13/03/2010

Quand le sexe se montre (1)

'On va s'gêner', émission Ruquier Fr 4, décor

 

    

Les trois photos d'agence ci-après reproduites signent une publicité anti-tabac. Elles sont censées montrer l'abaissement inconscient où fait tomber cette toxicomanie. Comme si les jeunes qui fument rendaient un service sexuel  à un patron invisible, dont on ne voit que le veston, la chemise, le ventre. Nous sommes dans l'émission de Ruquier, « On va s'gêner », sur France 4. Un des animateurs rigole : « Faudrait plutôt que ce patron soit en soutane ». Décidément, le catholicisme et la pédophilie s'appellent. Catholique de conviction, de cœur et de vie,  de longue vie, puis-je m'en laver les mains et parler d'autre chose ? Le journal « La Croix » me donne l'exemple, qui depuis une semaine multiplie les informations. Et le Monde, ce soir. - Mets-moi  les mots justes dans l'esprit, Esprit-Saint. Les mots vrais et bons sur les choses tristes. Je dois prendre   de la hauteur.

 Fumer c'est etre l'esclave du tabac, agence DNF  1

     La dégradation dans l'imaginaire du public qui affecte actuellement mon Eglise, a quelque chose d'une malédiction.  Mais je suis trop fermé au pseudo- charme des films fantastiques pour avoir envie d'incriminer quelque diable. A mes yeux la stigmatisation qui surgit est plutôt une sanction. Je pense que certaines institutions se piègent elles-mêmes, qu'elles s'offrent à la corruption lorsqu'elles perdent le sens critique. Le scandale sexuel est d'abord un abcès de fixation ; qu'il porte sur la chair lui ajoute seulement de la purulence parce que la hiérarchie est pudibonde, et que les vieux princes de l'Eglise revendiquent la chasteté comme le devoir « sacré » qui est requis des clercs. En cela, le signe est terrible. L'absolutisme de la Vérité logée en un seul homme qui fut, sur ce point, parfois myope, le centralisme d'un gouvernement sans contre-pouvoirs ayant pu agir, la certitude d'avoir toujours raison et l'habitude de donner des leçons de morale à tout le monde aboutissent à un déshonneur.

Honte 

     C'est le propre de ce qui est sectaire. L'Eglise catholique, pour maintenir sa puissance dans le monde et donc s'assurer des fidèles en nombre suffisant, a multiplié en son sein des communautés suspectes, depuis les Légionnaires du Christ jusqu'aux curieuses Béatitudes. Mais en elle-même, dans sa totalité, elle fonctionne déjà comme une secte. Comme un parti obsédé par une seule valeur. Comme un mouvement totalitaire. Ses maux sont donc ceux qui arrivent lorsqu'une  société attribue les pouvoirs absolus à un seul. Pouvoir de dire le bien et le mal dans l'abstrait, pouvoir de juger, dans le concret, qui a tort et qui a raison, pouvoir de récompenser les uns et punir les autres, les faire taire, les exclure. Que la dictature ainsi installée soit attribuée théoriquement à un « prolétariat » mythique, ou théocratiquement à un « Dieu » dont on ne risque pas la présence, cela revient au même. Face au pouvoir, il n'y a même, jamais, aucun sentiment qui vaille, aucune affection instinctive, aucune amitié. Seulement des subordinations rigoureuses. Voyez notre « Léo ». Il est le favori imposé, rien d'autre. Tout est obéissance parce tout est ordonnance ! Les procès de Moscou, à gauche, voyaient autrefois de bons communistes s'accuser eux-mêmes de trahison, pour avoir divergé d'opinion avec le chef du Parti. A droite, Ciano, ministre fasciste en 1943 et gendre de Mussolini, est mis à mort pour s'être seulement distancié de son beau-père.  Marxisants façon Boff ou libéraux façon Drewermann, nombreux sont aussi les théologiens dans l'Eglise, très attachés à la personne et au message du Christ, qui se sont vus traités en ennemis à abattre parce qu'ils avaient, sur le mystère de la Révélation du Très-Haut dans le Très-Bas, des vues nouvelles, s'accordant mal avec celles des Pères du monde hellénico-romain. Qu'elles soient plus inspirées, comme chez Küng, des vues attribuables aux apôtres et aux évangélistes, selon ce que fait voir le progrès de l'exégèse, n'est pas une justification admise. Rompez.

coeur de pierre 

       Je ne m'égare pas, patience, encore quelques paragraphes pour vous faire voir ce que je sens dans le système ecclésial. On y étouffe. On ne s'y aime pas, on s' y pousse, on s'y dénonce. L'infaillibilité reconnue à un seul, pas seulement dans les cas exceptionnels de 1854, 1870 et 1950, mais à titre ordinaire (lisez donc, du Père Sesboué, Le magistère à l'epreuve) agit comme une menace tacite. S'opposent ici, d'ailleurs,  les deux grandes sections de la théologie : l'Exégèse, qui est un abord « par le bas », inductif, et la Dogmatique, qui est une systématisation « par le haut », déductive. Les deux disciplines sont indispensables en théologie, et elles ne peuvent s'ignorer : elles sont corrélatives. Le malheur est qu'elles supposent toutes deux beaucoup d'humilité chez les professeurs, qui sont de grands seigneurs de l'esprit et n'ont pas coutume d'être confrontés à des faits indisciplinés comme dans les sciences exactes... Il y a une troisième discipline : la Morale. De tous temps, l'Eglise a jugé que la révélation ne demandait pas seulement une profession de foi, mais un changement de vie. La foi implique l'action, croire implique qu'on fasse, le vrai implique le bon. Agir en fonction de ce qu'on croit, Jésus est  explicite là-dessus. Mais il a le génie de réduire les commandements à deux, le second étant semblable au premier : aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même...

Tag sur le Xt Nord3 

Si des préceptes de l'ancienne alliance ont été considérés comme inutiles, la circoncision par exemple (Paul répète cela tout le temps), le christianisme naissant n'a pas jugé dépassé le Décalogue hérité de l'Exode (20, 3-17), le ressentant aussi comme « naturel ». On a fait plus attention au contenu plutôt qu'au contenant, les rites ; mais on a eu conscience que ces dix commandements ne sont, après tout, que l'ABC d'une conduite humaine digne de notre vocation divine. C'est bien pensé. Les trois premiers préceptes parlent de notre relation à Dieu, et les sept autres de notre rapport à autrui : honorer ses parents, ne pas tuer ou blesser, respecter le couple constitué, ne pas voler, ne pas mentir, en fait ou même en intention... Là-dessus, l'Eglise, devenant philosophe plutôt que cultivant le seul rôle  prophétique, a curieusement revendiqué une grande compétence. On s'étonne de lire chez Paul des conseils très personnels généralisés bien imprudemment. « Melius nubere quam uri. » Quelle image ce célibataire se fait-il du mariage, dont il parle comme d'un extincteur ? Et pourquoi ce qui touche à la chair a-t-il été toujours matière grave, depuis les premiers siècles, ce qui rend « péché mortel » tout acte (même solitaire) fait avec pleine connaissance et liberté, - alors que la gourmandise et le mensonge sont matière vénielle ? Comment prendre ceci au sérieux ?

Demain ou lundi, après ce périple en plus haute mer, j'aborderai, l'esprit plus clair, et le cœur confiant, le rivage où Quelqu'un grille du pain et des poissons.     

19:42 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Heureusement qu'il y a le rivage et le poisson qui grille !
Heureusement : Quelqu'un nous attend !
Sans cela, et à partir de l'expérience que j'ai vécue et vis dans l'Église, je ne pourrais plus m'y trouver...

Écrit par : Ben | 15/03/2010

L'éthique théologique ne devrait pas être une discipline en soi. Dans l'Église primitive, au-delà et surtout en-deçà de saint Paul, l'Église ne sanctionnait que trois péchés mortels: l'idolâtrie/apostasie, le meurtre, l'adultère.

Je crois que L'avénement de l'idée d'infaillibilité - papale ou synodale - est à la racine de beaucoup des maux et des divisions d'aujourd'hui. On dirait que l'Esprit Saint est bafoué, mis au ban, jeter dehors, pour faire place au "magistère".

La décrédibilisation de l'Église fait mal, très mal, comme tu l'as bien noté. C'est pour cela que l'Évangile gagne du terrain en Corée - où les catéchumènes n'ont pas d'aprioris - plutôt que chez nous.

Écrit par : Georges | 15/03/2010

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