15/02/2010

Jérémie, Paul et Luc

carnaval site jan van brugge

 

    

          Ce 14 février 2010 n'est pas quelconque : s'y rencontrent et se mêlent trois choses. D'abord la fête des amoureux, chère à tous, mettant quelque chaleur dans un hiver si froid qu'on y accepte, sans rechigner, l'édredon commercial ! Puis le carnaval, compensation transitoire des inhibitions sociales ordinaires : ainsi s'explique, disent les sociologues, l'exhibition publique programmée, où les appétits cachés, les débris d'un commun folklore, et les masques chers à la folle enfance se montrent ingénument, sans que grince l'importune culpabilité. Enfin, inattendue ici et discrète, la liturgie de ce dimanche se pose en bonne mère. A lire les antithèses tranchées de Jérémie, de Paul et de Luc, on aurait pu croire qu'elle jouait les intransigeantes. Mais le ton des lecteurs, et l'homélie du Père Bernard Pottier, où ces « malédictions » étaient expliquées comme des lamentations, empêchaient assez les malentendus. Et nous envoyaient dans le bureau du philosophe plutôt qu'au tribunal. Qu'est-ce qui nous prend, amis, de reléguer au rayon des illusions le bonheur de faire confiance à Dieu ? Paul, lui...

 Rembrandt-pelerins-emmaus-jacquemard

           Je vais le citer. Paul ici est génial. Précis. Moderne. C'est le passage 15, 12-20 dans la 1ère lettre missionnaire qu'il envoie aux néophytes de Corinthe, chez qui il est resté un an et demi. Ce passage est résumé comme suit - sans altération -  par le texte lu à la messe : « Frères et soeurs, nous proclamons que le Christ est ressuscité d'entre les morts [= c'est le cœur de l'enseignement apostolique, la lettre l'a déjà dit]. Alors, comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n'êtes pas libérés de vos péchés ; et puis, ceux qui sont morts dans le Christ... sont... perdusSi nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre des hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être, parmi les morts, le premier ressuscité. » Je reviendrai plusieurs fois là-dessus, au cours du Carême. « Perdus... »  : j'entends encore ce mot détaché par Pierre du reste de la phrase... Que nos amours et nos amis soient à jamais... soient "du" néant, accepter ça, c'est reléguer définitivement, au rayon des illusions,  le bonheur de faire confiance à Dieu. C'est le Désespoir, avec quoi rien ne peut subsister. Plus de Dieu, surtout pas de Dieu.

 Egon Schiele Vienne 310171

                                    Je tiens à titre personnel que c'est d'avoir sous-estimé l'enseignement de la Résurrection, en le métaphorisant et l'idéalisant, en l'évidant de sa réalité « à prendre ou à laisser » pour l'emplir d'une conceptualisation arbitraire, issue d'un habitus critique, que le Concile Vatican II, cet arbre magnifique planté par le pape Jean « au bord des eaux », a porté des fruits décevants. Il y en eut de colorés et juteux,  qu'on a pu manger avec joie. Mais pourquoi y eut-il si peu de mangeurs, bientôt, et toujours moins de repas ? Réponse : moins d'appétit, parce que moins de saveur. Je crains qu'on n'ait retiré du festin son plat de consistance : la résurrection du Christ, « premier d'une multitude de frères » ; partant, la résurrection des morts. On a au moins discrédité son statut, devenu discutable, flou, incertain - et enlevé à la Foi chrétienne son attrait souverain. Lien de la Croix et de la Résurrection : lien de la Résurrection et de la Croix. Mais les clercs en remettent si volontiers dans le symbolique ! Ce qui doit être doctrinal et exégétique, on en fait si aisément du "sentimentique" et du "poétal". « La foi, vous ne savez pas ? c'est donner du sens. » A quoi ? « A la vie quotidienne. » Ai-je besoin du Christ pour ça ? « Oui, enfin non, mais oui, oui, pour le sens... » Un porte-parole épiscopal expliquait récemment que la résurrection s'expérimente tous les jours, quand nous reprenons courage après une épreuve. Un autre que c'est sur cette terre que nous rencontrons le Christ, quand nous rendons service. Serais-je le seul à me déclarer trompé, quand je lis des propos comme ceux-ci sur le site d'une paroisse canadienne ?

19:17 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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