26/04/2010

Mgr de Bruges

Mgr Vangheluwe

 

Le gouvernement belge est tombé : parlons d'autre chose, le pays a l'habitude des convulsions. Ce n'est pas le cas de l'Eglise, où apparaissent des faits de moeurs inhabituels, à bien décrypter. En acceptant le poids du réel, en ayant le sens du mystère... - Peut-être suis-je naïf à propos de  Mgr Vangheluwe, l'évêque démissionnaire de Bruges, mais je ne comprends pas que l'ensemble de la presse le qualifie sans nuances de « pédophile », ou, en néerlandais, de « pedosexueel. » Il a avoué des abus sexuels sur un de ses proches, son neveu, âgé aujourd'hui de 42 ans. Actes ayant commencé pendant la minorité du garçon (quand exactement ? Mystère) et  avant l'élévation à l'épiscopat de l'agresseur : le jeune homme alors à 17 ans. Actes ayant cessé quand la victime en a 22. Personne alentour n'a jamais rien deviné. Tout s'est passé en milieu familial. Ne peut-il s'agir d'un lien de sang qui a viré au lien amoureux, contre le gré de l'adolescent, mais aussi de l'adulte ? Que d'hommes mariés par exemple sont gênés, mal à l'aise, inconsciemment séduits lorsque peu à peu devient femme leur trop jolie fille. C'est l'épouse souvent qui s'en aperçoit la première et, gentiment ou non, met la barrière qu'il faut... Ne savons-nous pas que la sexualité dans notre devenir à tous est un feu sous la cendre, l'Epreuve inconnue, qu'on voit déjà surgie pour notre bonheur ou notre tristesse, mais qu'on n'a pas vu surgir ?

 abdij westvleteren

Non. Selon Mgr Harpigny, l'excellent confrère de Tournai, « la littérature sur le sujet montre qu'en fait de pédophilie, il y a toujours multiplicité des victimes. » Récentes ? Qui sait ! Il est donc logique que la police enquête. Mais la pédophilie, c'est d'abord un diagnostic. Qui dit qu'il doit être posé pour le pécheur de Bruges ? La révélation d'une liaison aberrante pour l'Aimant dominateur, et tragique pour l'Aimé dominé, ne  suffit pas.

 Va-t-en, je te pardonne 215986910

La presse ne fait pas que se moquer, elle trouve odieuse et indigne l'invitation au pardon adressé par l'Eglise à la victime. Je comprends que la miséricorde imposée à celui qui est agressé, quand elle est un système commode, et justifié seulement par des soucis d'honorabilité et de tranquillité bourgeoise, est parfaitement intolérable. La colère, la protestation, le rejet doivent pouvoir s'exprimer. « Va-t-en ! » Plus aucun espace commun n'est possible. Mais à l'intérieur de l'absence ainsi créée, dans la liberté rendue par ce vide, le pardon devient possible, et il reste la seule thérapeutique efficace. Encore l'Eglise doit-elle le savoir, l'organiser, l'exalter. - Je lis dans Het Laatste Nieuws que l'homme autrefois abusé déjà sollicité par la presse répond : « Het is te vroeg om te reageren. Ik zoek min eigen weg om dit alles te verwerken. » Ce n'est pas demain qu'il aura la paix. Qu'il revivra.

 Carte de Coxyde reçue à Paques 2010

Quant à Mgr Danneels, s'en prendre à lui est oublier l'œuvre de réconciliation qui est la vocation d'un homme d'Eglise. D'un chrétien quelconque. Quand j'étais directeur de haute école, j'ai choisi aussi quelquefois de... non pas réconcilier, mais faire vivre en commun, aux dures conditions de la jeune fille, une étudiante et l'étudiant qui l'avait humiliée au cours de soirées arrosées. Ce n'est pas simple de parvenir à pardonner, mais cette  5e demande du Pater, il n'y a rien qui soit plus nécessaire. Tant qu'on poursuit l'offenseur, on ne se pardonne pas d'avoir été offensé...

21:43 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

En fait, la vengeance donne l'impression de rétablir la justice, mais ce n'est qu'une illusion, car elle ne soulage que temporairement le ressentiment intérieur. En imitant l'offenseur, l'offensé se lèse en se rendant réellement coupable, et la vengeance l'enferme dans le comportement qu'il réprouve! Ce n'est que par le pardon que l'on sort du cercle infernal. Pardonner est un exercice que j'ai appris durement, mais qui m'a apporté une libération incroyable, et je souhaite à chacun d'en faire l'expérience!
Merci pour ce billet que je relirai plusieurs fois, Ephrem, ainsi que la plupart de ceux que vous écrivez, tant ils contiennent de richesse
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 27/04/2010

Chère Marie, ce sont des interventions comme la vôtre qui donnent le courage de persévérer dans l'expression publique d'idées, de sentiments, de valeurs, qui ne sont pas calquées sur l'opinion commune. Sans réaction d'autrui, on finit par se taire. Ce que je pense, il faut souvent que je l'extraie, que je l'arrache de ma conscience lasse et somnolente. Nous ne savons pas toujours, avant de l'avoir écrit, ce que la Vie et l'Esprit-Saint nous ont appris. Merci non seulement pour le courage reçu, mais aussi pour la lumière que vous apportez personnellement. Avec fraternité, le mot n'est pas mis au hasard.

Écrit par : Ephrem | 28/04/2010

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