30/01/2010

Jean Tordeur +

jean tordeur.

       

        Il est mort mercredi, on l'enterre aujourd'hui.  Deux « familles » qui semblent ne pas se connaître, aucune ne faisant référence à l'autre,  annoncent son décès chacune de son côté, dans la Libre  (et le Soir ?)... Et les deux citent de lui un texte différent sur le phénomène de la « disparition » qui l'a fasciné toute sa vie. La famille de Blaton, le 29 : « La présence est dans cette absence / Le règne dans ce dénuement / La parole au fond du silence / Dans cet arrêt, le mouvement » [1959]. Et la famille bruxelloise, le 30 : « Quand on aura sur nous tiré le drap / Et sous le sol couché nos apparences, / Enfin quittés par ce qui nous couvrait, / Dieu nous étant toute notre vêture / Quand on aura gratté nos impostures / Et déroché tout ce qui nous cachait,/ Femme, croyez, ce que je dis est vrai : / Nous entrerons dans l'unique aventure [1955]... C'est un de nos poètes, un vrai, qui ne joue pas gratuitement sur les sons et les rythmes : il a passé sa vie à interroger la mort comme un marin l'horizon. L'y voilà plongé.

bibl.Moretus 1952 

        Elle l'a beaucoup fait attendre, puisqu'il est né en 1920. Moi, j'avais 18 ans, et j'étais étudiant en Droit quand je l'ai rencontré, indirectement, en 52, à Namur, à travers ses Prières de l'Attente,  poèmes publiés chez Casterman en 1946 ou 47. Je trouve dans mon « journal » de l'époque huit vers de lui recopiés lors d'une de ces après-midi  passées à la bibliothèque Moretus des Facs, où j'allais tous les jours vers 17 heures découvrir et transcrire de quoi m'enchanter. Ainsi ce poème intitulé « Dormeuse », dont je commente sur mon cahier l'évidence sans signaler le sens enfoui :  « J.T. est étendu près d'une femme jeune qui dort d'un sommeil qui, tout à coup, se trouble : gestes de peur... » 

 jean tordeur hier

       

O Douce. Déjà triste au seuil de la journée./ Je lève près de toi la coupe que j'ai bue. / J'accompagne ta peur sur la route inconnue, /J'allonge près de toi ma douleur commencée.

Joyeuse enfant nocturne, entre dans les ténèbres./J'entoure de mes bras ton épaule fragile. /Voici pour tes yeux clos qui désertent leur île / Mon visage, masquant l'angoisse où tu vas naître...

17:40 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

pouvez vous preciser vos rencontres avec jean tordeur?
nicole hellyn

Écrit par : nicole.hellyn | 09/03/2010

Je l'ai rencontré indirectement, en 52, à travers ses 'Prières de l'Attente', comme un peu plus tôt, à traves ses 'Contemplations' j'avais rencontré Victor Hugo...

Écrit par : Ephrem | 09/03/2010

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