15/03/2010

Quand le sexe se montre (2)

gargouille

 

         

         Le respect des enfants, dont Jésus dit, avec une radicalité redoutable, que celui qui y manque, mieux vaudrait qu'on lui attache une pierre au cou et qu'on le précipite dans la mer, venons-y. Pas question de minimiser l'importance, la gravité de ce devoir. De façon générale, l'Eglise, parce qu'elle se croit anticipation du Royaume de Dieu, entend régler toutes choses souverainement, en application d'un texte scripturaire déjà expliqué ici, jadis. Elle a donc, comme on sait, un Droit propre, dit Droit Canon, à la fois civil et pénal, mis à jour en 1983. L'abus pédophilique y est particulièrement traité au § 1387, selon 'La Croix' de ce 10 mars. On y qualifie ainsi l'action des pédérastes : Crimen sollicitationis... Traduction littérale : grief de drague. Le clerc qui manœuvre un enfant impubère jusqu'à l'amener sur un terrain sexuel adulte où l'enfant n'a que des repères d'enfant, il « sollicite » le gamin. Mais... C'est quoi, ça ? C'est dire quoi ? Que l'enfant abusé est aussi un complice.

 lieu saint

     On voit pourquoi monte aujourd'hui de partout, après des décennies de silence, une plainte, puissante et multiple, qui vient d'une souffrance injuste, subconsciente, dès l'origine et puis toujours dissimulée, ce dont le monde médiatique est stupéfait. ● C'est que, dans l'Eglise, on n'est pas chez Dutroux, chez Fourniret, meurtriers et assassins. ● On n'est pas non plus dans sa propre famille, où Papa est ressenti quelquefois par sa grande fille comme devenant bizarre, ce à quoi Maman, si la jalousie ne l'égare pas, met assez facilement le holà sans drame. ● Dans le milieu clérical, on est dans un milieu de perfection, un endroit purifié, un sanctuaire, une espèce de paradis blancla sexualité n'a théoriquement aucune sorte de légitimité. C'est si total que notre nouvel archevêque, écrivant pour les jeunes, en 1988, une brochure leur expliquant sa morale sexuelle, donnait cette info pataphysique : « il est bon de savoir que certains théologiens ont jadis émis l'hypothèse que, dans la condition originelle (d'avant la chute d'Adam), l'humanité se serait multipliée par une autre voie que la sexualité génitale, ainsi que le laissent entrevoir la conception et la naissance virginales de l'Homme nouveau : Jésus » (A LEONARD, Jésus et ton corps, Edime international, 1988, p. 5 note 2.)

 regarde ne vois pasDans cet univers fermé, le pré-ado qu'on est se débrouille anarchiquement, pas trop mal, à un rythme personnel, au hasard des circonstances. Il ne lui faut que d'être seul, et d'être libre. Il manœuvre alors sans désastre une libido pas très claire, où se mêlent pulsions, bandaisons inexpliquées, rêves et cauchemars, dégoûts et désirs. Que se passe-t-il si la sexualité d'un adulte, d'une personne consacrée, dans ce lieu saint, surgit ? Clandestinement, mais qui attend de vous une réponse, une coopération. L'exigeant, dans un rapport d'autorité où votre liberté disparaît. Avec un discours épouvantable.  Parce qu'il la connaît, « lui », votre sensualité secrète. C'est en se basant sur elle, sur ce qu'il sait d'elle et de vous, fait-il comprendre, qu'il en demande une part, qu'il vous rejoint dans des lieux dont vous êtes le connaisseur, pour des plaisirs dont vous serez le dispensateur.

serpent 

        Quels que fussent les actes qui suivaient, rarement dits, et à moins d'une réaction violente et colérique de l'enfant, c'est ce discours effroyable qui était ensuite repris, adopté mentalement, par l'autorité hiérarchique, quand les abus étaient dévoilés. Le supérieur ecclésiastique estimait même avoir fait tout son devoir quand il avait, au fond, « séparé les coupables » en exilant l'aîné et ayant gardé le plus jeune. Les choses ont changé là-dessus, je sais, mais c'est grâce aux tribunaux civils ; comme c'est grâce à eux si les divorcés ne sont plus rayés « pour faute grave » de l'enseignement catholique. Les milliers d'enfants de quarante et cinquante ans qui se font connaître, qui témoignent aujourd'hui, pour des crimes aujourd'hui raréfiés en milieu chrétien, ce n'est pas seulement leurs abuseurs qu'ils dénoncent, mais leurs soi-disant protecteurs d'alors qui se faisaient aussi leurs juges. Ceux-ci ont moins changé qu'on ne croit, puisque subsiste,  toujours en vigueur, ce mot de « sollicitation » - clairement connoté : « Après tout, ils y avaient sûrement trouvé du plaisir, sinon ils auraient demandé du secours, se seraient plaints. Comment savoir ? l'enfance est si difficile aujourd'hui. Ce gamin ou cette gamine, ce n'était pas Maria Goretti, n'est-ce pas, l'enfant n'est pas mort comme la petite martyre canonisée de 1950, il n'a rien dit à personne sur le moment... »

11:47 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Mille excuses Ephrem mais je n'ai à peu près rien compris..

Écrit par : Cyril | 16/03/2010

Moi j'ai compris Mais je veux juste saisir l'occasion de l'allusion à Adam pour rappeler que c'est un personnage mythique qui n'a jamais existé. On le sait depuis Darwin et l'évolution. Alors que nous soyons héritiers dès notre naissance du péché d'Adam, ça me donne envie d'être un peu, si peu, grossière : des nèfles ! Quant à la naissance virginale envisagée ...il vaut mieux que je m'arrête ici.

Écrit par : Marie-Claire | 16/03/2010

Bribes de réponse Ce que je raconte supposait un autre paysage que celui que vous connaissez, Cyril. Il y avait pour la Religion un respect basique énorme, et, chez les parents et les profs, une propension à culpabiliser, voire à ridiculiser.
Le Xisme accepte sans problème le caractère non historique de la Genèse, Marie-Claire. Cela n'exclut pas qu'il puisse réfléchir sur la signification religieuse du mythe (votre mot est juste) d'Adam et Eve. La citation que je donne de Mgr L'Archevêque se fait hélas! (s'en rendait-il compte ?) dans un sens désincarné, comme si Adam n'était un homme réel qu'après avoir "péché", ou encore (dit autrement) comme si Jésus de Nazareth indemne du péché originel n'était pas un mâle constitué normalement, capable de procréation.

Écrit par : Ephrem | 17/03/2010

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