11/03/2010

Violences

trous sur la route

 

       L'actualité ne fait pas rêver. Les chemins pleins de trous agressent nos voitures, les rails et les trains jadis accordés déclenchent des procédures de divorce qui l'une après l'autre menacent les voyageurs ; la neige devenue folle émigre des pays du Nord vers l'Espagne et la Corse, qui la voient surgir sans prévenir... Tandis que la Terre n'en finit plus de frissonner, à sa gigantesque façon, et de tuer ceux qui l'habitent. Seul le soleil, tranquille et froid, sourit à ma fenêtre. Qu'écrire, en ces moment où tant de blogs se ferment, où les cœurs et les esprits vont sur facebook se satisfaire de jovialités courtes ?

campement 

       Dans le domaine religieux où j'ai depuis longtemps planté ma tente, amateur perdu parmi les professionnels, le ciel s'est obscurci. Ce n'est plus l'union en Jésus de l'humanité et de la divinité qui retient l'attention, mais, dans l'Eglise, la pédophilie, devenue on ne sait comment spécialité catholique. Est-ce la presse qui est de mauvaise foi ? Non, le journal «  La Croix » sonne aussi le tocsin. Serait-ce que le christianisme, dans sa réalité vécue, souffre de mauvais choix dans la considération qu'il a (et le traitement qu'il propose) pour la question sexuelle ? C'est ce que suggère Hans Küng, le 5 mars, dans une tribune du Monde.

viol(ence) 

     Mais l'argumentation me semble médiocre, globalement péremptoire malgré ses primo, secundo, tertio qui désignent le bon pédagogue. Pour parler juste en fait de pédophilie, il faut y observer la violence, toujours présente, toujours niée (le mot 'viol' choque plus nos sensibilités, mais il y est accessoire). A moins d'estimer que le prêtre fait retomber sur l'enfant qui dépend de lui la violence qu'il subit lui-même en devant renoncer à l'amour d'une femme, on ne voit pas comment le mariage ferait reculer la pédérastie. Il faudra que je reprenne l'affaire plus tard, à nouveaux frais. Si j'y vois plus clair.   

 Kueng II

     Cet article de Küng avait un autre but que celui annoncé : faire connaître urbi et orbi la parution du deuxième tome des « Mémoires » du maître de Tübingen. J'avais lu de bout en bout le premier dès septembre 2007, et j'acquiers avec avidité le second. Sans repos : j'y suis à présent plongé du matin au soir. L'ouvrage ne concerne que les années 1968-1980, ce qui rendra un troisième tome nécessaire. C'est en décembre 1979 que Rome retire au professeur Küng son habilitation à enseigner la théologie catholique. Nous avons donc ici, après un compte rendu intelligent des idées et mouvements qui ont accompagné 1968, un récit détaillé d'une affaire intérieure à l'Eglise catholique, le point de vue étant celui de la « victime ». Le scandale de ce retrait est tel que le gouvernement de Bade-Wurtemberg, que le concordat avec Rome datant d'Hitler oblige à s'incliner, crée spécialement pour le nouvel indésirable une chaire de théologie œcuménique, dont l'histoire nous sera contée ultérieurement.

 hans & jozef, esau et jacob

     Ce deuxième tome, sous-titré « Une vérité contestée » alors que le premier se présentait comme un « combat pour la liberté », est rédigé un peu tristement. Comme un face à face glacé, un duel inavoué entre l'ex-collègue aujourd'hui roi, Ratzinger, sorte de Jacob devenu Israël, et Küng, l'Esaü maudit et réclamant son droit d'ainesse. L'enjeu du duel n'est pas la personne de Jésus, dont le gros livre de Küng, Etre chrétien, donne en 1975 une image orthodoxe. Paradoxalement, en 1969, Ratzinger, quittant Tübingen pour Ratisbonne, avait écrit un livre analogue, Introduction au christianisme,  que des prêtres sédévacantistes, dépassant Lefebvre sur sa droite, persistent aujourd'hui encore à trouver hérétique dans la façon dont il conçoit l'humanité de Jésus. Ici, Esaü et Jacob ont le même regard. J'en reparlerai si besoin est dans un post ultérieur : l'audace (relative) du pape allemand fait du bien. Mais le vrai problème pour Küng est l'infaillibilité romaine et ecclésiale : le théologien en donne une définition nouvelle, qui a le mérite de couvrir les erreurs dont, en effet, au cours de ses deux mille ans d'histoire, l'Eglise romaine a la responsabilité : "L'Eglise, dit-il, demeure dans la vérité de l'Evangile, en dépit de ses erreurs". Il n'y a donc pas d'errance, mais la recherche est toujours en progrès. Voilà qui ne satisfera pas Jean-Paul II, qui, pas une seule fois et jusqu'à sa mort, n'ouvrira sa porte au théologien rejeté.

00:36 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Bien d'accord Avec vous et Hans Kung que j'ai beaucoup lu. Quant à Jean-Paul II en dépit de son allure de Pape moderne il était aussi traditionaliste qu'on peut l'être. Il suffit de lire son encyclique : Veritatis splendor.Moi je dis que tant que l'Eglise catholique fonctionnera sur le même mode, absolument anachronique, et la seule institution où le pouvoir est réservé exclusivement aux hommes,elle continuera à se saborder.

Écrit par : Marie-Claire | 11/03/2010

Pardonnez mon intrusion Ephrem.

Pour ce qui est de viols on sait aujourd'hui que la plupart(je crois que les chiffres sont proches des 90%) ont lieu en famille et par des pères mariés et "respectables". Alors si les prêtres étaient mariés cela changerait il quelque chose? On monterait peut être à 99% des viols ayant lieu en famille... famille je vous hais. D'où vient la disproportion d'accorder plus d'importance dans les médias à un prêtre qu'à un père? Parce que l'Eglise se veut modèle pour la société. Au lieu d'acceuillir les hommes quelque qu'ils soient elle se fige d'abord en figure exclusive, figure morale, et surtout en intouchable..

bien à vous

Écrit par : Cyril | 11/03/2010

Pour écrire "Intrusion", cher Cyril ? Sans des lecteurs de votre genre, à savoir coopératifs et critiques, prendrais-je la peine d'objectiver en phrases tranquilles le magma réflexif où la vie intérieure plonge ceux qui l'aiment ?

Écrit par : Ephrem | 11/03/2010

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