30/06/2010

Que se passe-t-il ? (2)

cure-sexy

 

  

     3. « Mais, dira-t-on,  le problème actuel n'est pas  « l'incontinence » (!)ou luxure des prêtres, plus répandue qu'autrefois (enfin ! comment savoir ?), c'est la pédophilie ; or entre le « commerce des femmes », pour parler  comme au XVIIIe, et  l'abus des enfants, il n'y a pas de lien. »  Sûr ? Regardons mieux. Le mot "pédophile" est piégé, non pas seulement à cause de la fâcheuse étymologie de son suffixe, mais parce qu'à propos des victimes, il met l'accent sur l'âge plutôt que sur la dépendance. Ces abus, ces viols sont pourtant essentiellement des rapports de force poussés à l'extrême, le jeune âge empêchant toute vraie résistance. Et il faut bien voir que, filles ou garçons,  l'abus est également réparti dans les deux sexes : les formes de violence feutrée, puis directe, varient peu (un peu quand même : pour les garçons, les violeurs seraient plus nombreux, avec des attouchements plus superficiels). Où est le nœud ? Le plaisir sexuel que s'autorise en cachette, sur  une personne immature ou soumise, quelqu'un qui continue à se présenter publiquement comme un homme lié à Dieu seul, par fidélité à sa vocation. En contradiction avec son identité officielle pourtant. Mais ce lien, le malheureux prêtre l'a lui-même subi. Le psychanalyste Francis Martens voit ça très bien. Cela étant compris, on est amené à ne pas se limiter dans la réflexion à la « pédophilie » de sacristie ou de collège, qui occupe beaucoup le terrain alors qu'elle n'existe plus, les collèges de religieux et les enfants de chœur ayant eux-mêmes quasi disparu.  Ce qui existe toujours (sous une autre forme), et qui nous concerne de près (mais déchristianisées), ce sont les réactions qui accueillent dans les familles les liens « impensables » qui les menacent. Le fils et surtout la fille de la maison qui se plaint des « ambiguïtés » (disons) à son égard de M. le Curé, du Père Untel, de l'Oncle Untel, du grand et respectable Ami de la famille auquel tout le monde est attaché.  « Quoi ! Qu'est-ce que tu dis là ! Comment oses-tu ? Qu'est-ce qui te prend ? » Ou pire : « Qu'est-ce que tu as fait pour te faire remarquer ? Avoue.  » Jamais ou quasi jamais, les parents, sur le sujet du sexe, n'appuient leur propre enfant  (en tout cas : n'appuyaient, pour me limiter à mes souvenirs). Il n'est pas une seule paroisse, dans le Luxembourg conservateur et chrétien où j'ai vécu, où les choses allaient autrement. Aujourd'hui, je crois toujours très difficile de mettre en cause, auprès des siens, ce qu'ils respectent - personnes et institutions. Et le sexe non officialisé entre deux personnes dont l'une, l'initiateur, enfreint  son engagement officiel, et dont l'autre, sans oser le scandale, subit ce qu'il n'a pas eu à choisir, victimise  le second. 

Tire la langue 

      4. « L'assistance à donner aux victimes... » M. Andraenssens et Cie répètent cela sans cesse, comme si pareille mission, évidemment sacrée, était indiscutable. Du coup le journaliste ou quiconque, ainsi interpellé, ne peut que se taire. Ce mot de victimes ferme la bouche. Les victimes en personnes, ça s'écoute, ça se soigne, ça se dédommage. Mais, de même que le substantif  pédophile, « victime » est aussi un mot (pas rien que ça, mais ça). Qu'est-ce que je veux dire ? Sûrement PAS que la victime, quelque part, est aussi coupable, par quelque côté. Cette pensée, historiquement, était celle des supérieurs autrefois, et elle fut meurtrière. Ce que je veux dire, c'est deux choses. a/ La victime n'est pas solitaire, elle n'est pas un élément perdu dans un ensemble qui l'ignore. Le violeur lui non plus n'est pas solitaire : il est dans un ensemble qui le connaît. Et cet ensemble est, d'une façon plus ou moins forte, commun au violeur et à l'abusé(e). [Il se répète, pense peut-être mon lecteur qui a lu le 3e § : oui, mais ici je ne fais plus voir, je théorise, ou j'essaie...] Il y a un lien social entre le coupable et la victime, un lien cher à la famille de l'abusé(e),  et souvent cher à l'abusé(e) même. [Preuve a contrario : si une main baladeuse, dans le métro ou le train bondés, caresse voire pelote anonymement vos "avantages", expérience connue par beaucoup dans la jeunesse, c'est brutal, irritant et inquiétant, mais très vite on n'y songe plus - il n'y a pas de blessure, parce que pas d'enjeu social].  b/ Dénoncer le coupable connu, c'est donc déchirer aussi le tissu familial, le tissu amical, le tissu de l'école, le tissu du village. Ce qui est impossible sans s'abîmer soi-même. On s'en tient dès lors à une déchirure intérieure, qu'on transpose : on perd la foi, pense-t-on, dit-on. On se sépare définitivement de Dieu, du Dieu de son milieu originel, à cause de ses ministres.

Evangelista, prince of truth BD

    

       Ce n'est pas une Commission tardive qui peut aider. C'est-à-dire guérir. Elle semble faite pour accueillir des confidences, et elle ne fait que favoriser des dénonciations devenues avec le temps sans enjeu ni valeur. Apparaissent déjà des manifestations revanchardes. Vingt, trente, quarante-huit ans après les faits (ai-je entendu hier), la société de chacun a changé, sa propre famille a changé, le violeur a lui-même changé, ou disparu, ou on le voit moins. Le temps a fait son œuvre, c'est de passé, de passé mort que l'on parle... Et dont on est à peu près remis en même temps qu'un peu mutilé... - Je l'ai lu en avril dans Le Vif-l'Express : sur les 350 plaintes que la Commission disait alors avoir reçues, toutes sauf une quinzaine étaient prescrites. C'est dire que cette commission remuait des ombres. Laissons les morts enterrer les morts.

10:31 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

29/06/2010

Que se passe-t-il ? (1)

tempête sur le lac 

    

            Dans la tempête, l'Eglise belge : cela, c'est l'image qui réconforte, à cause de Jésus. Mais on voit agir des acteurs nouveaux, surgir des actes oubliés comme des tragédies. La hiérarchie a heureusement échappé à la qualification déshonorante annoncée par le journal De Morgen, celle que j'ai relayée en titre, vendredi matin, à tort. Mais  les troubles, répercutés depuis dans l'univers entier, sont devenus plus graves. Et rocambolesques, et révélateurs. Perquisition dans tous les locaux (cathédrale comprise) de l'archevêché de article_eglise-belge - photo Marc Gysens BelgaMalines. Isolement imposé quelques heures de tous les évêques réunis là, coïncidence ou non. Prudence de l'archevêque en place quand il couvre  son prédécesseur, humour grinçant quand qu'il qualifie l'opération de police Intervention indignée du Saint-Siège, de son premier ministre, puis de son souverain lui-même. Emission extravagante et significative sur RTL dimanche (27 juin),  « Controverse » :  on peut la retrouver ici. Et finalement démission de toute la « Commission Adriaenssens », au nom imprononçable :  « Commission pour le Traitement des Plaintes pour Abus sexuels dans une Relation pastorale  » : la longueur de l'enseigne n'a pas suffi à dissimuler longtemps l'absence de l'adjectif essentiel qui la décrédibilisait : épiscopale. Comme l'a fait observer le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, cette commission était juge et partie.

FL-Ephrem 27 juin 2010 place de la liberté Bxl 

            Qu'en dire, qui soit bienfaisant, c'est-à-dire instructif et encourageant ? Je ne me sens ni capable, ni chargé, ni désireux de mettre au clair les raisons et le mécanisme psychologique de ce problème qui empoisonne aujourd'hui notre catholicisme. Je renonce donc, provisoirement ou définitivement, à le comprendre en profondeur. Mais avant de fermer pour le mois de juillet la boutique éphrémienne, je dois et je veux proposer aux chrétiens non-conformistes qui lisent ce blog quatre ou cinq observations que je me fais à moi-même, et que je communique pour ce qu'elles valent.  

chasteté des lys sans odeur 

            1. Il  va de soi que la pédophilie fait des ravages ailleurs que chez les cathos, mais c'est chez eux qu'elle a pris ce tour dramatique - au sens médiocre d'exhibé, de théâtral.  Qu'y a-t-il donc, dans le catholicisme, qui soit spécifique ? Ce n'est pas  le respect de l'enfant, la sacralisation de son innocence, ou à l'opposé le souci des instincts qui travaillent les hommes : tout cela est commun à toutes les branches du christianisme, et à la plupart des religions. Ce qui est propre au catholicisme, c'est la chasteté comme règle, comme grand critère, comme condition sine qua non. C'est le célibat obligatoire. Non pas le monachisme, ou célibat choisi pour le Royaume, par grâce individuelle, projection eschatologique de l'état de ressuscité. Mais le célibat comme condition d'accès à l'administration des sacrements, le célibat comme exigence préalable à une fonction.  - J'ai besoin d'un architecte ; vous vous sentez des dispositions ? Bon, mais savez-vous jouer au tennis ? Non.... Dommage : il me faut un tennisman pour construite ma maison. Pourquoi ? Parce qu'il y a une convenance particulière entre construire et jouer, c'est d'un ordre supérieur, comme Dieu même créateur du monde et jongleur parmi les étoiles...

 trinite de Jacques Vacher

            2. Le pape, en décidant solitairement d'exposer à la lumière cruelle du monde les misères de son Eglise pécheresse, a rompu avec la tradition séculaire qui les couvrait du manteau de la confession,  et d'un programme de conversion via transfert dans un autre lieu.  Il a eu raison, ces conversions-là s'avérant plus qu'aléatoires. Il a aussi cédé, ce faisant, à une double nécessité : financière, parce que les tribunaux civils commençaient à mettre en faillite divers diocèses (Boston, Portland, Tucson) et médiatique : tout commençait à se savoir, les juges (irlandais entre autres) aboutissant à des inculpations interminables. - En même temps, conformément à une logique biblique et chrétienne voulant que "la grâce surabonde quand le péché abonde",  il n'a pas infléchi dans un sens réaliste la méditation sur la vocation sacerdotale, décidée en juin 2009 pour un an à l'échelon de toute l'Eglise. Je doute que cette espèce d'extrémisme mystique soit plus bienfaisante que l'extrémisme antimoderniste de Pie X

 (à suivre)

22:08 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/06/2010

L'agneau

De Kesel foto Kerknet

 

    

    Mgr Jozef De Kesel est nommé évêque de Bruges, depuis vendredi midi. C'est un vrai bonheur qui est annoncé. Bonheur pour Bruges, d'abord. A l'occasion de la procession du Saint-Sang organisée le jour de l'Ascension, - le 13 mai cette année, soit moins d'un mois après la démission de l'évêque indigne, légitimement sacrifié comme un bouc pour que santé soit rendue au neveu, on a pu voir la rancœur des citoyens de la Ville par rapport à leurs prêtres, tous désormais, unis dans une même répulsion - on ne déteste bien que ce qu'on a aimé. Cette procession où l'Eglise déploie traditionnellement ses fastes n'a été autorisée cette année-ci qu'à la condition qu'aucun prêtre n'y prenne part, sinon en spectateur anonyme. Expulsion, prêtres émissaires, ô signe biblique. Le symbole est du spirituel rendu visible. Aujourd'hui voici que vient à eux, pour eux, transféré de ses premières patries, un agneau. Un homme humble et digne, dont la vie n'est pas à double fond, un pur qui est autant un homme de pitié que de piété. Qu'ajouter ? Lisez ceci, écrit par lui en 2002. Il y a neuf pages, c'est pas court, mais c'est extraordinaire. "Ce n'est pas l'Eglise qui intéresse Dieu, c'est le monde", dit-il : lisez Eglise, pourquoi es-tu là ?

D'après une pub Touring 

     Bonheur pour tout le pays, ensuite. Jozef De Kesel était l'héritier présomptif de Mgr Danneels, qui l'avait repéré, puis préparé, pour poursuivre une œuvre de paix et d'ouverture fervente, sur le siège de Malines-Bruxelles. Mais le nonce lui-même, Mgr Rauber, a récemment lâché le morceau : Benoît XVI voulait vraiment un archevêque en rupture avec l'archevêque sortant. D'où la nomination de « Léo », applaudie par des gens dont l'état d'esprit est rien moins que chrétien. Est alors révélé le vieux péché de Roger Vangheluwe. A qui se fier, qui est épiscopable, y en a-t-il encore ? En envoyant Jozef De Kesel à Bruges, le pape rend justice au discernement de Godfried Danneels.  

23:49 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

25/06/2010

Association de malfaiteurs

     Nous voilà tous, collectivement, engagés « sur la route de Jérusalem  » où l'Eglise belge est  menacée par la Justice d'être qualifiée, c'est le terme technique, d' « association de malfaiteurs. » Comme Jésus s'y résout « avec courage » , dira après-demain l'évangile de Luc (9,51), allons-y.  Sans menacer quiconque nous agresse du feu du ciel, en sachant qu'il n'y a pas d'endroit où nous puissions être à l'abri, en renonçant à la tendresse des nôtres qui, à Rome ou ailleurs, vaqueront à leurs rites habituels parfois mortuaires, sans regarder en arrière vers notre passé qui fut, qui reste, à la fois chrétien et pécheur.

     Nous, qui ? Les  chrétiens qui ont connu ces temps-là où personne, personne ne croyait que ces choses étaient capables de détruire un enfant. Comme on ne savait pas que fumer tue.

     Tout est horrible dans cette perquisition faite hier, dans la journée, au palais archiépiscopal de Malines, à la Cathédrale St Rombaut, à la maison privée de l'ancien archevêque, au siège de la Commission Adriaenssens.  Mais après tout, ce n'est pas choquant, Dieu et César ne se confondent pas. C'est la situation léonardienne qui l'est, quand Adriaenssens a cru avoir deux magistrats comme subordonnés, et chaque fois que l'Eglise se constitue une justice propre - un droit « canon », très peu sensible aux droits de l'homme.

      J'écris ceci à 11h15, sans savoir qui sera le nouvel évêque de Bruges, qui va être annoncé à 12 heures. J'écris ceci pour dire à Godfried Danneels mon respect, mon affection, ma certitude qu'il n'a aucune responsabilité personnelle dans ces crimes et délits. Hormis, mais on n'est pas père sans ça, le fait probable et honorable d'avoir « porté ce qu'il ne pouvait changer ». Voilà qu'il va encore porter, - porter la Croix.

     Qu'est-ce qui m'assure qu'il n'est pas en cause personnellement ? Son lien affectif avec le Christ, dont témoignent moins ses œuvres et son discours que son humilité et sa gentillesse : deux signes certains des cœur s purs.

11:23 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

21/06/2010

Détail

Signes d'aujourd'hui, mai-juin 2010       

     

  

 Hier, la « prière universelle » terminant la célébration de la Parole, qui constitue la première partie de la messe, reprenait trois intentions de « Signes d'aujourd'hui », une revue française chargée de l'animation liturgique.  Je les découvre en arrivant, juste avant l'office.

     Une de ces intentions a une résonance qui me paraît troublante, vu l'actualité... disons post-irlandaise.  Que dit-elle ?  « Bien des faux prophètes sévissent dans notre monde, et abusent des plus fragiles. Nous te prions, Jésus, notre libérateur, pour que les éducateurs soient vigilants et sachent accompagner les jeunes dans la foi. Toi, qui viens à notre secours, accorde nous ta grâce. »

 attention !

        « Vigilants »...  Est-ce vraiment ce qu'il faut renforcer ? Les supérieurs majeurs, certes, doivent faire preuve de plus de vigilance, plus de discernement, mais les éducateurs par rapport aux enfants qui leur sont confiés, qu'ont-ils à faire qui soit pressant ? La police, vraiment ?  Je remplace le terme par un autre, qu'on trouve dans la bouche de St Pierre. Il y résume la vie de Jésus : bienfaisants.  « Transiit benefaciendo  » (Actes, 10, 38).

23:34 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/06/2010

Nil Volentibus Arduum

minotaure image_11908 andre masson

 

   

     Ce n'est pas un cyclone, mais seulement un grand orage qui est passé ce week-end sur la Belgique. Et en a éclairci le ciel, - ce qui ne signifie pas que le temps sera doux. La nouveauté : une vérité politique a été entendue. On la connaissait depuis longtemps, mais on n'y croyait pas. Elle s'impose désormais, dans la résignation, voire l'insensibilité. Francophones et Flamands appartiennent à deux peuples non seulement distincts, mais opposés. Ni les repères à quoi ils sont attachés, ni les projets d'avenir qui les mobilisent, ni les moyens concrets qu'ils choisissent, ne sont fondamentalement conciliables.

 chimere1

Précaution : Coulé dans le bronze relatif qu'est une élection démocratique, ce genre de vérité n'est plus une opinion, mais un fait dont on doit s'accommoder. Il ne faut pas s'en s'alarmer. La guerre civile n'est pas à nos portes. S'il y a violence dans les rues, ce ne sera pas pour des raisons belgo-belges, personne ne mourra pour la « patrie » pantelante. Reste qu'un réalisme minimal invite à mesurer le changement, qui va intervenir, qui est dejà intervenu potentiellement, dans les deux communautés. L'oecuménisme le plus résolu amène le catholicisme à mieux déterminer où sont les points qui le distinguent des confessions protestantes. Si pénible qu'il ait été, pouvait-on se passer du Concile de Trente ?

 ruines_hastings

Ce n'est pas pour rien que je fais allusion ici à mon Eglise. En 1950, toute la Belgique était « social-chrétienne » du Nord au Sud, avec un gouvernement homogène. Le demi-siècle qui a suivi a vu ce parti se décomposer, dans un parallèle curieux avec l'Eglise catholique, qui a perdu dans le même temps, à cause de ses inadaptations sociétales, toute autorité morale dans la vie publique. Ce qu'ils disent fait un peu parler, beaucoup blaguer ; ne fait plus bouger. Pftt.

 bart-de-wever-geen-vlaamse-euro-meer-naar-federale_5_460x0

Je vois trois oppositions fortes entre Flandre et Wallonie, qui ne leur permettra que des « baisers Lamourette », s'ils se rabibochent. Chaque région constitue une « ecclesia », avec ses fidèles, ses pratiquants  occasionnels, ses membres qu'on a baptisés sans qu'ils l'aient choisi. Leur refondation se fait dans des oppositions frontales. 1. Au Nord, règne un Nationalisme si massivement qu'il est devenu la norme (je ne dis pas : la loi) ; au Sud, c'est le Socialisme. Songeons (mutantis mutandis) au pacte germano-soviétique de 39-41 : que signifiait cette alliance contre-nature ?  2.  Au Nord le vote fut offensif, visant à déloger le partenaire méridional de sa position défensive. La volonté n'est pacifique que d'un côté. 3. Au Nord, l'Homo Novus désigné par le peuple appelle virilement à l'austérité : 22 milliards doivent être économisés, annonce-t-il, pour relancer la croissance. Au Sud, le Politique consacré, attentif aux malheurs du peuple électeur, s'engage à de nouvelles largesses : 7 milliards supplémentaires seront dépensés pour améliorer le bien-être (ne parlons pas de l'indigne « papa » qui promet une pension plancher de 1150 euros...). Tout cela peut-il S'ACCORDER ? Personne ne le croit, on ne s'évertue qu'à deviner celui qui DiRupo, par Jean Grofilscèdera. Là-dessus, le « slimste mens » du Nord a l'intelligence d'offrir au Méridional qui s'y montre hélas ! trop sensible une  première place temporaire dont le donateur conservera l'autorité, le porteur du titre étant voué à se ridiculiser dans des kerns et des caucus diplomatiques où l'isolera son néerlandais de commande. Ah ! là là ! Qual pium' al vento, prends garde, cher Elio.

 [Actualité... J'aurais voulu parler plutôt de l'évangile de dimanche passé. L'abbé Lobet, doyen d'Enghien, parle là-dessus de façon merveilleuse. Allez voir. Ajoutez-y ce mystère : « Ne me touche pas », dis Jésus, lorsqu'il apparaît à Marie-Madeleine, le jour même de sa résurrection. Et rêvez au sens de ce changement.]

02:32 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

12/06/2010

Dieu ton père et puis les enfants

Evreux95

 

    

        Entendu hier soir, sur France 3,  Mgr Jacques Gaillot. Il venait gentiment, comme tout le monde, mêler  « Vie privée et vie publique » sur le plateau de Mireille Dumas, qui en était ravie. Le spectateur a dû s'intéresser d'abord à Nana Mouskouri, non pour apprécier sa voix mais juger avec la chanteuse combien ses énormes lunettes ont pu l'aider à se faire entendre (!), c'est-à-dire à s'accepter physiquement comme Dieu l'a faite et comme elle n'avait pas aimé. Ensuite, la parole à l'ancien évêque !  Je l'ai beaucoup aimé, celui-là ; et c'est avec autant de gratitude que de curiosité que j'ai reçu sa prestation.

 jacques_gaillot_dix-ans-apres

   Il a peu changé. Physiquement, il est un peu plus gros, moins gracile. Mais à peine a-t-il ouvert la bouche qu'on le retrouve, incroyablement jeune. Il rayonne. De santé, de bonté. Comment fait-il ? Il dit oui à tout, il sourit comme un enfant joue. Il a du courage, c'est un soldat; et de l'enthousiasme, c'est toujours un novice. Aucune rancœur. Il va très, très bien : combatif, optimiste. L'animatrice l'oblige à passer en revue toute sa carrière : au bas de l'escalier, puis on montera marche à marche... Il se plie à tout, cet homme-là; il est de bon vouloir, c'est agréable. Est-ce qu'il n'a jamais pensé à se marier ? Il y a pensé, naturellement. A 17 ans, au séminaire, mais ensuite non, plus jamais. Il est pour le mariage des prêtres, objecte-t-elle : pourquoi ne se marierait-il pas ? C'est bien ce qu'il dit, que chacun fasse ce qu'il veut, les vocations sont diverses. Faut-il des femmes prêtres ? Bien sûr, et des hommes aussi. Les homosexuels « premiers dans le royaume des cieux », d'après Têtu qui l'a interviewé ? Naturellement, mais cela est paru aussi dans « la Croix », quelle affaire on a faite pour rien. D'une phrase il expose son point de vue comme une évidence : « C'est un problème culturel : l'Eglise doit s'adapter au monde qu'elle doit évangéliser. »

 Gaillot-Domota--fxg-

    C'est le moment de reconnaître ses fautes. Oui, Jacques a accueilli un prêtre canadien qui sortait de prison, et lui a demandé asile : il lui a alors confié une paroisse. Cela a d'ailleurs marché du tonnerre, au début : tout le monde se félicitait de ce prêtre charmeur... C'était une faute : Mgr Gaillot se reproche de n'avoir pas assez songé aux enfants victimes. Oui, en ça, il a eu tort. Aujourd'hui, on court à la police. Irait-il, lui, dénoncer son prêtre ? Il n'a  pas sa langue dans sa poche, il persuaderait le coupable de se livrer, c'est certain, mais le dénoncer, non. Ça, il ne ferait pas. - Mme Dumas ne bondit pas ; Monseigneur ne justifie pas. Je pense : est-ce que quelqu'un « voit » Jésus avertir la police ?  On enchaîne. Il approche de 75 ans. Va-t-il envoyer une lettre de démission au pape ? La réponse fuse : Non. Il ne collaborera sans doute plus au portail du site  Parthénia.  Mais démissionner d'un siège « nullius » ?... Vraiment pas.

 escalier

J'étais séduit. Et puis il y a eu la dernière phrase, que l'intervieweuse n'a pas relevée - pour n'en avoir pas compris la portée, je pense. En concluant, Jacques s'est dit très attaché aux gens. « Ce n'est pas Dieu qui m'intéresse, ce sont les gens. » Est-ce que j'ai bien entendu ? Je ne sais pas, je n'ai pas d'enregistrement. Moi-même j'avais rayonné du feu des  souvenirs, pendant toute l'émission. Je vivais. Voilà qu'à la dernière phrase, le feu s'éteignait. Cher, cher Jacques ! Pardonne-moi, toi qui aimes mieux que je ne fais, toi qui prends des risques comme Jésus.

23:35 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/06/2010

Elections, voyons !

Principes constitutionnels

 

   Difficile d'entretenir les gens des jeux de l'âme, quand les questions de pouvoir s'imposent à tous les esprits. Pouvoir démocratique, où chacun de nous est concerné : dans tout le pays, on vote dans six jours. Et le scrutin n'est pas local, banal, normal. On va devoir refonder la Belgique, la refondre même, qui sait ? Au programme, il n'y a pas seulement des lois nouvelles, il y a la constitution à refaire - et l'article qui la protège contre des révisions intempestives est lui-même soumis à révision. Tout sera possible. Le vote du 13 juin  2010 comporte un maximum de risques, car il étendra ses conséquences sur quatre ans : plus aucun vote avant 2014. Les gens que l'électeur choisira seront autant de plénipotentiaires qui ne rendront de comptes qu'après que leurs décisions auront été sanctionnées, devenues dès lors irréformables. Drôle de pays... Mais je n'ai pas à faire un cours là-dessus, ni un discours. Alors, situer un parcours ? Le « mien » ? Mais en ai-je un, là-dessus ? Minute...

 Tallec

    Sur ce blog où je dis tant de choses intimes, vais-je me refuser à dire  comment je vote ? (autre formulation : m'autoriser à ne pas dire...) 1. Le secret là-dessus est d'abord question de courtoisie : l'interlocuteur ayant lui-même un  choix à faire, toute prise de position personnelle peut être ressentie comme une agression. Annoncer qu'on vote pour le parti Mi Bémol, c'est une pression d'office inamicale sur le supporter du parti Ré Dièse. 2. A cela s'ajoute un problème de pudeur. Je garde la métaphore musicale, on me comprendra : autant il est facile de saluer publiquement Mozart et Schubert, autant il est gênant d'avouer son goût pour Gounod ou Reynaldo Hahn.

 BernardClerfayt_000

     J'ai été proche de Georges (père de Bernard) Clerfayt autrefois, dès la fondation du Front des Francophones en 1965. J'étais à la Bourse, quand tout Bruxelles s'est enflammé. La frontière linguistique, comment elle a été tracée, hors démocratie... Je n'ai jamais oublié. L'admiration, puis l'affection que j'ai eu à Jette pour Jean-Louis Thys, un homme de piété, de compassion et de courage, m'a bientôt ramené dans le rang des sociaux chrétiens, où je n'ai pourtant jamais « pris ma carte ». En ces temps nouveaux où la population flamande brandit son atout majoritaire comme titre suffisant pour humilier les francophones, j'ai bougé. Je me suis - c'est un mot trop grand, mais quand même - mobilisé, adhérant désormais au F.D.F. Les néerlandophones de la région de Bruxelles ne font que 10 % de la population. Ils sont pourtant pour 50% des postes ministériels au gouvernement de ma région. Non, Olivier Maingain n'est pas Bart De Wever. Il n'est pas agressif, malgré le ton ironique qu'il emploie : tactique pour se défendre contre 'l'injuste agresseur', cela fait partie - pour lui - du devoir d'un chef, qui est par ailleurs un honnête homme. Enfin les désastres qui s'accumulent dans le monde, chute de l'euro, insécurité générale, dévaluation de la valeur du travail, imposent que les entreprises retrouvent un appui moral. Les richesses, pour les distribuer, il faut aussi les produire. En empêchant qu'elles soient confisquées, certes, - y compris par les partis clientélistes.  

 Bart De Wever...

    J'dis ça, j'dis rien. J'ai conscience d'avoir donné des motivations d'ordre affectif, circonstanciel, politiquement discutables. Au moins je n'ai pas triché ! A la cité terrestre, je n'ai jamais appartenu que provisoirement, comme on a une carte de banque. De la cité de Dieu, de celle-là seulement, je suis citoyen pour toujours. 

18:22 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/06/2010

Un autre théâtre : l'âme

integristes

 

  S'il est bienfaisant pour l'homme social, s'il est bon pour tous que le « Droit soit dit » dans un Palais, pour mieux s'imposer, faut-il juger bon, dans le même esprit, que « la messe soit dite » dans un décor impressionnant, au motif que son mystère transcendant impliquerait l' exceptionnalité d'un Lieu Saint : une chapelle, une église, une cathédrale, une basilique ?  C'est l'opinion du courant conservateur dans l'Eglise, qu'illustre avec zèle et aveuglement le lefebvrisme, à qui un répit a été libéralement octroyé. Au décor, joignez alors la langue sacrée, les rites morts,  la ségrégation entre des officiants occupés à une secrète manoeuvre et des spectateurs tenus à distance. 

 A chacun son lieu

     Pour le croyant qui prie, il y a pourtant, entre les services judiciaires évoqués dès  mardi, et le culte religieux, le contraire d'une analogie : une antithèse. Car l'administration de la justice humaine n'est un absolu qu'en apparence : la théâtralité, du coup, lui sert. Mais la célébration mémorielle du sacrifice du Christ est  un absolu en vérité : le théâtre comme tel n'a rien à y faire. N'est demandé qu'un lieu propice au recueillement, et à la communication (les deux, tout de même, ce qui n'est pas rien...).

BARBIER Gilles, Squeezehead, résine et bois,2010 in LLB 14.5.10 

     Vérifiant l'orthodoxie de ce que j'écris, je trouve, en consultant mon édition intégrale des textes promulgués par Vatican II, une formule qui m'émeut, dans le décret Presbyterorum Ordinis (ch. 5). On y caractérise la «maison de prière» (domus orationis) où l'Eucharistie est célébrée, où est honorée la présence du Fils de Dieu  offert sur l'autel (praesentia  Filii Dei in ara sacrificali), et l'on demande que cette maison soit... « belle », dit banalement la traduction française. Mais le latin dit : « nitida »....  Ce qui veut dire propre, luisant, brillant. Neuf aussi, ou vivant, d'après les contextes, selon Gaffiot, car le mot est souvent associé à l'aube, à la jeunesse, à la santé...

 Messe scoute 1962

   J'ai bien conscience d'avoir vécu - avec la même foi - toutes sortes de messes, des plus solennelles aux plus familières, des pontificales aux domestiques. Et dans les lieux les plus divers. Où je me présentais « propre » ? Pas  toujours, mais toujours vivant, toujours neuf. J'y ai rempli quasi toutes les fonctions, selon mes saisons : acteur de l'œuvre collective, hormis dans le rôle du célébrant ; ou assistant grognon, les mois où je restais au dernier rang pour sortir de l'église dix minutes dès que le sermon commençait à me hérisser.  Il y a eu des époques noires, dans mon étrange vie, et pas seulement lorsque j'étais rétif. Des époques où l'ombre m'atteignait moins qu'elle ne couvrait les prêtres autour de moi, ces détenteurs de l'évangile qui ne parvenaient plus à le lire de façon lumineuse, et quand je m'obstinais, moi, isolé, à ne pas lâcher la main du Christ, quelque profonde que devienne la Nuit. La hiérarchie religieuse, façon « social-chrétienne » c.à.d bourgeoise, m'a fait souffrir moins par sa sévérité que par son manque de charisme, son conformisme de paysan bonhomme, et au fond sa crédule incrédulité. Ce sont les Livres qui me sauvaient : Pascal, Green,  Guillemin, Delumeau... Ad Tuum, Domine Jesu, tribunal appello. Comment conclure ? J'ai connu, à la messe, de longs moments d'ennui, j'y ai aussi vécu des heures où j'avais l'âme en feu et le visage en larmes. En tout cas, sensibilisé toujours, toujours ! à la présence, à l'action, à l'amour du Dieu qui m'avait déjà fait, et sauvé, et qui se donnait. Peu importe le lieu où j'étais, n'est-ce pas : Thérèse l'a dit : le seul endroit où se passent les vrais événements, c'est « las moradas o el castillo interior. »

15:42 Écrit par Ephrem dans Foi | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

01/06/2010

Avocats et prêtres

Palais de Justice place Poelaert BXL, 1883 (photo 1980) 

     Je venais d'avoir dix ans quand les Allemands ont bouté le feu au Palais de Justice de Bruxelles, dont on me disait qu'il était le plus grand du monde. J'entends encore une religieuse de mon village : l'ouvrage d'art, selon elle, installait au Sud de la Capitale un "temple des vertus morales", répondant au "temple des vertus théologales" qu'au Nord-Ouest, avec autant de magnificence, la basilique de Koekelberg représentait. Ce face à face relatif ignorait la chronologie et les sentiments de Léopold II, mais soit. Palais de l'Homme Droit versus Maison de Dieu au grand Cœur, ça me faisait de l'effet. L'incendie de 1944 ne rendit pas service aux Nazis qui furent délogés de Bruxelles les jours suivants. Plus tard on apprit qu'il s'agissait pour eux de brûler les archives : l'occupation était aussi, pour quelques mauvais Belges, un champ du déshonneur, et il fallait  faire disparaître, paraît-il, les traces des délations et autres bassesses dont le conflit fut porteur. Le dôme du Palais fut restauré en 1950, mais les locaux de la cour d'assise, endommagés, ne retrouvèrent plus jamais leur beauté première.

 Bruxelles 19 communes

Aujourd'hui, il est question d'abandonner le Palais à son gigantisme pour en faire quoi ? Un musée ou un centre commercial ! Le machin est jugé inadapté à nos mœurs, inadaptable à nos possibilités de sécurisation, de chauffage, d'entretien ! Il faut dire aussi que Bruxelles, multiplement capitale (de l'Europe, la Belgique, la Flandre, la Communauté francophone) est enfermée dans un minuscule territoire de 160 km2 situé dans une région opiniâtrement flamande, et que, sur les 680.000 travailleurs qui y gagnent leur vie, 360.000 (soit 53 %) sont dits navetteurs.  Ce qui signifie qu'ils paient à la Flandre (pour 65 % d'entre eux) ou à la Wallonie (pour 35 %) les impôts que génère leur travail à Bruxelles. La Capitale industrieuse est donc dramatiquement désargentée : elle ne peut que tendre la main, les deux mains, l'une au Nord, l'autre au Sud. Quelque chose ne va donc jamais bien dans le Royaume...

 Palais Justice vu d'en haut

    Stop. Je résiste à la fièvre électorale qui commence à enflammer les esprits autour de moi, et j'en reviens au Palais de Justice. Qu'est-ce qui justifie mon intérêt soudain pour un problème d'architecture ? Le fait que quelques centaines d'avocats en toge ont, ce midi, manifesté en chœur sur la place Poelaert, pour réclamer la grâce de leur Tribunal majestueux. Aller ailleurs, c'est non, pas possible. On promet de leur construire des lieux plus fonctionnels ? Non. Dans des endroits plus accessibles ? Non. Avec une sécurisation absolue, des accès surveillés, des portes verrouillables, en des lieux dispersés comme le sont les affaires civiles, pénales ? Non, point final. Pourquoi donc ? Ecoutez-les : abandonner un tel palais est absurde, aberrant, ridicule, impossible... Je pense : « Cela n'est pas le fond de votre pensée, mes chers Maîtres. Ah ! L'un de vous, merci, évoque la symbolique du lieu... »

Votre Honneur... disent les USA 

Dire le Droit dans une maison fonctionnelle, c'est dire la force qui l'emporte sociologiquement et momentanément. Dire le Droit dans un Palais absurde, magnifique comme un Ciel ouvert, c'est dire la justice prééminente, sans considération d'intérêts, de convenances, voire de bontés. Et c'est finalement établir 1. la paix dans la société des hommes qui doit être stable, solennellement démocratique et contractuelle ; 2. la paix dans le temps des hommes, qui ne dépasse guère (comme leur vie) un demi-siècle de responsabilité et où la prescription vient garantir le jugement sain.

Goran Djurovic, The table, in LLB

     Mais je voudrais continuer, transposer, avec votre permission. Dire la messe assis autour d'une table, est-ce... Je dois encore y réfléchir. A demain, sans doute, ou après.

18:52 Écrit par Ephrem dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |