17/06/2010

Nil Volentibus Arduum

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     Ce n'est pas un cyclone, mais seulement un grand orage qui est passé ce week-end sur la Belgique. Et en a éclairci le ciel, - ce qui ne signifie pas que le temps sera doux. La nouveauté : une vérité politique a été entendue. On la connaissait depuis longtemps, mais on n'y croyait pas. Elle s'impose désormais, dans la résignation, voire l'insensibilité. Francophones et Flamands appartiennent à deux peuples non seulement distincts, mais opposés. Ni les repères à quoi ils sont attachés, ni les projets d'avenir qui les mobilisent, ni les moyens concrets qu'ils choisissent, ne sont fondamentalement conciliables.

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Précaution : Coulé dans le bronze relatif qu'est une élection démocratique, ce genre de vérité n'est plus une opinion, mais un fait dont on doit s'accommoder. Il ne faut pas s'en s'alarmer. La guerre civile n'est pas à nos portes. S'il y a violence dans les rues, ce ne sera pas pour des raisons belgo-belges, personne ne mourra pour la « patrie » pantelante. Reste qu'un réalisme minimal invite à mesurer le changement, qui va intervenir, qui est dejà intervenu potentiellement, dans les deux communautés. L'oecuménisme le plus résolu amène le catholicisme à mieux déterminer où sont les points qui le distinguent des confessions protestantes. Si pénible qu'il ait été, pouvait-on se passer du Concile de Trente ?

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Ce n'est pas pour rien que je fais allusion ici à mon Eglise. En 1950, toute la Belgique était « social-chrétienne » du Nord au Sud, avec un gouvernement homogène. Le demi-siècle qui a suivi a vu ce parti se décomposer, dans un parallèle curieux avec l'Eglise catholique, qui a perdu dans le même temps, à cause de ses inadaptations sociétales, toute autorité morale dans la vie publique. Ce qu'ils disent fait un peu parler, beaucoup blaguer ; ne fait plus bouger. Pftt.

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Je vois trois oppositions fortes entre Flandre et Wallonie, qui ne leur permettra que des « baisers Lamourette », s'ils se rabibochent. Chaque région constitue une « ecclesia », avec ses fidèles, ses pratiquants  occasionnels, ses membres qu'on a baptisés sans qu'ils l'aient choisi. Leur refondation se fait dans des oppositions frontales. 1. Au Nord, règne un Nationalisme si massivement qu'il est devenu la norme (je ne dis pas : la loi) ; au Sud, c'est le Socialisme. Songeons (mutantis mutandis) au pacte germano-soviétique de 39-41 : que signifiait cette alliance contre-nature ?  2.  Au Nord le vote fut offensif, visant à déloger le partenaire méridional de sa position défensive. La volonté n'est pacifique que d'un côté. 3. Au Nord, l'Homo Novus désigné par le peuple appelle virilement à l'austérité : 22 milliards doivent être économisés, annonce-t-il, pour relancer la croissance. Au Sud, le Politique consacré, attentif aux malheurs du peuple électeur, s'engage à de nouvelles largesses : 7 milliards supplémentaires seront dépensés pour améliorer le bien-être (ne parlons pas de l'indigne « papa » qui promet une pension plancher de 1150 euros...). Tout cela peut-il S'ACCORDER ? Personne ne le croit, on ne s'évertue qu'à deviner celui qui DiRupo, par Jean Grofilscèdera. Là-dessus, le « slimste mens » du Nord a l'intelligence d'offrir au Méridional qui s'y montre hélas ! trop sensible une  première place temporaire dont le donateur conservera l'autorité, le porteur du titre étant voué à se ridiculiser dans des kerns et des caucus diplomatiques où l'isolera son néerlandais de commande. Ah ! là là ! Qual pium' al vento, prends garde, cher Elio.

 [Actualité... J'aurais voulu parler plutôt de l'évangile de dimanche passé. L'abbé Lobet, doyen d'Enghien, parle là-dessus de façon merveilleuse. Allez voir. Ajoutez-y ce mystère : « Ne me touche pas », dis Jésus, lorsqu'il apparaît à Marie-Madeleine, le jour même de sa résurrection. Et rêvez au sens de ce changement.]

02:32 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Bart DE WEVER pour les Nuls Soulignons que Bart DE WEVER est un esprit très cultivé et que ses propos sont très allusifs.
Ainsi, lors de son discours victorieux au soir du 13 juin 2010 tenu au Claridge à Saint-Josse-ten-Noode débutèrent avec un jeu de mot latin énigmatique à plusieurs sens pour les initiés : "Nil volentibus arduum", qui correspond aux initiales de son parti (N-VA), est aussi une expression latine signifiant « à coeur vaillant, rien d'impossible », mais par ailleurs elle réfère aussi à une troupe de poètes néerlandaise du XVIIe siècle, ayant comme objectif de saper la puissance dictatoriale de l'Académie française dans le monde du théâtre européen !
Tout un programme en trois mots !
Gageons que cet historien grand admirateur depuis sa plus tendre enfance de Jules CÉSAR trouvera dans son proche entourage un Brutus à qui il pourra dire dans un dernier souffle : "tu quoque, fili mi" !

Écrit par : Stans | 17/06/2010

oui mais... Qu'est-ce que vous faites des Belges qui ont des liens d'origine ou d'alliance du Nord au Sud, ce qui est souvent le cas dans un si petit pays ? Je suis une "zinneke" de ce genre. En plus il ne faut pas confondre "francophone" et wallon. La langue française est la seule que je connais bien mais on ne peut pas dire que je suis unilinque, et d'un. De deux je ne suis absolument pas socialiste. Si on coupe la Belgique en deux, comme j'habite le Brabant wallon...Tout être humain a de multiples appartenances, dont la hiérarchie se modifie en fonction des situations.
Peu importe, ici, que je sois arrière grand-mère alors que dans mon association de Seniors c'est la définition de moi qui compte le plus.Je veux dire par là que n'afficher qu'une seule casquette est aussi réducteur que trompeur. Mais c'est un trop grand débat pour en dire plus ici.

Écrit par : Marie-Claire | 17/06/2010

Cher Ephrem,

Lisez un peu ceci:
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2010-06-09/de-wever-le-hype-politique-du-moment-775157.php

Je ne pense pas que les gens aient vraiment su pour qui et pour quoi ils votaient. N'empêche, le mal est fait.

Écrit par : Georges | 17/06/2010

@ Stans inconnu, merci de votre intervention amicale, et des infos érudites et circonstancielles à la fois que vous apportez. Bienvenue !

@ Chère Marie-Claire, beaucoup parmi nous ont de multiples appartenances, mais le nationalisme en fait fi. Ce qui prévaut tout à coup (de façon irrationnelle, c'est seulement un moment de l'Histoire) est tel élément. Ce n'est plus la race, ce n'est plus la religion : c'est la langue. Nous avons refusé le bilinguisme généralisé en 1932, je crois. Faut-il y revenir ? Mais entretemps l'anglais s'impose. Quand la région bruxelloise a été créée en 1989, j'avais proposé qu'on y adopte l'anglais comme langue officielle. J'avais suscité l'indignation, il m'en souvient bien.

@ Cher Georges, oui, j'ai lu cet article bien fait, merci de le citer. Quant aux motivations réelles amenant tel vote plutôt que tel autre, elles restent individuellement mystérieuses, (y compris au votant parfois!), mais collectivement, le sens est obvie et relève de la psychologie élémentaire : besoin de protection, affectivité, agressivité, goût de la tradition, tout ça... Le volksgeist, ce qu'on trouve décrit par Mme de Stael p.ex.

Écrit par : Ephrem | 18/06/2010

Le bon oeil Tu as une façon de voir les choses qui éclaire les situations sans condamner personne. Tu m'aides à vivre, tu sais, et je ne dois pas être le seul. A penser, à prier et à exister. Je t'embrasse.

Écrit par : Pierre | 18/06/2010

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