20/05/2010

Le parfum du maître

Déclamation

 

    

    « Prends garde à ne pas te léonardiser », me disent des amis qui, ayant pris avec moi quelque distance, (la vie est comme ça), ou bien ne lisant ce blog qu'en diagonale, jugent que je présente aujourd'hui, par rapport à mon passé, un profil plus conservateur. Ils ne me "reconnaissent" pas, disent les uns, dans la facilité que je montre à me réconcilier avec nos divers pontifes, les locaux comme le souverain ; voire à m'aligner sur leurs positions, comme si j'avais cessé de contester leur pouvoir totalitaire. D'autres, à l'inverse, m'y reconnaissent trop bien : le "mauvais" philosophe que je suis (c'est vrai, parce que je sacrifie gaîment la précision du sens à la puissance du mot) trouve lui-même, aux défauts des puissants qu'il incrimine, les excuses qui les font pardonner : « il sentimentalise les problèmes sociaux, il subjectivise les opinions, il métaphorise la sienne plutôt qu'il ne la rationalise ; et pour les gens ordinaires qu'il fréquente, il accepte le pire qui s'avoue pour  soupçonner la norme qui s'affiche... » Bon.

 Regarder sans toucher -  Kxfxsm5t

     Tout ça n'est pas faux. Mes maîtres à penser ont toujours été Kierkegaard plutôt que Fichte ou Hegel, et Kant l'agnostique croyant plutôt que Marx l'ennemi  de Dieu. A plus humble échelle, Mauriac plutôt que Malraux, Brel plutôt que Brassens. J'ai aussi l'impression d'avoir vécu heureux dans ce monde mais de ne pas m'y être attablé, nourri de ce que je trouvais, n'ayant appétit que d'absolu. De m'être plutôt promené sur les toits comme un chat de gouttière, miaulant à l'amour, sachant pourtant ronronner dans les salons quand je m'y trouvais. Un chat attaché à une maison d'où il sort par un passage dérobé sans jamais longtemps s'éloigner, à sa maison dont les locataires peuvent se succéder sans qu'il s'en inquiète beaucoup. Les rites de ce lieu hospitalier lui conviennent, et il se couche sur le dos pour s'offrir à la caresse quand, invisible comme un parfum, celui qui est l'unique Propriétaire, quelquefois, passe mystérieusement. Me « léonardiser » ? Voyons ! Est-ce que  le nouvel archevêque est autre chose pour moi que le locataire suivant ? J'adopterai sans peine les us et coutumes qu'il prônera. Que faire d'autre, quand on n'est qu'un chat, pas un serpent (ni un singe, ni un lombric). Peut-être que sur l'appui de fenêtre, je regarderai plus souvent à travers la vitre les gens qui passent, compatissant à ceux qui se hâtent, complice de ceux qui flânent...

 DUCHESNE Jean, Bible

            Il est d'ailleurs possible que certaines nouveautés me plaisent : moi aussi, je souhaite que le cours de religion soit davantage une initiation à la Mythologie abrahamique gouvernant encore toujours nos pensées à tous, et dessinant notre destin tant individuel que collectif dans l'Histoire depuis la Création jusqu'à l'Apocalypse. Cela ne transformera nullement un cours en catéchisme. Au lieu de concepts abstraits, on maniera des images vives. Pour les uns, ce sera la Fable où notre imaginaire a organisé depuis des siècles ses multiples représentations, aux conséquences actuelles ;  pour les autres, c'est la Foi où ils peuvent trouver, si Dieu le veut, ce qui s'y trouve : leur bonheur et leur espérance, aux conséquences éternelles.

 Bible en 365 jours

  

  N'en concluez pas que pour le plaisir d'une liturgie fastueuse à quoi je collabore, je puisse abandonner mon esprit critique. Et encore moins que je délaisse les pauvres de Dieu pour les musiques du ciel.

15:47 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Kierkegaard, Kant, Mauriac et Brel...
Une fois encore, nous nous retrouvons !

Écrit par : Ben | 20/05/2010

Je ne connais de Léonard que le génie italien.

Pour avoir longuement et sincèrement discuté avec vous, moi je n'ai qu'une bonne opinion de vous. Et nos convergences de vue sur de nombreux points intimes (et dont je suppose l'effroi du dit Léonard devant de telles discussions) ne font qu'alimenter mon amitié et affection pour vous. Et du coup je ne comprends pas ces critiques.

Amitiés bordelaises

Cyril

Écrit par : cyril | 21/05/2010

Anniversaire Qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi, cette crise d’humilité qui te prend ? Elle ne vise qu’à te faire abandonner ton boulot, celui de toute ta vie, qui n’a pas changé avec ta retraite. Faire mieux vivre les autres, avec un autre regard sur les choses et d’autres mots pour les dire… Continue.
Tu as souvent envie d’être un chat, oui, mais résiste. Ne te repose pas. Pas encore. Au meilleur de toi, tu es plutôt, tu le sais, le lion et l’hirondelle façon Magritte que tu mets en tête de ton blog. Tu es couché sur la terre et tu regardes le ciel où tu iras comme tout le monde. Continue. Sois comme toujours « conservateur » de ce qui est beau et bon, tu as le goût des textes et des rites classiques, n’en aie pas honte, l’originalité n’est pas une garantie de vérité. Et sois aussi (comme tu l’es) au premier rang des « rebelles » là où l’injustice, l’hypocrisie, et la dictature conduisent au pire.
Je t’ai rencontré vraiment à la Pentecôte 1994. Tu es de ma famille, mais avant, on ne s’était, pour ainsi dire, jamais parlé. On a mis encore quelques années à s’apprivoiser mutuellement. Depuis 1996, ma vie a changé. Je n’étais pas malheureux jusque là, mais enfermé. Je suis libre aujourd’hui.
J’ai appris à sortir de moi-même et à bien vivre, en t’écoutant, en te lisant ; à avoir confiance en moi ; à mieux penser pour le bien des autres et le mien, parce que tu es un vrai philosophe. Aussi réaliste que spiritualiste (mystique, selon ton mot).
Ma vie spirituelle à moi, tu l’as sans doute d’abord sauvée ; ensuite éclairée ; puis renforcée. Je me sens fortement et heureusement attaché à Jésus-Christ, et même à l’Eglise que j’ai appris à aimer (je tiens de toi cette formule: a-t-on idée de rejeter sa mère ?).
Prends ces compliments pour ce qu’ils sont, cher oncle F. Un bouquet de fleurs pour un heureux anniversaire. Et Belle journée au soleil :)

Écrit par : Pierre | 22/05/2010

L'homme est à ce point complexe et contradictoire que le portrait qu'on en ferait, et singulièrement l'auto-portrait, en devient parfois surréaliste.
L'excès de louanges et son contraire l'accumulation des blâmes risquent de perdre leur signification.

Cependant, l'important est bien, comme Ephrem le laisse entendre,qu'il faut à la fois en être et pour cela oser s'engager et à la fois ne pas en être en reconnaissant notre errance.
Il est vrai aussi que ce sont l'infirmité et la béance de notre être qui nous révèlent vraiment.

Écrit par : Palagio | 24/05/2010

Les commentaires suscités par mon billet m'étonnent. Mais passons. Merci aux intentions aimables des uns et des autres.

A Pierre : c'était, au soleil, trois bien belles journées, en effet... Confirmation heureuse.

Écrit par : Ephrem | 25/05/2010

Les commentaires sont fermés.