31/03/2010

Ce que fait Pâques

priere naïve, prière contagieuse, prière de Dieu

"On m'a raconté l'histoire d'une pauvre femme, mère de six enfants, veuve, et qui avait besoin de gagner sa vie. La voilà qui rentre chez elle un jour d'hiver après un après-midi passé à aller chercher l'argent de tous côtés, chez les clients en retard, parce que c'est demain le terme. Dans quel état va-t-elle retrouver la maison, avec le petit dernier qui ne va pas fort, et ces trois qui se sont amusés à attraper la rougeole l'un après l'autre ? Il y a bien la fille aînée qui fait ce qu'elle peut, mais elle n'est pas très maligne. Le fils va à l'école et il est très exigeant. Donc éreintée, mouillée, chargée de provisions, elle ouvre la porte et quel spectacle ! la cuisine remplie de fumée, il y a eu une espèce de feu de cheminée, le fourneau dégouttant et pas moyen de l'allumer, la fenêtre ouverte, tout est rempli de pluie et de mâchurons. La fille noire comme un charbonnier dans un coin qui pleure à chaudes larmes. Le petit dans son berceau qui hurle et les trois convalescents dans leur chambre qui se sont livrés à un sabbat invraisemblable.

Qu'auriez-vous fait à la place de la dame en question ? Me fiche à l'eau, répondez-vous d'une seule voix. C'est bien en effet ce qu'elle fit, ou quelque chose d'équivalent. Le temps de refermer la porte, de dégringoler l'escalier, d'aller à l'église, de décharger dans la figure de Sainte Thérèse de Lisieux, en plein dans la figure de Sainte Thérèse de Lisieux, une prière pareille à un coup de revolver, et puis de remonter l'escalier à toute vitesse. Pour trouver quoi  ? La cuisine parfaitement brillante et nettoyée, le feu qui ronfle gaiement dans le fourneau et le souper en train de cuire, la fille bien peignée et bien lavée avec un ruban dans les cheveux (c'est dommage qu'elle soit si bête !), tout en ordre chez les gosses, et le fils qui revient de l'école avec la croix de la légion d'honneur sur son tablier. De vous expliquer comme cela s'est fait, ce serait trop ennuyeux. Mais ce sont des choses qui arrivent tous les jours à cause que le Père n'est pas toujours en ce..."

Claudel interrompt ici son texte, il écrit même Claudel interroge le Cantique des Cantiques"Interruption". Il rêve sur la Bible, usant d'une exégèsese sauvage qui n'a rien de critique, mais qui lui ressemble. C'est le mitan de la guerre, le passage cité est à la page 425, gros livre naïf et  puissant, devenu illisible ? Le poète reprend la plume en datant ce retour, on ne sait pourquoi : 17 octobre 1944.

"Eh bien c'est juste pareil la même chose de temps en temps dans le ménage de l'Eglise ! Une saleté à vomir, un tel désordre qu'une chatte, comme on dit, n'y reconnaîtrait pas ses petits, tout le matériel chahuté et le personnel qui se donne du bon temps, la maison de Dieu devenue une étable à cochons, et là-dedans qui se promènent des cardinaux dans le genre d'Alberoni ! En cherchant bien, on trouverait tout de même des pauvres âmes, la figure barbouillée, qui pleurent dans un  petit coin ! Mais il y en a d'autres aussi, la bouche pleine de sang, qui d'un poing exténué frappent à la porte du tabernacle, et d'autres, à la pointe du clocher à cheval sur la croix, au milieu des étoiles, qui poussent des cris terribles."

13:17 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

26/03/2010

Pierre n'est pas Jésus

vortex

 

                                  Je suis fatigué par l'opposition en moi de sentiments contradictoires. Ceux que font naître, d'une part, la lettre du pape sur les abus sexuels dans l'Eglise, et d'autre part la critique hésitante puis vacharde, s'exprimant sans nuances en calomnies ou en applaudissements. Selon des choix partisans, comme si guerre il y avait. Moi, je suis partagé.

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Cette lettre, j'avais aimé qu'elle remît à l'honneur, pour surmonter le mal, les moyens spirituels de la prière, de l'aveu, de la contrition, de la fière communion avec les saints d'hier « qui nous entourent invisiblement. » J'étais surpris, heureusement surpris, qu'elle rappelât, dans un contexte hostile,  « l'amour infini du Christ pour chacun de nous ». Oui, ce chemin-là qu'on nous disait de prendre, c'était le bon, « chemin de guérison, de renouveau, et de réparation. » J'avais aussi relevé avec plaisir que, dans le second alinéa du § 4, le pape mettait au nombre des éléments causant la crise « une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité. » Ce que j'étais seul, me semblait-il, à évoquer dans mes billets et autres contributions. A mon avis, rien ne fut plus ennemi des viols et abus sur autrui que « l'anarchie » conciliaire puis soixante-huitarde, à la différence de l'autoritarisme antérieur ou, au contraire, récent, jouant si volontiers avec "l'obéissance".

pope 

Mais j'étais attristé  aussi que le pape Benoît oublie qu'il était Pierre, et non pas Jésus. Qu'il ne prenne, à aucun moment, sa part de responsabilité dans le désastre, part qui est faible sans doute, mais qu'il ne peut pas, dans le secret de son oraison, ne pas accepter. Ne pas « voir » : 1. ne fût-ce que l'obstination  dans la sacralisation à outrance du sacerdoce ministériel, comme si la chasteté (au sens radical de jeûne, de déni de la faim sexuelle) était facile, normale, naturelle. 2. La naïveté, sinon la vanité, dans l'illusion qu'une centralisation des procédures dans ses mains à soi prémunira contre les scandales. 3. Et une exonération de principe sur la responsabilité des auxiliaires en cas de malheur...  Mais suffit. Je n'insisterai plus. Je vois bien qu'on ne peut attendre des supérieurs religieux, quand ils furent des seigneurs intellectuels reconnus comme Ratzinger (ou Küng d'ailleurs !) autre chose que ce qu'ils ont dit toute leur vie. Ils se répètent. Gérontocratie, cette eau morte. Je laisse donc à Golias - dont le travail, à mon sens, est en profondeur plus utile à l'Eglise que celui de Plunkett ou autres Séguéla -  l'office difficile de ministère public : celui qu'exercent aussi, avec moins de scrupule, la plupart des journaux du monde, ravis  de renverser pour une fois les rôles, et de faire la leçon au pontife romain. Des leçons,  il ne cesse d'en faire toute l'année à tout le monde, à son tour aujourd'hui d'en recevoir !

 Rembrandt2 Pierrre renie Jésus dans la cour

Luc l'Evangéliste nous le rappellera dimanche prochain, à la messe où sera lue la Passion. « Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui ». Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas ». Peu après, une autre dit en le voyant : « Toi aussi tu en fais partie. »  Pierre répondit : « Non, je n'en suis pas ». Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr, celui-là était avec lui, et d'ailleurs il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur se retournant posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement. »

 Non, Pierre n'aime pas Jésus  «plus que ceux-ci » (Jn, 21, 15). Il en est conscient après la résurrection, quand il répond à Jésus qu'il l'aime, comme Jésus le sait, parce qu'il sait toutes choses. Cela suffit au Maître pour l'envoyer paître brebis et agneaux. 

23:13 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

24/03/2010

Prière toute simple

Efrem

 

 

   Comme on rapporte d'une visite à sa voisine une recette neuve, ou, du marché, des fleurs fraîches, je vous offre, après une promenade à travers l'espace électronique, la prière de carême de St Ephrem (ben oui, le diacre Syrien du IVe siècle qui me prête ici son nom). L'Eglise orthodoxe en fait grand usage pendant le carême, en semaine seulement, entrecoupant les strophes de prosternations. Je vous en propose une transposition.  Vous pouvez lire aussi les versions authentiques plus soucieuses de la littéralité originelle :  les voici. Lisez ces dernières avant, ou après la transposition, selon votre type d'esprit. Pour juger, faut lire avant ; pour goûter, faut lire après...

 

                La ré-écriture que j'ai faite et que je propose à usage privé, elle veut quoi ? Eviter, dans l'esprit de celui qui prie, l'indigence imaginaire de ce qui est abstrait, contrepartie fatale de la signifiance pure. Elle consiste à représenter dans une situation concrète (assez générale tout de même) les quatre maux et les quatre biens dont il est question. Soit les maux de paresse, découragement, domination, bavardage, opposés aux biens d'intégrité, humilité, patience et charité.

 meteores

 

Seigneur et Maître de ma vie !

 

Trainailler des heures durant,

Perdre courage devant la vie,

Plastronner devant les autres

Et parler pour ne rien dire :

Evite-moi ça.

 

Mais que je sois intègre, disant ce que je dois,

Et humble, voyant ce que je suis,

Patient, sachant que le monde passe,

Et aimant, ne voulant que l'amour :

Donne-moi cela  -  s'il Te plaît.

 

Seigneur, Prince du seul vrai Royaume,

Ouvre mes yeux sur mes fautes,

Ferme-les sur celles des autres,

Toi qui, seul, est Saint dans les siècles.

 (Prosternation)

 Finistere Bruxelles

[Au moment d'envoyer, je m'avise que l'Orthodoxie pourrait s'offusquer, comme d'une tache de lèvres sur un linge d'autel, de la familiarité avec laquelle le catho étranger que je suis s'approprie cette auguste, cette antique prière : qu'elle me pardonne, comme à la Cananéenne qui mangeait les miettes tombées de la table (Mt, 15, 27)]

Amen.

17:36 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/03/2010

Psaume d'Adam

homme à la houe millet

 

     Adam, après la chute, qu'est-ce qu'il pensait de Dieu, son colérique ami ? Ils étaient en brouille maintenant, le Vieux l'avait chassé du Domaine ! Regardez à présent le premier Homme qui peine, et qui transpire,  à remuer la terre, comme annoncé. Ecoutez-le. Il n'a rien oublié, Adam, de l'amitié première, comment oublierait-on cette intimité-là, avec ce Dieu, ses murmures, son odeur, sa lumière, son pas paisible... ? Entre deux coups de bêche, Adam s'essuie le front, et il marmonne, c'est un psaume, le premier psaume du premier homme, qui pouvait ressembler à...  A ce poème en roumain d'un poète juif de 26 ans, émigré en France dans l'entre-deux guerres : Benjamin FONDANE (Bucarest 1898- Auschwitz 1944)

preview Fondane 

  Ma terre est encore mouillée de soleil ; / je laisse un moment se reposer la bêche ;  / je suis plein du jour affaissé dans le champ, / bien pénétré, comme les pierres et l'eau. / Dans la blancheur du soir, un grillon s'aiguise, / les trousseaux de lavande tintinnabulent ;/ je sais bien, Seigneur, que tu es resté ici,/ dans le grillon, je le sais, ou dans la lavande.

Mais si tu voulais abandonner la haine,/ comme les serpents abandonnent leur peau, / tu aurais à nouveau, Seigneur, ta houlette, / tu surgirais de chaque motte de terre. / Je voudrais savoir si tu es toujours blanc, / je voudrais que les chiens hurlent après ton ombre, / je voudrais que tu te dises : Adam - Adam... /  (Pendant que je laisse reposer ma bêche.)

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  Vous me manquez tellement, toi et ta barbe... /  Je t'ai pardonné depuis longtemps, tu le sais,/ Pourquoi te cacher dans les pluies et les orages / lorsque tu es dans tous les os  de mon corps ? / Si j'ai failli alors, que ma langue tombe, / que mes épaules tombent tel un ravin, / mais viens, que j'embrasse par terre, au soleil, / ton ombre humide qui ne connaît pas de fin.

  Si j'ai failli, pourquoi m'as-tu donné des bêtes, / une maison, l'abondance, et la terre rouge, / une femme en laquelle je peux entrer, / et toutes les joies de l'amour déchaussé ? / Si j'ai failli, pourquoi donc m'humilier, / [=]pourquoi me combler, oh ! pourquoi me combler, /  quand la fumée du sacrifice revient / seule nous dire que nous sommes poussière ?

  Nous n'implorons pas ta pitié, mais ton amour. / Vois : les bêtes ont mugi au déclin du jour, / la tête de travers et l'âme souillée; / je voudrais mugir la tête de travers, / ne posséder ni troupeaux ni abondance, / et n'avoir pas de femme en laquelle entrer, / ignorer que tu ne veux pas entrer en nous, / comme le ruisseau ne peut entrer dans les pierres.

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  Certaines nuits, les étoiles font des signes, /  d'autres nuits, elles tombent - je les cherche en vain / comme un dément, le lendemain, dans le champ -, /  je voudrais qu'elles soient des signes de toi. / Certaines nuits, l'argile me semble plus vieille; / alors quelque chose en moi brise la chair, / comme le vin nouveau brise les tonneaux; / pourtant, Seigneur, l'argile ne me fait pas mal.

  Lorsqu'un jus vermeil craquelle le raisin, / souvent, la nuit, parmi les bœufs endormis, / il m'a semblé reconnaître ta lumière / et ton pas si paisible parmi les bœufs. / Viens-tu étendre ta main blanche sur les choses ?/ Viens-tu gonfler le cœur fécond de mes épis ? / Et le lendemain les troupeaux sont plus nombreux; / ou bien n'es-tu le berger que des troupeaux ?

 Abel, par Charles Mellin, Musée de Nancy

 

  Vois : dans les champs monte une fumée d'offrande; / c'est Abel, c'est mon garçon qui sacrifie. / Et il te prie, comme je te prie à mon tour, / de pencher un instant ton âme vers lui.  / C'est Abel, le sacrifice est sien tout entier; / voici le bouc le plus gras que nous ayons, / et ses cornes sont les cornes les plus grandes -, / tu as encore le temps avant la nuit.

 caÏn et abel

  Mais qui vient à perdre haleine à travers champs ? / Pourquoi autant de délices dans le cœur / que de chants d'or à l'intérieur d'une ruche ? / C'est Caïn, Caïn - il est envoyé par toi. / Je te remercie, ô Seigneur, de fléchir !  / Je te remercie de ton amour, ta pitié, / et d'avoir accepté, en signe d'alliance, / le sacrifice ici-bas de mon fils Abel !

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Benjamin Fondane, Poèmes d'autrefois, traduits du roumain par Odile Serre, Ed. Le temps qu'il fait, 2010, 17 euros !  « Le psaume d'Adam » se trouve pp.33-35. - www.letempsquilfait.com  

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17/03/2010

Quand le sexe se montre (3)

Rustin

 

         

       Après la guerre - "...Je vous parle d'un temps Que les moins de trente ans Ne peuvent pas connaître" ... - je fus moi-même un enfant enfermé jour et nuit, sans pouvoir sortir même le week-end. L'internat se disait « séraphique », un qualificatif traditionnel de l'ordre franciscain, comme on dit « angélique » celui des Dominicains. Qu'est-ce que j'y ai vu, entendu, compris alors, à propos de cette irruption de la sexualité adulte dans l'équilibre fragile de la maturation ? Rien qui ressemble au tableau immonde façon Rustin ou Molinier que le sénateur Dubié exposait dans le Soir de lundi dernier. Cruellement, mais objectivement, je n'en doute pas. J'ai un autre témoignage à donner, parce que j'ai vu autre chose ailleurs, d'abord, et aussi parce que je regarde autrement. Avec piété, et pitié, pour toutes, toutes les victimes de l'oppression sexuelle d'avant 68.

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       Au pays séraphique, deux situations posaient problème.

 1. D'abord, la sexualité entre élèves. Elle était l'interdit absolu. Motif d'exclusion immédiate, sans justification. Elle existait pourtant : les renvois soudains n'étaient pas exceptionnels : deux ou trois par an. On comprenait de quoi il s'agissait à ceci qu'aucune explication n'était donnée : le supérieur entrait dans la salle commune, faisait sa communication en une ou deux phrases stéréotypées : « ...un tel et un tel... aujourd'hui... définitivement », et c'était tout. Nous n'en parlions pas entre nous, ensuite : nous n'en avions pas le droit, il y avait là de la honte. Le tabou était intériorisé : la consigne du silence, jamais  enfreinte. - C'est plus tard, à la fin de ma seizième année, qu'une "révélation" m'a été faite. Un événement n'ayant d'analogie profonde qu'avec celui qui transforma le destin de Paul de Tarse, la comparaison ne scandalisera que les grossiers. L'amour m'a trouvé, bouleversé, mis debout. Mes lecteurs les plus anciens savent de quoi je parle. Marche en Famenne, mon Damas en Syrie. Mais ce n'est pas ici mon sujet. Je  n'étais plus alors un adolescent.

 joseph et jesus

       

       2. De la part des adultes vis-à-vis des élèves, je n'ai jamais eu connaissance de violences odieuses, du moins quand j'étais dans l'âge où elles auraient pu me troubler. Là où je fus, et jusqu'à mes vingt ans où j'entre dans la Compagnie de Jésus, l'impératif de chasteté qui s'imposait aux nombreux clercs qui nous entouraient était matériellement respecté. Mais qu'il avait aussi, je le voyais, des contre-effets navrants ! Tel franciscain, tel jésuite, tel abbé, ils souffraient à l'air libre. Tantôt ils affichaient une dureté, une sévérité qui terrorisait, n'ayant ni amis connus, ni conversations faciles, ni même piété touchante. Tantôt leur besoin de tendresse s'exprimait doucement, sans qu'on sache que faire. J'avais douze ans, un jeune prêtre, surveillant, se montrait plus que bienveillant, attentionné avec moi, et bien qu'il ne fût pas enseignant dans ma classe, je m'adressais à lui quand j'avais besoin d'aide. Il me demandait de l'embrasser. Oh ! Comme ça ! Comme j'embrassais ma mère et mes frères... Ca n'avait rien de choquant ; mais voilà, si j'oubliais de le faire quand je le voyais, il me le reprochait, gentiment. Mais j'oubliais souvent et j'étais gêné de son insistance. Je lui donnais raison d'ailleurs, il était comme... comme mon parrain, au fond, pourquoi est-ce qu'il me demandait toujours de fermer la porte ?... Voilà. Ce franciscain vit encore, peut-être : il aurait 88-90 ans, par là, c'est possible. S'il me lit, qu'il sache que je l'estime ; que je l'ai plaint, et aimé comme j'ai pu, ce malheureux poverello alors à peine ordonné !... Cette « sollicitation » là, c'en était bien une, sans doute, mais qui n'avait rien à voir avec les crimes dont les sentiers de l'Eglise sont encore fétides aujourd'hui.

 Abdessamed, 'mes amies' in LLB 100212

      Plus tard, aux Facultés de Namur, les internes de 18-20 ans que nous étions blaguaient sur la concupiscence évidente mais, j'en jurerais ! innocente de tel jésuite, de tel autre. L'un vous déshabillait du regard, l'autre vous malaxait les mains, dans son bureau, en vous écoutant lui confier vos soucis.  A notre jeunesse libre, c'était seulement un sujet de plaisanteries, une excentricité de célibataires qu'affamait leur intellectualisme exclusif. Je devais être un des rares, j'imagine, à trouver cette faim douloureuse. Mais j'étais ainsi fait que je m'en donnais une explication. Ces prêtres, s'ils s'aimaient davantage entre eux, chastement, sans se toucher mais en se parlant, ils seraient sans doute rassasiés. Je le pense encore. Dans l'immense majorité des cas, la puissance du sexe renvoie à la carence des caresses verbales. «Le remède aux péchés des tiens, pape Benoît, aux péchés des nôtres, - car, à mon niveau de charbonnier, je suis avec toi pour toujours et depuis ma naissance, tu le sais bien - il n'est pas dans la sélection des plus froids, mais dans la revalorisation de la tendresse au cœur de la vie ecclésiale.»

15/03/2010

Quand le sexe se montre (2)

gargouille

 

         

         Le respect des enfants, dont Jésus dit, avec une radicalité redoutable, que celui qui y manque, mieux vaudrait qu'on lui attache une pierre au cou et qu'on le précipite dans la mer, venons-y. Pas question de minimiser l'importance, la gravité de ce devoir. De façon générale, l'Eglise, parce qu'elle se croit anticipation du Royaume de Dieu, entend régler toutes choses souverainement, en application d'un texte scripturaire déjà expliqué ici, jadis. Elle a donc, comme on sait, un Droit propre, dit Droit Canon, à la fois civil et pénal, mis à jour en 1983. L'abus pédophilique y est particulièrement traité au § 1387, selon 'La Croix' de ce 10 mars. On y qualifie ainsi l'action des pédérastes : Crimen sollicitationis... Traduction littérale : grief de drague. Le clerc qui manœuvre un enfant impubère jusqu'à l'amener sur un terrain sexuel adulte où l'enfant n'a que des repères d'enfant, il « sollicite » le gamin. Mais... C'est quoi, ça ? C'est dire quoi ? Que l'enfant abusé est aussi un complice.

 lieu saint

     On voit pourquoi monte aujourd'hui de partout, après des décennies de silence, une plainte, puissante et multiple, qui vient d'une souffrance injuste, subconsciente, dès l'origine et puis toujours dissimulée, ce dont le monde médiatique est stupéfait. ● C'est que, dans l'Eglise, on n'est pas chez Dutroux, chez Fourniret, meurtriers et assassins. ● On n'est pas non plus dans sa propre famille, où Papa est ressenti quelquefois par sa grande fille comme devenant bizarre, ce à quoi Maman, si la jalousie ne l'égare pas, met assez facilement le holà sans drame. ● Dans le milieu clérical, on est dans un milieu de perfection, un endroit purifié, un sanctuaire, une espèce de paradis blancla sexualité n'a théoriquement aucune sorte de légitimité. C'est si total que notre nouvel archevêque, écrivant pour les jeunes, en 1988, une brochure leur expliquant sa morale sexuelle, donnait cette info pataphysique : « il est bon de savoir que certains théologiens ont jadis émis l'hypothèse que, dans la condition originelle (d'avant la chute d'Adam), l'humanité se serait multipliée par une autre voie que la sexualité génitale, ainsi que le laissent entrevoir la conception et la naissance virginales de l'Homme nouveau : Jésus » (A LEONARD, Jésus et ton corps, Edime international, 1988, p. 5 note 2.)

 regarde ne vois pasDans cet univers fermé, le pré-ado qu'on est se débrouille anarchiquement, pas trop mal, à un rythme personnel, au hasard des circonstances. Il ne lui faut que d'être seul, et d'être libre. Il manœuvre alors sans désastre une libido pas très claire, où se mêlent pulsions, bandaisons inexpliquées, rêves et cauchemars, dégoûts et désirs. Que se passe-t-il si la sexualité d'un adulte, d'une personne consacrée, dans ce lieu saint, surgit ? Clandestinement, mais qui attend de vous une réponse, une coopération. L'exigeant, dans un rapport d'autorité où votre liberté disparaît. Avec un discours épouvantable.  Parce qu'il la connaît, « lui », votre sensualité secrète. C'est en se basant sur elle, sur ce qu'il sait d'elle et de vous, fait-il comprendre, qu'il en demande une part, qu'il vous rejoint dans des lieux dont vous êtes le connaisseur, pour des plaisirs dont vous serez le dispensateur.

serpent 

        Quels que fussent les actes qui suivaient, rarement dits, et à moins d'une réaction violente et colérique de l'enfant, c'est ce discours effroyable qui était ensuite repris, adopté mentalement, par l'autorité hiérarchique, quand les abus étaient dévoilés. Le supérieur ecclésiastique estimait même avoir fait tout son devoir quand il avait, au fond, « séparé les coupables » en exilant l'aîné et ayant gardé le plus jeune. Les choses ont changé là-dessus, je sais, mais c'est grâce aux tribunaux civils ; comme c'est grâce à eux si les divorcés ne sont plus rayés « pour faute grave » de l'enseignement catholique. Les milliers d'enfants de quarante et cinquante ans qui se font connaître, qui témoignent aujourd'hui, pour des crimes aujourd'hui raréfiés en milieu chrétien, ce n'est pas seulement leurs abuseurs qu'ils dénoncent, mais leurs soi-disant protecteurs d'alors qui se faisaient aussi leurs juges. Ceux-ci ont moins changé qu'on ne croit, puisque subsiste,  toujours en vigueur, ce mot de « sollicitation » - clairement connoté : « Après tout, ils y avaient sûrement trouvé du plaisir, sinon ils auraient demandé du secours, se seraient plaints. Comment savoir ? l'enfance est si difficile aujourd'hui. Ce gamin ou cette gamine, ce n'était pas Maria Goretti, n'est-ce pas, l'enfant n'est pas mort comme la petite martyre canonisée de 1950, il n'a rien dit à personne sur le moment... »

11:47 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

13/03/2010

Quand le sexe se montre (1)

'On va s'gêner', émission Ruquier Fr 4, décor

 

    

Les trois photos d'agence ci-après reproduites signent une publicité anti-tabac. Elles sont censées montrer l'abaissement inconscient où fait tomber cette toxicomanie. Comme si les jeunes qui fument rendaient un service sexuel  à un patron invisible, dont on ne voit que le veston, la chemise, le ventre. Nous sommes dans l'émission de Ruquier, « On va s'gêner », sur France 4. Un des animateurs rigole : « Faudrait plutôt que ce patron soit en soutane ». Décidément, le catholicisme et la pédophilie s'appellent. Catholique de conviction, de cœur et de vie,  de longue vie, puis-je m'en laver les mains et parler d'autre chose ? Le journal « La Croix » me donne l'exemple, qui depuis une semaine multiplie les informations. Et le Monde, ce soir. - Mets-moi  les mots justes dans l'esprit, Esprit-Saint. Les mots vrais et bons sur les choses tristes. Je dois prendre   de la hauteur.

 Fumer c'est etre l'esclave du tabac, agence DNF  1

     La dégradation dans l'imaginaire du public qui affecte actuellement mon Eglise, a quelque chose d'une malédiction.  Mais je suis trop fermé au pseudo- charme des films fantastiques pour avoir envie d'incriminer quelque diable. A mes yeux la stigmatisation qui surgit est plutôt une sanction. Je pense que certaines institutions se piègent elles-mêmes, qu'elles s'offrent à la corruption lorsqu'elles perdent le sens critique. Le scandale sexuel est d'abord un abcès de fixation ; qu'il porte sur la chair lui ajoute seulement de la purulence parce que la hiérarchie est pudibonde, et que les vieux princes de l'Eglise revendiquent la chasteté comme le devoir « sacré » qui est requis des clercs. En cela, le signe est terrible. L'absolutisme de la Vérité logée en un seul homme qui fut, sur ce point, parfois myope, le centralisme d'un gouvernement sans contre-pouvoirs ayant pu agir, la certitude d'avoir toujours raison et l'habitude de donner des leçons de morale à tout le monde aboutissent à un déshonneur.

Honte 

     C'est le propre de ce qui est sectaire. L'Eglise catholique, pour maintenir sa puissance dans le monde et donc s'assurer des fidèles en nombre suffisant, a multiplié en son sein des communautés suspectes, depuis les Légionnaires du Christ jusqu'aux curieuses Béatitudes. Mais en elle-même, dans sa totalité, elle fonctionne déjà comme une secte. Comme un parti obsédé par une seule valeur. Comme un mouvement totalitaire. Ses maux sont donc ceux qui arrivent lorsqu'une  société attribue les pouvoirs absolus à un seul. Pouvoir de dire le bien et le mal dans l'abstrait, pouvoir de juger, dans le concret, qui a tort et qui a raison, pouvoir de récompenser les uns et punir les autres, les faire taire, les exclure. Que la dictature ainsi installée soit attribuée théoriquement à un « prolétariat » mythique, ou théocratiquement à un « Dieu » dont on ne risque pas la présence, cela revient au même. Face au pouvoir, il n'y a même, jamais, aucun sentiment qui vaille, aucune affection instinctive, aucune amitié. Seulement des subordinations rigoureuses. Voyez notre « Léo ». Il est le favori imposé, rien d'autre. Tout est obéissance parce tout est ordonnance ! Les procès de Moscou, à gauche, voyaient autrefois de bons communistes s'accuser eux-mêmes de trahison, pour avoir divergé d'opinion avec le chef du Parti. A droite, Ciano, ministre fasciste en 1943 et gendre de Mussolini, est mis à mort pour s'être seulement distancié de son beau-père.  Marxisants façon Boff ou libéraux façon Drewermann, nombreux sont aussi les théologiens dans l'Eglise, très attachés à la personne et au message du Christ, qui se sont vus traités en ennemis à abattre parce qu'ils avaient, sur le mystère de la Révélation du Très-Haut dans le Très-Bas, des vues nouvelles, s'accordant mal avec celles des Pères du monde hellénico-romain. Qu'elles soient plus inspirées, comme chez Küng, des vues attribuables aux apôtres et aux évangélistes, selon ce que fait voir le progrès de l'exégèse, n'est pas une justification admise. Rompez.

coeur de pierre 

       Je ne m'égare pas, patience, encore quelques paragraphes pour vous faire voir ce que je sens dans le système ecclésial. On y étouffe. On ne s'y aime pas, on s' y pousse, on s'y dénonce. L'infaillibilité reconnue à un seul, pas seulement dans les cas exceptionnels de 1854, 1870 et 1950, mais à titre ordinaire (lisez donc, du Père Sesboué, Le magistère à l'epreuve) agit comme une menace tacite. S'opposent ici, d'ailleurs,  les deux grandes sections de la théologie : l'Exégèse, qui est un abord « par le bas », inductif, et la Dogmatique, qui est une systématisation « par le haut », déductive. Les deux disciplines sont indispensables en théologie, et elles ne peuvent s'ignorer : elles sont corrélatives. Le malheur est qu'elles supposent toutes deux beaucoup d'humilité chez les professeurs, qui sont de grands seigneurs de l'esprit et n'ont pas coutume d'être confrontés à des faits indisciplinés comme dans les sciences exactes... Il y a une troisième discipline : la Morale. De tous temps, l'Eglise a jugé que la révélation ne demandait pas seulement une profession de foi, mais un changement de vie. La foi implique l'action, croire implique qu'on fasse, le vrai implique le bon. Agir en fonction de ce qu'on croit, Jésus est  explicite là-dessus. Mais il a le génie de réduire les commandements à deux, le second étant semblable au premier : aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même...

Tag sur le Xt Nord3 

Si des préceptes de l'ancienne alliance ont été considérés comme inutiles, la circoncision par exemple (Paul répète cela tout le temps), le christianisme naissant n'a pas jugé dépassé le Décalogue hérité de l'Exode (20, 3-17), le ressentant aussi comme « naturel ». On a fait plus attention au contenu plutôt qu'au contenant, les rites ; mais on a eu conscience que ces dix commandements ne sont, après tout, que l'ABC d'une conduite humaine digne de notre vocation divine. C'est bien pensé. Les trois premiers préceptes parlent de notre relation à Dieu, et les sept autres de notre rapport à autrui : honorer ses parents, ne pas tuer ou blesser, respecter le couple constitué, ne pas voler, ne pas mentir, en fait ou même en intention... Là-dessus, l'Eglise, devenant philosophe plutôt que cultivant le seul rôle  prophétique, a curieusement revendiqué une grande compétence. On s'étonne de lire chez Paul des conseils très personnels généralisés bien imprudemment. « Melius nubere quam uri. » Quelle image ce célibataire se fait-il du mariage, dont il parle comme d'un extincteur ? Et pourquoi ce qui touche à la chair a-t-il été toujours matière grave, depuis les premiers siècles, ce qui rend « péché mortel » tout acte (même solitaire) fait avec pleine connaissance et liberté, - alors que la gourmandise et le mensonge sont matière vénielle ? Comment prendre ceci au sérieux ?

Demain ou lundi, après ce périple en plus haute mer, j'aborderai, l'esprit plus clair, et le cœur confiant, le rivage où Quelqu'un grille du pain et des poissons.     

19:42 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/03/2010

Violences

trous sur la route

 

       L'actualité ne fait pas rêver. Les chemins pleins de trous agressent nos voitures, les rails et les trains jadis accordés déclenchent des procédures de divorce qui l'une après l'autre menacent les voyageurs ; la neige devenue folle émigre des pays du Nord vers l'Espagne et la Corse, qui la voient surgir sans prévenir... Tandis que la Terre n'en finit plus de frissonner, à sa gigantesque façon, et de tuer ceux qui l'habitent. Seul le soleil, tranquille et froid, sourit à ma fenêtre. Qu'écrire, en ces moment où tant de blogs se ferment, où les cœurs et les esprits vont sur facebook se satisfaire de jovialités courtes ?

campement 

       Dans le domaine religieux où j'ai depuis longtemps planté ma tente, amateur perdu parmi les professionnels, le ciel s'est obscurci. Ce n'est plus l'union en Jésus de l'humanité et de la divinité qui retient l'attention, mais, dans l'Eglise, la pédophilie, devenue on ne sait comment spécialité catholique. Est-ce la presse qui est de mauvaise foi ? Non, le journal «  La Croix » sonne aussi le tocsin. Serait-ce que le christianisme, dans sa réalité vécue, souffre de mauvais choix dans la considération qu'il a (et le traitement qu'il propose) pour la question sexuelle ? C'est ce que suggère Hans Küng, le 5 mars, dans une tribune du Monde.

viol(ence) 

     Mais l'argumentation me semble médiocre, globalement péremptoire malgré ses primo, secundo, tertio qui désignent le bon pédagogue. Pour parler juste en fait de pédophilie, il faut y observer la violence, toujours présente, toujours niée (le mot 'viol' choque plus nos sensibilités, mais il y est accessoire). A moins d'estimer que le prêtre fait retomber sur l'enfant qui dépend de lui la violence qu'il subit lui-même en devant renoncer à l'amour d'une femme, on ne voit pas comment le mariage ferait reculer la pédérastie. Il faudra que je reprenne l'affaire plus tard, à nouveaux frais. Si j'y vois plus clair.   

 Kueng II

     Cet article de Küng avait un autre but que celui annoncé : faire connaître urbi et orbi la parution du deuxième tome des « Mémoires » du maître de Tübingen. J'avais lu de bout en bout le premier dès septembre 2007, et j'acquiers avec avidité le second. Sans repos : j'y suis à présent plongé du matin au soir. L'ouvrage ne concerne que les années 1968-1980, ce qui rendra un troisième tome nécessaire. C'est en décembre 1979 que Rome retire au professeur Küng son habilitation à enseigner la théologie catholique. Nous avons donc ici, après un compte rendu intelligent des idées et mouvements qui ont accompagné 1968, un récit détaillé d'une affaire intérieure à l'Eglise catholique, le point de vue étant celui de la « victime ». Le scandale de ce retrait est tel que le gouvernement de Bade-Wurtemberg, que le concordat avec Rome datant d'Hitler oblige à s'incliner, crée spécialement pour le nouvel indésirable une chaire de théologie œcuménique, dont l'histoire nous sera contée ultérieurement.

 hans & jozef, esau et jacob

     Ce deuxième tome, sous-titré « Une vérité contestée » alors que le premier se présentait comme un « combat pour la liberté », est rédigé un peu tristement. Comme un face à face glacé, un duel inavoué entre l'ex-collègue aujourd'hui roi, Ratzinger, sorte de Jacob devenu Israël, et Küng, l'Esaü maudit et réclamant son droit d'ainesse. L'enjeu du duel n'est pas la personne de Jésus, dont le gros livre de Küng, Etre chrétien, donne en 1975 une image orthodoxe. Paradoxalement, en 1969, Ratzinger, quittant Tübingen pour Ratisbonne, avait écrit un livre analogue, Introduction au christianisme,  que des prêtres sédévacantistes, dépassant Lefebvre sur sa droite, persistent aujourd'hui encore à trouver hérétique dans la façon dont il conçoit l'humanité de Jésus. Ici, Esaü et Jacob ont le même regard. J'en reparlerai si besoin est dans un post ultérieur : l'audace (relative) du pape allemand fait du bien. Mais le vrai problème pour Küng est l'infaillibilité romaine et ecclésiale : le théologien en donne une définition nouvelle, qui a le mérite de couvrir les erreurs dont, en effet, au cours de ses deux mille ans d'histoire, l'Eglise romaine a la responsabilité : "L'Eglise, dit-il, demeure dans la vérité de l'Evangile, en dépit de ses erreurs". Il n'y a donc pas d'errance, mais la recherche est toujours en progrès. Voilà qui ne satisfera pas Jean-Paul II, qui, pas une seule fois et jusqu'à sa mort, n'ouvrira sa porte au théologien rejeté.

00:36 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

06/03/2010

La foi c'est ça

centaure 

       Au peuple de ses charbonniers, c'est-à-dire à ses laïcs (laos en grec, c'est le peuple), l' Eglise, depuis les débuts, ne demande pas seulement une adhésion, mais une conviction. Dont l'objet est formulé dans le Symbole des apôtres, qu'on dit en langue véhiculaire, ou le Credo de Nicée, dit en latin. C'est le premier, le « Je crois en Dieu », qui est aimé, populaire : sa théologie est "par le bas", comme on dit, au sens où il montre l'action de Dieu dans l'Histoire, de la création à la vie éternelle. Avec des étrangetés qu'on ne retrouve pas ailleurs, et qui font plaisir : « est descendu aux enfers... » Le Credo, lui, exprime, à son début, une théologie "par le haut", offrant le résultat des discussions doctrinales de plusieurs siècles. Singulièrement sur la nature de Jésus par rapport à son père  : 'homo-ousios', de même substance, et non 'homoi-ousios', de substance semblable... Ainsi a tranché le concile de 325, grâce au jeune diacre Athanase, contre le vieil Arius, dont l'avis banalisant continuera à polluer la foi en Europe jusqu'au septième siècle... Que Jésus ait été Dieu, totalement et toujours, le chrétien de base n'en doute plus aujourd'hui. Qu'Il en ait eu toujours « conscience », qu'Il l' ait « su » de sa naissance à sa mort, voilà qui est pourtant problématique : le bébé dans la crèche, vrai Dieu mais aussi vrai homme, « en tous points semblables à nous hormis le péché », s'il a conscience de lui en ce moment, est-ce un bébé d'homme ? Et Jésus suant le sang au jardin de l'agonie, ne crie-t-il que pour la forme ? Pour « accomplir les Ecritures », comme on joue un rôle sans faiblir, un regard sur le personnage qu'on fait vivre, un autre sur celui qu'on est ? Impossible à penser.

 communion-apotres-1024 deux Jesus...

     Mercredi, dans une conférence à laquelle j'ai assisté à l'Aula Major des Facultés de Namur, un théologien de haut vol soutenait cette idée. Non pas comme la sienne, d'ailleurs : j'ai posé publiquement la question !  mais comme celle de l'Eglise. « Jésus se savait en communion parfaite avec le Père ». J'ai insisté : « se savait », ou « se sentait » ? Sourire de Marie, près de moi. Le théologien a repris les deux mots : se sentait, et se savait... Je proteste. Où passe alors l'humanité fragile, la nôtre, la seule que Dieu puisse partager avec nous ?

Il n'y a pas deux Jésus. A moins que cette théologie soit tellement par le haut qu'elle couvre la contradiction ?

18:31 Écrit par Ephrem dans Litterature | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/03/2010

Subtilités

1889 Entree du Christ Bruxelles par James Ensor

 

     

     Ce dimanche après-midi, je n'ai pas assisté à « l'entrée du Christ à Bruxelles » - dirait Ensor : en l'occurrence, c'était André Léonard, son nouveau mandataire. A la Cathédrale, cela s'annonçait mal. On prévoyait, disons, du « mouvement ». A l'intérieur, il y aurait parmi les fidèles des conservateurs foncièrement païens sous des airs pieux. Infatigables chasseurs en mal de pécheurs à débusquer, assurés de leur propre vertu, attachés à des rites fonctionnant comme  des mécanismes, ils sont  désormais  encouragés par le retour en grâce, à Rome, du lefebvrisme. Et ils s'expriment. Au dehors, il y aurait aussi, disait la presse, un groupe de gays, aussi véhéments (et moins gênants) que le vent de tempête. Parce qu'ils sont amis de la comédie, du tapage, et du scandale, ils jouent aisément les guerriers valeureux face à un prélat qui n'a pas prise sur eux, mais est assez candide (je censure le mot "vaniteux") pour s'être laissé enfermer librement dans un rôle d'antagoniste privilégié. Si, au départ, l' « homosensibilité » est en accord naturel avec les choses de Dieu, comme il me semble, les gays sont devenus majoritairement très hostiles au catholicisme. Marre de son mépris. Ils s'organisent désormais pour que le placard, dont la société civile leur a permis de sortir, ne soit pas réaménagé par la société chrétienne façon léproserie. Au pays de Damien-Joseph, les lépreux, il ne saurait plus y en avoir. Tout cela se ferait donc sans moi.

 alice devisscher ma demarche

                Mon neveu sait joindre, quand il faut, à son rôle de lecteur liturgique, celui d'adjoint bénévole aux membres du service d'ordre. Assistant déjà à la messe de 11h30, il est revenu pour 15 heures à Ste Gudule, et j'ai bénéficié de son reportage. Impression ?  Faut attendre ! L'archevêque nouveau est excitant, malin, orateur surprenant, maître en communication politique. La communication religieuse, pas sûr : on ne voudrait pas l'avoir comme confesseur ; comme professeur, oui. Il se montre aussi capricieux dans son mépris des conventions, singulier, très singulier. (Qu'il me pardonne, je n'en déduis rien, mais à moi, sa faconde et son folklore personnels évoquent irrésistiblement ceux de pédés affirmés, entreprenants, masculins - égocentriques aussi, dans un monde qui ne leur fera pas de cadeau, et dont il faut toujours s'attacher l'accord). Il a donc l'affirmation forte, mais il l'a soigneusement polie : elle est finalement sans scorie. Une phrase sur le couple traditionnel a suscité, vers la fin de l'homélie, un curieux déclenchement d'applaudissements, lesquels ensuite n'ont presque plus cessé. « L'Eglise de Jésus ne peut bénir sacramentellement qu' une telle union. »  Il n'y a rien à reprendre dans ces douze mots. Je les prends à mon compte, je les dirais, je les ai dits sur un autre blog. Notez l'adverbe : à part La Libre, il n'a pas été répercuté. Ni par l'agence Belga, ni par les quotidiens. (Les journalistes sont devenus d'une ignorance ridicule en matière religieuse : si on me lit à l'IHECS, on pourrait veiller à y remédier en section presse-info...). Tout de même : cette toute petite phrase, c'est un ajout. Elle n'a pas été dite la veille à Malines. Serait-ce parce que les nombreux ministres CD&V présents à Mechelen ont voté en 2003, contrairement au CDH francophone, la loi sur le « mariage homo » ?

Erwin_Wurm momaons 12 

                Tant de subtilités éloignent un peu l'idée du Bon Pasteur. M'enfin... Ce  nouveau Seigneur, pour simplifier, je l'appellerai ici désormais « Leo », comme je disais "Godfried". L'apocope du nom de famille. Plutôt que les prénoms : il en change comme un serpent de peau, et tous ne collent pas au personnage. Mutien, ça aurait pu convenir, c'est bizarre et farfelu. Mais Joseph, le Galiléen rêveur à la chasteté forcée mais assumée, le menuisier au travail sans gloire, le père de substitution sans prestige comme tant d'hommes aujourd'hui, le père paternel comme l'étaient tous ces religieux privés de simple tendresse dont j'avais pitié jadis, dans mon enfance, non. Saint Jozef De Veuster, convertis-moi si je me trompe. Si Léo devient un père.

 Conversation

                Qu'avais-je donc à faire, moi, dans cette après-midi venteuse, qui fût plus riche en découverte que le meeting de Sainte-Gudule ? Recevoir chez moi un étranger. Etranger par la nationalité, l'âge, le milieu familial, dix autres domaines. Recevoir comme Abraham reçut Yahveh, dans la Genèse, avec confiance et respect et intérêt, discutant de tout : des dix justes de Sodome, de la postérité promise comme les étoiles  du ciel, de la surdité du monde, de la beauté du diable.  Racontant, demandant, expliquant, nuançant. Nous interrompant sans cesse l'un l'autre, comme deux bavards. Parlant chacun de sa vie, de sa foi, de ses amours, avec une impudeur tranquille, tels des sourciers qui cherchent en eux-mêmes le trésor secret qu'ils ont à partager. N'attendant rien de l'autre hormis qu'il ne mente pas. On ne s'était jamais vus, et il y a plus de chances de ne se revoir jamais que de se revoir souvent. Cinq heures de grâce. Je tiens cette après-midi comme une de celles où Dieu, quittant le spectacle où il se doit d'être, passe discrètement chez vous comme chez son ami. 

17:41 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |