31/03/2010

Ce que fait Pâques

priere naïve, prière contagieuse, prière de Dieu

"On m'a raconté l'histoire d'une pauvre femme, mère de six enfants, veuve, et qui avait besoin de gagner sa vie. La voilà qui rentre chez elle un jour d'hiver après un après-midi passé à aller chercher l'argent de tous côtés, chez les clients en retard, parce que c'est demain le terme. Dans quel état va-t-elle retrouver la maison, avec le petit dernier qui ne va pas fort, et ces trois qui se sont amusés à attraper la rougeole l'un après l'autre ? Il y a bien la fille aînée qui fait ce qu'elle peut, mais elle n'est pas très maligne. Le fils va à l'école et il est très exigeant. Donc éreintée, mouillée, chargée de provisions, elle ouvre la porte et quel spectacle ! la cuisine remplie de fumée, il y a eu une espèce de feu de cheminée, le fourneau dégouttant et pas moyen de l'allumer, la fenêtre ouverte, tout est rempli de pluie et de mâchurons. La fille noire comme un charbonnier dans un coin qui pleure à chaudes larmes. Le petit dans son berceau qui hurle et les trois convalescents dans leur chambre qui se sont livrés à un sabbat invraisemblable.

Qu'auriez-vous fait à la place de la dame en question ? Me fiche à l'eau, répondez-vous d'une seule voix. C'est bien en effet ce qu'elle fit, ou quelque chose d'équivalent. Le temps de refermer la porte, de dégringoler l'escalier, d'aller à l'église, de décharger dans la figure de Sainte Thérèse de Lisieux, en plein dans la figure de Sainte Thérèse de Lisieux, une prière pareille à un coup de revolver, et puis de remonter l'escalier à toute vitesse. Pour trouver quoi  ? La cuisine parfaitement brillante et nettoyée, le feu qui ronfle gaiement dans le fourneau et le souper en train de cuire, la fille bien peignée et bien lavée avec un ruban dans les cheveux (c'est dommage qu'elle soit si bête !), tout en ordre chez les gosses, et le fils qui revient de l'école avec la croix de la légion d'honneur sur son tablier. De vous expliquer comme cela s'est fait, ce serait trop ennuyeux. Mais ce sont des choses qui arrivent tous les jours à cause que le Père n'est pas toujours en ce..."

Claudel interrompt ici son texte, il écrit même Claudel interroge le Cantique des Cantiques"Interruption". Il rêve sur la Bible, usant d'une exégèsese sauvage qui n'a rien de critique, mais qui lui ressemble. C'est le mitan de la guerre, le passage cité est à la page 425, gros livre naïf et  puissant, devenu illisible ? Le poète reprend la plume en datant ce retour, on ne sait pourquoi : 17 octobre 1944.

"Eh bien c'est juste pareil la même chose de temps en temps dans le ménage de l'Eglise ! Une saleté à vomir, un tel désordre qu'une chatte, comme on dit, n'y reconnaîtrait pas ses petits, tout le matériel chahuté et le personnel qui se donne du bon temps, la maison de Dieu devenue une étable à cochons, et là-dedans qui se promènent des cardinaux dans le genre d'Alberoni ! En cherchant bien, on trouverait tout de même des pauvres âmes, la figure barbouillée, qui pleurent dans un  petit coin ! Mais il y en a d'autres aussi, la bouche pleine de sang, qui d'un poing exténué frappent à la porte du tabernacle, et d'autres, à la pointe du clocher à cheval sur la croix, au milieu des étoiles, qui poussent des cris terribles."

13:17 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Saintes et joyeuses fêtes de Pâques à toi et aux tiens !

Écrit par : Seb | 04/04/2010

Illustration En quelque sorte, vous répondez à ma question précédente (sur le post » Pierre n’est pas Jésus »).
Ce récit, en deux temps, est magnifique. Il donne à penser.
Parler à Dieu, lui confier ses angoisses, s’indigner ou se révolter parfois, mais toujours savoir qu’Il est là et qu’Il vous aime ; toujours. Et se laisser attendrir aussi.
Je suis brouillon, sorry Ephrem. Mais j’apprends, en priant plus qu'avant, en servant l'Eglise, en vous lisant aussi, à mieux L'aimer.

Écrit par : Blaise | 07/04/2010

L'aimer en effet Ayez confiance, Blaise, gentil Pascal ! 1654, si j’ai bonne mémoire, c’est quand l’auteur des [i]Pensées[/i], constamment inquiet de son salut, a eu son grand contact intérieur avec « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non celui des philosophes et des savants »…

Jeter Claudel dans la discussion, comme j’ai fait ici, ce n’est pas démonter un mécanisme pour voir comment il fonctionne, mais le faire exploser. Résultat : éclair fulgurant. Mais après, on fait quoi ? La réponse est qu’on est moins triste, mais à quia comme avant. La littérature, c’est comme la musique : toujours un plaisir, et qui n’a pas les inconvénients de l‘alcool…

Je lis chez votre ami Blaise Pascal cette réflexion terre à terre, que je me fais ces temps-ci où notre Eglise est – par sa très grande faute – dans la bourrasque : [i]« Il y a du plaisir d‘être dans un vaisseau battu par l’orage, lorsqu’on est assuré qu’il ne périra point ; les persécutions qui travaillent l’Eglise sont de cette nature »[/i]

Écrit par : Ephrem | 07/04/2010

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