël Bois d'olivier de Bethléem

Il joue là, pas trop mal, le grand papa avec des enfants intrigués, et, mine de rien, va leur livrer une méthode de lecture très riche. A eux et à nous. En quelques minutes,  il situe historiquement le grand texte de Noël (Luc, ch.2), et très vite isole dans le passage un seul verset, le 7e. Une portion de verset, même : située entre « elle accoucha » et « parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes ». L'auditeur ne s'en doute pas, mais cela sera suffisant à l'exégète pour nous faire découvrir un monde. C'est un fragment double qui va nous être illuminé : l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire.

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Pour la plupart des fidèles (moi compris), ce n'est là que la succession ordinaire d'actions suivant l'accouchement, avant l'arrivée des bergers. Mais André Léonard regarde ces mots, nous les fait regarder comme ils ont été choisis par Luc, selon un récit antérieur de Marie, peut-on croire. Il ne s'agit pas de véracité historique : même rêvés par Luc, ces mots diraient ce qu'ils disent avec évidence et qui nous est offert par l'Évangile. 1. Emmaillota, entoura jesus-descendu-croix-remis-mere-26de bandelettes, comme ce fut la manière de faire autrefois quand le bébé apparaît, et quand Jésus fut mis au tombeau. Cette naissance annonce d'abord une mort. Immédiateté du christianisme. 2. Dans une mangeoire : ce Jésus donnera son corps à manger, à la Cène, avant sa crucifixion. Eucharistie, le cœur du christianisme. Oui, dans l'exégèse sacrée, les textes s'expliquent les uns par les autres. A propos de la Visitation de Marie à sa cousine, « Christian » en a fait récemment une autre démonstration, allez voir. Pour ma part, comme j'ai salué sur son site l'herméneutique du Parisien, par ailleurs défenseur contre quiconque (dont le pape) des homos méprisés, je salue ici celle du Namurois, par ailleurs, hélas ! thuriféraire du totalitarisme romain contre les chrétiens attachés à leur liberté d'enfants de Dieu.

08:00 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

21/12/2009

Signes quand on y croit

Vers Bethleem

 

    Curieux moment : les vacances scolaires survenues dès le samedi 19 donnent l'impression que Noël est là, que dimanche verrait sa célébration. Mais « liturgiquement », nous sommes toujours dans l'attente. Personne n'est encore né, même si les hôtelleries, et jusqu'aux gares, sinon les étables ! sont déjà pleines de voyageurs tracassés et de SDF transis. Quelle place pourront encore trouver, la nuit de jeudi soir, un  étranger de passage et sa jeune femme enceinte jusqu'aux yeux ?

c était pire le 20-12-2009 à 10h30 

Ils trouveront bien. Quand les temps seront venus. Je raconte entretemps l'histoire qui m'est arrivée hier dimanche. La neige toute-puissante m'a forcé à aller à pied de chez moi à la cathédrale, où l'on m'attend pour la messe de 11h30.  C'est pas la porte à côté, ça monte et ça descend , ma voiture est bien là, mais ensevelie sous la neige, il n'y a pas  d'épandage sur les rues. Et aucun bus. J'ai peur, je l'avoue. Le risque de chutes. A l'âge que j'ai, elles sont toutes mauvaises, la nature devenant paresseuse à son  travail de restauration. Premier « miracle » : alors que j'ai failli m'étaler trois-quatre fois, dont la plus dangereuse dans les escaliers du passage Madou, ça finit par aller, j'arrive à temps. Spectacle inhabituel : il n'y a quasi personne ; sur les 600-700 paroissiens habituels, moins de cent ont pu défier les éléments. Du coup les gens se regardent, souriants comme des naufragés. On s'ébroue, on se serre la main, on s'embrasse.  Fraternité. - La messe est douce. A côté Olivier Berten - imagesCAY6YG0Fd'Olivier Berten, le magnifique baryton professionnel qui dirige les chants, je suis seul à « servir ». Tout à la fois seul acolythe, et seul lecteur. J'y songe tout à coup : ces deux fonctions font partie de ce qu'on nommait les « ordres  mineurs » quand  j'y ai été « ordonné » le 2 août 1960 par l'archevêque jésuite de Calcutta, de passage à Louvain. C'est ce double ministère que j'exerce aujourd'hui, au sens propre, avec tout mon cœur. Ce que je pensais être un rite de passage était donc un ordre de mission...

 eucharistieangelico

    D'habitude, je donne la communion au pied de l'autel ; aujourd'hui,  je demande à « Lucie », l'amie chère toujours présente au poste, d'échanger nos places, pour que j'aille offrir le Corps du Christ aux assistants du fond, qui sont moins réguliers. Il n'y a aucune raison pour que je demande ça. Qu'est-ce qui me pousse ? Dieu, qui d'autre ? Dieu va me faire rencontrer face à face, alors que je tiens le ciboire, un de mes rares « ennemis.» Quelqu'un à qui je n'ai plus parlé depuis 1994, que je n'ai plus vu depuis 1996. Ennemi : ne devrai-je pas dire plutôt adversaire ? Mais nous étions plutôt camarades. Nous avons enseigné quarante ans dans la même Ecole ; il a mon âge, j'ai de l'estime intellectuelle pour lui, il en a pour moi, c'est sûr, et syndicalement nous avons fait les mêmes choix. Mais voilà, nous nous sommes brouillés. Pour des raisons qui nous importèrent alors et qui sont aujourd'hui comme des songes - Mais vous n'êtes pas nos juges, lecteurs ! Comment condenser pour vous ? Lui fut et est resté un professeur de haute tenue ; j'ai été hissé sans le vouloir  à un pouvoir difficile que j'ai assumé avec vaillance. Quelque chose entre nous n'a plus fonctionné. Une rencontre de réconciliation - organisée par nous alors -  a tourné au drame.

 Face a face

J'ai dans mes papiers quatre pages datées du 8 décembre 1994, dont je vous livre la fin. Vous pourrez y moquer le soupçon de grandiloquence où je tombe volontiers, mais il n'y a pas que cela.. « J'ai, en terminant cette lettre, la bouche remplie d'amertume. Est-ce ainsi que nous avions vécu, toi et moi, puisque c'est ainsi que nous finissons ? Il se peut. Censément experts en communication, nous nous sommes déchirés avec minutie et continuité. Et nous ignorons l'usage des processus de réconciliation dont les gens ordinaires ont l'heureuse grâce. On n'y fera rien : pour nous, il est trop tard. J'espère que nos successeurs seront plus heureux. Je te laisse donc, et me laisse à la miséricorde de Dieu. » 

C'est bien cette miséricorde qui l'a mis là, lui, dans la file. Et quand je le vois, je suis pris, l'hostie en main, d'un grand tressaillement. Il sourit. Je dis tout bas, à qui ? sans réfléchir, « pardon ! » et à voix claire, « le corps du Christ »... Après la messe, il vient me trouver à la sacristie. Nous reprendrons contact après les fêtes...  

17:01 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

17/12/2009

Les enfants d'Irlande, 2.

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       Le 11 décembre, le Saint-Siège a remis à la presse un « Communiqué sur l'Irlande », très significatif. Par ce qu'il dit, et par ce qu'il ne dit pas. Le sous-titre, plus long, mentionne une réunion sans rien dire de l'objet, mais indique les trois protagonistes :  « Communiqué sur la rencontre du Saint-Père avec les représentants de la Conférence épiscopale irlandaise et les chefs de dicastère de la Curie romaine. »  Sachant ce qu'on sait, on est attentif. Le chrétien qu'on est s'apprête à prendre sa part de l'humiliation de la « famille ». A expier quelque part ; mendier un pardon, décider une réparation. Ce communiqué doit être une confession publique de leurs fautes par les trois autorités hiérarchiques, car elles communient dans la responsabilité des attentats sexuels sur enfants commis par leur clergé et couverts par eux. Trois autorités sont concernées, en effet, et les voilà ensemble ! L'épiscopat local, l'épiscopat de Rome dont la juridiction est universelle, et l'épiscopat curial auxiliaire de l'Evêque romain, ci-inclus le supérieur de la congrégation des évêques. Mgr Ratzinger lui-même est concerné. Songeons que le 18 mai 2001, c'est lui qui a modifié la discipline jusque là en vigueur pour revendiquer la  compétence du Saint-Père dans les cas d'abus sexuels du clergé (vérifiez ici, c'est en latin...).

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                Dans les Etats ordinaires, qui sont plus démocratiques que chrétiens, dommage pour eux ! un ministre sous la responsabilité duquel des scandales se produisent démissionne.  Deux ministres, le cas échéant, et le chef de la police en plus ! quand on est en Belgique et que Dutroux parvient à s'échapper quelques heures dans les bois de Neufchâteau... Au Vatican, c'est la faute à personne. Personne, personne ne demande pardon. L'épiscopat local, certes, on le sent bien, comme l'âne de la fable, est destiné à être « le pelé, le galeux » par rapport aux deux autres partenaires. Sans doute qu'il ne perd rien pour attendre. Mais déjà le Pape et ses Hommes ont relevé la tête, eux. Ils sont maintenant bien informés, ils sont convenablement bouleversés, comment était-ce possible ? Ils calment les esprits, ça n'arrivera plus, on mettra plus de caméras de surveillance, on renforcera les règlements,  et les voilà qui mènent la procession qui va prier le Seigneur. Pour qui ? Pour quoi ? Pour que leur domaine subisse l'orage sans trop de casse. Mais les victimes, est-ce qu'on va les aider, les dédommager ? On priera aussi pour elles, n'est-ce pas !

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    Lisez. C'est distingué. Le vide poli, et sans cœur. Ça vient du Vatican, selon le journal La Croix ; qui a besoin du "Dir.Com" Lombardi pour cacher sa gêne. On peut aussi admirer le chef-d'oeuvre compassionnel, si on la coeur à ça. Ma citation est intégrale. Huit paragraphes cisélés.  « • Aujourd'hui, le Saint Père a tenu une réunion avec les principaux évêques irlandais et de hauts responsables de la Curie romaine. Il a écouté leurs inquiétudes et discuté avec eux des événements dramatiques présenté [sans s ?]  par la commission d'enquête irlandaise dans le Rapport sur le diocèse catholique de Dublin. • Après une étude attentive du rapport, le Saint Père a été profondément perturbé et bouleversé par son contenu. Il souhaite une fois de plus exprimer son profond regret pour l'action de certains membres qui ont trahi leurs promesses solennelles à Dieu, autant que la confiance qu'avaient placé en eux [sans e] les victimes et leurs familles, et la société dans son ensemble. • Le Saint Père partage l'indignation, le sentiment de trahison et la honte ressentis par de nombreux fidèles en Irlande, et s'unit à eux dans la prière en ce moment difficile dans la vie de l'Église. • Sa Sainteté demande aux catholiques en Irlande et dans le monde de se joindre à sa prière pour les victimes, leurs familles et tous ceux qui ont été touchés par ces crimes odieux. •  Il assure tous les intéressés que l'Église continuera à suivre cette grave question avec la plus grande attention afin de mieux comprendre comment ces événements honteux sont arrivés et comment élaborer au mieux des stratégies efficaces et sûres pour éviter toute récurrence. • Le Saint-Siège prend très au sérieux les questions fondamentales soulevées par le rapport, y compris les questions concernant la gouvernance des responsables de l'Église, responsables au final de la pastorale des enfants. • Le Saint Père a l'intention d'adresser une lettre pastorale aux fidèles d'Irlande dans lequel il indiquera clairement les initiatives qui doivent être prises face à la situation. • Enfin, sa Sainteté encourage tous ceux qui ont consacré leur vie au service généreux des enfants à persévérer dans leurs bonnes œuvres, à l'imitation du Christ Bon Pasteur. »

 loup et agneau

Sur le fond de l'affaire, je parlerai plus tard. Peut-être : qu'en sais-je, après tout ? Mais je raisonne, comme tout le monde.  Il y a des cas inexplicables, sans doute, comme il y a des malades et des tueurs. Mais le retour permanent et régulier dans l'actualité de ce jeu mortel qui voit l'homme d'Eglise mettre en morceaux les petits frères que Dieu lui confie, ce n'est pas pur hasard.

J'apprends, ce soir, qu' à Noël, le pape ne célèbrera pas la messe de minuit à minuit, mais à dix heures du soir. A son âge, il doit veiller à la qualité de son sommeil. Selon ses deux ou trois archiatres. Consolamini, consolamini, popule meus, cito veniet salus tua...

16/12/2009

Une voix de nuit

Aline Dhavré Quai de la vie CD  R         

        Aline Dhavré... C'est l'un de ces auteurs, compositeurs et interprètes de chansons « à texte », comme on dit, qui portent à travers la francophonie les nouveaux témoignages  d'une poésie vraie, liée à la vie, aux travaux, épreuves et demi-succès des gens ordinaires, à leurs colères froides, à leurs chaudes nostalgies. Chansons dès l'origine orientées à gauche, bien sûr, parce qu'on avait alors l'espérance forte du progrès en marche, ce qui amenait à vivre avec sérénité des expériences de privation, de vie sans luxe qui n'étaient pas sans joie. Cette gauche-là était plus lyrique que belliqueuse, s'emparant des mots plus que des armes. Anciennement il y eut Ferré, bien sûr, campant les poètes, « ...de drôl's de types », Anne Sylvestre cornaquant les femmes dans leur lutte pour le libre choix en matière de grossesses, « Non, tu n'as pas de nom », Leclerc et Charlebois, « Quand les hommes vivront d'amour »... Ce beau courant de la grâce des mots, tout récemment, a muté avec le slam, où la mélodie s'est amuïe tandis que le rythme se renforçait. Témoins Grand Corps Malade, et Abd al Malik. Aline Dhavré, elle, est restée fidèle à la chanson française, paroles et musique... Tant mieux pour moi !

 Aline Dhavré Quai de la vie CD verso

                J'en parle ici, ayant eu l'occasion de goûter son dernier CD, « Quai de la vie » et singulièrement une chanson « écologique » que vous pouvez entendre ici, La première friandise (c'est le miel). Dommage que je ne puis vous faire entendre les deux plages du CD que je préfère : l'une est Douce Illusion, sur un essai obstiné de communication dans le temps et entre les sexes, et un pudique Fait d'hiver. « Une voix caresse... », écrit Francis Chenot, « pour porter ce cri, venu de l'intérieur, ce cri qui est le nôtre, celui d'hommes ou de femmes qui veulent vivre debout dans la lueur vacillante d'une utopie à toujours réinventer. » Julos Beaucarne, lui, n'avait besoin que d'un mot pour caractériser ses chansons : « Du lin. »

18:04 Écrit par Ephrem dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2009

A paraître au Moniteur belge

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Réunie à Bruxelles le 28 janvier 2008, sur proposition de son Conseil d'Administration,l'assemblée générale de l'ancienne asbl Fondation Bruno Mersch constituée de neuf membres a décidé à l'unanimité des huit membres présents et représentés la dissolution de l'association. 

Son patrimoine est alors constitué d'un dossier-titres de 69 sicav « Act Dexia Bonds Euro Cap » évaluées à 806,72 euros chacune, et d'un compte d'épargne de 314,17 euros. L'assemblée décide d'affecter le tout, à égalité pour un tiers chacune, à trois asbl dont l'objet social est proche du sien, déduction  étant faite des frais causés par la dissolution et la liquidation. Ces bénéficiaires sont 1°  l'asbl « Aide aux Patients Immuno-déficients  ou A.P.I», c/o Hôpital Erasme, route de Lennik, 808n à 1070 Bruxelles ; 2° l'asbl « Action Damien », boulevard Léopold II, 263 à 1081 Bruxelles ; 3° l'asbl Médiathèque de la communauté française de Belgique sous la condition suspensive que celle-ci fasse une proposition  visant à perpétuer le nom « Bruno Mersch », et qui ait l'accord du liquidateur.

L'assemblée désigne comme liquidateur Maître Alain Govaerts, jusqu'ici secrétaire de l'asbl, qui accepte. Il aura la charge de payer les dettes éventuelles, verser les actifs et clôturer les comptes.

A l'issue de la réunion, la démission de M. Jean-Marie Beauloye comme administrateur et membre est acceptée.

 Br 1985 a

Réunie une deuxième fois à Bruxelles le 13 décembre 2009 à l'initiative du liquidateur et du président, l'assemblée générale de ladite « Fondation Bruno Mersch » en liquidation enregistre la démission de Jean-Jacques Gadeyne. Tous les membres étant alors présents ou représentés, elle  entend le rapport qui lui est fait par le liquidateur. L'institution d'une collection Bruno Mersch à la Médiathèque est justement appréciée. L'assemblée  enregistre avec satisfaction les trois dons de 18.500 euros chacun faits aux trois asbl choisies en janvier 2008 ; et elle  décide d'affecter à la seule asbl « Aide aux Patients Immuno-déficients » c/o Erasme le solde de 1.295,87 euros, à quoi seront ajoutés les intérêts à échoir et dont seront retranchés les paiements divers afférents aux opérations de clôture. Le liquidateur reçoit quitus pour sa mission, avec instruction de la terminer dans le mois.

Br 1986 a 

La vice-présidente Dominique Gérard-Mersch et le président Freddy Laurent expriment enfin leur gratitude pour  l'ancien trésorier et le liquidateur actuel dont le travail a été entièrement bénévole. Et ils redisent  leur attachement à ceux qui furent si généreusement attachés à leur frère et ami, tous ces membres présents et passés de l' « asbl Fondation Bruno Mersch » , ce jour éteinte.

                                                                                                                                 .

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10/12/2009

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement

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       En 1977, Roland Barthes (+1980), le grand écrivain, perdait sa mère, à laquelle il était attaché passionnément. Le vieil enfant qu'il était aussi ne s'en remettra pas. Il ne parvient pas à « hystériser » sa perte, écrit-il (p.94, p.100, p.138 de l'œuvre dont question), çàd à l'exprimer, à s'exprimer et, s'exprimant,  survivre. Pendant deux ans, il rédige ce qui l'on édite aujourd'hui  sous le nom de Journal de deuil. C'est le rassemblement de fiches souvent brèves ; plus de trois cents. Datées : donc moins un jeu de cartes funèbre qu'un lent chemin de croix... Non, pas ça non plus. Winterreise, plutôt, et même « au bout de la nuit ».  Expérience du Noir, du Noir où tu es, où tu n'es pas, où j'apprends qu'il n'y a personne, pas même moi.

mon savoir 

       Ainsi, le 7 décembre 1977  (p.88) : « Maintenant, parfois monte en moi, inopinément, comme une bulle qui crève : la constatation : elle n'est plus, elle n'est plus, à jamais et totalement. C'est mat, sans adjectif - vertigineux parce qu'insignifiant (sans interprétation possible). Douleur nouvelle. »

Et le 1er mai 78 (p.130) : « Penser, savoir que mam. est morte à jamais, complètement (« complètement » qui ne peut se penser que par violence et sans qu'on puisse se tenir longtemps à cette pensée), c'est penser, lettre pour lettre (littéralement, et simultanément), que moi aussi je mourrai à jamais et complètement. [A la ligne] Il y a donc, dans le deuil (celui de cette sorte, le mien), un apprivoisement radical et nouveau de la mort ; car, avant, ce n'était que savoir emprunté (gauche, venu des autres [ou : des arts ? la graphie est ambiguë], de la philosophie, etc.), mais maintenant, c'est mon savoir. Il ne peut me faire guère plus de mal que mon deuil. » 

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      J'aimais en Barthes l'homme que sa sensibilité exposait à l'ironie des intellectuels de carrière, dont il se protégeait par l'idiolecte des cuistres. Ce homard à l'abondante  chitine était aussi un bon théoricien de la communication : ses travaux ont accompagné et orienté ma vie professionnelle. Il y a pourtant, entre sa douleur et celle qui fut la mienne, ce jour, même, autrefois, un abîme infranchissable.

 « J'attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir. A bientôt, frère ». Ainsi se terminait le faire-part qu'en 1990 j'ai publié lors de mon deuil à moi, dans la presse belge. Vous le savez... La foi au Christ, aîné d'une multitude de frères qu'Il introduit à sa suite dans l'intimité divine pour la vie éternelle, je l'ai reçue comme le soleil à mon berceau, et, devenu homme, je n'ai cessé de m'éclairer à sa lumière. Devant la mort elle m'éblouit. « Il y a donc, dans le deuil (celui de cette sorte, le mien), une répudiation radicale et ancienne de la mort » - qui n'est pas savoir (que sait-on jamais, Roland ?) mais croire.

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05/12/2009

Cruauté de prêtre et beauté de Dieu

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     Hier, acheté le livre de confidences, de Gottfried Danneels, notre cardinal qui s'en va, indulgent, magnifique et familier, le fardeau bientôt posé. Deux extraits, que vous ne trouverez pas ailleurs, je crois. C'est de l'enfance qu'il s'agit, l'enfance d'un homme qui très tôt est livré aux prêtres, et plus tôt encore, est séduit par Dieu.                

... "J'avais un an d'avance sur le reste de la classe, mais je suivais la catéchèse avec eux. Le curé [de mon village] avait une dent contre mon père parce qu'il avait refusé que je sois acolyte. Il trouvait que j'étais encore trop petit pour me lever si tôt le matin. Et le prêtre s'était dit qu'il allait pouvoir ennuyer l'instituteur [mon père] en se vengeant sur moi ! De manière un peu pernicieuse ! Il m'avait laissé participer à la catéchèse pour la confirmation mais, un mois avant le grand jour, il est venu me trouver pour me dire qu'il ne savait pas encore si je pourrais être confirmé parce que j'étais trop jeune. Il allait donc, avait-il ajouté, le demander à l'évêque. Deux ou trois semaines plus tard, je lui ai demandé s'il avait reçu une réponse. Et le curé de me répondre par la négative. Pire, la veille du jour de la confirmation, il me disait encore qu'il n'avait toujours pas reçu de réponse. Alors, très inquiet, je lui ai demandé ce que je devais faire. Il me répondit que je devais venir et m'installer tout au fond de l'église. Lorsque l'évêque ferait son entrée dans l'église, le curé lui aurait alors demandé si je pouvais être confirmé. Et à son tour en passant par la grande nef, il m'aurait dit si oui ou non, j'allais recevoir le sacrement de confirmation. J'étais là, dans l'angoisse, mon petit cœur battait la chamade. La vérité était que le prêtre n'avait évidemment rien demandé du tout à Monseigneur. Et quand il est passé près de moi, il m'a dit que je serais confirmé, mais en tout dernier lieu, à la fin de la cérémonie !   J'ai raconté tout cela à mon père mais il était visiblement déjà au courant. Et alors qu'il faisait preuve d'une loyauté absolue à l'égard de l'institution, il m'a dit: «Écoute fiston, l'Église elle durera plus longtemps que les curés ... » Mais ce curé avait tout de même mis le couteau sur la gorge d'un petit garçon dont il savait qu'il était très sensible, du moins à l'égard de ces choses-là ...

 gdanneels enfant parmi d'autres 

     A la page suivante, un des journalistes l'interroge sur la précocité de son rapport à la liturgie, dont le sens est, chez lui, si fort. Sur sa "fascination". Réponse du Cardinal : tout un récit initiatique. Qui réveillera sûrement chez d'autres un souvenir parallèle... - Oui, il y avait de la fascination pour quelque chose dont je dirais aujourd'hui que cela n'en valait guère la peine. Évidemment, la liturgie vaut toujours que l'on prenne du temps pour elle, mais il y avait la manière! Et là, c'était vraiment très pauvre. Mon père aimait la liturgie, mais elle était de piètre qualité à la paroisse de Kanegem. Ni le curé, ni le vicaire n'étaient en fait des spécialistes. Reste que mon père avait l'habitude pendant la Semaine sainte d'expliquer aux élèves ce qui se passerait chaque fois le lendemain, le Jeudi saint, le Vendredi saint, le Samedi saint ... il y consacrait la dernière demi-heure des cours bien que personne ne s'y rendait quand même jamais. Le Vendredi saint, il détaillait ce qui allait se passer le lendemain à l'aube, pendant la Veillée pascale. En fait, cela se passait très tôt le matin, dès cinq heures, et donc pas le soir comme c'est le cas de nos jours [La réforme est de Pie XII en 1951]. Tout y passait: le feu, le cierge pascal, la profession de foi, l'eau baptismale. Une année, en rentrant à la maison, j'ai dit à mon père que je voulais y aller le lendemain matin. Il m'a répondu que je ne pouvais pas parce que j'étais trop petit. Mais je continuai à insister, quatre, cinq fois ... alors ma mère lui a demandé "à quoi cela servait de donner toutes ces explications si l'on ne pouvait quand même pas s'y rendre". Finalement, mon père a cédé, mais il a dit qu'il ne se lèverait pas lui-même. J'avais donc dû mettre mon réveil à quatre heures et demie du matin. Il faut se rappeler que l'église n'était qu'à cinquante mètres de la maison. Je me suis donc levé à l'heure dite et suis allé à l'église alors qu'il faisait encore noir. Quand je suis entré dans le lieu de culte, il n'y avait au fond de l'église que le curé, le vicaire et le sacristain qui préparaient le feu. C'était impressionnant d'entrer dans ce vaste édifice à peine éclairé par le feu. Le curé, en me voyant, a dû penser que je m'étais enfui de la maison, mais il n'a rien dit. Il espérait probablement que je deviendrais acolyte après cela. Il m'a finalement dit d'approcher. Et j'ai donc été le seul paroissien à assister à l'ensemble de l'office avec le curé, le vicaire et le sacristain. Je ne puis pas dire que c'était beau, c'était même plutôt pauvre, mais j'avais vraiment été très impressionné par la succession de petits gestes comme allumer le feu, chanter devant un cierge dans l'obscurité, allumer progressivement les lumières et bénir les fonts baptismaux. Les fidèles n'arrivaient que vers sept heures du matin pour venir chercher de l'eau bénite.

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Cette cérémonie a eu une énorme influence pour moi, pour la suite de ma vie. Je répète que si je revoyais cela aujourd'hui, je trouverais cela très pauvre. Mais bon, il y avait autre chose que la présentation, la forme extérieure, l'enveloppe. J'ai ressenti ce que je vivais là comme quelque chose de sérieux. (...) il y avait une sorte de fluide ou un champ magnétique dans lequel j'avais été entraîné et je me disais qu'il y avait là quelque chose de l'ordre de l'invisible. Cette propriété de perception de l'invisible m'habite encore aujourd'hui.

Le reste du livre est de la même veine : cet homme se dit sans ruses, sans peurs, comme un père se dépouille de ses dernières pudeurs. Peut-être en garde-t-il une, que je devine avec respect. Il devait y avoir aussi le sentiment d'être choisi. D'être élu. Toute ferveur a là son secret : "Tu m'aimes le premier, c'est moi, le petit Samuel, rien du tout, que tu veux. Me voici" (1S 3,5). 

Réf. Godfried DANNEELS, Confidences d'un cardinal, entretiens avec Christian Laporte et Jan Becaus, coll. fidélité, Racine, 2009

01/12/2009

Dans l'oeil du cyclone

Bar Kaposi à Barcelone en 1984

 

    Les jeunes francophones du pays ont une « relation saine avec le sexe », dit une enquête récente. C'est-à-dire que le respect de l'autre semble à la majorité la valeur qui préside à leurs caresses. Durables ou non, les rapports amoureux sont perçus comme « lieux d'échange et de plaisir, où « la recherche consciente et volontaire du plaisir de l'autre est toujours à l'esprit. »

 Ant.de Caunes, in Têtu Ph A. Le Grand

     Etait-ce si différent dans les années 80 où Bruno et moi avons mêlé nos jambes, nos cœurs et nos destins ? Toute l'époque nous favorisait. Nous n'étions pas seuls au monde. Toute une société vivait comme nous, avec nous, en camarades, en frères, en sœurs, dans l'amour et la liberté. Etais-je, moi, plus farouche ? Un peu, oui, c'est ma nature ; si peu, au fond ! car notre culture poussait dans l'autre sens. Est-ce que Dieu de tout cela prenait ombrage ? Pourquoi l'aurait-il fait ? On L'aimait, lui aussi.

 ...quand notre corps nous quitte, nous trahit...

     Les pédés d'alors restent optimistes quand le ciel se couvre. Ils ont tellement lutté depuis Stonewall, en 69, pour faire bouger l'image négative que leurs proches  (parents, frères et sœurs, copains, en plus d'eux-mêmes) ont reçue du passé concernant leur orientation affective et sexuelle qu'ils ont fini par se croire prémunis contre l'antique malédiction. Ils s'épanouissent, avec des vertus d'inventivité, de démystification, d'originalité, de pitié, voire de piété, qui semblent leur être plus naturelles qu'à d'autres. Mais voici qu'un Mal parti des Etats-Unis, ou bien d'Afrique centrale, on ne sait trop, a paru les viser particulièrement. Le « cancer gay », ils en rient, d'abord, de quoi ne rient-ils pas ? Et ils vont entre eux  jusqu'à dénoncer un bobard lancé par des réactionnaires bourgeois et revanchards... Vous, vous  l'avez vu en ouvrant ce bloc, naturellement. Incroyable et authentique, le nom de ce bar gay de Barcelone, où nous dînions, insouciants et heureux ce jour d'été 1984, et dont j'emporterai la carte sans trop savoir pourquoi. L'enseigne est un défi lancé au Malheur, qui, lui, ne nous oubliera pas. Déjà l'un de nous deux est depuis un an, sans qu'aucun ne le sache, sous sa coupe.

 sidaction

Décembre. Premier du mois. Procession habituelle et ruban rouge... Mais le Malheur n'est plus fatal. Pré-  / servez- vous / et préservez / l'amour.  Le rythme est toujours combatif et je jette en défilant des regards complices vers le ciel noir. L'espérance, en moi, ne bouge pas. • /•/•••/••••/•• 

23:56 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |