15/09/2010

Adultères

Jesus et la femme adultère - Montmartre, vitrail.jpg     Pourquoi suis-je absent,  muet du moins, depuis neuf jours, alors que l’Eglise catholique belge est comme la femme adultère : déshonorée, promise à la lapidation, objet du mépris des masses et de la délibération des lettrés ? Tandis que Jésus, à terre, écrit sur le sol des signes indéchiffrables, tandis qu’un film sur "les Dieux et les Hommes" en appelle au silence, au ballet des cygnes, et au martyre. Parce que je suis partagé. Au centre de la tornade, pourtant, comme tous les vieux de ma génération qui ont appris (ou non…) à regarder d’un œil nouveau, indulgent et pacifique, les surprenants travers du sexe… – Roger van RVG en 1984.jpgGheluwe a mon âge, à peu près. Il a reçu la prêtrise l’année (1963) où j’y ai renoncé. Il est devenu évêque l’année (1984) où je suis devenu directeur. Il s’en est pris à... (dit-on), il s'est épris (me dis-je) de son neveu enfant au milieu des années 70, quand  j’ai connu mon Bruno qui, heureuse dissymétrie, lui, était majeur. Jusqu’ici (espérons que l’avenir ne le démentira pas) il semble que ce lien incestueux et délétère fut le seul maléfice qui disloqua la vie de l’oncle, faisant du neveu, malheur ! un infirme, résolu à tout pour s’en délivrer. S’en délivra-t-il mieux en écoutant la Némésis grecque plutôt que le Pardon du Cardinal berger ? On verra. Après quoi un demi-millier de plaintes surgit, comme un vomissement du corps social. Et notre Eglise est l’objet d’une agression sans exemple depuis 1830. Car c’est son existence morale qui en jeu. Tous les jours les Télévisions belges découvrent de nouvelles raisons d’ouvrir leurs infos avec le thème de la pédophilie en milieu clérical. La Justice est moins appelée en arbitre que manipulée en divers sens dans les procédures. L’Eglise, au centre, ne fait que prendre des coups. Et oups, elle proteste ; puis elle baisse la tête. Parce que la presse nationale est d’une arrogance inouïe. Parce que les mines qui explosent tous les jours sous les pas des prêtres, sont des engins vicieux que l'Eglise a posés elle-même, sans le savoir (elle qui sait tout). Et parce que des membres en son sein la déséquilibrent. Les pervers froids qu’elle a enrôlés dans leur jeune âge sans s’inquiéter de leurs convoitises pourvu qu’ils eussent l’air de les dominer. Et d’autre part les croyants présomptueux qui ont du talent mais qu’elle n’a pas suivis comme ils l’eussent voulu (…comme JE l’aurais voulu), et qui, avec l’appui de la presse laïciste, l’accablent sans pitié de leurs grands rêves rompus.

 Peur sourde.jpg

     J’ai lu intégralement vendredi midi  les 124 témoignages de victimes, tels qu’ils sont publiés par la Commission Adriaenssens, en flamand pour la plupart. Le matin, j’avais encore déposé au bas d’un article de la Libre un commentaire appelant à la miséricorde pour l’ex-évêque de Bruges, qu’il était question de chasser de l’abbaye où il s’était cloitré dans la prière et l’austérité. J’y invoquais en sa faveur les ravages que peut faire la  passion amoureuse chez tout le monde, fût-on évêque, et le délire jaloux où l’on peut s’égarer quand l’objet de cette passion se refuse. Mais à 14 heures, ouvrant ma porte à un ami qui s’étonne de voir mon visage décomposé, je lui dis : « Tu sais, les abus pédophiles, c’est pas ce que je pensais, c’est… dégueulasse... A vomir… ». J’imaginais avant de lire que s’y traîneraient des besoins d’amour, des  soifs, des tendresses informulables. Eh bien, non. Cruautés, impostures, sacrilèges, ces noms de dieux de prêtres et de frères qui sont ici décrits, racontés dans leurs œuvres torves, ce sont des diables. Ils ne sont pas sentimentaux mais sensuels, leur besoins sont des voracités pauvrement érotiques comme chez des bêtes en rut ! Ne peuvent-ils, au moins, si la chasteté qu’ils ont promise n’est plus à leur portée, se faire jouir seuls sans utiliser les enfants comme accessoires pornos, comme auxiliaires passifs et impuissants de leurs sanies ? Sauf dans trois cas, peut-être quatre, nulle part il n’est question d’amour. Rien ici n’est passion, tout convoitise et calcul. L’enfer.

 Année des faits.jpg

     En même temps je vois le gouffre où tout le pays, distrait de l’anarchie politique où il se décompose, va être précipité. Démesure collective. Les 110 premières pages du rapport Adriaeenssen qui en compte 200 exposent ces 124 récits qui viennent des victimes comme des comptes rendus de journalistes ou de policiers. Toute la place est faite à la plainte des jeunes abusés, à leur vive et savante rancune. Ce qui se comprend pour une  Commission visant à panser des plaies qu’on a ignorées, qu’on a cru devoir ignorer pour qu’elles se cicatrisent plus vite sans s’infecter. Mais la Justice est saisie, la justice populaire en tout cas, qui va très vite, en même temps que l’autre, celle du Palais, qui durera les années qu’il faudra pour qu’on s’en lasse, et qu’il n’y ait plus qu’un écœurement universel… avocats paraclets.jpgAujourd’hui, on crie tous en chœur. Sans que les démons disparus ou vieillis ne voient surgir le moindre défenseur qui, éventuellement, jette une autre lumière, montre  des invraisemblances, signale des convenances oubliées : sait-on ce qui était bien et mal ? Ce que les évêques et les curés disaient ‘bien ou mal’ (le scandale), ce que les parents disaient ‘bien ou mal’ (désobéir), ce que soi-même on pensait ‘bien ou mal’, l’ayant appris de ce qu’on expérimentait dans cette impuissance absolue où l’Enfant Jésus croissait  ? 

14:09 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

... Votre texte est très juste. Mais j'aimerais le commenter via ce que j'ai écrit sur mon propre blog avant de lire le vôtre : nous n'avons pas à avoir honte d'être catholique. Mais nous devons nous révolter face aux abus commis.

J'apprécie beaucoup votre surprise : vous pensiez qu'il s'agissait d'amours maladroites, mais il s'agit de perversions. A ce sujet, je ne peux que vous conseiller "Lolita" de Nabokov qui nous montre la différence entre le pédophile immature sexuellement et affectivement, et le le pervers sexuel.

J'm bcp vos approches, je vous mets dans mes liens :p

à bientôt donc !

Écrit par : Titevie | 15/09/2010

Bravo, votre blog est "à la une" de http://blogs.skynet.be.
Bon blog :-)

Écrit par : Julie | 16/09/2010

@ Titevie : à bientôt, en effet. J'apprécie très modérément Nabokov, mais vous tenez vous-même un beau blog où l'on a envie d'intervenir...

@Julie. Merci de votre info encourageante, chère "Julie", ange gardienne des Skynetblogs !Vous êtes bien utile. Vous me surprenez un peu, pourtant, le compteur gardant le même chiffre depuis tôt ce matin... :-)

Écrit par : Ephrem | 16/09/2010

Je vous félicite pour votre billet à propos de la pédophilie dans l'Eglise. Je pense sincèrement que vous avez identifié, avec justesse, la racine du "mal" que la société est amenée à "découvrir" ( mais n'y-a-t-il pas longtemps qu'elle le sait?) de manière abrupte le "mal être" de la plupart des gens d'Eglise. Celle-ci, d'essence divine, Dieu merci, mais de conception humaine (et donc imparfaite), serait-elle sur le point, en présence d'un scandale aussi retentissant, de se remettre en question et de comprendre que ceux qui la composent peuvent aisément exercer un ministère, tout en ayant le droit d'être heureux, et ce de la façon dont ils l'ont décidé .
N'étant pas doué pour l'écriture mais me sentant mieux dans l'échange verbal, par un dialogue constructif, je vous invite, un de ces prochains jours, à nous rejoindre pour en débattre amicalement, lors d'un déjeuner.
Bien à vous
Guy

Écrit par : G.D | 18/09/2010

Les commentaires sont fermés.