30/06/2010

Que se passe-t-il ? (2)

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     3. « Mais, dira-t-on,  le problème actuel n'est pas  « l'incontinence » (!)ou luxure des prêtres, plus répandue qu'autrefois (enfin ! comment savoir ?), c'est la pédophilie ; or entre le « commerce des femmes », pour parler  comme au XVIIIe, et  l'abus des enfants, il n'y a pas de lien. »  Sûr ? Regardons mieux. Le mot "pédophile" est piégé, non pas seulement à cause de la fâcheuse étymologie de son suffixe, mais parce qu'à propos des victimes, il met l'accent sur l'âge plutôt que sur la dépendance. Ces abus, ces viols sont pourtant essentiellement des rapports de force poussés à l'extrême, le jeune âge empêchant toute vraie résistance. Et il faut bien voir que, filles ou garçons,  l'abus est également réparti dans les deux sexes : les formes de violence feutrée, puis directe, varient peu (un peu quand même : pour les garçons, les violeurs seraient plus nombreux, avec des attouchements plus superficiels). Où est le nœud ? Le plaisir sexuel que s'autorise en cachette, sur  une personne immature ou soumise, quelqu'un qui continue à se présenter publiquement comme un homme lié à Dieu seul, par fidélité à sa vocation. En contradiction avec son identité officielle pourtant. Mais ce lien, le malheureux prêtre l'a lui-même subi. Le psychanalyste Francis Martens voit ça très bien. Cela étant compris, on est amené à ne pas se limiter dans la réflexion à la « pédophilie » de sacristie ou de collège, qui occupe beaucoup le terrain alors qu'elle n'existe plus, les collèges de religieux et les enfants de chœur ayant eux-mêmes quasi disparu.  Ce qui existe toujours (sous une autre forme), et qui nous concerne de près (mais déchristianisées), ce sont les réactions qui accueillent dans les familles les liens « impensables » qui les menacent. Le fils et surtout la fille de la maison qui se plaint des « ambiguïtés » (disons) à son égard de M. le Curé, du Père Untel, de l'Oncle Untel, du grand et respectable Ami de la famille auquel tout le monde est attaché.  « Quoi ! Qu'est-ce que tu dis là ! Comment oses-tu ? Qu'est-ce qui te prend ? » Ou pire : « Qu'est-ce que tu as fait pour te faire remarquer ? Avoue.  » Jamais ou quasi jamais, les parents, sur le sujet du sexe, n'appuient leur propre enfant  (en tout cas : n'appuyaient, pour me limiter à mes souvenirs). Il n'est pas une seule paroisse, dans le Luxembourg conservateur et chrétien où j'ai vécu, où les choses allaient autrement. Aujourd'hui, je crois toujours très difficile de mettre en cause, auprès des siens, ce qu'ils respectent - personnes et institutions. Et le sexe non officialisé entre deux personnes dont l'une, l'initiateur, enfreint  son engagement officiel, et dont l'autre, sans oser le scandale, subit ce qu'il n'a pas eu à choisir, victimise  le second. 

Tire la langue 

      4. « L'assistance à donner aux victimes... » M. Andraenssens et Cie répètent cela sans cesse, comme si pareille mission, évidemment sacrée, était indiscutable. Du coup le journaliste ou quiconque, ainsi interpellé, ne peut que se taire. Ce mot de victimes ferme la bouche. Les victimes en personnes, ça s'écoute, ça se soigne, ça se dédommage. Mais, de même que le substantif  pédophile, « victime » est aussi un mot (pas rien que ça, mais ça). Qu'est-ce que je veux dire ? Sûrement PAS que la victime, quelque part, est aussi coupable, par quelque côté. Cette pensée, historiquement, était celle des supérieurs autrefois, et elle fut meurtrière. Ce que je veux dire, c'est deux choses. a/ La victime n'est pas solitaire, elle n'est pas un élément perdu dans un ensemble qui l'ignore. Le violeur lui non plus n'est pas solitaire : il est dans un ensemble qui le connaît. Et cet ensemble est, d'une façon plus ou moins forte, commun au violeur et à l'abusé(e). [Il se répète, pense peut-être mon lecteur qui a lu le 3e § : oui, mais ici je ne fais plus voir, je théorise, ou j'essaie...] Il y a un lien social entre le coupable et la victime, un lien cher à la famille de l'abusé(e),  et souvent cher à l'abusé(e) même. [Preuve a contrario : si une main baladeuse, dans le métro ou le train bondés, caresse voire pelote anonymement vos "avantages", expérience connue par beaucoup dans la jeunesse, c'est brutal, irritant et inquiétant, mais très vite on n'y songe plus - il n'y a pas de blessure, parce que pas d'enjeu social].  b/ Dénoncer le coupable connu, c'est donc déchirer aussi le tissu familial, le tissu amical, le tissu de l'école, le tissu du village. Ce qui est impossible sans s'abîmer soi-même. On s'en tient dès lors à une déchirure intérieure, qu'on transpose : on perd la foi, pense-t-on, dit-on. On se sépare définitivement de Dieu, du Dieu de son milieu originel, à cause de ses ministres.

Evangelista, prince of truth BD

    

       Ce n'est pas une Commission tardive qui peut aider. C'est-à-dire guérir. Elle semble faite pour accueillir des confidences, et elle ne fait que favoriser des dénonciations devenues avec le temps sans enjeu ni valeur. Apparaissent déjà des manifestations revanchardes. Vingt, trente, quarante-huit ans après les faits (ai-je entendu hier), la société de chacun a changé, sa propre famille a changé, le violeur a lui-même changé, ou disparu, ou on le voit moins. Le temps a fait son œuvre, c'est de passé, de passé mort que l'on parle... Et dont on est à peu près remis en même temps qu'un peu mutilé... - Je l'ai lu en avril dans Le Vif-l'Express : sur les 350 plaintes que la Commission disait alors avoir reçues, toutes sauf une quinzaine étaient prescrites. C'est dire que cette commission remuait des ombres. Laissons les morts enterrer les morts.

10:31 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

« Celui qui commence à labourer et regarde en arrière n’est pas prêt pour le royaume de Dieu. » Luc 9.62
Il est normal de souffrir un temps au sujet d’un évènement blessant, mais pas que ce deuil s’éternise. Ne soyons pas captifs de notre passé, afin de faire de chaque jour un nouveau commencement. Pardonnons à ceux qui nous ont blessés, et recevons pour nous-mêmes la grâce d'oublier nos échecs et les déceptions d’hier. Dieu nous propose une vie toute nouvelle en Jésus Christ, notre Sauveur!
Bonnes vacances "Ephremiennes", et à bientôt, pour continuer le cheminement fraternel!
Je vous embrasse affectueusement
Marie

Écrit par : guy | 01/07/2010

Un laboureur, ça regarde en arrière, vous savez, il le faut pour que la besogne soit faite correctement.

C'était un clin d'oeil... Merci à vous deux, mes amis. Le couple conjugal et parental que vous formez est pour moi une image de ce réalisme spirituel, de cet idéalisme réaliste, où le Christ se trouve et se donne. Fidèlement et affectueusement vôtre.
F.

Écrit par : Ephrem | 01/07/2010

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