02/03/2010

Subtilités

1889 Entree du Christ Bruxelles par James Ensor

 

     

     Ce dimanche après-midi, je n'ai pas assisté à « l'entrée du Christ à Bruxelles » - dirait Ensor : en l'occurrence, c'était André Léonard, son nouveau mandataire. A la Cathédrale, cela s'annonçait mal. On prévoyait, disons, du « mouvement ». A l'intérieur, il y aurait parmi les fidèles des conservateurs foncièrement païens sous des airs pieux. Infatigables chasseurs en mal de pécheurs à débusquer, assurés de leur propre vertu, attachés à des rites fonctionnant comme  des mécanismes, ils sont  désormais  encouragés par le retour en grâce, à Rome, du lefebvrisme. Et ils s'expriment. Au dehors, il y aurait aussi, disait la presse, un groupe de gays, aussi véhéments (et moins gênants) que le vent de tempête. Parce qu'ils sont amis de la comédie, du tapage, et du scandale, ils jouent aisément les guerriers valeureux face à un prélat qui n'a pas prise sur eux, mais est assez candide (je censure le mot "vaniteux") pour s'être laissé enfermer librement dans un rôle d'antagoniste privilégié. Si, au départ, l' « homosensibilité » est en accord naturel avec les choses de Dieu, comme il me semble, les gays sont devenus majoritairement très hostiles au catholicisme. Marre de son mépris. Ils s'organisent désormais pour que le placard, dont la société civile leur a permis de sortir, ne soit pas réaménagé par la société chrétienne façon léproserie. Au pays de Damien-Joseph, les lépreux, il ne saurait plus y en avoir. Tout cela se ferait donc sans moi.

 alice devisscher ma demarche

                Mon neveu sait joindre, quand il faut, à son rôle de lecteur liturgique, celui d'adjoint bénévole aux membres du service d'ordre. Assistant déjà à la messe de 11h30, il est revenu pour 15 heures à Ste Gudule, et j'ai bénéficié de son reportage. Impression ?  Faut attendre ! L'archevêque nouveau est excitant, malin, orateur surprenant, maître en communication politique. La communication religieuse, pas sûr : on ne voudrait pas l'avoir comme confesseur ; comme professeur, oui. Il se montre aussi capricieux dans son mépris des conventions, singulier, très singulier. (Qu'il me pardonne, je n'en déduis rien, mais à moi, sa faconde et son folklore personnels évoquent irrésistiblement ceux de pédés affirmés, entreprenants, masculins - égocentriques aussi, dans un monde qui ne leur fera pas de cadeau, et dont il faut toujours s'attacher l'accord). Il a donc l'affirmation forte, mais il l'a soigneusement polie : elle est finalement sans scorie. Une phrase sur le couple traditionnel a suscité, vers la fin de l'homélie, un curieux déclenchement d'applaudissements, lesquels ensuite n'ont presque plus cessé. « L'Eglise de Jésus ne peut bénir sacramentellement qu' une telle union. »  Il n'y a rien à reprendre dans ces douze mots. Je les prends à mon compte, je les dirais, je les ai dits sur un autre blog. Notez l'adverbe : à part La Libre, il n'a pas été répercuté. Ni par l'agence Belga, ni par les quotidiens. (Les journalistes sont devenus d'une ignorance ridicule en matière religieuse : si on me lit à l'IHECS, on pourrait veiller à y remédier en section presse-info...). Tout de même : cette toute petite phrase, c'est un ajout. Elle n'a pas été dite la veille à Malines. Serait-ce parce que les nombreux ministres CD&V présents à Mechelen ont voté en 2003, contrairement au CDH francophone, la loi sur le « mariage homo » ?

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                Tant de subtilités éloignent un peu l'idée du Bon Pasteur. M'enfin... Ce  nouveau Seigneur, pour simplifier, je l'appellerai ici désormais « Leo », comme je disais "Godfried". L'apocope du nom de famille. Plutôt que les prénoms : il en change comme un serpent de peau, et tous ne collent pas au personnage. Mutien, ça aurait pu convenir, c'est bizarre et farfelu. Mais Joseph, le Galiléen rêveur à la chasteté forcée mais assumée, le menuisier au travail sans gloire, le père de substitution sans prestige comme tant d'hommes aujourd'hui, le père paternel comme l'étaient tous ces religieux privés de simple tendresse dont j'avais pitié jadis, dans mon enfance, non. Saint Jozef De Veuster, convertis-moi si je me trompe. Si Léo devient un père.

 Conversation

                Qu'avais-je donc à faire, moi, dans cette après-midi venteuse, qui fût plus riche en découverte que le meeting de Sainte-Gudule ? Recevoir chez moi un étranger. Etranger par la nationalité, l'âge, le milieu familial, dix autres domaines. Recevoir comme Abraham reçut Yahveh, dans la Genèse, avec confiance et respect et intérêt, discutant de tout : des dix justes de Sodome, de la postérité promise comme les étoiles  du ciel, de la surdité du monde, de la beauté du diable.  Racontant, demandant, expliquant, nuançant. Nous interrompant sans cesse l'un l'autre, comme deux bavards. Parlant chacun de sa vie, de sa foi, de ses amours, avec une impudeur tranquille, tels des sourciers qui cherchent en eux-mêmes le trésor secret qu'ils ont à partager. N'attendant rien de l'autre hormis qu'il ne mente pas. On ne s'était jamais vus, et il y a plus de chances de ne se revoir jamais que de se revoir souvent. Cinq heures de grâce. Je tiens cette après-midi comme une de celles où Dieu, quittant le spectacle où il se doit d'être, passe discrètement chez vous comme chez son ami. 

17:41 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Te rencontrer, c'est une Rencontre...

Écrit par : Ben | 02/03/2010

De pareilles graines de vie partagée continueront à se semer, sur une terre sans frontières, dans un monde qui a besoin de petites fleurs du Paradis...
Avec vous pour semer aussi :-)
Marie

Écrit par : Crocki | 03/03/2010

Les "petites fleurs du paradis" ?
Oui, quand plusieurs se rassemblent en mon nom,Je serai au milieu d'eux.

Écrit par : Palagio | 03/03/2010

Cher Ephrem.

Croyez vous que Palagio ait raison? Dans ce cas je trouve Dieu bien indiscret d'être venu écouter nos partages. Car ce fut plus qu'une discussion! Se revoir souvent n'est pas dans mes disponibilités actuelles. Se revoir jamais est pourtant bien impossible aussi! Soyez en assuré!

Je comprends désormais le mot d'héritier et je l'accepte volontier!

Bon sur ce je m'en vais faire un tennis ... La partie risque d'être hard. :)

La bise est désormais de mise.
Cyril

Écrit par : L'étranger | 03/03/2010

A nouveau une réflexion pleine de "justesse" et de bon sens. Merci.

Écrit par : Ben de Liège | 05/03/2010

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