06/09/2010

Septembres noirs

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Ce n’est plus l’été, malgré le ciel serein : la chaleur s’est enfuie. Elle a laissé des traces pendant la journée, peut-être une promesses de revenir furtivement un jour ou l’autre en septembre… Sinon, ce sera pour l’an prochain, si elle veut bien, si je suis encore là. Faut m’y faire : les cafés n’étendent plus leurs terrasses jusque sur le trottoir, où l’on prend le soleil avec la bière de Leffe, en goûtant la vie. Dérivatif du babil avec les voisins de table, évocation des bonheurs d’hier avec les amis, travail de la réflexion avec le Neveu bien-aimé, - l’Héritier. Tournons la page : c’est la rentrée, qui fait diablement peur. Sinon à tous, à moi. Ni dans le pays, ni dans l’Eglise, je ne trouve des raisons d’espérer.  Ici et là, il y a comme des écroulements.

 

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L’existence même du royaume de Belgique fait à présent l’objet de discussions en circuit fermé, où les francophones attendent, non qu’on leur fasse justice, ou qu’on les tienne en paix, mais au moins de mesurer les pertes. Jusqu’où iront les abandons de droits ? Et les nouveaux impôts qui seront nécessaires, comment frapperont-ils ? La presse fait grand tapage, mais sans instruire ; elle joue plutôt au porte-parole, voire au commis faisant patienter le public. Ce n’est pas un rôle démocratique, mais une fonction de relations publiques. Ce qui donne, au Belge moyen que je suis, le sentiment d’être devenu un otage. De passions, de régions, de factions – un Palestinien.

 

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 M. Elio di Rupo, chargé de sauver ce qui peut l’être, mais travaillant sous la surveillance d’un allié dominateur, a avoué son découragement, donné sa démission. L’échec n’est pas le sien, et je lui sais gré (à tout le moins) de n’avoir pas capitulé, comme je l’avais craint, devant le Gargantua nourri par tant d’électeurs agressifs. De sa mission, un résultat subsiste, une idée maintenant reçue, doxa nouvelle. Le pays va se démanteler. Mon souhait serait qu’il se divise en trois régions autonomes. Que Bruxelles soit l’une d’elles, régie par les seuls Bruxellois, d’où qu’ils proviennent. Que la Ville soit administrativement anglophone. Qu’on y perçoive l’impôt sur le lieu de travail. Mais ce que j’en dis…

 

 

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Quant à l’Eglise, je suis consterné par ce qui s’y passe (ou ce qui s’y révèle ?) depuis un an. Ma foi n’est pas concernée, car mon adhésion à l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas tributaire de ses mérites à elle, mais de sa grâce à Lui. Mais je suis plein de mélancolie. Comment se fait-il, selon cette nouvelle doxa (qu’une presse ennemie renforce jour après jour), pédophile soit devenu l’adjectif qui s’ajoute à la série « catholique, apostolique et romain ». Le pire des mots, si l’on voit qu’il est, dans l’inconscient des gens, associé à Dutroux… On n’est pas ici dans le constat de crimes actuels, dans la prévention, dans la résilience et la guérison. Mais dans une fantasmatique rétrograde et punitive dont le contenu, imaginé plutôt que connu, matériellement flou et d’autant plus terrible, aboutit à infecter des  blessures en retard de cicatrisation et multiplier des blessés qui se croient incurables.   

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Dans la « Libre Belgique » d’aujourd’hui, Noëlle Hausman, professeur à l’Institut d’Etudes théologiques, prend beaucoup de hauteur par rapport à ce pseudo-spectacle où elle introduit son sens critique, comme le ferait un historien, doublé d’un juriste. Cela fait du bien. Elle pointe, sous les « curieuses coïncidences » une polémique organisée, perverse, dont elle dissuade les chrétiens de « se faire complices en devenant voyeurs ». La formule est malvenue, qui disperse les culpabilités. Il y a aussi des mots partisans, comme « susurrer », s’agissant de la presse signalant l’opposition philosophique d’un juge et d’un autre. Et finalement, l'auteur entend défendre le cardinal qui n’a rien à se reprocher en avançant un  argument procédurier d’avocat de cause perdue : les « Danneels-tapes », communiquées dans leur texte mais sans le son ni les gestes, et non « relues » par le prélat, ipso facto ne seraient pas « probantes »… En droit pur, sans doute, mais pour l’homme de la rue, pareil argument enfonce celui pour qui il est émis. Mme Hausman, qui a été supérieure générale des sœurs du saint-cœur de Marie, termine heureusement sa mise en garde par une question poignante, d’un tout autre ordre, mystique, qui ira droit au cœur des chrétiens : Pourrons-nous boire à la coupe du Seigneur ?

Commentaires

L'intervention de Mme Hausman n'est plus disponible sur la "Libre", ai-je découvert ce matin. Je reproduis donc ici son contenu intégral. -
CALICE ET IMPOSTURE
Pendant que l’on apprenait, le 27 août, par de nouvelles indiscrétions, que les fameuses perquisitions de Malines et de Louvain du 24 juin dernier étaient considérées comme irrégulières par le Parquet général de Bruxelles, certains journaux flamands publiaient, dès le 28, l’essentiel (non l’intégralité) des deux entretiens datant du 8 avril, entre la victime de l’ancien évêque de Bruges R. Vangheluwe et le Cardinal G.Danneels, appelé par la famille et l’auteur des faits à un rôle demédiation.
Par une autre curieuse coïncidence, la nouvelle s’est aussitôt répandue qu’une partie des victimes dont les dossiers ont été saisis (illégalement, donc) par la justice à la Commission interdiocésaine Adriaenssens, ont introduit un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la chambre des mises en accusation de Bruxelles concernant “l’opération Calice”.
Par ailleurs, on susurre que, impliqués dans cette affaire, le juge d’instruction Wim De Troy et l’avocat général,Marc de le Court sont entre eux comme un francmaçon rabique et un catholique fervent.
Nous voici donc en voie d’installation dans une stratégie du coup par coup, qui pourra entretenir longtemps nos curiosités distraites ou nos dégoûts affectés.
Derrière la scène où des victimes outragées démasquent leurs abuseurs impénitents, d’autres manoeuvres sont en cours, parfois grossières, comme l’était la charge brutale contre les évêques réunis (où certes, leur fonction symbolique a été dévastée), mais parfois, bien plus subtiles : c’est là que devrait se ranimer notre vigilance.
Les enregistrements de Bruges sont à cet égard très instructifs. Passons sur leur existence, qui suppose de la part de leur auteur, une certaine intrépidité; on parlerait dans d’autres circonstances de déloyauté, sinon de tromperie, s’il est vrai que le Cardinal Danneels, médiateur pressenti, croyait se trouver dans un moment particulier, une sorte de kairos, où cette lamentable histoire d’un jeune abusé par son oncle de 6 à 18 ans, pouvait trouver une issue nouvelle – or, à peine née, l’espérance fut “fixée”, dans tous les sens du terme.
Il faut observer que les commentateurs (et d’abord les décideurs) de cette publication la proposent unilatéralement comme valide, alors qu’elle ne peut l’être, puisque l’un parlait en sachant qu’il pourrait communiquer, à la sortie, un “souvenir” infrangible, alors que l’autre n’a aujourd’hui que sa bonne foi à y opposer. Toute déposition ne demande-t-elle pas relecture, avant d’être validée ? Comment, de
plus, considérer comme probantes des paroles transcrites, sans le son, sans les gestes et,même dans le cas où l’on disposerait d’un film sonore, en dehors de l’acte de présence de deux singularités, du vis-à-vis de deux libertés qu’est toujours le dialogue, même tenu devant d’autres témoins ?

Plutôt que de se laisser emporter par la justice populaire ou de se faire complices en devenant voyeurs, les chrétiens de Belgique ont à se demander comment ils vont, dans les temps qui s’annoncent, demeurer à distance des manipulations, orchestrées ou non. Tenir le gouvernail de nos discernements demande certes un peu de témérité et bien entendu, une compassion et une solidarité vraiment agissantes, mais sans doute aussi une nouvelle fidélité à nos attachements les plus profonds. Pourrons-nous
boire à la coupe du Seigneur ?

Écrit par : Ephrem | 07/09/2010

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