23/09/2010

Mariage ou non

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   …c’est honnêtement, disais-je, que le professeur Léonard dénonce comme abusif le lien fait par la Doxa entre l’obligation du célibat et le surnombre de « profils » pédophiliques apparus chez ceux qui s’y soumettent. Ce surnombre vient d’un passé révolu, qu’il faut juger, mais qui n’est plus efficient. Aujourd’hui, les candidats au sacerdoce ont en perspective la charge de paroisses où ils enterreront plus de paroissiens qu’ils n’en catéchiseront : c’est fini, l’intimité martiale qu’on instaurait sans prudence avec la jeunesse, l’aumônerie des camps scouts, la manécanterie de petits chanteurs, l’initiation sévère au latin et au théâtre, les voyages à Rome, et, si on remonte encore dans le temps, le préceptorat singulier des héritiers de familles bourgeoises. Même les écoles catholiques se passent des prêtres sans en pâtir, sinon pour la foi. On ne l’aurait pas cru, il y a peu. J’ai assisté à un jubilé où un Frère des écoles chrétiennes dont on fêtait les soixante ans de vie dans la congrégation déclarait, dans son speech, qu’il n’était devenu religieux que pour enseigner, l’habit n’ayant pour lui que cette vertu de lui éviter l'autre profession que ses parents avaient choisie pour lui. Ce vieux Frère est un honnête homme, étranger aux méfaits dénoncés aujourd’hui. Mais il m’a donné à penser. Il y avait dans les années pré-conciliaires un trop-plein de prêtres et de religieux, que n’arrêtait pas l’exigence du célibat. Etaient-ils heureux ? C’est la vraie question, il me semble. Y répond – par la négative - la quasi-disparition du recrutement. Je souligne que le célibat général et hyper-masculin installait dans toutes les relations une agressivité latente, et maîtrisée. Tout de même : on avait froid. 

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    Serait-ce que l’érotisation de plus en plus forte de notre culture a rendu inintelligible, aujourd’hui,  l’appel à une vie asexuée ? Il me semble que cet appel, pour autant qu'il émane de Dieu, devrait se faire encore entendre. Il y a toujours des Samuel dans ce qui reste des temples, des Jérémie qui bégaient mais qui répondent, des Paul que soufflette "l’ange de Satan", et que laboure l’aiguillon dans la chair, mais à qui la grâce finit par suffire (2Cor12,7). Il y a aussi au Paraguay un Fernando Lugo, anciennement évêque des pauvres, réduit à l’état laïc par le Vatican lorsqu’il est élu président de son pays en 2008. Je le mets avec les autres ? Mais il a reconnu une paternité jusqu’alors cachée. Il est atteint aujourd’hui d’un cancerEh bien! un homme de Dieu. Un homme…

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Pour savoir ce qu’est un prêtre, je me replonge dans l’ Epître aux Hébreux. Où le sacerdoce du Christ n’a rien à voir avec le sacerdoce lévitique, celui où des gens nés pour ça (çàd dans la tribu de Lévi) offrent en un lieu sacré des dons qui conviennent au Seigneur. Le père Vanhoye, bibliste romain, me sert ici de guide bien nécessaire : c’est toute l’Aventure chrétienne qui s’exprime dans cet Ecrit sans pareil, d’une éblouissante obscurité, où sont en jeu des catégories oubliées. Allez lire lire les chapitres 7 à 10, vous ne couv7055g_130.jpgcommunierez plus au corps de Jésus sans trembler.  Il n’y a qu’un prêtre. Le Christ. De la tribu de Juda – non sacerdotale… - Rien ici ne s’oppose au célibat, mais rien n’y contraint. Vocation personnelle de tout chrétien, associé au Christ. Qui ne donne pas d’offrande : qui se donne. Qui n’est pas seul en se donnant au père : qui, par son corps humain connaissant la mort, nous donne avec lui. L’homme qu’il est, pas on ne sait quel ange. L’homme chez qui s’interpénètrent la chair et l’esprit. Où ciel et terre, piété et miséricorde, mystique et réalisme ne sont plus séparés. Je songe aussi après lecture que dire, comme le fait l’Eglise, qu’il y a une « haute convenance » à une exigence de néant (« NE PAS aimer dans la chair ») relève d’une conception de la religion archaïque, ritualiste, négociée (do ut des). Car la séparation tranchée du sacré et du profane renvoie à une souterraine appropriation de Dieu.

Jungbrunnen, de Djurovic, huile sur toile.jpg

 

Enfin, - et j’ai peine à le dire, tant c’est aujourd’hui ridicule, je le dis tout de même tant c’est présent dans une certaine liturgie : il faudrait cesser de  présenter le rapport de l’Homme à son créateur et sauveur comme des épousailles. Même Vatican II s’est prêté à ce genre de rhétorique datée, en explicitant comme suit la tâche des prêtres vis-à-vis des chrétiens : « fiancer les fidèles à l’époux unique et de les présenter au Christ comme une vierge purefideles scilicet despondendi uni viro, illosque exhibendi virginem castam Christo (Constitution De presbyterorum ministerio, ch. 16). L'inspiration est biblique, je sais, mais mais ...

22:39 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Cher Ephrem, qu’est-ce que tu trouves gênant, exactement, dans la façon biblique de décrire comme des noces l’union du Christ et de toute l’humanité, et donc aussi du Christ et de chaque personne humaine ?
Merci d’apporter un « autre regard » sur la religion, avec ton blog qui ne ressemble à aucun autre.

Écrit par : Pierre | 24/09/2010

Merci de cette question directe, qui va m'obliger à plus de précision. J'y consacrerai sans doute un billet. En gros, évoquer le sexe ("noces") pour le nier ("...spirituelles"), c'est très littéraire, mais ce n'est pas logique et respectueux du réel. Le vrai sexe, c'est merveilleux mais c'est sexuel; et la rencontre de Dieu dans la prière, c'est magnifique mais c'est spirituel. - Bise.

Écrit par : Ephrem | 26/09/2010

Cher Ephrem, je me posais la même question que Pierre, tant cette notion d'"épousailles" a été au centre d'une certaine spiritualité dans mon existence (c'était bien avant ...) Ta réponse éclaire quelque chose d'évident mais auquel je n'avais jamais vraiment pensé. Comment ai-je pu ainsi passer à coté de cette "inappropriation" sémantique. Merci !
Bise

Écrit par : Etienne | 27/09/2010

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