07/04/2010

Vendredi. 1. Qui cherchez-vous ?

princes Philippe, Mathilde et enfants au Paradisio

 

 

     Vendredi-Saint,  Bruxelles. Dans la cathédrale où l'office va commencer d'ici un quart d'heure, des gens attendent, en silence, dans les premiers rangs. Pas mal de  gens âgés, vêtus de manteaux lourds, avec des écharpes et les toux qu'elles arrêtent mal. Des jeunes aussi, surtout des couples. Il fait froid pour ce début d'avril. Un préposé survient qui a en main quelques cartons rouges pour réserver des sièges. On le voit hésiter ; mais il renonce à déranger les paroissiens déjà installés : il y a encore des places libres au sixième ou septième rang, c'est bon, tant pis, c'est comme ça : il y pose ses cartons. J'ai de la chance : une amie m'appelle au 2e rang, elle me fait signe, je la rejoins. Qui donc est attendu ? Elle ne sait pas. En très peu de temps la cathédrale se remplit. Surviennent le prince héritier, sa femme, et leurs deux aînés, Elisabeth et Gabriel. Pas d'uniformes à l'entour : ce n'est qu'une famille qui, à peine là, se confond avec les autres. Je tourne un peu la tête, curieux. Les voisins sourient. Quelques discrets mouvements de tête, rien d'important. On s'obligera à ne pas regarder. Car il est six heures, maintenant. Les prêtres et évêques célébrants surviennent et voici le moment surprenant, terrible.

 Vide

Un spectacle qui « trouble profondément ceux qui en sont témoins », ai-je déjà dit sur ce blog. Le cortège des prêtres célébrants, dont l'Evêque auxiliaire, qui préside, et l'ancien archevêque, devenu humblement son diacre, survient de biais, comme on s'enfuit. Pas de musique, pas d'encens, pas de cierges. L'église est vide de tous ses ornements, ses fleurs, ses nappes. Le saint-sacrement n'est plus là : on l'a conduit la veille, après la célébration de la Cène, dans une chapelle à part, une oliveraie pas exploitée où certains, à l'invitation du Maître,  ont pu, tant bien que mal, « veiller et prier » une heure avec lui. Les célébrants vêtus de rouge sang s'approchent de cet autel dépouillé comme une armature de pierre. Et arrivés au bas des marches, sans rien dire, tous se couchent, s'affalent, s'aplatissent. Se prosternent,  longuement. Trois ou quatre minutes, ça n'en finit pas. Puis se relèvent. Qu'allons-nous faire ? Le Seigneur est mort.

Patmos Johanneskloster 4956546 

L'Office n'est pas une messe, puisqu'on n'y consacre pas le pain et le vin. Il comprend quatre parties. La dernière sera la consommation, par tous les chrétiens présents, des hosties restantes de la veille, qu'on ira chercher au reposoir. Après quoi la cathédrale, jusqu'à la veillée pascale, sera un bateau perdu en mer, une grande maison sinistrée. La première partie est la lecture de la passion, dans la version de Jean, la plus tardive, la plus mystique. L'apôtre qui ose lui-même se qualifier de bien-aimé a pris au moins cinquante ans avant de proposer aux chrétiens sa vision personnelle de « l'affaire Jésus », c'est plus que des souvenirs : sa connaissance, sa compréhension du Seigneur. Non qu'il trouve inexact ou imprécis le  portrait synoptique tracé par les trois autres. Il le connaît bien, et il l'approuve. Mais l'Esprit-Saint a travaillé tous les chrétiens qui sont avec lui depuis la destruction de Jérusalem; des vérités cachées leur sont apparues avec les persécutions, et à Ephèse, puis à Patmos, ce cercle de disciples a tout approfondi. Exemple ? Quand on vient arrêter Jésus au jardin des Oliviers, les quatre évangélistes (donc Jean aussi) relèvent la présence de Judas comme guide de la patrouille, et le baiser ténébreux donné au Maître. Mais seul Jean met au clair un Réel absolu qui se cache sous l'apparence, parce que ce Réel, quand Jean écrit, est devenu pour tous évidence. Je cite : « Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus de Nazareth ». Il leur dit : « C'est moi. » Dès que Jésus leur  eut dit « c'est moi », ils eurent un mouvement de recul et tombèrent(18, 4 et sv). C'est quoi , ça ? C'est faire voir que « εγώ έιμι » (Je Suis, traduit banalement par « c'est moi ») n'est pas déclinaison d'identité banale, mais revendication du Nom même de Dieu (cf.aussi Jn 8,24). Avec le même effet qu'à l'époque de Moïse ou d'Elie : toute créature ne peut que se prosterner.

Le deuxième moment... Demain.         

14:36 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.