26/03/2010

Pierre n'est pas Jésus

vortex

 

                                  Je suis fatigué par l'opposition en moi de sentiments contradictoires. Ceux que font naître, d'une part, la lettre du pape sur les abus sexuels dans l'Eglise, et d'autre part la critique hésitante puis vacharde, s'exprimant sans nuances en calomnies ou en applaudissements. Selon des choix partisans, comme si guerre il y avait. Moi, je suis partagé.

 lettre_pape_irlande

Cette lettre, j'avais aimé qu'elle remît à l'honneur, pour surmonter le mal, les moyens spirituels de la prière, de l'aveu, de la contrition, de la fière communion avec les saints d'hier « qui nous entourent invisiblement. » J'étais surpris, heureusement surpris, qu'elle rappelât, dans un contexte hostile,  « l'amour infini du Christ pour chacun de nous ». Oui, ce chemin-là qu'on nous disait de prendre, c'était le bon, « chemin de guérison, de renouveau, et de réparation. » J'avais aussi relevé avec plaisir que, dans le second alinéa du § 4, le pape mettait au nombre des éléments causant la crise « une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité. » Ce que j'étais seul, me semblait-il, à évoquer dans mes billets et autres contributions. A mon avis, rien ne fut plus ennemi des viols et abus sur autrui que « l'anarchie » conciliaire puis soixante-huitarde, à la différence de l'autoritarisme antérieur ou, au contraire, récent, jouant si volontiers avec "l'obéissance".

pope 

Mais j'étais attristé  aussi que le pape Benoît oublie qu'il était Pierre, et non pas Jésus. Qu'il ne prenne, à aucun moment, sa part de responsabilité dans le désastre, part qui est faible sans doute, mais qu'il ne peut pas, dans le secret de son oraison, ne pas accepter. Ne pas « voir » : 1. ne fût-ce que l'obstination  dans la sacralisation à outrance du sacerdoce ministériel, comme si la chasteté (au sens radical de jeûne, de déni de la faim sexuelle) était facile, normale, naturelle. 2. La naïveté, sinon la vanité, dans l'illusion qu'une centralisation des procédures dans ses mains à soi prémunira contre les scandales. 3. Et une exonération de principe sur la responsabilité des auxiliaires en cas de malheur...  Mais suffit. Je n'insisterai plus. Je vois bien qu'on ne peut attendre des supérieurs religieux, quand ils furent des seigneurs intellectuels reconnus comme Ratzinger (ou Küng d'ailleurs !) autre chose que ce qu'ils ont dit toute leur vie. Ils se répètent. Gérontocratie, cette eau morte. Je laisse donc à Golias - dont le travail, à mon sens, est en profondeur plus utile à l'Eglise que celui de Plunkett ou autres Séguéla -  l'office difficile de ministère public : celui qu'exercent aussi, avec moins de scrupule, la plupart des journaux du monde, ravis  de renverser pour une fois les rôles, et de faire la leçon au pontife romain. Des leçons,  il ne cesse d'en faire toute l'année à tout le monde, à son tour aujourd'hui d'en recevoir !

 Rembrandt2 Pierrre renie Jésus dans la cour

Luc l'Evangéliste nous le rappellera dimanche prochain, à la messe où sera lue la Passion. « Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui ». Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas ». Peu après, une autre dit en le voyant : « Toi aussi tu en fais partie. »  Pierre répondit : « Non, je n'en suis pas ». Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr, celui-là était avec lui, et d'ailleurs il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur se retournant posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement. »

 Non, Pierre n'aime pas Jésus  «plus que ceux-ci » (Jn, 21, 15). Il en est conscient après la résurrection, quand il répond à Jésus qu'il l'aime, comme Jésus le sait, parce qu'il sait toutes choses. Cela suffit au Maître pour l'envoyer paître brebis et agneaux. 

23:13 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Exemple? En effet, le texte que les chrétiens ont entendu ce dimanche est clair : Pierre, c’est Pierre ; un homme.
Quand vous parlez des moyens spirituels de la prière qui surmontent le mal (ou aident à surmonter le mal), pourriez-vous, si vous avez un peu de temps, expliquer davantage ? Ou simplement en donner un exemple ?
Merci. Bonne semaine Sainte, à vous, et tous vos lecteurs.

Écrit par : Blaise | 28/03/2010

A Blaise j'ai envie de dire que la prière est là, moins pour aider que pour rendre meilleur.
Des exemples ? Rien ne vaut l'expérience personnelle.

Écrit par : Palagio | 28/03/2010

Jésus n’a pas dit "Tu bâtiras l’Église", mais "Je bâtirai mon Église !"
Le choix de Dieu est gratuit et ne se mérite pas, ce qui le rend incompréhensible et mystérieux, parce que lui seul "voit dans les coeurs". L'Esprit est à l’œuvre avec le Saint Père qu’il accompagne, mais aussi avec tous les baptisés, qui sont impliqués à CONSTRUIRE dans l'Église à partir du moment où ils ont accepté de se faire "embaucher"! Jésus est notre "chef de chantier" permanent, mais ne peut guider nos manoeuvres que si nous restons unis dans un même Esprit, au-delà de nos mesquineries humaines. Je vous souhaite une "belle" Semaine Sainte, Éphrem, ainsi qu'à vos visiteurs, et je prie pour qu'elle nous encourage TOUS à poser notre vie sur le roc, en traversant la couche superficielle du monde à la suite du Christ...
Marie

Écrit par : Crocki | 29/03/2010

Chantier de la prière Merci à tous trois. Palagio vous a répondu à ma place, cher Blaise, et fort bien. La prière transforme les gens, elle rend heureux : encore faut-il l'adapter à son temps, à ses soucis, à son caractère, dans la certitude d'être écouté, entendu, et toujours compris, même quand la réponse n'est pas celle attendue, ou bien qu'elle tarde. C'est, je crois, ce que souligne aussi Marie, en reprenant le thème du "rocher dans lequel nous avons été taillés", une citation d'Isaïe 51 faite par le pape. Oui, la pierre de notre foi est notre force.

Écrit par : Ephrem | 31/03/2010

Les commentaires sont fermés.