22/02/2010

La foi du charbonnier

angelus_de_millet

 

   La plupart des chrétiens qui se disent tels, s'ils ne sont pas prêtres ou philosophes, n'aiment pas discuter de leur foi. Ce n'est pas manque d'intelligence, mais gêne devant l'intellectualité. Si on insiste, ils la caractérisent d'un déterminant célèbre : « la foi du charbonnier. » Façon de dire leur difficulté à s'expliquer sur une adhésion dont ils perçoivent mal le contenu,  encore qu'elle soit, chez eux, sans réserve.

diable 

    Dans le dictionnaire universel de Furetière (1690), j'ai trouvé une histoire bizarre, éclairante et drôle ! qui m'a donné à penser. Comme une définition de la foi populaire. Un jour le Diable, voulant tenter un malheureux charbonnier, lui demanda quelle était sa croyance. Le misérable répondit : « Je crois ce que l'Église croit. » Le diable le pressa : « Et à quoi l'Église croit-elle ? » Réplique de l'homme : « Elle croit ce que je crois ». Le Diable eut beau insister, il n'en tira rien d'autre ; ce qui l'amena à se retirer, « confus ».

 Trevoux sJ

[Parenthèse (vous pouvez sauter le paragraphe) :1. dans divers ouvrages antérieurs, curieux de linguistique, le diable est remplacé par le Cardinal jésuite Hozjusz, un des présidents du Concile de Trente. La réponse était alors saluée comme venant du Saint-Esprit... 2. Par ailleurs, on apprend qu'un certain Drelincourt, pasteur calviniste, fait observer que le diable (ou le cardinal) « n'était pas des plus fins ; parce qu'autrement il aurait demandé au charbonnier, qu'est-ce que toi & l'Eglise croyez ? et alors le charbonnier n'aurait su que répondre. »  3. Finalement, dans le dictionnaire de Trévoux (édition 1734), on tombe sur ce jugement d'époque, censé conclure : « La raillerie de ce Ministre Calviniste est fade (...); car le Charbonnier eût répondu à la question du Diable de Drelincourt s'il la lui avait faite : "Je ne suis pas obligé de savoir en détail tout ce que l'Eglise croit. J'en sais ce que j'en dois savoir, et pour le reste je le crois dans la foi de l'Eglise, disposé à faire un acte de foi sur chaque article en particulier, quand il me sera proposé à croire" » ]

 Don-Quichotte

       Ce qui est dit par cette histoire, et qui est souvent juste, est que la foi n'est pas, à son origine,  une affaire individuelle : elle est reliée consciemment ou non à un groupe, une famille. Quelle famille ? La sienne, pourvu qu'elle ne vous dévalorise pas. Dernière citation, trouvée chez un certain Mathias Maréchal , dans un texte de 1615 : « Il me souvient qu'un gentilhomme, mon camarade dans les armées, où nous étions volontaires, ignorant de tout, fors de la profession des armes qu'il savait fort bien et pratiquait vaillamment, s'il se trouvait qu'on disputât de la Religion, il n'usait d'autre argument, sinon « que ses père, aïeul, bisaïeul, et trisaïeul, étaient inhumés en l'église de sa paroisse ; que sur leurs tombes étaient gravées des croix, des images de Saints, des épitaphes, invitant à prier pour leurs âmes ; qu'il voulait vivre et mourir en leur foy, et être inhumé comme eux s'il pouvait ; qu'il avait ouï que les pierres de ces monuments s'élèveraient au jour du jugement contre les enfants qui avaient abandonné la foy de leurs pères ». Et contre cela il ne voulait recevoir aucune réplique ; et se retirait si on voulait plus avant disputer. » 

Ordination 

    Voilà un « croire » qui a quelque chose de médiéval. Luther le trouvait indigne de ceux qui ont reçu la Bible comme guide, en même temps que l'Esprit-Saint. Mais quel guide hasardeux : je parle de la Bible, d'où l'on ramène n'importe quoi, qu'il faut trier, comme des poissons, moyennant une exégèse soignée... Le charbonnier qui s'en remet au Père, au Groupe dont il procède, à qui il doit - selon son expérience - son équilibre et son bonheur de vivre, je crois qu' il y a des façons de croire plus hautes :  plus profondes, je ne pense pas. « Credere » signifie au sens propre « faire crédit », et « fides » à la fois la confiance et la fidélité : le « croire » des humbles possède ces connotations. Ils sont loyaux à l'Eglise, comme un vassal au seigneur féodal, comme un patient à son médecin. Comme un homme à sa mère, ou ce qui en tient lieu. Engagement englobant (bien avant que Pascal l'explicite) une sorte de « pari nécessaire et salutaire, où le risque est faible et le gain important ».

angelus millet Stefan 

         Mais que se passe-t-il si l'Eglise votre Mère ne sait plus ce qu'elle croit ? Si par exemple Rome avec la Catéchèse  ratzingérienne, d'une part, et, d'autre part, votre Diocèse avec le catéchisme Pierres Vivantes, sont en désaccord formel, comme il s'est passé en France vers 1982 ? Que fait le charbonnier ?

19/02/2010

1985 ou l'ultime unanimité

chene-creux

 

        Le sentiment est aujourd'hui répandu que Benoît XVI poursuit dans l'Eglise une politique dite conservatrice, et davantage : de restauration. Il ne l'a pas inaugurée : Jean-Paul II déjà n'était pas content de l'état souffreteux dans lequel il avait trouvé la vie chrétienne dans le monde libre. Il venait lui-même de contrées où la religion, opprimée par le Pouvoir communiste, suscitait, par réaction, les  plus traditionnelles ferveurs chez les croyants. C'était la logique des premiers siècles : « sanguis martyrum, semen christianorum », la persécution est productive. Mais notre monde libéral est athée plutôt qu'antichrétien, agnostique plutôt qu'athéiste. Chacun y croit, y dit, ce qu'il veut ! pourvu qu'il respecte les droits d'autrui. Si le christianisme n'y prospère plus, s'il semble en déclin, inutile d'accuser les autres,  ce ne peut être que de l'intérieur, comme un arbre mourant qui se creuse. C'est en 1985 exactement, soit vingt ans après la clôture du Concile, que la question fut rencontrée de face. Considérée comme un problème fondamental à régler au sommet de l'Eglise. Qui raisonna comme à l'accoutumée : on connaît un arbre à ses fruits, tout le monde sait ça, Jésus lui-même cite l'adage. Or, ceux du Concile... « Comme firent jadis les apôtres,  retournons donc au Cénacle, où nous rejoindra l'Esprit. »

 masques pour et contre

    Pas question ici d'un Vatican III. Les pères conciliaires, avant de se séparer, avait prévu un mode plus  familier de concertation : plus économique, et moins incontrôlable. Il fut établi qu'on se reverrait à dates régulières (tous les cinq ans) moyennant délégations, pour « continuer la grâce du Concile », c'est-à-dire la collégialité ! Il fallait prévoir aussi qu'un point « hors du commun » (extra ordinem) pût réclamer soudainement une réunion imprévue ; d'où l'idée de « synodes extraordinaires ». Il n'y en eut que deux : le premier sans grande importance, à la fin des années 60, pour mettre au point la collaboration entre curie romaine et conférences épiscopales. Le second, lui, fut capital ; il est aussi, à ce jour, le dernier. Novembre-décembre 1985. Son objet : faire vraiment le point sur ce concile aux promesses en défaut de réalisation. Le faire collégialement, sans rien trahir. Avec deux camps, tout de même : 1. les prudents, les tradis, les romains, qui n'ont pas suivi Lefebvre (lequel a rompu toute communion en juin 1978) mais qui sont sensibles à certaines de ses dénonciations, et désireux d'arrêter les frais. Et 2. d'autre part les libérés-libérateurs, les progressistes, les hommes de terrain estimant qu'il ne fallait surtout pas s'arrêter mais aller plus loin. Les fruits ne faisaient défaut que parce qu'on rechignait  devant les derniers investissements nécessaires ; d'ailleurs s'ils étaient moins visibles, ces fruits manquaient peut-être moins qu'on ne disait, ils étaient enfouis plus profond, voilà tout, qui sait ?...

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     Dans la coulisse, voire dans les cintres de ce jeu ecclésial, on trouve aussi le nouveau « préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi », Joseph Ratzinger. Qui, depuis 1982, doit désormais veiller au grain de l'orthodoxie, à la place de Seper, le Croate débonnaire. Ce Ratzinger, il a participé au Concile du côté des novateurs et a co-dirigé la revue Concilium.  En 1969, il a changé de camp, et rejoint dès 1973  la revue Communio, parce qu'il avait été outré par l'évolution des esprits accueillant des phrases comme celle-ci : « Qu'est ce que la croix de Jésus sinon l'expression d'une glorification sado-masochiste de la souffrance ? ». Interrogé par Weigel, son récent biographe, Ratzinger dit avoir pensé alors que « quiconque voulait, dans ce contexte, continuer à être progressiste était contraint de renoncer à son intégrité. » Si la phrase incriminée n'est pas une question mais une affirmation,  je suis avec lui.

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      De ce synode extraordinaire, Godfried Danneels fut le secrétaire, et aujourd'hui le mémorialiste. Je  cède volontiers l'ordinateur à notre ex-archevêque bien-aimé : son style est d'un naturel épatant, qui le décrit lui-même, dans sa prudence et sa  sincérité roublarde (vertus paisibles qui, dans les cinq années qui viennent, seront sans doute  remplacées par d'autres) . «  En fait, ce synode spécial a tourné autour d'une question fondamentale : fallait-il freiner ou, à l'inverse, continuer dans l'esprit du concile ? Ou encore, selon d'aucuns, aller plus loin. C'était donc cela l'enjeu et toute la presse mondiale se focalisait sur l'enjeu : stop ou encore. Ma tâche était de faire la synthèse de tous les débats et de la consigner dans le rapport final. Mon secrétaire était alors Walter Kasper qui n'était pas encore évêque à ce moment -là. Il enseignait à Tübingen. Ce synode fut en fait un des sommets de mon existence. Kasper et moi avons réussi à rédiger un texte qui a réconcilié tous les Participants. Il a d'ailleurs été approuvé à l'unanimité le lendemain. C'était presque un miracle auquel, si vous me le permettez, les deux auteurs du rapport ne furent pas étrangers. On a eu le moment de grâce qu'avaient vécu les théologiens de Louvain pendant le concile Vatican II : rédiger un texte très clair mais qui ne dérangeait personne. Un vrai texte de compromis mais dans le meilleur sens du mot. Le plus important réside dans une bonne formulation. Le matin du vote, l'unanimité fut quasiment totale. A la conférence de presse, tous les médias de la planète étaient venus avec une seule question: que s'est-il passé ? On se demandait auparavant si l'on allait continuer ou, au contraire revenir en arrière parce qu'on était allé trop loin. Et il fut donc décidé de continuer, mais sans excès. Ce texte avait aussi formulé pour la première fois qu'il fallait un grand catéchisme.(...) Je me souviens qu'il était deux heures du matin quand nous y avons mis un point final dans l'enceinte du Vatican. Nous avons même dû réveiller les gardes suisses pour pouvoir sortir. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'ajouterai que j'étais complètement épuisé. (...) Ce fut aussi une preuve que Jean-Paul II me faisait confiance, sinon il ne m'aurait certainement pas confié cette mission. A l'époque, quel âge avais-je ? Cinquante-deux ans ... Le pape avait pris un risque très sérieux. Les débats auraient très bien déboucher sur une polarisation. C'était précisément ce que nous devions éviter à tout prix...»

A tout prix ? ! ?? !!!  (A tout prix, Mgr André-Joseph ?)

15/02/2010

Jérémie, Paul et Luc

carnaval site jan van brugge

 

    

          Ce 14 février 2010 n'est pas quelconque : s'y rencontrent et se mêlent trois choses. D'abord la fête des amoureux, chère à tous, mettant quelque chaleur dans un hiver si froid qu'on y accepte, sans rechigner, l'édredon commercial ! Puis le carnaval, compensation transitoire des inhibitions sociales ordinaires : ainsi s'explique, disent les sociologues, l'exhibition publique programmée, où les appétits cachés, les débris d'un commun folklore, et les masques chers à la folle enfance se montrent ingénument, sans que grince l'importune culpabilité. Enfin, inattendue ici et discrète, la liturgie de ce dimanche se pose en bonne mère. A lire les antithèses tranchées de Jérémie, de Paul et de Luc, on aurait pu croire qu'elle jouait les intransigeantes. Mais le ton des lecteurs, et l'homélie du Père Bernard Pottier, où ces « malédictions » étaient expliquées comme des lamentations, empêchaient assez les malentendus. Et nous envoyaient dans le bureau du philosophe plutôt qu'au tribunal. Qu'est-ce qui nous prend, amis, de reléguer au rayon des illusions le bonheur de faire confiance à Dieu ? Paul, lui...

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           Je vais le citer. Paul ici est génial. Précis. Moderne. C'est le passage 15, 12-20 dans la 1ère lettre missionnaire qu'il envoie aux néophytes de Corinthe, chez qui il est resté un an et demi. Ce passage est résumé comme suit - sans altération -  par le texte lu à la messe : « Frères et soeurs, nous proclamons que le Christ est ressuscité d'entre les morts [= c'est le cœur de l'enseignement apostolique, la lettre l'a déjà dit]. Alors, comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n'êtes pas libérés de vos péchés ; et puis, ceux qui sont morts dans le Christ... sont... perdusSi nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre des hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être, parmi les morts, le premier ressuscité. » Je reviendrai plusieurs fois là-dessus, au cours du Carême. « Perdus... »  : j'entends encore ce mot détaché par Pierre du reste de la phrase... Que nos amours et nos amis soient à jamais... soient "du" néant, accepter ça, c'est reléguer définitivement, au rayon des illusions,  le bonheur de faire confiance à Dieu. C'est le Désespoir, avec quoi rien ne peut subsister. Plus de Dieu, surtout pas de Dieu.

 Egon Schiele Vienne 310171

                                    Je tiens à titre personnel que c'est d'avoir sous-estimé l'enseignement de la Résurrection, en le métaphorisant et l'idéalisant, en l'évidant de sa réalité « à prendre ou à laisser » pour l'emplir d'une conceptualisation arbitraire, issue d'un habitus critique, que le Concile Vatican II, cet arbre magnifique planté par le pape Jean « au bord des eaux », a porté des fruits décevants. Il y en eut de colorés et juteux,  qu'on a pu manger avec joie. Mais pourquoi y eut-il si peu de mangeurs, bientôt, et toujours moins de repas ? Réponse : moins d'appétit, parce que moins de saveur. Je crains qu'on n'ait retiré du festin son plat de consistance : la résurrection du Christ, « premier d'une multitude de frères » ; partant, la résurrection des morts. On a au moins discrédité son statut, devenu discutable, flou, incertain - et enlevé à la Foi chrétienne son attrait souverain. Lien de la Croix et de la Résurrection : lien de la Résurrection et de la Croix. Mais les clercs en remettent si volontiers dans le symbolique ! Ce qui doit être doctrinal et exégétique, on en fait si aisément du "sentimentique" et du "poétal". « La foi, vous ne savez pas ? c'est donner du sens. » A quoi ? « A la vie quotidienne. » Ai-je besoin du Christ pour ça ? « Oui, enfin non, mais oui, oui, pour le sens... » Un porte-parole épiscopal expliquait récemment que la résurrection s'expérimente tous les jours, quand nous reprenons courage après une épreuve. Un autre que c'est sur cette terre que nous rencontrons le Christ, quand nous rendons service. Serais-je le seul à me déclarer trompé, quand je lis des propos comme ceux-ci sur le site d'une paroisse canadienne ?

19:17 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/02/2010

i carry it in my heart

 

Ben Rigau 'Nature rupestre'

e.e.cummings sans majuscules, c'est un poète américain de la première moitié du vingtième, un type qui ne voulait qu'un phrasé minuscule, progressant clopin-clopant avec les béquilles d'une ponctuation bizarre, parenthèses et points-virgules amusés (mais à part ça était un... un type instruit, malin, profond... ceux qui aiment le cinéma ont entendu un de ses plus étranges textes à la fin du film avec cameron diaz, « in her shoes », l'histoire de deux sœurs insupportables, l'une jolie à damner les anges et capricieuse à fatiguer le diable, et l'autre avocate à lunettes et chignon, et névrosée, toutes deux s'aimant comme des folles... non, non, rien d'incestueux, s'aimant comme des sœurs... mais aussi comme des amoureuses, je sais pas, je sais bien, ce n'est ni hétéro ni homo, c'est un poème d'amour et d'amitié, comme on veut, je  vous le récite, c'est de l'anglais de base,  tant pis pour l'accent, vous l'apprenez par cœur, vous le dites aussi bien à votre mère ou votre père qu'à votre femme ou mari ou votre fils ou fille, pas à quelqu'un que vous draguez, à quelqu'un seulement que vous avez dragué il y a des siècles, ou bien c'était lui (ou elle) qui vous a repéré, on ne sait plus,  depuis si longtemps, quelqu'un qui vous a tellement (fait( qu'il ou qu'elle est toujours en vous et vous en elle ou en lui... quelqu'un comme, disons comme

 dieu

 i carry your heart with me (i carry it in my heart)

 i am never without it (anywhere i go you go, my dear ;

and whatever is done by only me

is your doing, my darling)

 

i fear no fate (for you are my fate, my sweet)

i want no world (for beautiful you are my world,my true)

and it's you are whatever a moon has always meant

and whatever a sun will always sing   is you

 

here is the deepest secret nobody knows

(here is the root of the root and the bud of the bud

and the sky of the sky of a tree called life;

which grows higher than the soul can hope or mind can hide)

and this is the wonder that's keeping the stars apart

 

i carry your heart (i carry it in my heart)

 

j'emporte ton coeur avec moi ( je l'emporte dans mon cœur)

je ne suis jamais sans lui  (partout où  je vais, tu vas, mon/ma cher(e)

et tout acte fait par moi seul, c'est ton acte, mon/ma chéri(e)

 

Je ne crains pas le destin (car tu es mon destin, ma douceur)

Je ne veux pas d'autre monde (car, magnifique, tu es mon monde, mon vrai!)

et c'est toi qui es  ce qu'une lune  a toujours signifié,

et tout ce qu'un soleil  chantera toujours,  c'est toi

 

 voilà  le plus profond secret que personne ne sait

(voila la racine de la racine et le bourgeon du bourgeon ,

et la cime de la cime  d'un arbre nommé vie

qui croît plus haut  que l'âme ne peut l'espérer, ou l'intellect  le cacher

et c'est la merveille qui relie les étoiles distinctes...

j'emporte ton coeur (je l'emporte dans mon coeur)

 

19:00 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

09/02/2010

Ce pays nous ennuie, ô mort...

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Mon sentiment d'homme étranger aux désastres planétaires mais nullement épargné par d'autres tourments qui m'ont, à certaines époques, mis au supplice dans cette « vallée de larmes » où je ne pleurais même plus, est que l'être humain, si on quitte la phraséologie euphémique aujourd'hui dominante, est très conscient que la mort est là, qui rode autour de lui, toujours ! Et que, finalement,  ce n'est pas triste.

claudel camille, l'age mûr 

La conscience qu'on a de soi-même, inclut, si on a quelque lucidité, un sentiment de fragilité extrême, qui ne fait que croître avec le temps. Fragilité de la vie, parce que fragilité de ses conditions. Cela commence dès l'adolescence, où la chance de se faire aimer apparaît comme incertaine. Il n'y a pour ça aucune nécessité cosmique. « Tu viens à moi du fond de ta jeunesse, tu viens à moi et tu ne le sais pas. » disait une chanson d'un certain Jacques Douai, chanteur « à texte » se produisant dans les cafés concerts. J'ai toujours su que cette affirmation n'était qu'une aspiration sans garantie. Tant de gens qui seraient faits l'un pour l'autre, qui eussent été parfaitement heureux ensemble, ne se rencontrent jamais. J'ai pris l'exemple de l'amour, mais le métier, l'argent, le succès, la santé, tout est hasardeux. Rien n'est sûr. Toi qui me lis, moi qui écris : peut-être qu'un de nous deux ne verra pas revenir le printemps.

 il-etait-trop-de-fois

En même temps, à l'exception de tous ceux qui meurent jeunes, qui n'ont pas eu « leur compte de vie » et ont assez goûté à l'amour pour mesurer le vol qui leur est fait, la mort n'est pas tragique. Lorsque la nuit approche, on la voit venir avec une grande paix. Seule la souffrance est insupportable, mais notre civilisation a les moyens d'y remédier, et y remédie. On pallie tant qu'on peut, et quand on ne peut plus, on peut encore, et on le fait. Pour autant que l'Eglise n'y mêle pas une  problématique médiévale, ou bien qu'on ait acquis, à l'intérieur d'elle, assez de culture et de raison pour s'autoriser sans présomption un jugement autonome, qui ne soit pas de complaisance. L'Europe avec raison se donne le devoir et donc le droit d'exclure cette souffrance du monde des vivants. - Eh bien heureuse mort, quand le temps est venu.

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Qui voudrait vivre 900 ans, comme Noé ou Mathusalem, ou même 120, comme Jean Calment  ? Les progrès économiques et scientifiques retardent l'échéance ; par bonheur ils ne l'annulent pas. On allonge la jeunesse, plutôt qu'on ne la prolonge. Quand l'existence a été « pleine », que l'Amour qui pouvait s'égarer, ne s'est pas égaré et qu'il vous a trouvé ; quand par le sexe et par le cœur, ou bien par le cœur et par l'esprit, vous avez créé, formé, lancé dans la vie des fils et des filles qui seront vous quand vous ne serez plus ; si l'une ou l'autre action d'éclat a pu justifier à vos yeux comme à ceux d'autrui votre passage d'individu sur la terre ; si votre  profession a été vécue de façon telle qu'elle vous enchantait, qu'elle servait au bien-être de vos proches, de vos clients, de vos lecteurs ; si l'argent gagné fut celui de votre travail, tout autre étant pour vous méprisable, et qu'il ait été mesuré à vos besoins, sachant qu'il en faut plus qu'on ne croit et moins qu'on ne dit ; parce qu'enfin vous avez deviné, reconnu, aimé, si peu que ce soit, à travers un miroir, l'image obscure de « Dieu »... Alors vous avez le sentiment, comme dit le psaume, d'être  « rassasié de longs jours » et qu'il ne reste de but à atteindre que celui dont Paul de Tarse parle en 1Cor 13 : « Connaître Dieu comme il vous connaît. » Exactement comme.

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N'ai-je pas dévié de mon propos ? Je voulais parler de la Providence... Eh bien son action n'est pas de nous changer, de nous faire vivre un autre destin que celui que nous secrétons nous-mêmes. Mais de nous accompagner. Voilà la norme. Qui l'ignore ? Les esprits chimériques, façon Malraux, qui hantent si bien l'adolescence : « L'homme sait que le monde n'est pas à l'échelle humaine, et il voudrait qu'il le fût. » L'esprit adulte, lui, mesurant nos limites, s'en accommode avec réalisme. « Qu'ai-je fait pour mériter ça ? » est la question qu'il se pose non quand vient le désastre, mais plutôt quand vient l'exception au désastre, le salut improbable, le bonheur du rescapé. Echapper à l'accident général, voilà qui n'est plus ordinaire. Il faut bien alors que Quelqu'un soit intervenu. En cela se concentre le sentiment de la Providence, que de froids philosophes moqueront à loisir dans leurs chaires tranquilles. Le bonheur des Haïtiens, peut-être unijambistes ou infirmes, ou encore orphelins, c'est de penser qu'ils sont regardés, choisis, sauvés. La Foi, cette lumière dans l'ombre fatale, cet amour dans l'univers froid.  

05/02/2010

Compatibles

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     Compatibles, les malheurs du monde, avec  l'existence de Dieu, du Dieu chrétien bon et tout-puissant  ? On a lu la première réponse de Mgr Léonard, qui suit d'ailleurs sans les citer les articles 396-421 du Catéchisme romain ; et la réaction de Me Palagio, qui ne voit pas comment  la nature même minérale aurait été corrompue par le péché des hommes (lisez l'article 395, cher Maître : on y parle du péché... des anges).  Je donnerai ultérieurement mon point de vue, non qu'il soit meilleur, mais comme un maître de maison s'explique après avoir écouté. Et voici encore une position nouvelle, paradoxale et dure.

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       « Il n¹y a pas de réponse, m'écrit un prêtre, « jml », qui dit souhaiter participer à la réflexion commune, mais, semble-t-il,  par une autre voie que les commentaires. Ce sujet lui importait ici déjà ! « Devant la shoa, devant 200.000 victimes d'un tsunami ou d'un tremblement de terre, on ne peut que hurler, et protester devant Dieu, et l¹insulter même, si on a la foi ! » Et il ajoute : « Ce que fit Job ! Et Dieu l¹approuve. »  -

 "Jml" va plus loin : « Maintenant, voyez que ce n'est pas à partir d'un certain nombre que cela devient insupportable. Comme si massacrer un seul Israélien  ou un seul Gazaïte était  plus supportable ! La douleur humaine, on ne raisonne pas devant elle. Elle est aussi grande pour une  fille qui perd son amant que pour dix mille pères qui perdent leur fils. Mais si Dieu ne  manifeste aucune sensibilité  devant le désespoir d'un seul enfant qui voit sa mère mourir du sida, sans savoir ce qui lui arrive, cela ne signifie pas que Dieu soit insensible. Il est mort sur une croix, dans des cris, comme on le rappelle. »

pleurs

      Et puis ? pense-t-on. Quel est le rapport ? Attendez, la suite du propos, c'est comme un flash : « Ceux qui prennent le premier avion par solidarité expriment le sentiment réel de Dieu. Qu¹ils se disent Chrétiens ou pas. Il n'y a pas lieu de discuter, et de chercher une réponse les mains dans les poches. Il y a lieu d'être solidaire. Ce que nous reprochons à Dieu de ne pas faire, c'est sur nous que cela retombe ! A nous de le faire sans discuter. Non sans gueuler, peut-être. Enfin, ne prétextons pas les grandes catastrophes pour ne pas bouger dans les catastrophes tout aussi atroces quand elles sont « petites », surtout trop près de nous» Voilà qui est net.

 sauveteur

     Mon camarade engagé termine son intervention « radicale » en disant son accord avec un propos de Mgr Pierre Dumas, évêque de l'Anse-à-Veau et de Miragoâne, en Haïti, extrait de La Croix. « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l'expliquer. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu. Aujourd'hui, le visage de Dieu, c'est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l'a portée dans son propre corps, il l'a traversée. Il est là avec nous. » Ce que "jml" complète magnifiquement : «  Dans les traits des personnes sinistrées. Mais aussi dans ceux des sauveteurs ». 

02/02/2010

La providence

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     En Haïti, le « créateur du ciel et de la terre » a laissé se fissurer son domaine. Ce qui à écrasé des pauvres, par dizaines de milliers. Comment comprendre ça ? Interrogé par des journalistes sur sa promotion controversée à un archidiocèse, un évêque subtil a souligné l'incongruité de la question qu'on lui posait par rapport à celle, autrement grave, qu'on aurait dû lui poser : car elle  s'impose à tout chrétien, et en premier lieu à leurs pasteurs. La catastrophe haïtienne est-elle compatible avec la foi en la bonté, en la puissante bonté du Dieu que le christianisme annonce ? La semaine passée, à Liège, un   immeuble s'est écroulé après une explosion, faisant onze morts, et plus de vingt blessés... Nous sommes un peu moins étrangers aux aléas des conduites de gaz, qu'on l'est en pays créole à la tectonique des plaques. Tout de même, il y a ici et là des victimes d'un mystérieux bourreau : le Destin. Avec la même question, béante.  Où est là la bonté de Dieu ?

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     La surprise est qu'en Haïti, les survivants, dont beaucoup sont dans un affreux état, amputés ou infirmes, ou ayant perdu l'un des leurs, parlent de leur salut personnel comme d'un « miracle ». Le  mot a été utilisé aussi à Liège, par les journalistes cette fois, pour ceux qu'on a pu sortir vivants des décombres, mais c'est par automatisme linguistique, ce semble. Dans l'ile dévastée, la ferveur et la gratitude accompagnent l'évocation de « l'œuvre de Dieu », de « la main de Dieu ». Cela m'interpelle. Je ne cesse d'y penser. En m'interdisant de parler ici de « superstition », ou pire, d' « égocentrisme et d'indifférence au malheur  du moment qu'on y a échappé soi-même » : les mots d'esprit de Voltaire sur la « providence » lors du séisme de Lisbonne (en 1755) me paraissent tout à coup tellement superficiels.

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     Vous savez : cette méchante idée qu'on remercie Dieu quand la foudre est tombée chez le voisin  plutôt que chez soi. Je ne suis pas tenté non plus de me rabattre sur Rousseau, qui en fait une question sociale, opposant « l'homme rassasié de gloire au sein de l'abondance » à lui-même, « homme obscur, pauvre, tourmenté d'un mal sans remède. » Antithèse simpliste : « Vous jouissez, moi j'espère. » Il doit y avoir une réponse moins frivole.

 Credo

     Ce n'est pas l'article récent de La Croix qui me la fournit, même s'il est bien fait. Les deux  journalistes font correctement leur travail, en rendant compte de réactions opposées : toute la gamme des possibles est parcourue. Il s'agit pourtant d'opinions de circonstance, et je reste  sur ma faim. Et vous ?