06/03/2010

La foi c'est ça

centaure 

       Au peuple de ses charbonniers, c'est-à-dire à ses laïcs (laos en grec, c'est le peuple), l' Eglise, depuis les débuts, ne demande pas seulement une adhésion, mais une conviction. Dont l'objet est formulé dans le Symbole des apôtres, qu'on dit en langue véhiculaire, ou le Credo de Nicée, dit en latin. C'est le premier, le « Je crois en Dieu », qui est aimé, populaire : sa théologie est "par le bas", comme on dit, au sens où il montre l'action de Dieu dans l'Histoire, de la création à la vie éternelle. Avec des étrangetés qu'on ne retrouve pas ailleurs, et qui font plaisir : « est descendu aux enfers... » Le Credo, lui, exprime, à son début, une théologie "par le haut", offrant le résultat des discussions doctrinales de plusieurs siècles. Singulièrement sur la nature de Jésus par rapport à son père  : 'homo-ousios', de même substance, et non 'homoi-ousios', de substance semblable... Ainsi a tranché le concile de 325, grâce au jeune diacre Athanase, contre le vieil Arius, dont l'avis banalisant continuera à polluer la foi en Europe jusqu'au septième siècle... Que Jésus ait été Dieu, totalement et toujours, le chrétien de base n'en doute plus aujourd'hui. Qu'Il en ait eu toujours « conscience », qu'Il l' ait « su » de sa naissance à sa mort, voilà qui est pourtant problématique : le bébé dans la crèche, vrai Dieu mais aussi vrai homme, « en tous points semblables à nous hormis le péché », s'il a conscience de lui en ce moment, est-ce un bébé d'homme ? Et Jésus suant le sang au jardin de l'agonie, ne crie-t-il que pour la forme ? Pour « accomplir les Ecritures », comme on joue un rôle sans faiblir, un regard sur le personnage qu'on fait vivre, un autre sur celui qu'on est ? Impossible à penser.

 communion-apotres-1024 deux Jesus...

     Mercredi, dans une conférence à laquelle j'ai assisté à l'Aula Major des Facultés de Namur, un théologien de haut vol soutenait cette idée. Non pas comme la sienne, d'ailleurs : j'ai posé publiquement la question !  mais comme celle de l'Eglise. « Jésus se savait en communion parfaite avec le Père ». J'ai insisté : « se savait », ou « se sentait » ? Sourire de Marie, près de moi. Le théologien a repris les deux mots : se sentait, et se savait... Je proteste. Où passe alors l'humanité fragile, la nôtre, la seule que Dieu puisse partager avec nous ?

Il n'y a pas deux Jésus. A moins que cette théologie soit tellement par le haut qu'elle couvre la contradiction ?

18:31 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Je rejoins tout-à-fait la pensée suivante: «Ce n'est pas l'abondance du savoir qui rassasie l'âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieures.» (Ignace de Loyola)
Bon dimanche, Ephrem!
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 07/03/2010

La question du Jésus bébé qui a conscience d'être Dieu est intéressante. Même dans le Coran, Sourate de Marie vv 29 et suite, Jésus béné parle, alors que pour le Coran cela fait partie de son humanité "miraculée" par Dieu.

Saint Alselme reprendra ce thème, en disant que Jésus bébé aurait pu parler et faire d'autres choses plus grande que cela, mais qu'il a fait semblant de ne pas en être capable. Serait-ce du docétisme? Non, car même dans les évangiles on voit Jésus adulte qui fait semblant: «Jésus dit à Philippe: "Où achèterons-nous des pains, pour que ces gens aient à manger?" Il disait cela pour l'éprouver, car il savait ce qu'il allait faire.» - «Jésus fit semblant d'aller plus loin.»

Peu importe donc s'il s'agit de Jésus le bébé ou de Jésus l'adulte: ses actions ne sont pas celles d'un "homme habituel". Un homme qui ressuscite, est-il un fils d'homme? Or dans tous les cas il s'agit de l'union hypostatique, qui permet à l'homme-Dieu d'être un bébé dans la crèche, qui fait semblant non pas d'être homme, mais qui fait semblant d'être ordinaire.

Je pense toutefois que la question se pose au niveau des limites du corps humain de Jésus. Comme disait CS Lewis, le cerveau de Jésus n'a pas pu emmagasiner physiquement toute la connaissance de Dieu. Donc je dirais que la kénose passe par un cerveau ordinaire, mais qui est conscient de sa divinité, conscient également de sa non-onmniscience.

Écrit par : Georges | 08/03/2010

Vrai homme Merci pour votre contribution, aussi courtoise qu’intelligente. Elle ne rencontre pourtant pas ce qui est essentiel dans mon sentiment, et qui est le besoin qu’a l’homme de [u]l’humanité[/u] de Dieu. Que Jésus soit « Dieu le Fils » est objet de notre foi, OK, cela va de soi dans le christianisme « orthodoxe » [=non arien sous quelque forme que ce soit]. Mais que ce Fils soit – c’est un article du concile de Chalcédoine, en 351 je crois – un homme semblable à quiconque « en TOUS points à l’exception du péché », voilà qui est l’objet de notre consolation, de notre ferveur, de notre fierté. Notre foi devient jubilation. – Je reprends votre phrase : « Un homme qui ressuscite, est-il un fils d’homme ? » pour répondre : oui, bien sûr, à cause de cet Homme-là C’est même cela qui nous est promis : le Christ ressuscite « premier d’une multitude de frères ». Amicalement.

Écrit par : Ephrem | 08/03/2010

Les commentaires sont fermés.