27/01/2010

Werther

Werther, Massenet, extr.1

 

       Belle soirée musicale, hier soir, avec l'opéra « Werther » de Massenet, sur Arte, en direct de l'Opéra Bastille à Paris. Je fais moins attention à la mise en scène de Benoît Jacquot, finalement peu inspirée, que je ne me pénètre, le casque aux oreilles, de cette musique encore follement romantique (elle est pourtant de 1892) mais déjà réticente aux arias au profit des motifs, des allusions mélodiques. Est pour moi délicieux le thème dit du « clair de lune », avec les jeux à l'orchestre du violoncelle et de la flute. Touché aussi, dans l'histoire, par la foi en Dieu qui alors est partout, comme la nature, comme un paysage qu'on ne remarque même plus, sauf ce fou, ce rêveur, cet adolescent prolongé qu'est Werther. Ah ! Cette certitude d'être de la famille divine ! Je m'y plonge voluptueusement, comme dans mon enfance.

 Werther

      Au cours d'un duo qui devient brûlant, Werther est congédié par Charlotte  « pour son repos »: elle l'aime, elle le découvre soudain, mais elle est mariée. Werther, alors  : « Ah ! c'est moi pour toujours qui me reposerai. » On est en fin du Deux. S'ébauche là-dessus, en si majeur, une méditation sur le suicide qui me trouble, tant elle est paisible, plausible aussi, sans chantage, comme on veut dormir. L'œuvre source originale, qui date de 1774, est une série de lettres de Goethe, proposée en roman épistolaire façon Nouvelle Héloïse de Rousseau, « Les souffrances du jeune Werther ». Succès littéralement effrayant : une épidémie de suicides suit la publication en Europe...  - Comment ça, épidémie ? - La « mode » du suicide induite par la douceur du livre fait tant de ravages que Goethe se culpabilise, qu'en 1775 il ajoute à une nouvelle édition :  « Ne suivez pas mon exemple. »

 Werther jonas kaufmann

     Au dernier tableau, Werther qui s'est déchiré la poitrine va mourir, en effet. A l'époque, l'Eglise refuse d'ensevelir en terre bénite les suicidés.  Il y pense, à la malédiction du clerc : « En détournant les yeux un prêtre passera. »  Et comme on le ferait aujourd'hui si l'Eglise n'avait pas changé sa discipline, il lui oppose le « sensus fidelium »  : « Mais à la dérobée quelque femme viendra / Visiter le banni / Et, d'une douce larme en son ombre tombée / Le mort, le pauvre mort se sentira béni ... »

 Werther mise en scène Benoit Jacquot

    Le metteur en scène, lui, a vu autrement le personnage de Werther, ce n'est pas sans portée : « Il représente l'impossibilité du lien amoureux dès lors que le sentiment est porté à l'extrême. Charlotte comme Werther sont en attente de qui répondra à un rêve préalable. Au moment où ils se trouvent, la situation n'est pas tenable, parce que c'est un rêve. » - Mais, je m'interroge. 1. Est-ce qu'un sentiment porté à l'extrême rend un lien impossible ? Pas vrai, selon ce que j'en ai expérimenté. 2. Le rêve de l'amour est-il préalable à l'expérience qu'on en a ? Hmm. Il  sort déjà de l'amour,  de la vie intra-utérine, de l'amour vécu avec la mère. Mais il s'accompagne d'autres rêves, qui le contrarient, le structurent aussi, et lui permettent de se réaliser pleinement, au contraire. Parmi ces autres rêves, Dieu. Le créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible, là, qui me regarde, qui attend. Au centre ou en marge, au front ou au cœur, mon Dieu. Dieu fait homme. « Pierre, m'aimes-tu ? » Me voilà loin de la promesse faite à une morte, de la respectabilité bourgeoise, de la fidélité au milieu dont on sort...  

14:13 Écrit par Ephrem dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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