09/01/2010

Dernière messe

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       Je crains que la messe d'adieu que le cardinal Danneels célèbrera tantôt (à 17 heures), à la cathédrale des Saints Michel et Gudule, rassemble moins de monde qu'on pouvait espérer. La neige, le vent, l'immobilisation du trafic routier... On verra bien.

J'ai beaucoup, beaucoup d'estime pour le pasteur qui va nous quitter. Estime, dis-je : le mot « affection » serait moins exact. Ce prêtre n'est pas de ceux qui eurent beaucoup à souffrir de l'Eglise, ni dans l'Eglise. Au contraire. Comme tous les bénis d'une association, il y a donc des réalités qu'il ne perçoit qu'avec son intelligence, abstraitement, sans que sa personne, son cœur, ou son équilibre interne en soit menacé. C'est qu'il était, bien sûr, un ex-premier de classe d'un système où, le diplôme en mains, il accède naturellement à la gouvernance, mais ça va plus loin : c'était surtout un garçon spontanément discipliné, donc rassurant. Quelqu'un qui aimait l'ordre : la passion n'est pas son affaire. D'où l'intérêt qu'il éprouvait pour la liturgie, la prière tranquille, l'application des codes. Il n'a jamais eu de revanche à prendre, tout lui a été donné, assez vite. Il n'a donc pas nourri dans son sein cette mystérieuse fureur rentrée, travestie en jovialité distinguée, cette duplicité habile, qu'on voit agir chez les prêtres de la fraternité St Pie X comme chez pas mal de cathos dits charismatiques. Godfried est un prêtre qui rend grâces, il magnifie le Seigneur. Léon Bloy n'est pas son cousin, ni Guido Gezelle. Mais sous son bâton pastoral, toutes les brebis sont bienvenues.

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Ce n'est pourtant pas un « homme de gauche », quelqu'un dont la foi aurait bougé sous les questionnements conciliaires. Il fut touché, oui, qui ne le fut ? Blessé, non, au contraire. Scio cui credidi. Première personne du singulier (2Tim,1, 12). Il n'est pas centré sur l' « interconvictionnel », comme on dit, et je crois savoir qu'il n'a pas su ou pu rencontrer sur leur terrain original des prêtres ayant évolué hors des sentiers traditionnels. Mais c'est aussi le contraire d'un traditionnaliste. Son refus de distinguer entre chrétiens constamment dociles (j'allais dire : gentiment...) et tous les autres dont la foi connaît des failles, ou dont les mœurs empruntent des chemins périlleux, n'a jamais été un aveuglement devant le vrai travail de sape à l'œuvre dans l'Eglise, celui  de la droite conservatrice. Cette droite dont la prière n'est pas adveniat regnum tuum mais reveniat !  et reveniat  regnum nostrum.

Benoit XVI 

Il y a dans son dernier livre une demi-page dont je recommande la lecture attentive (p.157) : « Il (= l'évêque traditionnaliste Bernard Fellay)  il dit qu'il veut une obéissance filiale à tout ce que dit le saint-Père. Et là, ils (les théologiens du pape) se sont probablement fait posséder [!].  Ils auraient dû mieux vérifier. Et amener les traditionnalistes à revenir sur ce qu'ils avaient dit auparavant. Ils auraient dû se positionner par rapport à leurs déclarations antérieures... Je ne suis pas convaincu qu'ils accepteront Vatican II. Et j'en viens à craindre qu'on fasse un texte tellement confus que tout soit possible et que l'on en vienne à dire que tout ce que l'Eglise a dit jusqu'à Vatican I était le vrai dépôt de la foi. Avec la conséquence que Vatican II n'aurait été qu'un beau sermon sur tout ce qui précédait.

 Et maintenant, le successeur ? André Léonard ? A 70 ans, il a ses chances, hélas. Pour cinq ans : le temps pour moi de mourir. « Ton royaume, Jésus, mon Seigneur, que Ton royaume advienne, comme Tu voudras. Je crois en Toi. Quoi qu'il arrive.» Même le pire. 

16:02 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Douceur pastorale Cathédrale archi-pleine, et des gens qui chantent de tout leur coeur, et un cardinal dont on sent le bonheur. Celui de déposer sa charge, de n'en rien regretter, d'avoir chaud parmi les siens. Pourquoi ai-je récusé tout à l'heure le mot d'affection pour ce prélat dont les paroles, à l'homélie, m'ont tiré des larmes ?

Écrit par : Ephrem | 09/01/2010

Il est parfois des gens que l'on aime plus que ce qu'on croit, plus que ce qu'on voudrait, plus que ce qu'on puisse penser!

Écrit par : cyril | 10/01/2010

Je pense que le Cardinal Danneels présente au moins deux des aspects essentiels pour un responsable d'église : un coeur largement ouvert et une foi très profonde. L'un et l'autre génèrent la confiance.

Écrit par : Palagio | 11/01/2010

Un sacré bon homme Sans être trop instruit sur le personnage et sa vie, mais juste pour les quelques apparitions télévisées et interventions (pacifiques et pacifistes) auxquels j'ai assisté; cet homme dégageait une réelle bienveillance. La religion catholique pour lui, ne devait pas jouer le rôle d'une belle-mère acariâtre ... rien que le fait d'"oser" déclaré cela en dit long sur l'aspect bienveillant du personnage.

Écrit par : Ben de Liège | 13/01/2010

Mgr Leonard ? Esprit intelligent, certes, mais tellement conservateur... Je suis vraiment inquiet.

Écrit par : Palagio | 14/01/2010

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