30/09/2010

Est-ce que Jésus dérape avec son temps ?

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       Ces dimanches-ci, il y a une espèce de malaise en nous, paroissiens banals et fidèles, qui nous réunissons à l’église, cathédrale ou non. Je ne parle pas du mur de honte qui, de l’Irlande à.. à la Flandre belge (!), s’est écroulé sur les nôtres, et dont la poussière nous empêche encore de respirer à pleins poumons. Je songe à ce qui est dit à la messe, dans les textes prévus. Depuis deux mois, l’Evangile, qui nous est conté cette année « selon saint Luc », montre Jésus dans sa marche vers Jérusalem (9,51 – 19,28), et le fait entendre quand "sa parole prévaut sur ses miracles, et quand l’exhortation l’emporte sur la présentation du mystère", comme dit la TOB. Eh bien, elle est souvent bizarre, sa parole ! Et ses "paraboles",  elles sont limite, borderline.  Je ne dirai pas "inadmissibles" puisque je les admets. Comment faire autrement : c’est Jésus, c’est mon Seigneur qui parle ; et l’Evangile est la « bonne Nouvelle » par définition (εύαγγέλίon). Mais ce sont nos oreilles du XXIe siècle qui écoutent et nos cœurs qui réagissent, avec deux mille ans de culture humaniste, et surtout deux cents ans où les droits de l’homme ont été conçus, rédigés, proclamés par une société qui est mienne aussi. « On » [enfin, je]… on se demande parfois si le discours attribué à Jésus par l‘évangéliste est conciliable, dans sa problématique marchande, dans le champ sémantique inégalitaire où il s’expose, dans le bruit que font ses connotations de violence et d’absolutisme, est compatible, donc, avec l’estime et le respect qu’un esprit un peu cultivé sait devoir éprouver a priori pour n’importe quel individu appartenant à la race humaine. Dit brièvement : si le Seigneur est foncièrement plein de tendresse, il s’exprime aussi, selon Luc, sans courtoisie et même avec… Dureté. Brutalité est trop dire. Mais c’est presque ça… 

 Buste du dieu Janus au vatican.jpg

Qu’est-ce que moi, pauvre pécheur aveuglé par mon orgueil, j’ose donc trouver gênant dans le discours de Jésus ? Eh bien ceci. Ce n’est pas littéral, je résume :    « Tout de suite ! Suivez-moi tout de suite. Sans aller enterrer votre père, sans faire vos adieux aux amis » (27 juin). « Promettez aux villes qui vous repousseront un sort pire que celui de Sodome » (4 juillet) ! « Fatiguez Dieu avec vos requêtes : le sans-gêne est payant dans la vie spirituelle comme dans la société. » (25 juillet). « Je viendrai à l’improviste : soyez un serviteur en faction qui attend le maître même la nuit » (8 août). « Pour entrer au Royaume, la porte est étroite. Frapper quand elle est fermée ne sert à rien ; et dire "ouvre-nous, tu nous connais, nous avons mangé et bu avec toi", n’aura qu’une réponse :" je ne sais pas qui vous êtes…" (22 août). « Mettez-vous exprès au dernier rang pour qu’on vous invite à avancer [soyez finauds en somme] (29 août). « Profitez d’une charge de gérant dont vous allez être licencié pour vous faire des amis en annulant ou allégeant des créances du patron. » (19 septembre).  « A chacun son tour pour être riche : Le pauvre ici-bas va au ciel, et le riche en enfer. Il n’est pas question de leurs actions » (26 septembre). Enfin, après un discours hyperbolique sur l’efficacité de la foi, cette question : « Lequel d’entre vous quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : « Viens vite à table ? » Ne lui dira-t-il pas plutôt : « Prépare-moi à diner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour » Sera-t-il même reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous : vous êtes des serviteurs inutiles. (3 octobre). – Sorry, mais à la question « lequel d’entre vous », je pense : « moi », comme le premier gentleman venu…

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Il y a des explications ingénieuses et savantes, je sais, pour enlever à chacune de ces… ces grossièretés (pardon, Seigneur mon Dieu) leur caractère inacceptable. Reste que le discours est dur. Froid. Qu’on n’y trouve aucune inspiration, aucun motif d’ « aimer Dieu ». Sinon l’intérêt… Faire son salut ! Gagner son Ciel ! Misère ! A la fin de cette curieuse méditation, qui m’étonne moi-même, et que je veux éviter de conclure, une échappatoire me vient à l’esprit. Nous n’avons pas que l’Evangile (et l’Eglise) pour nous éclairer dans la vie, mais aussi les foyers de la culture humaine, allumés pour nous par la Renaissance, les Encyclopédistes, Hugo, et les autres penseurs. Ces foyers-là, l’Eglise joue volontiers le coucou avec eux, prétendant que là est son nid, alors qu’elle s’en est emparée, après les avoir méconnus, puis adaptés ; et à présent elle y chauffe moins des œufs que des idéaux et des idées. Eh bien, rien n’interdit de penser, comme je fais, que l’Esprit-Saint annoncé par le Christ, qui Delhez & Lequeux.jpgDe Beukelaer & Decharneux.jpginspire l’Eglise, inspire aussi le combat des Droits de l’Homme. Et là-dessus, davantage le Pr De Charneux que l’abbé de Beukelaer, et davantage le Pr Lequeux que le Père Delhez.

(Cfr  Eric de BEUKELAERE & Baudouin DECHARNEUX, Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre, regards croisés et joute amicale en 65 mots-clefs, éd. E.M.E, 2009 ; et Charles DELHEZ & Armand LEKEUX, Le sexe et le goupillon, regards croisés d’un prêtre et d’un sexologue, éd. Fidélité, 2010) 

23/09/2010

Mariage ou non

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   …c’est honnêtement, disais-je, que le professeur Léonard dénonce comme abusif le lien fait par la Doxa entre l’obligation du célibat et le surnombre de « profils » pédophiliques apparus chez ceux qui s’y soumettent. Ce surnombre vient d’un passé révolu, qu’il faut juger, mais qui n’est plus efficient. Aujourd’hui, les candidats au sacerdoce ont en perspective la charge de paroisses où ils enterreront plus de paroissiens qu’ils n’en catéchiseront : c’est fini, l’intimité martiale qu’on instaurait sans prudence avec la jeunesse, l’aumônerie des camps scouts, la manécanterie de petits chanteurs, l’initiation sévère au latin et au théâtre, les voyages à Rome, et, si on remonte encore dans le temps, le préceptorat singulier des héritiers de familles bourgeoises. Même les écoles catholiques se passent des prêtres sans en pâtir, sinon pour la foi. On ne l’aurait pas cru, il y a peu. J’ai assisté à un jubilé où un Frère des écoles chrétiennes dont on fêtait les soixante ans de vie dans la congrégation déclarait, dans son speech, qu’il n’était devenu religieux que pour enseigner, l’habit n’ayant pour lui que cette vertu de lui éviter l'autre profession que ses parents avaient choisie pour lui. Ce vieux Frère est un honnête homme, étranger aux méfaits dénoncés aujourd’hui. Mais il m’a donné à penser. Il y avait dans les années pré-conciliaires un trop-plein de prêtres et de religieux, que n’arrêtait pas l’exigence du célibat. Etaient-ils heureux ? C’est la vraie question, il me semble. Y répond – par la négative - la quasi-disparition du recrutement. Je souligne que le célibat général et hyper-masculin installait dans toutes les relations une agressivité latente, et maîtrisée. Tout de même : on avait froid. 

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    Serait-ce que l’érotisation de plus en plus forte de notre culture a rendu inintelligible, aujourd’hui,  l’appel à une vie asexuée ? Il me semble que cet appel, pour autant qu'il émane de Dieu, devrait se faire encore entendre. Il y a toujours des Samuel dans ce qui reste des temples, des Jérémie qui bégaient mais qui répondent, des Paul que soufflette "l’ange de Satan", et que laboure l’aiguillon dans la chair, mais à qui la grâce finit par suffire (2Cor12,7). Il y a aussi au Paraguay un Fernando Lugo, anciennement évêque des pauvres, réduit à l’état laïc par le Vatican lorsqu’il est élu président de son pays en 2008. Je le mets avec les autres ? Mais il a reconnu une paternité jusqu’alors cachée. Il est atteint aujourd’hui d’un cancerEh bien! un homme de Dieu. Un homme…

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Pour savoir ce qu’est un prêtre, je me replonge dans l’ Epître aux Hébreux. Où le sacerdoce du Christ n’a rien à voir avec le sacerdoce lévitique, celui où des gens nés pour ça (çàd dans la tribu de Lévi) offrent en un lieu sacré des dons qui conviennent au Seigneur. Le père Vanhoye, bibliste romain, me sert ici de guide bien nécessaire : c’est toute l’Aventure chrétienne qui s’exprime dans cet Ecrit sans pareil, d’une éblouissante obscurité, où sont en jeu des catégories oubliées. Allez lire lire les chapitres 7 à 10, vous ne couv7055g_130.jpgcommunierez plus au corps de Jésus sans trembler.  Il n’y a qu’un prêtre. Le Christ. De la tribu de Juda – non sacerdotale… - Rien ici ne s’oppose au célibat, mais rien n’y contraint. Vocation personnelle de tout chrétien, associé au Christ. Qui ne donne pas d’offrande : qui se donne. Qui n’est pas seul en se donnant au père : qui, par son corps humain connaissant la mort, nous donne avec lui. L’homme qu’il est, pas on ne sait quel ange. L’homme chez qui s’interpénètrent la chair et l’esprit. Où ciel et terre, piété et miséricorde, mystique et réalisme ne sont plus séparés. Je songe aussi après lecture que dire, comme le fait l’Eglise, qu’il y a une « haute convenance » à une exigence de néant (« NE PAS aimer dans la chair ») relève d’une conception de la religion archaïque, ritualiste, négociée (do ut des). Car la séparation tranchée du sacré et du profane renvoie à une souterraine appropriation de Dieu.

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Enfin, - et j’ai peine à le dire, tant c’est aujourd’hui ridicule, je le dis tout de même tant c’est présent dans une certaine liturgie : il faudrait cesser de  présenter le rapport de l’Homme à son créateur et sauveur comme des épousailles. Même Vatican II s’est prêté à ce genre de rhétorique datée, en explicitant comme suit la tâche des prêtres vis-à-vis des chrétiens : « fiancer les fidèles à l’époux unique et de les présenter au Christ comme une vierge purefideles scilicet despondendi uni viro, illosque exhibendi virginem castam Christo (Constitution De presbyterorum ministerio, ch. 16). L'inspiration est biblique, je sais, mais mais ...

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21/09/2010

Evêques flamands et archevêque wallon

 

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    Je l’ai salué récemment comme un agneau. Un homme de grand courage et d’une bienveillance surprenante. Voici que le nouvel évêque de Bruges, Mgr Jozef De Kesel, à peine débarrassé de la présence encombrante de son prédécesseur, - le « pécheur public » détournant sur lui un intérêt malséant, - propose qu’on remette en discussion ce que, tous, nous croyions soumis à un tabou romain : l’obligation du célibat sacerdotal. Hier, on apprenait que Mgr Patrick Hoogmartens, son collègue pour l’évêché de Hasselt, l’accompagne, et s’avance plus loin : ce ne serait pas mal (niet dwaas) que des hommes mariés puissent devenir prêtres. Son diocèse compte 79 diacres permanents : ils font un excellent travail qu’ils combinent bien avec le mariage, il en témoigne. « Laat hen een voorbeeld zijn. »  Mgr Bonny, d’Anvers, se solidarise ensuite avec ses deux confrères flamands. 

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Ils ne sont pas les premiers évêques à parler ainsi, même s’ils sont les premiers en Belgique. Des Français, un Autrichien déjà… Mais je trouve singulier, - aberrant dans la logique humaine et merveilleux dans l’optique providentielle - qu’ils aient saisi une mauvaise occasion pour relancer un grand problème. L’INTENTION. En réalité, ils sont soucieux de renouveler la Foi qui se meurt dans leurs diocèses jadis fervents, jadis riches en vocations généreuses. Leur devoir d’évêque est d’obvier au vieillissement et à l’appauvrissement aujourd’hui terrible de l’effectif sacerdotal. Or il n’est plus possible de continuer à faire vivre l’entreprise telle Mgr Bonny év. d'Anvers.jpgqu’elle a été. Et il leur faut rompre, par fidélité à leur tâche d’évêque actuel, avec certains usages séculaires, certaines symboliques ingénieuses, qu’ils ont aimées, mais qui étonnent et ne sonnent plus juste. Par exemple l’exigence d’identification avec le Christ vierge, voire avec le Christ mâle.L’OCCASION. Et voilà que le péché des prêtres leur offre soudain - providentiellement - l’occasion d’agir. D’avoir un geste démocratique, accordé aux mœurs populaires. Voici qu’ils prennent au sérieux la volonté exprimée par leurs fidèles, dans les journaux et sur les plateaux TV. Trois chrétiens sur quatre veulent en effet qu’on ne se limite plus, dans la régulation des rapports hiérarchiques entre prêtres et laïcs, à des mesures de réparation, de sanction, d’épuration, mais qu’on aborde des questions structurelles. C’est-à-dire ? Qu’il y ait un autre regard religieux sur l’autorité, à désacraliser ; et sur la sexualité, à ré-estimer. Ces deux instances, on les a vues opérer à la fois dans le célibat subi par des prêtres et les abus qu’on a fait subir aux enfants, dans le demi-silence des témoins. Il y a un lien, il faut bien qu’il y ait un lien, disent les gens ; disent donc les jeunes évêques, en apparence…

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L’archevêque Léonard, là-dessus, prend acte mais fait savoir qu’il ne suit pas le mouvement. Tant qu’il n’aura pas reçu le chapeau cardinalice, me dis-je, on ne saura pas si cette dissension exprime son opinion ou ses intérêts…(Je ne souhaite pas l’anarchie en matière religieuse, mais la dictature romaine, c’est déshonorant)

 

La distinction occasion VS intention est ici capitale, bien qu'on ne la lise nulle part. Oui, il faut repenser à nouveaux frais la condition sacerdotale, sans se plier (ni se soustraire) à la tradition bimillénaire dont j’examinerai plus tard ici le contenu. Mais c’est honnêtement que le professeur Léonard… 

(à suivre)

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15/09/2010

Adultères

Jesus et la femme adultère - Montmartre, vitrail.jpg     Pourquoi suis-je absent,  muet du moins, depuis neuf jours, alors que l’Eglise catholique belge est comme la femme adultère : déshonorée, promise à la lapidation, objet du mépris des masses et de la délibération des lettrés ? Tandis que Jésus, à terre, écrit sur le sol des signes indéchiffrables, tandis qu’un film sur "les Dieux et les Hommes" en appelle au silence, au ballet des cygnes, et au martyre. Parce que je suis partagé. Au centre de la tornade, pourtant, comme tous les vieux de ma génération qui ont appris (ou non…) à regarder d’un œil nouveau, indulgent et pacifique, les surprenants travers du sexe… – Roger van RVG en 1984.jpgGheluwe a mon âge, à peu près. Il a reçu la prêtrise l’année (1963) où j’y ai renoncé. Il est devenu évêque l’année (1984) où je suis devenu directeur. Il s’en est pris à... (dit-on), il s'est épris (me dis-je) de son neveu enfant au milieu des années 70, quand  j’ai connu mon Bruno qui, heureuse dissymétrie, lui, était majeur. Jusqu’ici (espérons que l’avenir ne le démentira pas) il semble que ce lien incestueux et délétère fut le seul maléfice qui disloqua la vie de l’oncle, faisant du neveu, malheur ! un infirme, résolu à tout pour s’en délivrer. S’en délivra-t-il mieux en écoutant la Némésis grecque plutôt que le Pardon du Cardinal berger ? On verra. Après quoi un demi-millier de plaintes surgit, comme un vomissement du corps social. Et notre Eglise est l’objet d’une agression sans exemple depuis 1830. Car c’est son existence morale qui en jeu. Tous les jours les Télévisions belges découvrent de nouvelles raisons d’ouvrir leurs infos avec le thème de la pédophilie en milieu clérical. La Justice est moins appelée en arbitre que manipulée en divers sens dans les procédures. L’Eglise, au centre, ne fait que prendre des coups. Et oups, elle proteste ; puis elle baisse la tête. Parce que la presse nationale est d’une arrogance inouïe. Parce que les mines qui explosent tous les jours sous les pas des prêtres, sont des engins vicieux que l'Eglise a posés elle-même, sans le savoir (elle qui sait tout). Et parce que des membres en son sein la déséquilibrent. Les pervers froids qu’elle a enrôlés dans leur jeune âge sans s’inquiéter de leurs convoitises pourvu qu’ils eussent l’air de les dominer. Et d’autre part les croyants présomptueux qui ont du talent mais qu’elle n’a pas suivis comme ils l’eussent voulu (…comme JE l’aurais voulu), et qui, avec l’appui de la presse laïciste, l’accablent sans pitié de leurs grands rêves rompus.

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     J’ai lu intégralement vendredi midi  les 124 témoignages de victimes, tels qu’ils sont publiés par la Commission Adriaenssens, en flamand pour la plupart. Le matin, j’avais encore déposé au bas d’un article de la Libre un commentaire appelant à la miséricorde pour l’ex-évêque de Bruges, qu’il était question de chasser de l’abbaye où il s’était cloitré dans la prière et l’austérité. J’y invoquais en sa faveur les ravages que peut faire la  passion amoureuse chez tout le monde, fût-on évêque, et le délire jaloux où l’on peut s’égarer quand l’objet de cette passion se refuse. Mais à 14 heures, ouvrant ma porte à un ami qui s’étonne de voir mon visage décomposé, je lui dis : « Tu sais, les abus pédophiles, c’est pas ce que je pensais, c’est… dégueulasse... A vomir… ». J’imaginais avant de lire que s’y traîneraient des besoins d’amour, des  soifs, des tendresses informulables. Eh bien, non. Cruautés, impostures, sacrilèges, ces noms de dieux de prêtres et de frères qui sont ici décrits, racontés dans leurs œuvres torves, ce sont des diables. Ils ne sont pas sentimentaux mais sensuels, leur besoins sont des voracités pauvrement érotiques comme chez des bêtes en rut ! Ne peuvent-ils, au moins, si la chasteté qu’ils ont promise n’est plus à leur portée, se faire jouir seuls sans utiliser les enfants comme accessoires pornos, comme auxiliaires passifs et impuissants de leurs sanies ? Sauf dans trois cas, peut-être quatre, nulle part il n’est question d’amour. Rien ici n’est passion, tout convoitise et calcul. L’enfer.

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     En même temps je vois le gouffre où tout le pays, distrait de l’anarchie politique où il se décompose, va être précipité. Démesure collective. Les 110 premières pages du rapport Adriaeenssen qui en compte 200 exposent ces 124 récits qui viennent des victimes comme des comptes rendus de journalistes ou de policiers. Toute la place est faite à la plainte des jeunes abusés, à leur vive et savante rancune. Ce qui se comprend pour une  Commission visant à panser des plaies qu’on a ignorées, qu’on a cru devoir ignorer pour qu’elles se cicatrisent plus vite sans s’infecter. Mais la Justice est saisie, la justice populaire en tout cas, qui va très vite, en même temps que l’autre, celle du Palais, qui durera les années qu’il faudra pour qu’on s’en lasse, et qu’il n’y ait plus qu’un écœurement universel… avocats paraclets.jpgAujourd’hui, on crie tous en chœur. Sans que les démons disparus ou vieillis ne voient surgir le moindre défenseur qui, éventuellement, jette une autre lumière, montre  des invraisemblances, signale des convenances oubliées : sait-on ce qui était bien et mal ? Ce que les évêques et les curés disaient ‘bien ou mal’ (le scandale), ce que les parents disaient ‘bien ou mal’ (désobéir), ce que soi-même on pensait ‘bien ou mal’, l’ayant appris de ce qu’on expérimentait dans cette impuissance absolue où l’Enfant Jésus croissait  ? 

14:09 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

06/09/2010

Septembres noirs

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Ce n’est plus l’été, malgré le ciel serein : la chaleur s’est enfuie. Elle a laissé des traces pendant la journée, peut-être une promesses de revenir furtivement un jour ou l’autre en septembre… Sinon, ce sera pour l’an prochain, si elle veut bien, si je suis encore là. Faut m’y faire : les cafés n’étendent plus leurs terrasses jusque sur le trottoir, où l’on prend le soleil avec la bière de Leffe, en goûtant la vie. Dérivatif du babil avec les voisins de table, évocation des bonheurs d’hier avec les amis, travail de la réflexion avec le Neveu bien-aimé, - l’Héritier. Tournons la page : c’est la rentrée, qui fait diablement peur. Sinon à tous, à moi. Ni dans le pays, ni dans l’Eglise, je ne trouve des raisons d’espérer.  Ici et là, il y a comme des écroulements.

 

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L’existence même du royaume de Belgique fait à présent l’objet de discussions en circuit fermé, où les francophones attendent, non qu’on leur fasse justice, ou qu’on les tienne en paix, mais au moins de mesurer les pertes. Jusqu’où iront les abandons de droits ? Et les nouveaux impôts qui seront nécessaires, comment frapperont-ils ? La presse fait grand tapage, mais sans instruire ; elle joue plutôt au porte-parole, voire au commis faisant patienter le public. Ce n’est pas un rôle démocratique, mais une fonction de relations publiques. Ce qui donne, au Belge moyen que je suis, le sentiment d’être devenu un otage. De passions, de régions, de factions – un Palestinien.

 

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 M. Elio di Rupo, chargé de sauver ce qui peut l’être, mais travaillant sous la surveillance d’un allié dominateur, a avoué son découragement, donné sa démission. L’échec n’est pas le sien, et je lui sais gré (à tout le moins) de n’avoir pas capitulé, comme je l’avais craint, devant le Gargantua nourri par tant d’électeurs agressifs. De sa mission, un résultat subsiste, une idée maintenant reçue, doxa nouvelle. Le pays va se démanteler. Mon souhait serait qu’il se divise en trois régions autonomes. Que Bruxelles soit l’une d’elles, régie par les seuls Bruxellois, d’où qu’ils proviennent. Que la Ville soit administrativement anglophone. Qu’on y perçoive l’impôt sur le lieu de travail. Mais ce que j’en dis…

 

 

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Quant à l’Eglise, je suis consterné par ce qui s’y passe (ou ce qui s’y révèle ?) depuis un an. Ma foi n’est pas concernée, car mon adhésion à l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas tributaire de ses mérites à elle, mais de sa grâce à Lui. Mais je suis plein de mélancolie. Comment se fait-il, selon cette nouvelle doxa (qu’une presse ennemie renforce jour après jour), pédophile soit devenu l’adjectif qui s’ajoute à la série « catholique, apostolique et romain ». Le pire des mots, si l’on voit qu’il est, dans l’inconscient des gens, associé à Dutroux… On n’est pas ici dans le constat de crimes actuels, dans la prévention, dans la résilience et la guérison. Mais dans une fantasmatique rétrograde et punitive dont le contenu, imaginé plutôt que connu, matériellement flou et d’autant plus terrible, aboutit à infecter des  blessures en retard de cicatrisation et multiplier des blessés qui se croient incurables.   

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Dans la « Libre Belgique » d’aujourd’hui, Noëlle Hausman, professeur à l’Institut d’Etudes théologiques, prend beaucoup de hauteur par rapport à ce pseudo-spectacle où elle introduit son sens critique, comme le ferait un historien, doublé d’un juriste. Cela fait du bien. Elle pointe, sous les « curieuses coïncidences » une polémique organisée, perverse, dont elle dissuade les chrétiens de « se faire complices en devenant voyeurs ». La formule est malvenue, qui disperse les culpabilités. Il y a aussi des mots partisans, comme « susurrer », s’agissant de la presse signalant l’opposition philosophique d’un juge et d’un autre. Et finalement, l'auteur entend défendre le cardinal qui n’a rien à se reprocher en avançant un  argument procédurier d’avocat de cause perdue : les « Danneels-tapes », communiquées dans leur texte mais sans le son ni les gestes, et non « relues » par le prélat, ipso facto ne seraient pas « probantes »… En droit pur, sans doute, mais pour l’homme de la rue, pareil argument enfonce celui pour qui il est émis. Mme Hausman, qui a été supérieure générale des sœurs du saint-cœur de Marie, termine heureusement sa mise en garde par une question poignante, d’un tout autre ordre, mystique, qui ira droit au cœur des chrétiens : Pourrons-nous boire à la coupe du Seigneur ?