09/08/2010

Attachements et attouchements

au zoo d'Anvers.jpg

 

Je rouvre un peu plus tôt que prévu mon blog-notes. L’écriture familière que j’y fais voir et à quoi je me consacre  laborieusement ne produit pas vraiment une addiction : elle n’est pas, elle ne devient jamais un geste automatique, mais est l’effet d’un travail organisationnel et mental semé d’obstacles lexicaux, peu à peu indociles, obscurcis d’année en année par la nuit de l’âge qui descend. Cette écriture cause en moi, chez les autres blogueurs aussi, j’imagine, une volupté forte, calme, faite d‘un sentiment de puissance vitale sur le monde que chacun fait exister en le nommant. L’actualité qui défile propose des sujets dont quelques-uns me sont chers : l’Eglise, le Journalisme, l’Amour (ses caractères essentiels, ses conséquences communes, ses  expressions variables), l’Argent corrupteur, la Mémoire, la Beauté… Ou bien le blogueur ne s’ y intéresse pas, ou il se positionne. Mais chez le sage qu’on se doit d’être "un jour", le  premier mouvement n’est quasi jamais de « dire son avis », mais de chercher à en avoir un, dont on puisse rendre compte – au moins à soi-même. Il faut qu’on parvienne à structurer, sur un problème d’actualité, sa propre pensée, à partir d’un des points de vue choisis pour la richesse des découvertes qu’ils vous ont antérieurement permises…  « Se faire un avis », c’est aussi complexe, aussi noble que cela.

 Ephrem en vacances, juillet 2010.JPG

Privé de mon cahier habituel, j’avoue être allé, par compensation, distribuer nombre de commentaires ici ou là, dans la presse belge et française : des forums y sont aujourd’hui proposés, à la suite d’à peu près n’importe quelle info nouvelle. Que je signe de mon nom officiel, ou bien Ephrem, ou encore Florent, je prenais soin de toujours garder la mesure, et d’indiquer,  plutôt qu’une solution facilement partisane, le lieu dialectique où se trouvait, à mon sens, la « vie cachée » du problème, qui en expliquait la souffrance. Mais les autres commentateurs, à ce moment mes compagnons de plume, suivaient majoritairement d’autres règles, ils jouaient d’autres jeux. Désireux la lutte à la culotte en Suisse.jpgseulement d’opposer des malédictions à des bravos, des soutiens de principe à des rancunes et des malveillances, ils m’ont souvent salué, poliment, mais reprenaient ensuite leurs prises de becs autrement jouissives…  Ajoutez qu’au niveau du journalisme électronique, une information nouvelle est à peine proposée à la réflexion qu’elle lui est soustraite comme dépassée, deux ou trois jours après.

 

écriture de journal.jpgJe reviens donc, instruit, à mon « espace » propre. Ce  blog-notes personnel. Pas plus qu’hier, je ne dédaignerai dans le prochain semestre les expériences de vie tout autres que les miennes, mais ce sera de ma propre vie, d’abord, que j’aurai le souci. En extraire ici ce qui fit sens, ce qui fut bénéfique et ce qui fut erreur. Je n’ai pas dit péché : contrairement à l’auteur du psaume 51, « mon péché », moi, je ne le connais pas bien. Je n'en nie pas la présence, ni le poids, mais j'en abandonne la connaissance dans le coeur de Jésus. Par nature ou par éducation, je suis de ceux qui peuvent errer, mais ne persistent pas dans le mal quand ils le voient dans de sa réalité : le malheur. Je suis un fabricant de bonheurs, je n’ai jamais cru aux bonnes fées ni même à Jésus bouleversant pour moi le destin du monde. Les princes charmants, je sais qu’on les suscite, qu’on les aide à paraître tels, et qu’on crée en eux, avec eux, la merveille dont ils deviennent finalement les symbole bienheureux, et les bénéficiaires… Encore me faut-il, jusqu’à la fin de cette année (sinon de ma vie), comprendre et faire parler cette puissance affective que je sens toujours bouillonnante en moi, tant que je la sens telle, - et tant que je parviens à lui faire parler correctement le français.

 Ecrans contre Dieu.jpg

Allons : un exemple pour que mon texte (je viens de le relire) ne décourage personne par son abstraction. Le journal télévisé de la RTBF, ce samedi 7 novembre à 13 heures, ouvrait ses informations  par ce titre impressionnant : « Une nouvelle révélation éclabousse l’Eglise belge impliquée dans des affaires de pédophilie. » Sous-titre immédiat : « l’ancien évêque de Bruges avoue AUSSI avoir versé de l’argent à la famille de la victime. »  Oh ! la là ! La suite va corriger le tir, mais les premières balles ont su déjà blesser. Le porte-parole de l’évêché, Peter Rossel, va être opposé à un « bruit » soutenu par un auteur de polars brugeois, auquel l’hebdomadaire Le Vif/L’Express consacre quatre pleines pages sans la moindre réserve. Le bruit : cet argent achetait le silence jusqu’il y a deux ans, fin de la période nécessaire à la prescription. L’évêché : l’ex-évêque, reconnaissant sa faute et demandant pardon à Dieu ET à la victime, n’a pu être être absous que parce qu’il dédommageait sa victime avec équité (…50.000 euros : pas de mystère, c’est la norme appliquée dans la Néerlande terre à terre). L’indemnité a été  donnée au seul neveu-victime, qui a aujourd’hui quarante ans. Où est la « boue »  ? Le nouveau scandale ? C’est le catéchisme ordinaire : aucun « voleur », par exemple,  s’il veut être absous, n’est dispensé de rendre ce qu’il a pris, nous savons tous cela. Loin d’éclabousser l’Eglise, cette info montre donc le sérieux de ses sacrements. En revanche, la grande presse a fait jouer ici un bien curieux rôle à la famille, et peut-être même à la victime sous-entendue insatiable…

 herisson qui s'ouvre.jpg

Au reste, le spectateur ne sait toujours rien des faits précis, pédophiles certes, mais toujours mystérieux pour nous qui en parlons dès lors selon notre propre délicatesse. Du viol à la séduction, des impudeurs à l’impudence, des attouchements aux attachements, le monde occidental d’aujourd’hui est donc tellement chaste, réservé, pudique qu’il ne veut là-dessus qu’un seul mot : des crimes, c’est clair ? des crimes, des CRIMES. Excusez-moi. Je crie assez fort ? 

Commentaires

Merci, déjà, de ce retour; et de ce premier post, comment dire, très relevé :). Biz

Écrit par : Pierre | 11/08/2010

7 novembre ? Grand Dieu ! Que le temps passe vite ...
Bon retour de ... "vacances" cher Ephrem
Biz

Écrit par : Etienne | 12/08/2010

Le 7 août évidemment... Merci de le signaler. Et je te rassure en me rassurant : me tromper dans les dates n'est pas un effet d'Alzheimer, mais d'une distraction invétérée. N'espérant plus que je m'améliore, ma secrétaire, au temps où j'en avais une, avait fini par me corriger sans rien dire...

Merci pour ton attention. Biz.

Écrit par : Ephrem | 12/08/2010

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